Trophée Anonym’us : Nouvelle N°5 – Beauté épinglée

dimanche 28 octobre 2018

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Nouvelle N°5 – Beauté épinglée

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L’homme contemplait le corps pâle et immobile. Elle n’avait pas encore seize ans, et pourtant, l’on pressentait la beauté qu’elle pourrait devenir. L’on devinait de fines veines bleutées courant sur la peau si blanche qu’elle en paraissait presque translucide. Le visage de l’adolescente, nu de tout artifice hormis un anneau fin perçant l’arcade sourcilière, semblait sorti tout droit d’un tableau peint par l’un de ces maîtres italiens des temps anciens. Une beauté pure et épurée.
Un semblant de rictus, à peine esquissé, paraissait étirer ses lèvres pleines en un salut moqueur et fuyant. L’homme imagina l’adolescente ouvrant les yeux en grand, entre stupeur et révolte, et son cœur se serra. Elle ne pourrait plus jamais s’enfuir. Elle était à sa merci. Il avança la main comme pour caresser les cheveux courts et soyeux, aussi noirs qu’une nuit sans lune, mais suspendit son geste, brusquement gêné. Il n’avait pas l’habitude de se sentir aussi démuni et impuissant…
Quels pouvoirs détenait-il ici-bas ? Que pouvait-il changer au cours du temps, quelles marques laisserait-il quand il serait parti ?
— Nous sommes si peu de choses, murmura-t-il, brusquement las. Nous sommes réduits à si peu… À rien, en fait. Nous ne sommes rien. Et toi, jeune fille : quels sont tes rêves, tes espoirs, tes…

***

Espèce de gros dégueulasse ! C’est ça, vas-y, mate-moi autant que tu le veux, et va crever en enfer ! C’est pas parce que je ne peux pas bouger qu’il faut que tu te sentes si fort. Mate-moi tant que tu le peux, car je te garantis que ça ne va pas durer. Attends que je puisse me défendre et t’exploser ta sale gueule de pervers !
Toute ma vie, j’ai dû en affronter, des gros lards comme toi, des frustrés du slip et des soumis à leur bonne femme. T’es pas le premier, mon gros, mais je jure que tu seras le dernier, et tu le sentiras passer !
Mais quelle journée de merde ! Ça aurait pourtant dû être ma journée, celle où je ne me serais enfin occupée de moi, et de moi seule. À partir de quel moment ça a foiré ? Justine devait m’attendre devant le pub avec les autres, et on allait s’en payer une bonne tranche.
Il faut juste… que… je puisse… me souvenir de…

***

L’homme soupira et remit son masque en place. La jeune fille pâle et immobile accaparait toute son attention.
Dans un coin de la pièce, son assistant attendait la fin du rituel pour intervenir auprès du légiste. Il savait que le médecin avait besoin de ce moment de communion avant de poursuivre le lent travail de déshumanisation entamé par la mort brutale. Cherchait-il à conjurer le triste sort ? À faire revivre, même pour un éphémère instant, ce qui n’était plus, tel un démiurge en bout de course ?
Sarah, quinze ans, tuée par son père pour un simple piercing au sourcil. Il l’aurait poussée dans un accès de rage, la gamine tombant comme une masse, sa tête heurtant le coin d’un meuble en bois massif. Le crâne enfoncé près de la tempe témoignait de la violence du choc. Le père avait avoué, en larmes et le visage plein de morve, avant de se rétracter et d’accuser sa fille de l’avoir provoqué.
L’assistant haussa les épaules, désabusé. Il était temps de se mettre au travail et de faire parler le corps.

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Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : Sandrine Destombes

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L’interview de la semaine : Sandrine Destombes

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.


 

Aujourd’hui l’interview de 
Sandrine Destombes


Sandrine Destombes.

1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?

Bande de psychopathes !

Absolument pas ! Je suis sage comme une image. En revanche, j’observe mes petits camarades et je prends des notes. On ne sait jamais. Avoir des dossiers sur ses confrères, ça peut toujours servir...

 

2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?

Life is a bitch, then you die !

 

3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?

Ilya Kalinine, des Camut & Hug, à la condition qu’il se fasse teindre les cheveux en brun.

 

4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?

Métamorphe comme Mystic. Ça ouvre le champs des possibles !

 

5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

Je passerais peut-être à l’enregistrement vocal. Sérieux, quitte à pas être lu(e), pas la peine de perdre du temps à taper tous les mots.

 

6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?

Un trop plein de temps. Sensation nouvelle et étrange pour moi qu’il m’a fallu combler.

 

7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?

Forcément. Détourné, ou déguisé, mais forcément !

 

8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?

Autant, peut-être pas, mais cela donnerait une chance à tout le monde. Quant à écrire sous l’anonymat, je pense que j’y prendrais un certain plaisir !

 

9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?

Une forme de catharsis, j’imagine…

 

10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?

Le soleil, l’espace et le calme (bref, les vacances !)

 

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?

Rocco Schiavone, le personnage récurrent d’Antonio Manzini. J’aime tout chez lui !

 

12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?

Pas beaucoup de déchets. Je fais déjà dans le minimalisme. Si je retirais des mots, la phrase deviendrait bancale.

Je n’aimerais pas avoir accès aux brouillons des autres. Où serait la magie si on connaît les ficelles.

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°4 – Le spectre de la vérité

 

 

Trophée Anonym’us

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dimanche 21 octobre 2018

Nouvelle N°4 – Le spectre de la vérité

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Retour de noces
Quatre heures du matin, par cette nuit noire, la lune n’arrivait pas à percer à travers ce ciel hyper chargé. Alexandre revenait de Picardie, où il avait assisté au mariage de sa cousine, et rentrait difficilement dans le Pas-de-Calais. Même s’il n’avait pas abusé, la journée fut longue… très longue. Et les verres s’étaient enchaînés… Malgré ses yeux embrumés, ses paupières qui battaient la chamade, il tentait de se concentrer pour combattre la fatigue. Il n’avait aucune envie de détériorer la vieille 205 de sa mère sur cette route sinueuse. À l’approche de la côte de Doullens, connaissant bien le secteur, il bifurqua, tiraillé par une envie pressante. Dans un virage, après un bosquet, un spectre lumineux à l’allure humaine apparut soudain au beau milieu de la chaussée. Par réflexe, il donna un coup de volant et là, dans les faisceaux de ses phares, apparut un homme sur le bas-côté. Trop tard. Le temps de réagir et de freiner, il l’avait déjà percuté de plein fouet. Il sentit ses roues lui passer sur le corps.
Le premier
Alex, désemparé, descendit de son véhicule en quatrième vitesse, et découvrit juste en dessous de son pare-chocs arrière, la silhouette ensanglantée qui gisait sur le sol. Il se retourna pour observer les environs. Aucune présence. Sans doute une hallucination due à l’absorption d’alcool. Il s’approcha de la victime, un jeune homme de son âge. Deux doigts dans le sillon de son cou lui confirmèrent qu’il avait succombé à l’impact dévastateur. Mais que faisait-il là, en pleine cambrousse ? Personne dans les parages, ni phares de voiture. Il s’est sans doute égaré… et je viens de le tuer. Un frisson glacial lui parcourut l’échine dorsale. Tout s’embrouilla dans sa tête à la vitesse grand « V ». S’il avait le malheur d’appeler les gendarmes, nul doute qu’ils le placeraient en cellule de dégrisement avant de lui notifier sa garde-à-vue… Il commençait à réfléchir aux alternatives qui s’offraient à lui quand il réalisa que l’urgence était de retirer le corps inerte. Il traîna la dépouille par les pieds, l’attrapa sous les aisselles et la hissa dans le coffre. Il dut s’y reprendre en trois fois et le recroqueviller en chien de fusil pour réussir à fermer le hayon. Dix minutes plus tard, à la lumière de son portable, Alex scrutait le sol à la recherche d’éventuels débris, quand une Mini Austin à la vitesse excessive déboula et vint s’encastrer dans l’arrière de la 205.
Le second
À voir descendre et tituber le conducteur, au visage rubicond, Alexandre comprit de suite à qui il avait affaire. Un mec bourré, c’est bien ma veine ! Malgré son taux d’alcool excessif, l’indésirable avait encore les yeux en face des trous, au point de remarquer, en constatant les dégâts occasionnés, que quatre doigts sortaient de l’interstice du hayon vrillé.
— C’est quoi, ça ? l’interrogea-t-il en vacillant.
— Laissez tomber, c’est un pote qui roupille… Pour tout vous dire, on revient d’un mariage et il a abusé de la Vodka, rétorqua Alex sans s’étaler.
— Pour un type qui a picolé, je le trouve bien froid, insista-t-il en touchant la main du cadavre.
À force de tirer sur le coffre, il finit par l’ouvrir et hurla à la vue du corps couvert de sang. Alex l’attrapa par les épaules pour l’éloigner de la 205 mais ce dernier revint à la charge en s’agitant. Si énervé qu’il le griffa avec sa montre au niveau de la joue. Excédé et se sentant acculé, Alexandre s’empara de la manivelle à portée de main. Son bras se leva instinctivement et lui assena un coup sur la tempe.
Tu vas fermer ta grande gueule ! Tu vas la fermer ! réitéra Alex en frappant une nouvelle fois. Affaissé, un genou à terre, l’individu avait baissé d’intensité mais gémissait encore. Un dernier coup d’estocade eut raison du biturin qui s’effondra sur l’asphalte. Il venait de tuer un deuxième homme en à peine vingt minutes.
Maquillage
Le tout était de savoir ce qu’il allait faire de ces corps ?
Impossible de les mettre dans mon coffre cette fois, analysa-t-il en essuyant le sang sur l’extrémité de la manivelle.
Accro aux séries policières et fan de la première heure des « Experts », il se mit à échafauder un plan. Le genre de truc improbable mais qui pouvait s’avérer payant quand on connaissait comme lui le secteur, réputé dangereux. Inutile de gamberger plus longtemps, je vais maquiller cette sordide affaire en une simple sortie de route. Tout le monde n’y verra que du feu.
Alex tracta tout d’abord l’alcoolique et le positionna au volant de son propre véhicule, en n’oubliant pas de lui fracasser plusieurs fois la tête contre le montant du parebrise, histoire de laisser du résiné et un peu de matière visqueuse. Il sortit ensuite sa première victime et l’installa côté passager, en se débarrassant des deux sacs en cuir noir qui s’y trouvaient. Un coup de chiffon sur les portières, le tableau de bord, et toutes parties susceptibles d’avoir été touchées, puis il observa la scène quelques instants en repassant le film dans sa tête. Il manœuvra ensuite la 205 en la positionnant à l’arrière de la Mini Austin. Pour finaliser son plan machiavélique, il libéra le levier de vitesse, et la poussa pare-chocs contre pare-chocs dans le vide.
Il descendit la pente sur environ dix mètres de dénivelé et put constater les dégâts occasionnés. La tôle froissée sur l’avant du véhicule en charpie, agrémentée du parebrise entièrement éclaté, masqueraient incontestablement toutes preuves de leur accrochage.
Remonté dans le virage, il contrôla la zone de manière à ne rien laisser de son passage. À la lumière de son portable, il recouvrit les traces de sang en saupoudrant le bitume de terre. L’occasion de retrouver les deux sacs oubliés sur le bas-côté. Tant pis, je les balancerai dans une poubelle, pensa-t-il, la trouille au ventre. Ses doigts commençaient à trembler et il chancelait au moment de regagner la 205. Le contrecoup sans doute. Il est grand temps de te casser d’ici. Magne-toi ! se persuadait-il en accélérant pied au plancher. Un dernier regard à la volée dans son rétroviseur et il crut apercevoir la silhouette humaine éclairée tel un fantôme qui déambulait sur la chaussée, comme pour lui dire adieu…
L’affaire
Alertés par un agriculteur, les gendarmes procédèrent aux premières constatations. À l’odeur d’alcool persistante dans l’habitacle, l’hypothèse d’une sortie de route fut retenue. L’adjudant-chef manipulait le passager quand soudain son visage se figea. Les lividités cadavériques ne correspondaient pas avec la position du passager, buste penché sur l’avant et tête sur le tableau de bord. Le sang aurait dû se fixer sur les tissus du torse et plus particulièrement sur l’abdomen et le devant des jambes.
— Cet homme n’est donc pas mort dans cette voiture !
Le procureur de la République avisé des faits, ouvrit une information judiciaire et confia l’affaire au SDPJ d’Amiens. Les enquêteurs sollicitèrent les renforts de la gendarmerie pour ratisser la zone délimitée aux abords du virage en épingle.
Au vu du nombre d’indices probants, le capitaine Leroy du SDPJ étaya une théorie.
— Imaginons le conducteur ivre, qui quitte la Nationale pour satisfaire un besoin urgent. Arrivé ici, dans le noir le plus abyssal, il percute le second individu en train de faire du stop sur le bas-côté… Le choc est si brutal que le chauffeur le blesse sérieusement, si on en croit la flaque de sang qu’il a essayé de dissimuler avec de la terre. Le conducteur perd les pédales, sans doute à cause de son taux d’alcool, ce qui le réfrène à appeler les secours. Tiraillé par sa conscience, il décide tout de même de conduire sa victime à l’hôpital alors qu’elle est décédée entre-temps. Désemparé, il démarre en trombes, fait une fausse manœuvre et rate le virage. Fatal…
La théorie du capitaine semblait corroborer avec l’ensemble des indices recueillis. Affaire bouclée et investigations terminées. L’identité judiciaire s’activait à ranger son matériel quand un gendarme hurla si fort qu’il faillit en perdre ses cordes vocales.
— Venez voir, ici ! Il y a un autre corps… une jeune fille…
Les deux victimes
En fin de matinée, une fois le réveil effectif, la bouche pâteuse et un troupeau de bisons qui lui fracassait la tête, Alexandre se rua dans la grange pour évaluer les dégâts sur la 205. Sa mère handicapée ne risquait pas de s’aventurer jusque-là avec ses béquilles. Une fois l’expertise faite de la voiture, il put s’estimer heureux. Quelques pièces à récupérer dans différentes casses automobiles pour brouiller les pistes et rien ne pourra m’arriver. Rassuré, il se dirigeait vers la sortie de la grange quand il aperçut les deux sacs en cuir noir sur la banquette arrière.
Ils m’étaient sortis de la tête ceux-là ! frissonna-t-il en réalisant qu’ils constituaient l’unique lien avec la tragédie de la veille.
Avant de s’en débarrasser, sa curiosité l’incita à les ouvrir. Leur contenu le laissa pantois… En dessous de plusieurs combinaisons noires, de cagoules et d’armes air soft, se trouvaient une quantité astronomique de billets en petites coupures.
Je comprends mieux son état… Cet abruti venait d’arroser son braquage ! analysa amèrement le jeune homme. Les médias ont certainement dû en parler, en déduisit-il en rejoignant le domicile. Il se jeta sur le journal en évidence sur la table de salon. L’affaire y faisait les gros titres.
Un vol à main armée d’une rare violence
Hier soir, aux alentours de 23h30, dans la rue Mangin à Amiens, deux convoyeurs de fonds qui devaient ravitailler un distributeur à billets ont été retrouvés égorgés dans le sas bancaire de la Société Générale. Selon les enquêteurs du SDPJ d’Amiens et après le visionnage des vidéosurveillances, il s’agirait d’un braquage commis par trois individus cagoulés. La police judiciaire ne comprend pas pourquoi les malfrats ont assassiné aussi sauvagement les deux employés de la Bricks alors qu’ils n’opposaient aucune résistance…
Le fait de repenser aux évènements de la nuit dernière l’obligea à se remémorer les circonstances de son accident. L’apparition de « cette forme humaine »… Et ce type qui sortait de nulle part… Son attitude l’avait intrigué… Il ferma les yeux en essayant de revoir la scène. Le bref moment où il l’avait aperçu dans le faisceau furtif de ses phares… Ça y est, je me rappelle ! Il regardait ses mains ! Il les observait avec le visage blafard et le regard empli d’effroi… Ses bras tendus, ses paumes tournées face à lui, ouvertes, bien en évidence… Je me souviens maintenant pour quelles raisons il semblait terrorisé. Elles étaient couvertes de sang !
L’inconnue
Le capitaine se dirigea vers le talus surplombant le virage en épingle, suivi de près par le légiste et quelques collègues. Arrivés en toute hâte, ils stoppèrent leur progression à la vue cauchemardesque qui s’offrait à eux. Une jeune fille âgée d’une vingtaine d’années gisait dans un trou, semi-enterrée. Les bras en croix, son visage était défiguré et ses yeux tuméfiés. Son corps meurtri, couvert d’hématomes, attestait que le ou les assassins s’étaient acharnés sur elle avant de lui trancher la gorge. L’absence d’affaires personnelles et de portable sur la scène de crime retarderait l’identification de la victime.
La scène de crime
Depuis ce drame, ses nuits étaient peuplées de cauchemars. Alexandre, en nage, se réveillait en sursaut, terrifié par les cadavres et ce spectre vêtu d’un drap blanc qui déambulaient dans sa chambre. Mais qu’attendait-il de lui ? Pourquoi le harceler ainsi ? Ce matin-là, épuisé, il se mit à déjeuner tout en consultant le journal espérant obtenir des réponses. L’article l’acheva pour de bon.
Découverte sanglante aux abords d’un accident mortel de la route.
Alors que les policiers du SDPJ d’Amiens enquêtaient sur la mort suspecte de deux occupants d’un véhicule, ils découvraient en amont, derrière un talus, le corps d’une jeune fille assassinée. Selon les autorités, elle aurait été égorgée après avoir subi des violences…
Alex interrompit sa lecture. Il essayait de voir si l’article mentionnait une photo, sans succès.
J’y suis ! Si ça se trouve, la forme humaine qui a traversé la chaussée devant moi a un rapport direct avec ce meurtre ! Et pourquoi pas l’âme de cette victime ? …
Décidé à comprendre ce qui lui arrivait, Alex prit le taureau par les cornes. En revenant d’une casse automobile, il fit un crochet avec son cyclomoteur. Il retrouva sans difficulté le virage en épingle, qui, il fallait reconnaître, n’avait rien de comparable avec le paysage sinistre de l’autre nuit. Il retira son casque et s’approcha du ravin. Le véhicule en contrebas ne s’y trouvait plus. La chaussée avait été nettoyée par la voirie et rien ne semblait avoir eu lieu dans le secteur. De cette nuit cauchemardesque, ne restaient que ses souvenirs tourmentés. Une nausée l’envahit. Il parcourut une vingtaine de mètres et stoppa net devant la rubalise jaune délimitant la zone.
Quand je pense que j’ai certainement tué l’assassin de cette fille. Ce que voulait le spectre en m’obligeant à donner un coup de volant… Et dire qu’elle se trouvait à proximité. Peut-être encore en vie. Si j’avais su… j’aurais pu lui venir en aide, regretta-t-il en se laissant submerger par l’émotion. Son estomac ne résista pas cette fois à la violence du reflux gastrique et il se vida en vomissant dans le talus.
— Ça fait froid dans le dos et ça vous remue les tripes, hein ?
Alexandre tressaillit. Il se retourna tout en s’essuyant la bouche d’un revers de manche. La voix grave poursuivit.
— Police nationale ! Capitaine Leroy, du SDPJ d’Amiens. On peut savoir ce que vous faites dans les parages ?
— Je me promenais… et j’ai voulu voir… balbutia le jeune homme.
— Le goût du sang… L’envie de respirer la scène de crime et pouvoir s’imaginer les faits… La noirceur de l’âme humaine. C’est en chacun de nous, vous savez…
— Vous avez arrêté l’assassin j’espère ? rétorqua Alex en préférant changer de sujet.
— Il s’agirait d’un accident, répondit froidement l’enquêteur.
— Ah ? J’avais cru comprendre qu’une jeune fille avait été égorgée ?
— Pour l’attester, il faudrait que nous retrouvions l’arme du crime. Or, à ce jour, les indices et les traces sur son corps nous inciteraient à penser à un choc si terrible et violent que son cou aurait été sectionné par une tôle froissée ou un pare-chocs endommagé…
L’annonce du policier eut l’effet d’un électrochoc sur Alexandre. Ses jambes l’abandonnèrent une fraction de seconde au point de vaciller. Il préféra s’asseoir sur le rocher dans le virage, le temps de recouvrer ses esprits.
— J’imagine que vous faites allusion au véhicule ayant fait une sortie de route ? percuta Alex.
— Oh, mais je vois que vous suivez cette affaire avec grand intérêt ! s’étonna l’OPJ.
Mais quel con je fais ! Déguerpis avant que ce flic ne te grille, réagit-il en se forçant à rester impassible. Il tenta une dernière parade avant de s’esquiver.
— Pour tout vous dire, je connais très bien le secteur. Autrefois, je venais chasser avec mon père. Nous sommes taxidermistes dans la famille… et il y avait de nombreux accidents dans ce satané virage. Je vous laisse et je vous souhaite bon courage pour votre enquête !
L’arme du crime
Sur le chemin du retour, à se traîner sur le bitume à 50 km/h, Alexandre eut largement le temps de repenser à l’affaire.
Comment la police avait pu commettre une telle erreur ? Ou alors le flic s’est joué de ma crédulité en prêchant le faux pour recueillir le vrai, une technique très usitée dans les rangs de la police… Pourvu que je n’aie rien laissé transpirer !
L’idée de s’être jeté dans la gueule du loup lui glaça le sang.
De retour à la longère familiale, il dévala les escaliers pour atteindre son bureau. Quelques clics sur un moteur de recherche et il put s’imprégner des études réalisées sur les entités, les spectres à forme humaine. Certains spécialistes évoquaient des âmes perdues incapables de quitter le monde des vivants, à cause d’un lien qui les retenait à ce bas monde. Ces fantômes du passé attendaient qu’on les libère en leur apportant ce qu’ils réclamaient. Soit des réparations, des notions de justice ou de pardon. À la fin de sa lecture très instructive, Alex fut persuadé que le spectre ne le lâcherait pas tant qu’il n’aura pas accompli un acte probant. Mais pourquoi moi ? Sans doute parce que j’étais sur place juste après le meurtre… Ce spectre me pousse dans mes retranchements pour que j’œuvre à la résolution de l’affaire, en retrouvant l’arme du crime. Vu sa déconvenue d’aujourd’hui, il décida cette fois d’y retourner de nuit, à bord de la 205, restaurée.
Sur place, muni d’une lampe torche puissante, il arpenta l’ensemble de la zone avec minutie sans rien déceler. Il avait beau tourner en rond, en scrutant le sol et en ratissant large, au bout de trois quarts d’heure, bredouille et découragé, il rebroussa chemin. Moment que choisit l’entité pour réapparaitre. La femme tout de blanc vêtue virevoltait devant lui, en lévitation à quelques centimètres au-dessus de l’asphalte. Elle semblait vouloir le guider dans ses recherches. Il la suivit et traversa la chaussée. Une fois sur l’autre terre-plein, il entrevit de suite le reflet de son faisceau lumineux au milieu de la végétation. Une lame… un couteau ? Non, un scalpel, couramment utilisé en milieu hospitalier. La question était de savoir ce qu’il devait en faire ? Il ne pouvait se permettre de la transmettre aux services de police en leur annonçant sa découverte par le plus grand des hasards.
Je l’enverrai par courrier et je signerai « maintenant la vérité sera faite sur ce crime abominable. »
L’arrestation
— Mme Grambert ? Capitaine Leroy du SDPJ d’Amiens. Votre fils est là ?
— Il est dans son bureau au sous-sol, répondit la mère.
Le policier s’engouffra dans la cage d’escalier, l’arme à la main, suivi de près par deux collègues. Le manque de lumière les obligea à utiliser leur lampe individuelle. En croisant les mains, ils progressèrent en éclairant par intermittence les lieux. La tension palpable, les mains crispées sur les crosses et la sueur perlée sur les fronts, ils s’attendaient à ce que le criminel surgisse à tout moment. Les porte-bouteilles vides et rouillés franchis, ils traversèrent les diverses piles de matériels entassés quand soudain, une ombre tapie dans le noir s’élança sur eux, une arme luisante dans la main droite. Une ; deux ; puis trois détonations et l’individu s’écroula lourdement sur le sol. Un des policiers s’approcha, lui retira le scalpel d’entre les doigts et vérifia ses signes vitaux.
— Il ne nuira plus à personne, annonça-t-il.
Le capitaine remonta au rez-de-chaussée et informa la mère éplorée.
— Désolé madame, nous avons dû faire usage de nos armes… Votre fils s’est jeté sur nous en tentant d’égorger un de mes collègues. Sa marque de fabrique !
Devant son incrédulité, Leroy poursuivit.
— Votre fils Alexandre est un tueur. Il a commis cinq meurtres…
Une nuit d’horreur
— Cela s’est produit le 14 février, le soir de la Saint Valentin, l’informa le capitaine.
— Impossible, il assistait au mariage de sa cousine en Picardie, rétorqua Mme Grambert.
— Cette cérémonie lui a servi d’alibi et s’est déroulée en trois temps. En premier lieu, il a retrouvé ses deux cousins, dans la même situation précaire, au chômage, avec un besoin récurrent d’argent. Ils se sont montrés à la mairie puis à l’église, avant de faire acte de présence au vin d’honneur. Vers les 23h00, ils se sont éclipsés pour braquer deux convoyeurs de fonds devant le distributeur à billets sur Amiens. Là, les caméras de la banque nous démontrent que l’un d’eux s’est acharné sur ses victimes en les tailladant et en les égorgeant au scalpel. Le trio regagne la soirée du mariage qui bat son plein, où ils se mêlent aux invités en passant inaperçus. Là, tout bascule. Désinhibés par l’alcool, les esprits s’échauffent et sans raison particulière, Alexandre quitte brusquement la fête à bord de sa 205 en séquestrant dans le coffre la nouvelle compagne de son cousin.
— Comment s’appelait-elle ? s’enquit la mère en séchant ses larmes.
— Lola Riverie…
— C’est l’ancienne amoureuse de mon fils. Elle venait de le quitter. Il ne lui aurait jamais fait de mal, il en était fou…
— Laissez-moi poursuivre, reprit le policier. Le nouveau copain de Lola a cru qu’elle s’était enfuie avec Alexandre et l’argent du braquage. Fous de rage, avec son frère, ils tentent de les rattraper avec leur Mini Austin. S’engage alors une véritable course-poursuite. À tel point que votre fils prend peur et sort de la Nationale juste avant la côte de Doullens. Il connait le secteur et pense pouvoir les semer à travers les routes sinueuses. Les deux frères le percutent plusieurs fois à l’arrière au point de détériorer le hayon et de libérer la jeune fille inconsciente. Suite aux chocs répétés, elle finit par basculer hors du véhicule et se fait écraser par les poursuivants. Les deux voitures stoppent dans le virage. Les trois braqueurs s’empoignent et une bagarre terrible éclate, jusqu’à la mort des deux frères à coups de manivelle. On imagine que la jeune fille agonisait et hurlait à la mort, au point d’inciter Alexandre à abréger ses souffrances en l’égorgeant. Après avoir balancé le scalpel au-dessus de la chaussée, il a tracté le corps de Lola pour l’ensevelir derrière un talus. Pris de panique, il a maquillé les crimes de ses cousins en accident de la route avant d’effacer toutes traces de son passage.
— Mais comment mon petit garçon, si adorable, a-t-il pu vivre après avoir commis de telles atrocités ? se désola la mère.
— Simplement en se racontant des histoires et en échafaudant un scénario à l’opposé des faits. Un déni total. Un psychiatre vous répondrait qu’il a agi ainsi pour refouler ses actes et esquiver sa culpabilité.
— Et comment en êtes-vous arrivé à le suspecter ? demanda-t-elle, effondrée.
— Alexandre s’était tellement convaincu de son innocence qu’il s’est permis de revenir sur la scène de crime. Confirmant une fois de plus l’adage si connu de tous…

 Ahhh, quel titre ! » : Un nom pour notre cadavre exquis.

« Ahhh, quel titre ! » : Un nom pour notre cadavre exquis.

Attention Jeu-concours

Coucou mes polardeux,

Comme le dit si bien Cécile :

« Pour les 3 ans du blog nous nous sommes lancés, au Collectif, dans une aventure un peu folle, celle d’un cadavre exquis ! Et quelle aventure, dans laquelle plus de 60 contributeurs ont plongé avec nous avec autant de styles, de rebondissements et de brio !

Vous avez salivé, bondi, hurlé avec nous à chaque épisode comme votre voisine devant Plus belle la vie ou votre voisin devant Amour, Gloire et Massacres ? Ou vous vous mordez les doigts de ne pas avoir osé venir nous rejoindre dans cette folle ronde des cadavres ? Ne vous inquiétez pas, nous avons encore en stock quelques surprises pour vous. « 

Notre Exquis Cadavre Exquis, vous l’avez suivi. Vous y avez même participé si cela se trouve.

Alors aujourd’hui c’est simple, nous vous demandons de lui trouver un nom. Ou plutôt un titre.

Durant six mois vous avez pu lire sur nos pages les aventures de Camille. Enfin celles pour résoudre sa mort.

Aujourd’hui nous allons lancer un concours vous permettant de fournir une identité à notre cadavre.

Concours « Ahhh, quel titre ! »

Imaginez un titre accrocheur, incisif, humoristique, dramatique ou juste décalé pour cette œuvre protéiforme, unique et multiple tout à la fois.

Un titre qui ira comme un gant à notre cadavre…

Pour cela, vous devez être abonné à notre blog  Collectif Polar…

Et avoir lu le cadavre exquis dans son intégralité !

Vous trouverez ci dessous 5 récapitulatifs qui vous permettront de lire la première version de ce cadavre exquis.

Récap 1

Récap 2

Récap 3

Récap 4

Récap 5

Et répondre à notre question « Quel titre pour notre cadavre exquis ? »

Nous envoyez votre réponse avant le 31 octobre par mail : collectif.polar@gmail.com

Allez à vous de jouer

Et belle inspiration à vous !

 

Collectif Polar cadavre exquis Titre légistes de l »Exquis Cadavre Exquis

Isabelle Bourdial, Cécile Pellault et Geneviève Van Landuyt

Et si on jouait avec notre cadavre exquis : Un nom et une couverture pour un cadavre !

Et si on jouait avec notre cadavre

Un nom et une couverture pour un cadavre !

 

Pour les 3 ans du blog nous nous sommes lancés, au Collectif, dans une aventure un peu folle, celle d’un cadavre exquis ! Et quelle aventure, dans laquelle plus de 60 contributeurs ont plongé avec nous avec autant de styles, de rebondissements et de brio !

Vous avez salivé, bondi, hurlé avec nous à chaque épisode comme votre voisine devant Plus belle la vie ou votre voisin devant Amour, Gloire et Massacres ? Ou vous vous mordez les doigts de ne pas avoir osé venir nous rejoindre dans cette folle ronde des cadavres ? Ne vous inquiétez pas, nous avons encore en stock quelques surprises pour vous.

Nous allons lancer deux concours vous permettant de fournir une identité à notre cadavre et de lui offrir la couverture qu’il mérite !

Concours « Ahhh, quel titre ! »

  • Imaginez un titre accrocheur, incisif, humoristique, dramatique ou juste décalé pour cette œuvre protéiforme, unique et multiple tout à la fois. Un titre qui ira comme un gant à notre cadavre…

Concours « Couv de choc »

  • Créez un visuel de couverture. Photo, Photomontage, graphisme, dessins, tant que les œuvres sont de vous, lâchez-vous. Envoyez votre contribution pour avoir la chance d’être l’heureux élu qui pourra clamer haut et fort « J’ai couvert Le cadavre du Collectif Polar ».

Pour cela, vous devez être abonné à notre blog  Collectif Polar…

Et avoir lu le cadavre exquis dans son intégralité !

Vous trouverez ci dessous 5 récapitulatifs qui vous permettront de lire la première version de ce cadavre exquis.

Récap 1

Récap 2

Récap 3

Récap 4

Récap 5

Voilà, préparez-vous à jouer avec nous

et à très bientôt pour offrir

un nom et une couverture pour un cadavre !

Notre concours « Ahhh, quel titre ! » démarre le 20 au soir.

Tenez-vous Prêt(e)s

 

Exquis Cadavre Exquis, la 5e et dernière récap

Exquis Cadavre Exquis, la 5e et dernière récap

Arrêt sur image, venez découvrir l’état de notre exquis cadavre exquis…

Voici le final de notre Exquis cadavre exquis que vous avez suivi avec attention

Et…

peut-être avez vous aussi tenu le scalpel pour faire avancer notre histoire !

Mais cette fois c’est belle est bien terminé.

Après 68 épisode et un épilogue, notre cadavre à enfin livrait tous ses secrets.

Aussi pour vous voici les 15 derniers chapitres

Episode 55 à 68 + épilogue

Allez…Bonne dégustation…


Episode 55 by Mark Zellweger

Temps Mossad à Paris

À l’ambassade d’Israël à Paris, non loin des Champs-Elysées, Rebecca Leibowitz reçut une alerte code 1 sur son smartphone. Cela signifiait qu’Il y avait une urgence dans l’opération qu’elle supervisait en ce moment. Habituellement basée en Suisse et étant détachée auprès du Sword de Mark Walpen, le Mossad lui avait demandé de rejoindre la capitale française en urgence afin d’épauler l’équipe locale qui avait mis en place une opération délicate. Cela faisait plusieurs mois que, par des informateurs de la police française, le Mossad avait eu vent d’un gros trafic d’étiquettes de vin. Intrinsèquement, cela ne l’intéressait guère, sauf que cela se recoupait avec des informations signalant que ce trafic pourrait servir à en couvrir un autre, un trafic d’armes celui-là, en faveur du Hamas ! Et de cela il n’était pas question.

Dès le départ, le Mossad suivait l’affaire de près et s’était rapproché suffisamment des demi-frères Blanchard et Lalande pour avoir appris que ces deux gugusses franchissaient régulièrement la ligne rouge et utilisaient de temps à autre des tueurs à gages et autres hommes de main.

Il n’en fallut pas plus pour que l’Institut remette dans le circuit sa fameuse Amanda qu’il utilisait déjà depuis quelques années. Amanda, la star des tueuses à gages, nageait dans le darknet avec aisance et était considérée comme le must en termes d’élimination !

Si Amanda avait envoyé ce message, cela signifiait qu’un incident grave lui était arrivé et que Rebecca devait lancer au plus vite une mission de récupération de son agent. Elle se mit aussitôt à la tâche.

Pendant ce temps, dans la rue où résidait le brave Jo et sa conquête du jour, la Peugeot 306 du brigadier-chef Lerek était stationnée. Ce dernier ayant reçu l’info que quelque chose de gros se préparait là, par un de ses amis de la DGSI, il n’allait pas le rater. Surtout que ces derniers temps, sa situation se dégradait fortement au sein de l’équipe des enquêteurs de la brigade. Depuis que le petit jeune, tout juste sorti de l’école de police, le brigadier-chef Nobel, était arrivé, il n’y en avait plus que pour lui. Nobel par-ci, Nobel par-là… Lerek avait le sentiment que pour la brigade il appartenait au passé. Il lui fallait du sensationnel pour remettre ce petit morveux à sa place et ainsi montrer qui était le plus futé.

Quand Nobel lui avait demandé de le rejoindre à Lariboisière, il lui avait répondu par l’affirmative, mais il avait filé direct vers cette adresse et attendait, scrutant cette fenêtre dont la lumière restait allumée.

Une bière à la main, concentré vers le porche de l’immeuble, il ne put rater l’entrée de trois personnes qui, comme par hasard, portaient toutes des sweats à capuche et des lunettes de soleil.

« Ce coup-ci, c’est pour moi ! » fit Lerek pour lui-même en sortant de sa voiture.

Episode 56 par Elias Awad

La fesse à DN

Par la faute des deux gogols, ce connard de flic fouineur a échappé à une séance de mise à mort au cours de laquelle les deux bas-du-front auraient rivalisé de savoir-faire, tout en rigolant comme d’habitude. Il se devait d’être là pour poser les questions et entendre les réponses avant de le laisser aux bons soins des frères Mazoj. Mais disparu, l’enflure de flic, évanoui dans la nature ! Blanchard est furieux. Ils ne rient plus après leur bourde, ces deux cons ! Mais chez Anton, il y a quelque chose de louche… Le géant, le plus vicelard des deux, celui dont il aurait fallu doser les ardeurs si l’on voulait tirer quelque chose d’utile du flic, avait sur sa tronche quelque chose de plus que, juste, l’air penaud de qui a gaffé grave… Mais quoi ?! Blanchard en est là de ses réflexions quand son Galaxy S9 se met à vibrer contre sa fesse droite.

— « Quoi ?!!! Meeerde ! Quand ?! A l’arme blanche ! Et les chiens ?!… »

« C’était lui le génie, et c’est moi qui suis vivant ! », pense Blanchard. La réflexion lui traverse l’esprit pendant l’appel. Mais l’éphémère sourire qui passe au coin de sa bouche cède vite la place à la panique, en même temps qu’une sueur froide envahit instantanément son cuir chevelu ! La panique et sa copine, la parano. Qu’est-ce qu’il a, Anton ? Qu’est-ce qu’il sait qu’il garde pour lui ? Bruno voulait faire taire la vieille une fois pour toutes. « Anton, Pavel ! » crie-t-il aux deux frères en sueur en train de fendre des bûches, histoire de s’occuper.  « A l’hôpital ! La vieille ! Tout de suite !», aboie Blanchard en faisant courir son index sur sa gorge. Une fraction de seconde, Anton suspend son geste, le regard dans le vide. Une fraction de seconde qui n’échappe pas à Blanchard. « Je panique, là ! Faut que j’arrête mon cinéma !  Qu’ils dégagent la vieille, un point c’est tout. Bruno devait avoir de solides raisons de la faire taire alors même qu’il en était follement amoureux… »

— « Bouge-toi ! », hurle-t-il au grand Tchèque qui se dirigeait d’un pas lent (trop lent ?) vers la voiture où le frangin était déjà au volant.

* * *

Enfin arrivée dans la maison de l’Oise, Carole savoure chaque instant d’une douche longue et bien chaude. Elle réfléchit, tout en se débarrassant des quelques éclaboussures du sang de Bruno. Blanchard d’abord ou Amanda ? Le demi-frère a commandité l’assassinat, même si c’est Lalande qui l’a décidé. L’envoyer ad patres ne lui poserait pas plus de problème, même s’il devait être maintenant sur ses gardes. Elle sait qu’elle fera, là aussi, le geste de sang-froid. Mais cette femme dont sa jumelle était amoureuse…

L’eau coulant sur la large cicatrice de brûlure qui court sur l’arrière de sa cuisse droite, de la fesse (la fesse à DN, comme elle l’appelle) presque jusqu’au pli du genou, ramène Carole, aujourd’hui comme presque tous les jours, à l’accident. Le gros Range qui la suivait depuis un bout de temps cette nuit-là alors qu’elle rentrait de Sélestat par la D1083, qui l’a lentement doublée dans Benfeld, le passager cagoulé qui a profité de l’éclairage public pour la dévisager longuement. Puis, en rase campagne peu après la sortie de la ville, l’éblouissement des phares venant en sens inverse. Puis le choc. N’était celui qu’elle appelle depuis son “Grand Frère”, Carole aurait sûrement péri lors de l’explosion du véhicule. Après, bien après, la mémoire lui est revenue pan après pan… Les avances incessantes de Bruno quand il vivait à la maison, le viol pour la punir de l’avoir si longtemps « humilié » en lui crachant à la figure son mépris, sa propre menace de tout raconter à sa mère, et la vidéo que son beau-père avait faite pendant le viol et qu’il menaçait à son tour de montrer à Laure… Cette vidéo, expression de toute la perversité du personnage, où elle s’entendait haletant en rythme des « ouiii Bruno », des « vas-y Bruno ». C’était bien sa voix, mais retravaillée en studio pour que ses cris d’encouragement, repiqués d’une vidéo de course au sac à patates, du temps des beaux jours où tout allait bien, deviennent des feulements de femelle en rut !

* * *

Au moment où Lerek traverse la rue devant l’immeuble d’Amanda pour suivre les trois encagoulés qui sentent les ennuis à plein nez, un scooter qu’il n’avait pas vu lui démarre sous le nez. Sans doute était-il garé dans le renfoncement de l’entrée de l’immeuble, dissimulé par l’obscurité et les voitures alignées le long du trottoir … « Merde, merde et merde ! », se dit-il. « Suivre les trois barbouzes ou retourner prendre la voiture et poursuivre ce qui n’a peut-être rien à voir avec tout ça ?! »

Episode 57 by Kate Wagner

Personne ne sortira indemne

Lerek retrouva sa voiture, écrasa sa cigarette, et s’y engouffra avec une rapidité surprenante malgré les vertiges qui l’assaillaient. Il avait oublié, comme trop souvent en ce moment, de manger. Fumer lui coupait l’appétit comme aucune pilule amaigrissante magique n’était capable de le faire. Demeurer mince et affûté pour rester dans la course. Il voulait garder son physique de jeune séducteur mais, à plus de 40 ans, cela devenait de plus en plus difficile.

Il démarra dans un bruit désagréable de crissement de pneus et dans l’odeur de gomme brûlée. La décision de suivre le scooter était une fulgurance qu’il regrettait déjà mais trop tard, il devait aller jusqu’au bout. Peut-être la chance allait, pour une fois, tourner à nouveau en sa faveur. Elle ferait de lui le leader qu’il avait toujours été aux yeux de nombre de ses collègues. Féminines surtout.

Il grilla un premier feu rouge à l’angle de la rue Van Landuyt et du Boulevard Perrault. Il roulait vite mais le scooter, plus maniable, prenait de l’avance. La silhouette de cuir sombre, casquée de noir, incarnait à elle seule toutes les violences.

Lerek tourna brusquement à droite et soupira de soulagement en distinguant le deux-roues au bout de la route. Ce moment d’inattention à se focaliser sur sa cible lui coûta plusieurs précieuses secondes. Une femme traversait au passage piéton, poussant la trottinette d’une fillette en robe rouge. Détail troublant que Lerek enregistrait malgré lui. Il voyait le point d’impact se rapprocher à une allure vertigineuse. Impossible de l’éviter. Il imaginait les deux petits pantins tournoyer dans le ciel gris. Il appuya avec force sur la pédale de frein comme si l’énergie de sa rage pouvait décupler son efficacité. Il voyait à présent la couleur des yeux écarquillés de la mère. Elle ressemblait à un lapin pris dans les phares. Puis, un clignement de paupières pour s’apercevoir que sa voiture s’était stabilisée, le parechoc collé à la hanche de la petite. La sueur ruisselait le long de sa colonne vertébrale. L’odeur opiacée de la peur emplissait l’habitacle de la Peugeot.

Il ne prit pas le temps de s’apitoyer sur les piétonnes, les contourna et redémarra dans un tourbillon de gaz d’échappement. Paniqué, il chercha à visualiser le scooter. Il l’avait perdu.

Impossible. Ne pas baisser les bras. Fonce Lerek, montre-leur qui tu es, montre-leur quel seigneur ils peuvent vénérer. Il passait la cinquième, à fond au feu rouge du carrefour des Surréalistes lorsque, venant de sa gauche, une grosse BMV ne put l’esquiver. Le choc, terrible, enfonça la portière du flic pour atteindre quasiment le siège passager. Lerek, dans la carcasse fumante et le verre brisé, sentit ses os craquer, sa bouche se remplir du goût ferreux du sang et s’étonna de ne ressentir aucune douleur. Il glissait doucement dans un autre monde, revit sa vie en accéléré. Sa dernière pensée fut que personne n’allait sortit indemne de cette histoire de dingues.

Episode 58 by Jean-Paul dos Santos Guerreiro

In extremis

Dès son incorporation dans la brigade, Nobel sentit une tension constante au sein de l’équipe. Trop de meurtres, trop de questions, pas assez de réponses… La pression de leurs supérieurs devenait ingérable. Et puis, pourquoi, dès son arrivée, Lerek l’avait-il pris littéralement en grippe, malgré tous ses efforts ? Il était toujours sur son dos à essayer de le piéger!

Pourtant, s’il y en avait bien un qu’il admirait, c’était Lerek.

Que serait-il devenu sans lui ?

Un voyou, un dealer peut-être ?

Pire, sûrement !

A 15 ans, Nobel en était à son troisième braquage quand il s’était retrouvé face à ce policier qui, après l’avoir appréhendé, était venu le voir plusieurs fois en détention.  A l’époque, il avait le crâne rasé, chétif, à peine cinquante kilos, pour un mètre soixante-dix-sept. Il avait repris ses études pour celui qui était devenu « sa référence ». Quand il s’inscrivit à l’école de police, il avait fait son possible pour être dans la même brigade que Lerek, celui qui lui avait redonné un motif de vivre et une vraie envie d’aider son prochain.

Quelle fut sa surprise en arrivant ! Cheveux grisonnant et l’air bougon, Lerek l’avait tout de suite pris de haut. Nobel n’avait même pas osé lui dire qui il était et pourquoi il était là… Tous les jours, il voyait Lerek s’enfoncer dans un monde gris et taciturne. Ses doigts complètement jaunis par la nicotine à force d’enchaîner les cigarettes. Plus que des envies, c’était devenu un véritable besoin. Il les allumait nerveusement, en plus des cafés qu’il buvait à toute heure de la journée, et qui ne lui étaient plus d’aucune utilité, juste un réflexe.

Ce matin, il décida de faire à son tour quelque chose pour lui. L’envie de le mettre au pied du mur, de lui demander ce qui lui était arrivé. Il appela Lerek pour qu’il vienne à Lariboisière. Il était en bas du poste de police, et le vit arriver quelques minutes plus tard… Il s’attendait à le voir tourner sur sa droite, mais Lerek filait tout droit, dans la direction opposée. Pourquoi ? Nobel décida de le suivre. Il eut à ce moment-là, une drôle d’intuition.

* * *

Cela faisait quelques minutes que Lerek stationnait au pied d’un immeuble, une cigarette à la main, une bière dans l’autre. Nobel n’osait l’aborder. Soudain, il jeta sa cigarette à peine entamée dehors et la bière sur le siège passager, démarra en trombe pour suivre un scooter qui filait déjà à toute vitesse. Nobel démarra à son tour. Lerek roulait comme un fou, atteignant des vitesses dangereuses, évitant de justesse une jeune maman et sa fille avec une trottinette, grillant les feux et les stops. Sa chance l’abandonna quand un gros 4×4 blanc le percuta de plein fouet.

Il s’arrêta frein à main à fond et dérapa. Il sortit de son véhicule téléphone à la main et appela les urgences en leur signalant le lieu de l’accident. Les occupants de la BMW étaient sonnés mais indemnes, les airbags avaient rempli leur fonction.

L’état du véhicule obligea Nobel à passer par la portière du passager pour voir l’état du blessé.

Pas fameux. Il ne ressentait aucun pouls, ni respiration. Nobel tenta une réanimation pendant plusieurs minutes avant l’arrivée des urgences. Lerek se reveilla enfin, en hurlant… Ses jambes avaient l’air complètement broyées suite à la déformation de la portière, coincées par la boîte de vitesse.

— Putain ! Mes jambes… Ça fait un mal de chien.

— Ne bouge pas, Lerek ! Les secours arrivent !

— Ne bouge pas… Tu te fous de ma gueule ? Où veux-tu que j’aille dans cet état ? Et qu’est-ce que tu fous là, Nobel ? Tu devais pas aller à Lariboisière ?

— Il fallait que je te parle. Savoir ce qui t’étais arrivé, pourquoi tu as tant changé. Tu n’es plus le Lerek de mes souvenirs.…

— Le Lerek de tes souvenirs.… C’est quoi cette connerie encore ?

— Mon nom n’est pas Nobel. Je m’appelle Jacques. Jacques Seyssau !

— Mais…

— Non, ne dis rien ! Laisse-moi finir. J’ai voulu suivre ton exemple Lerek, rentrer dans la police mais avec mon casier, j’ai dû me refaire une identité. Je ne t’ai pas dit non plus qui j’étais car ma vie, ma rédemption reposent sur un faux, sur un mensonge. Je ne voulais pas t’y impliquer.

— Jacques ? L’ado paumé ?

— Oui !

— Oh, Jacques !… Oh, putain !… J’crois bien que tu viens d’me sauver la vie, gamin ! dit-il en s’évanouissant de nouveau, pendant que l’auto-radio s’arrêta sur un morceau de « In Extremo ».

Au loin, on entendait déjà les sirènes hurlantes des secours…

Episode 59 by Élodie Torrente

Une folle alliée

Tandis que les pompiers s’affairaient autour de Lerek, essayant de le dégager de la carcasse, Blanchard et les frères Mazoj s’apprêtaient à en finir avec l’ex-femme de feu Bruno Lalande. Suivis de près par Sebastián Lerot qui retournait à la case départ. Celle qui avait permis aux deux molosses tchèques de lui casser la tête puis de l’enfermer pieds et poings liés dans le coffre de leur voiture.

Sur le parking, alors que Lerot se remémorait ces funestes instants, Blanchard sortit de son véhicule laissant les deux autres dans l’habitacle. Ils le rejoindraient plus tard, habillés en blanc, comme ils l’ont toujours été pour s’occuper, à coups de piqûres, de Laure Longchamps. Si, et rien n’était moins sûr, la mère de Camille et de Carole était toujours de ce monde avec la dose de sédatif qu’ils lui avaient injectée la veille.

Lerot se gara discrètement à quelques mètres des autres, derrière un gros Range Rover. Un couple et un adolescent en descendaient. Sans perdre Blanchard de vue, il engagea la conversation avec le père au visage blême. Un quadragénaire de type golfeur portant casquette et chemise Lacoste qui, au bout de quelques pas, manquât de tomber. Retenu in extremis par sa femme et le bras vigoureux de Lerot, l’homme blafard échappa de peu au sol. C’est alors que l’épouse expliqua à l’inspecteur le choc violent qu’ils venaient de subir en percutant une voiture lancée à pleine allure. Des larmes coulaient sur ses joues. Vu l’état de l’autre véhicule, le chauffeur était mort. C’était sûr ! Ils étaient devenus en un quart de seconde et malgré eux, des meurtriers. Jamais, elle ne s’en remettrait. L’adolescent silencieux avançait à leur côté, les yeux rivés sur son smartphone.

Tout en supportant le quidam et en réconfortant la femme, Lerot, ainsi joint à cette famille, entra dans l’hôpital sans attirer les soupçons de Blanchard. Une fois parvenu à l’accueil et le père de famille confié à des mains expertes, il prétexta une visite urgente pour s’éclipser et suivre, à distance, celui qu’il soupçonnait d’un prochain meurtre. Avec la casquette du mari sur la tête, offerte de bonne grâce par la femme reconnaissante, il put mieux se fondre dans les couloirs sans être démasqué par l’escroc qui empruntait la direction du service psychiatrique.

Lerot ne put s’empêcher d’être soulagé. Il avait eu peur en se garant que les trois enfoirés ne s’en prennent à sa chère Rémini. Il se promit d’ailleurs de profiter de sa venue ici pour lui faire une petite visite ensuite. Enfin, si tout se passait bien. Car, à trois contre un, même avec sa carte de flic et dans un hôpital, vu les rebondissements de cette histoire, de nouveaux emmerdements ne l’étonneraient pas. Rien ne s’était déroulé comme prévu. Même son eczéma avait disparu, sans crier gare. Lui qui, de longue date, l’empêchait de vivre sans se gratter. Il n’était donc pas à un coup de théâtre de plus.

Au bout de cinq minutes à longer les longs murs vieillots de l’hôpital du nord de la capitale, il s’arrêta à l’angle d’un couloir et, à une vingtaine de mètres, tendit l’oreille pour écouter ce que disait l’infirmier posté à l’accueil du service psychiatrique. Par chance, ce n’était pas la jeune et douce infirmière de la veille. Le soignant du jour avait une voix grave et forte.

« Madame Longchamps. Vous êtes de la famille ?

— Je suis son frère.

— C’est le service administratif qui vous a prévenus ? Déjà ?

— Prévenu de quoi ?

— Eh bien… Comment dire… Attendez, je vais appeler un médecin.

— Elle est morte ? Une pointe de soulagement transparut dans la voix de Blanchard.

— Veuillez patienter. »

L’infirmier décrocha son téléphone pendant que le demi-frère de Lalande faisait les cent pas devant le comptoir.

Lerot, qui n’en avait pas perdu une miette, espérait que la vieille n’avait pas trépassé. Elle avait des choses à lui dire. Elle était au cœur de tous ces meurtres. Il en était maintenant convaincu. Avoir été agressé et kidnappé alors qu’il était près de s’entretenir avec elle avait forcément du sens. D’autant que les Mazoj étaient déguisés en infirmiers. Il avait bien fait de réfréner son envie de se protéger en fuyant et de les suivre. Fallait qu’il contacte la brigade de toute urgence. D’autant qu’il allait se prendre un sacré savon par Fabre ! Or, avec son maudit téléphone qui n’avait plus de jus, ce n’était pas gagné. Il le sortit quand même de sa poche au cas où, par le miracle des nouvelles technologies, il redémarrerait puisqu’il en avait besoin. Mais rien. Écran noir.

Tapi dans son coin, il décida d’attendre l’arrivée du médecin. Et avant que Blanchard n’ait le temps de se retourner pour repartir et, inévitablement, le découvrir, Sebastián déguerpit, après avoir entendu le psychiatre annoncer au soi-disant frère qu’à 7 heures ce matin, l’aide-soignante de service avait trouvé la chambre de Madame Laure Longchamps vide. La patiente était partie en laissant toutes ses affaires. En dehors d’une enveloppe et de sa pièce d’identité qu’elle conservait dans le fond de son armoire, rien n’avait été emporté.

Episode 60 by Oph

Exfiltration

Après leur entretien avec Dieter, Max et Costes s’engouffrèrent dans leur voiture. Direction Paris. Le déplacement n’avait pas été vain. Les informations obtenues par leur mystérieux contact donnaient le mobile du meurtre de Camille et il était urgent d’en aviser Lerot. Enquêter en free lance c’est bien, mais ils ne pouvaient faire justice eux-mêmes. Bien que souvent border-line, les deux compères voulaient, plus que tout, que les responsables de la mort de leur petite protégée payent pour leur crime.

Cinq sonneries, répondeur… « Chiotte » s’exclama Max en jetant son téléphone sur le tableau de bord.

— Impossible de joindre Lerot. À quoi lui sert son téléphone puisqu’il ne répond jamais !

Costes lui jeta alors un regard qui voulait tout dire, il mit le contact, passa la première et fit crisser les pneus en quittant le parking de Der listige Fuchs. Dans 10 heures ils seraient de retour dans la Capitale, peut-être moins. Si d’ici là Lerot ne donnait pas signe de vie, ils se rendraient directement dans le bureau du juge Fabre.

* * *

Quand Carole avait reçu l’appel de sa mère, il lui avait fallu quelques secondes pour réaliser qu’elle ne rêvait pas… Alors qu’elle la visitait régulièrement, elle ne semblait pourtant pas la reconnaître. Que s’était-il passé ? Comment était-elle sortie de ce brouillard qui semblait la dévorer depuis son internement ? Il serait temps de lui poser ces questions quand elle l’aurait rejointe. En attendant, il fallait la sortir de cet univers de blouses blanches et la rapatrier ici, à ses côtés. Là-bas, elle était en danger, même si ce porc de Lalande était mort, Blanchard courait toujours…

« Grand-frère ? C’est moi… Je vais encore avoir besoin de ton aide.

— Je t’écoute.

— Ma mère m’a appelée…

— Quoi ?

— Oui, elle est sortie des vapes et se souvient de tout. On ne peut pas la laisser là-bas, elle est en danger. Il faut la ramener près de moi, ici elle sera en sécurité.

— Je suppose que tu veux que j’aille « l’enlever » ?

— Tu veux bien ?

— Je m’en occupe. »

Après avoir raccroché, le « grand-frère » prit la direction de l’hôpital psychiatrique.

Laure écarquilla les yeux.

« Toi ?

— C’est Carole qui m’envoie. Elle veut que je te ramène près d’elle. Maintenant que tu as retrouvé tes esprits, tu es une menace pour Blanchard. Je t’emmène auprès de ta fille.

— Carole sait-elle qui tu es vraiment ?

— Non, je ne lui ai rien dit. »

Laure se leva et embrassa l’homme que sa fille lui avait envoyé.

Quand, quatre ans plus tôt, Laure avait pris conscience du danger que Lalande représentait pour ses filles, elle avait contacté Eric, frère de son défunt mari. Militaire de carrière, Eric passait son temps en OPEX. Les jumelles avaient entendu parler de tonton Rico mais ne l’avaient jamais rencontré. Le jour de l’accident de Carole, Eric la suivait de loin. C’est ce qui avait sauvé la vie de la jeune femme. Il avait choisi de ne pas en parler à Laure tant que Carole n’avait pas recouvré la mémoire et la santé après l’accident. Il souhaitait préserver sa belle-sœur. Malheureusement, il ne se doutait pas que Laure sombrerait dans la folie.

Profitant du changement de service et de la baisse de vigilance du personnel de l’hôpital, Eric et Laure quittèrent les lieux sans se retourner. Direction la baraque campagnarde. Il était temps de recomposer ce qu’il restait de leur famille et de faire la lumière sur la mort de Camille.

Episode 61 by Nina du Resto littéraire

Direction Lalande

Amanda se retourne dans le lit, cherchant une meilleure position, mais, lui arrachant un cri, une douleur fulgurante la réveille tout à fait. Les yeux dans le vague et l’esprit dans le brouillard, elle met quelques minutes à retrouver le fil des évènements. Je suis dans mon appartement avec la fille de Max et la sonnette retentit… J’ouvre…Un violent coup de poing me percute… Je me réfugie dans un bar…Je me réveille dans cette chambre et deux silhouettes sont au-dessus de moi en train de changer mon bandage…Mais où suis-je ?… D’une main décidée, elle cherche un interrupteur. Avec la lumière, elle découvre un petit mot glissé à son intention sur la table de nuit.

« Belle Camille, si tu te réveilles, fais comme chez toi ! Je serai vite de retour. Jo »

Au moins, elle n’a pas donné son vrai nom à l’inconnu(e), Jo, son bienfaiteur ou bienfaitrice de l’instant, qui sera sûrement déçu(e) à son retour.  Remerciant sa bonne étoile d’être en vie et surtout d’avoir su tenir sa langue. Malgré la terrible sensation de coaltar, elle tente de se lever, cherche ses fringues qu’elle ne trouve pas. Elle aperçoit et saisit une boîte de calmants sur la table de nuit, en avale deux. Dans sa tête un seul leitmotiv :

 « A nous deux, Mr Lalande. Une petite visite à votre villa est maintenant nécessaire »

* * *

De retour de la pharmacie, Carole entre le digicode de l’immeuble de son « grand frère ». Impatiente comme une enfant, elle se dirige vers la porte de l’appartement. Enfin, elle va retrouver sa maman. En la voyant, elle comprend à son regard qu’elle est vraiment redevenue elle-même. Elles se jettent dans les bras l’une de l’autre. La joie est si intense que Carole fond en larmes.

« Maman ! Merci Eric, merci. Mais explique-moi, que s’est-il passé ? A chaque fois que je venais te voir, tu étais incapable de me reconnaître et là, tu l’air si… normale !

— Calme-toi, ma chérie ! Je vais t’expliquer ou plutôt, Rico va t’expliquer car il y a, encore quelques minutes, je ne comprenais pas moi-même.

— Rico… Mais il faut croire que vous avez déjà bien fait connaissance tous les deux pour que tu lui donnes un petit nom ! En même temps, je savais qu’il te plairait !

— Non, Carole, tu n’y es pas. On se connait depuis longtemps avec Eric. Assieds-toi, on va tout t’expliquer. »

Interloquée, Carole s’assoit, à la fois curieuse et inquiète de ce qui l’attend.

« Dis-moi ma chérie te rappelles-tu de ton oncle ?

— Le frère de papa ? Oui, vaguement. Pourquoi ?

— Te rappelles-tu de son prénom ?

— Attends que je réfléchisse… »

Concentrée, Carole sonde sa mémoire et d’un coup, les yeux écarquillés, l’incrédulité sur le visage, elle se tourne vers Eric.

« Tonton Rico ! Vraiment ? Mais pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ?!

— Sans compter ta perte de mémoire, tu étais dans un sale état après l’accident… Puis, les mois ont passé,  tu t’évertuais à m’appeler grand frère, alors j’ai laissé couler. D’autant que la mort de ton père était encore pour toi une énorme blessure que je ne voulais pas rouvrir. Désolée Carole !

— Mais pour maman ?

— J’ai autre chose à te révéler. Comme tu le sais, Blanchard et Lalande ont deux gros bras tchèques qui font tout leur sale boulot. Eh bien, l’un d’eux, Anton, est un ami, un frère d’armes et j’ai une confiance aveugle en lui, malgré la brute qu’il peut être. Lorsqu’un soir on s’est retrouvé autour d’une bière et qu’il m’a parlé de son nouveau patron, le rapprochement avec vous a été rapide dans ma tête. Je lui ai donc demandé de veiller sur vous. J’ai… ou plutôt, il a échoué pour Camille…  J’avais aussi des soupçons sur la réalité de la folie soudaine de ta mère et j’ai demandé à Anton de chercher à savoir si Lalande ne la droguait pas. Mon intuition était bonne et Anton a simplement remplacé les comprimés par d’autres identiques mais inoffensifs. Il ne restait plus qu’à attendre que les effets se dissipent et que ta mère revienne dans notre monde en espérant que ce soit possible »

Toujours assise Carole est incrédule, son « grand frère » et son oncle Rico sont une seule et même personne.  Et si Anton avait été plus malin, sa sœur serait toujours en vie. Une rage intense s’empare d’elle.

« Merci pour maman, mais cela n’efface en rien la mort de Camille, sache-le. Maintenant, on bouge et on file chez Lalande. Les flics auront certainement déguerpi et je suis sûre que Blanchard va en profiter pour passer la villa au peigne fin afin de faire disparaître toutes les preuves. Et je veux être là !

— Comment être sûr qu’ils y seront à notre arrivée?

— Envoie un SMS à ton frère d’arme, Anton ! »

Episode 62 by Solène Bakowski

Le roussi vous va si bien

Amanda se redresse avec difficulté, s’assoit d’abord, marque une pause, puis pose ses pieds sur le sol avant de tenter de se mettre debout. Mais elle vacille, emportée par le poids de sa tête qui est à présent un véritable champ de courses. Affaiblie, elle manque de tourner de l’œil. Elle doit se rendre à l’évidence : dans son état, quitter cet appartement ne sera pas une sinécure. Sans compter que le ou la dénommée « Jo » — comment savoir avec un surnom pareil ? — lui a ôté la plupart de ses vêtements.

Après quelques secondes au cours desquelles elle s’efforce de faire la mise au point sur le mobilier qui l’entoure, elle titube vers un grand placard. Elle l’ouvre et en analyse brièvement le contenu jusqu’à déduire que « Jo » est a priori un homme plutôt jeune qui semble avoir un faible pour la couleur orange. Et la cigarette, si l’on considère les relents de tabac froid exhalé par les vêtements. Amanda réprime le haut de cœur qui lui soulève l’estomac et parvient à saisir un pantalon noir et un tee-shirt citrouille affublé d’un smiley idiot qu’elle enfile en serrant les dents tant sa poitrine, son menton, ses bras, ses jambes la font souffrir. Elle coince ensuite ses cheveux dans une casquette publicitaire à l’effigie d’une marque de whisky.

C’est bon, ça va le faire, se dit-elle, ragaillardie à l’idée de traverser la ville déguisée en homme et donc, parfaitement incognito.

Puis :

Merde, mes chaussures.

Elle lorgne, dépitée, du côté de la petite paire d’escarpins gisant sur le sol. Elle se résout alors à attraper des baskets qui lui paraissent immenses — Mais combien chausse ce type ? Du… 48 ???? — et dans lesquelles ses petits pieds flottent allègrement.

Espérons que je n’aie pas besoin de courir, conclut-elle en se glissant à l’extérieur de l’appartement, tout en se promettant vaguement de changer de boulot. Un truc plus calme. Un truc où elle n’aurait pas besoin de se couler dans des pompes aux allures de bateau de croisière et de revêtir un tee-shirt ridicule pour buter un type et, ainsi, sauver sa peau.

* * *

Pas de Laure. Blanchard est livide.

— Mais comment c’est possible ? grogne-t-il tout en s’efforçant de contenir sa colère pour ne pas effrayer le personnel hospitalier.

N’osant pas prendre l’infirmier directement à partie, il roule des yeux furibonds vers les deux Tchèques, qui attendent légèrement en retrait.

Une cloche tinte. Comme un cheveu sur la soupe. L’agacement monte d’un cran pour Blanchard, qui, à présent feule et plisse les yeux. Son cou gonfle. On dirait un taureau prêt à charger.

Anton se dépêche d’extirper le portable du fond de sa poche. Un SMS. Qu’il n’a pas le temps de lire.

— C’est pas le moment d’échanger des mots doux ! postillonne Blanchard en expulsant le téléphone des mains d’Anton pour faire passer ses nerfs.

* * *

— Il t’a répondu ? s’inquiète Carole qui, déjà, prépare son matériel.

Son oncle secoue la tête.

— Pas encore.

— Et si ton ami ne recevait pas le message ? Et s’ils nous tendaient un piège ? Et si…

Éric s’approche doucement de Laure dont la respiration saccadée s’adoucit sensiblement.

— N’oublie pas que ta fille est une magicienne, lui souffle-t-il sur un ton apaisant, avant de lancer un clin d’œil à Carole.

*****

Le téléphone d’Anton glisse sur le sol parfaitement lustré du couloir de l’hôpital, pour venir s’écraser sur le bout de la chaussure de Sebastiàn. Dans une tentative désespérée, celui-ci s’efforce de recroqueviller ses pieds. Trop tard. Anton dirige son immense carcasse droit sur lui. Et sur son eczéma qui, bien sûr, se remet à le démanger sévère.

Episode 63  by Aline Gorczak

Va-t-on en voir la fin ?

Sebastián retient sa respiration en espérant que le type parvienne à récupérer son téléphone avant qu’il n’arrive jusqu’à lui. Peine perdue, le Tchèque se retrouve nez à nez avec le flic. Moment suspendu où chacun évalue ses « chances ». Anton ramasse son appareil tout en fixant Sebastián et lui tourne le dos sans un mot. Lerot n’en revient pas. C’est quoi ce délire ? Il s’attend à chaque seconde à ce que le duo de gros bras lui tombe dessus. Il observe Blanchard piquer sa crise sur les deux Tchèques. Dans la foulée, il comprend que Madame Longchamps n’est plus ici. Mille questions se bousculent sous son crâne. Comment une femme n’ayant plus toute sa tête, qui semble apathique, peut quitter un établissement médical sans que personne n’intervienne ? Qui l’a aidée et pourquoi ? Que sait-elle ?

C’est Valérie qui lui avait parlé de Madame Longchamps comme étant une piste possible. Chose improbable, elle s’est volatilisée, elle aussi. Elle est folle d’avoir signé cette décharge et d’être partie dans son état. Il faut absolument qu’il lui parle et pas que de l’enquête mais avec ce p….. de téléphone HS, impossible. « Allez, bouge-toi, Lerot » se sermonne-t-il.

* * *

Impensable de rester à rien faire en attendant la Scientifique. Valérie fouine un peu par-ci, par-là. Il faudrait juste un petit coup de pouce pour que cette enquête avance. Marre de faire du surplace. Dans le bureau, Rémini remarque qu’un tiroir du bureau est légèrement entrouvert.  Une pochette rouge, un CD, un carnet en moleskine. Elle enrage : avoir ça sous la main et  ne pas pouvoir y jeter un œil. Elle repère une boîte de kleenex. Cela fera l’affaire. Bon, pas le temps de lire le CD avant l’arrivée du Juge. Parce qu’à n’en pas douter, il va ramener ses fesses ici. Dans le carnet en moleskine une suite de chiffres, qui pourrait être des dates et des initiales. Des transactions douteuses ? Pot de vin ? Pas trop le temps de déchiffrer là non plus. La pochette rouge, c’est autre chose. Elle contient trois séries de clichés, étiquetées des prénoms des jumelles, une montrant Carole, une autre série de Camille, qui, toutes les deux, semblent avoir été pistées sur plusieurs mois.  Et enfin, la dernière, des clichés de Carole… morte.

* * *

Nobel trouve le temps long, très long. Un chirurgien se dirige vers lui. Son visage fermé n’augure rien de bon.

« Je regrette, nous avons fait notre possible. Nous avons dû le réanimer deux fois pendant l’intervention. La troisième fois, nous n’avons pas pu le ramener. »

Coup de massue pour Nobel.

Episode 64 By David Smaja

 Ensemble, nous sommes plus forts !

Quelques heures plus tôt, sur le chemin de Paris, Max et Costes passèrent un coup de fil à Fabre. Max, en vieux routard de la chronique judiciaire, avait des rapports fort décomplexés avec le juge, contrairement aux flics qui tremblaient à chacun de ses mots. Une relation d’échange de bons procédés et d’égal à égal face à l’information s’était installée entre eux pour le bien de la justice, en général. Sans une hésitation, il avait composé le numéro du bureau du magistrat.

— Salut Fabre, C’est Lindberg. Je reviens d’Allemagne avec Costes. On a découvert que Lalande et Blanchard seraient impliqués dans le meurtre de Camille. Elle en savait trop sur leurs magouilles. On essaie de joindre Lerot mais il ne répond jamais à son foutu portable.

— Oui, je sais, il est aux abonnés absents, ce qui devient inquiétant. On a cherché à tracer sa voiture et elle a été signalée sur le parking de Lariboisière. Pas eu le temps d’envoyer du monde, c’est le branle-bas de combat chez Lalande qui s’est fait dessouder

— Ah bon mais par qui ?

— Ça, on l’ignore encore mais une équipe se rend sur place pour trouver la réponse.

— Ok, on te rejoint là-bas ! Envoie-moi les coordonnées par SMS.

— On passe d’abord jeter un œil à Lariboisière, c’est sur le chemin, coupe Costes. C’est un ours râleur, le Lerot, ce n’est pas dans ses habitudes de rester silencieux et de fermer sa gueule.

* * *

Sebastián observe Blanchard et ses acolytes en train de s’envoyer des amabilités devant l’employé de l’hôpital qui n’en mène pas large.

Il sent alors une poussée d’adrénaline lui vriller le corps, il réfléchit pendant quelques secondes, évalue ses forces, il ne peut pas ne rien faire, c’est viscéral. Il décide de remettre en branle sa machine à baffes, peu importe les conséquences et même si ses chances d’en sortir vivant sont minimes.

C’est à ce moment précis qu’une main s’abat sur son épaule. Sebastián s’apprête instinctivement à porter un coup en se retournant et arrête son geste avant une issue douloureuse pour le propriétaire de la main.

— Putain, Costes ! lâche-t-il dans un soupir.

— Bah alors Lerot, le monde entier te recherche et tu ne donnes aucun signe de vie, s’exclame Costes.

— Chut ! Blanchard et ses deux hommes de mains sont juste-là. Il faut qu’on les appréhende, venez avec moi !

— Ça tombe bien, je ne suis pas sorti à poil, lance Costes en exhibant son flingue.

Muni de son distributeur de chocolats en plomb, Costes prend les devants et se positionne en face des trois hommes.

— On la boucle et on lève les mains bien gentiment, messieurs, les somme-t-il

Blanchard, avec une rapidité qui prend tout le monde de court, sort un poignard, agrippe l’infirmier par le cou et hurle à Costes :

— Tu poses ça direct ou je l’égorge devant toi !

Avant de s’effondrer, K.O. sous le poing d’Anton. Lerot, Costes et Lindberg restent immobiles, abasourdis.

— Passez-lui les menottes avant qu’il ne se relève, leur commande Anton. Je vais tout vous expliquer.

* * *

A la villa, les sources vives s’agitent. Le juge Fabre, accompagné de la brigade scientifique, a déboulé. Oui, Valérie avait raison, c’est moche, très moche même. Après les premiers prélèvements effectués et toutes les précautions prises, Valérie va enfin pouvoir consulter le CD. Son cœur bat à tout rompre, son instinct de flic ne la trompe pas, elle sent que la clé de l’énigme est là. Les fils vont enfin se dénouer. Elle introduit le CD dans l’ordinateur…

Episode 65 by Armelle Carbonel

Le diable se cache dans les détails

Éric glisse son portable dans la poche de son jean. Il n’attend pas de réponse au message envoyé à Anton. Celui-ci tenterait certainement d’entacher sa détermination à se rendre chez Lalande. Rompu à la rudesse de sa formation militaire, il n’en demeure pas moins un homme, doté de faiblesses qui portent les doux noms de Laure et Carole. Ses clefs de voiture tintent au creux de sa main tandis qu’il observe les deux femmes assises sur les sièges en cuir brûlés par le soleil. Leur impatience rime avec le silence. Un tableau de famille figé sous la morsure du soleil, et l’immensité des champs. Sans prononcer un mot, ils s’engagent sur les entrelacs de bitume qui sillonnent la campagne, bifurquent sur des axes moins fréquentés et s’enfoncent au cœur des massifs boisés où la nuit ne tardera plus à déposer son voile funeste. Les heures défilent, cadencées par le ronronnement du moteur et les souvenirs interdits que chacun garde précieusement scellés au fond d’une gorge nouée par l’angoisse. Le temps s’échappe vers une issue inéluctable. La villa de Lalande se profile enfin derrière une barrière végétale propice aux cauchemars. Noirceur et vengeance bouillonnant d’un même sang.

— Arrête-toi ! », s’écrit soudain Carole, achevant le silence si bien installé.

Par-delà les cimes, le ciel s’éclaire d’un étrange ballet de lumières. L’agitation soulevée par la brise confirme leur crainte : les flics ont investi les lieux.

« On fait quoi ? s’inquiète Laure, le teint blême.

— On se tire ».

Qu’auraient-ils pu envisager d’autre ? Une bonne nuit de sommeil — tant est que Morphée daigne se pointer — leur éclaircirait les idées. Réfléchir. Chercher une marge de manœuvre. Tuer Blanchard.

Un motel sordide à la lisière de la ville ferait l’affaire.

« Deux chambres », commande Éric, soucieux de mettre les siens à l’abri.

Carole et sa mère s’engouffrent dans la première tandis que son oncle disparait dans le capharnaüm mitoyen. La jeune femme surprend le regard pétri de tendresse dont il la couve. Elle se sent soudain mal à l’aise… Jamais auparavant il ne l’avait percée avec une telle intensité qui semblait signifier : je t’aime plus que tout.

Au plus fort de la nuit, Carole sursaute sur sa couche inconfortable. Elle constate le vide laissé par sa mère dans ce lit de misère. S’effraie du bruit d’une altercation dans la chambre voisine. Des voix qui portent, des gosiers hurlants, des menaces jetées contre les parois trop minces pour les dissimuler. L’oreille collée au mur, elle entend les bribes d’une colère terrifiante :

« Tu allais le lui dire… Je l’ai lu dans ton regard…

— Laure, s’il te plaît…

— Non ! J’ai déjà perdu une fille… Confiance… Peux pas avouer… Trahison… ».

Puis le cri d’un verre brisé, d’un crâne qui explose sous une pluie de plaintes douloureuses.

Carole se rue hors de la chambre. A cet instant, Laure apparaît sur la coursive, les mains ruisselant de la preuve écarlate de son forfait. Abasourdie, la jeune femme recule dans ce vide qui l’attire inexorablement.

« Mon dieu… Qu’as-tu fait, maman ? Éric ?

— Ce n’est pas ce que tu crois… C’était un accident… » gémit Laure.

Carole hurle après son oncle — son oncle, vraiment ? -, ce grand frère, son sauveur. Cet homme mort.

A ses yeux hallucinés, Laure Longchamps n’aurait eu aucun mal à convaincre un expert que sa place était en HP. Une unité qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Pour le bien de tous.

Episode 66 by Nathalie Mota

« Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît »

Valérie avait la sensation qu’un concert de black métal se déroulait dans sa poitrine.  Son cœur battait si fort qu’il résonnait dans ses tempes. Le CD était introduit depuis deux minutes déjà et le vieux PC faisait autant de bruit qu’un avion qui décolle.

Ses pensées naviguaient en eaux troubles, elle n’en pouvait plus de cette enquête qui partait dans tous les sens.

Elle aurait aimé que Sebastián soit auprès d’elle pour profiter de cette découverte et elle s’étonnait de penser à lui à cet instant précis. Cet idiot l’agaçait autant qu’il….

Son téléphone sonnait. Le nom de Lerot s’affichait, enfin des nouvelles !

— C’est pas trop tôt, Lerot ! Des jours que j’essaie de te joindre !

— Salut Rémini. Je te demande pardon, j’ai eu quelques impondérables… et tu es mal placée pour me fustiger, c’est quoi cette histoire de décharge ?

— On règlera nos comptes plus tard.  Où es-tu ?

— Pas loin de toi, j’arrive dans cinq minutes et j’ai des tonnes de choses à te raconter.

La communication fut coupée. Valérie regarda son téléphone d’un air perplexe. Cet abruti commençait sérieusement à lui courir sur le haricot et ce PC qui ne démarrait pas ! Elle entendit alors des pas dans les escaliers. Si un mec de la scientifique se pointait à cet instant, elle le jetterait manu militari. La porte s’ouvrit d’un coup sec et elle eut à peine le temps de se retourner que Sebastián entrait dans le bureau et se jetait sur elle pour l’enserrer comme un Robinson qui n’avait pas vu d’autre être humain depuis 20 ans. Elle se retrouva prisonnière, étouffant dans la chemise de Lerot qui puait le mauvais after-shave.

Elle se débattit tant bien que mal mais le bougre était plus fort qu’elle et elle finit par céder. Ce n’était pas si mal, finalement…

— Je me suis fait un sang d’encre, Val. Ne me fais plus jamais un coup pareil.

— …

— Oui, je sais. Tu en as bavé mais je suis là maintenant.

— Mmmmoooootttffffff !

— Je serai toujours là pour te protéger, tu le sais. Tu l’as toujours su. Tu peux me demander n’importe quoi. Te décrocher la lune, apprendre l’accordéon, devenir pompom girl… Tout ce que tu veux, je le ferai.

Sebastián relâcha son étreinte et prit le visage de Valérie entre ses mains. C’était maintenant ou jamais, il devait le faire ou l’occasion ne se représenterait peut-être plus. Il prit une grande inspiration, plongea son regard dans celui de Valérie et là, il oublia tout. Ses emmerdes, cette putain d’enquête, son eczéma. Il approcha ses lèvres de celles de la jeune femme et l’embrassa.

Episode 67 by Fanny HATT

L’amour filial

Carole agit rapidement. Elle ramassa le téléphone de son « oncle », son portefeuille, les mit dans sa veste et fit asseoir sa mère dans leur chambre après lui avoir lavé les mains.

— Tu ne bouges pas !  lui hurla-t-elle.

Elle se précipita dehors et alla discrètement à la voiture. Elle prit le bidon d’essence plein et revint en asperger la chambre où se trouvait Eric. Elle alla voir sa mère qui lui demanda :

— Comment va ton père ?

Carole resta troublée un instant mais elle avait tout compris la veille. Avant tout, il fallait qu’elle sorte sa mère de là et qu’elle la ramène à l’hôpital. Elle ne voulait pas qu’elle finisse ses jours en prison. Elle l’installa dans la voiture et retourna vider le reste de l’essence dans leur chambre. Une allumette craqua, les vieux rideaux, le lit et la vieille moquette s’embrasèrent aussitôt. Le temps que les secours arrivent, elles seraient loin et il n’y aurait plus une trace de leur passage. Elle démarra en trombe et pleura en pensant à son père…

Lorsqu’elle arriva par l’arrière de l’hôpital, elle prit garde aux caméras. Elle conduisit sa mère à l’intérieur et sut qu’elle ne la reverrait plus.

Sa mère, sans réaction, se laissa guider quelques pas puis continua à marcher le long du couloir jusqu’à ce que Carole entende une aide-soignante lui demander ce qu’elle faisait là.

* * *

Amanda, qui stationnait plus loin, fit le reste à pied pour s’approcher de la maison de Lalande. Soudain, une camionnette noire aux vitres teintées s’arrêta à sa hauteur. Une main lui tendit un téléphone d’où une voix sortit en hébreu :

— Agent Amanda, affaire terminée, retour au bercail.

Et elle s’engouffra dans le véhicule qui se fondit dans la pénombre de la nuit.

* * *

Valérie se dégagea tendrement de ce baiser.

— Sebastián… regarde… Sur mon pc… des listes, des photos, tous les trafics de Lalande de A à Z… ses complices, son demi-frère. C’est lui qui a commandité le meurtre de Camille ! Il est également responsable de la mort de son autre belle-fille, Carole… Un vrai salaud… Il faisait administrer de la drogue à son ex-femme à l’hôpital par un complice… Il faut retourner la voir à l’hôpital.

Au même moment, leurs portable bipèrent. Ils reçurent tous deux le même sms de Nobel leur annonçant le décès de Lerek.

Dernier épisode Nick Gardel

L’amour mon cul

Le premier cube s’abîma dans le liquide bouillant. Un tour de cuillère créa un vortex qui découpa la mousse compacte. Le second sucre prit le même chemin, mais déjà l’attention n’y était plus. Le juge Favre touillait distraitement son café, l’œil dans le vague. Il attendait.

Les épaules carrées de Max plongèrent le bistrot dans une semi-obscurité quand il passa la porte.

Ils étaient seuls dans ce boui-boui qui était depuis longtemps leur point de ralliement. Le juge fit néanmoins signe au journaliste, mais reprit rapidement son air las.

— Pas la forme des grands jours, on dirait… commenta le journaliste.

— Quand tu passes ta journée à patauger dans un merdier sans nom…

— J’avais cru comprendre que ça se décantait, pourtant.

—Tu te fous de moi ? Même mon expresso est plus clair que ce bourbier. On s’ébat dans l’hémoglobine et les pressions de la moitié des ministères. Toute la chaine de commandement est court-circuitée et devine qui va servir de fusible !

— D’habitude c’est plutôt les flics qui morflent, monsieur le juge…

— Avec la médiatisation du double attentat sur Rémini, elle est quasiment intouchable, idem pour Sebastián.

— Il s’agirait surtout de leur foutre la paix…

— Et la mienne de paix ? Ils s’en tirent bien de toute façon. Ils passent leur temps à s’entre-dévorer la couenne maintenant. Les petits oiseaux et les violons. Écœurant. Tout se barre à vau-l’eau.

— Sans compter que tu as Lerek qui est resté sur le carreau.

— Et que Nobel nous joue les pleureuses. Dépression post-traumatique, le gars n’est plus étanche. Les eaux de Versailles, les sanglots des grandes épopées. Hors-service aussi.

— Encore les ravages de la passion, rigola Max. En fait toute cette histoire est une vaste histoire d’amour.

— L’amour mon cul !

— Tu es vulgaire monsieur le juge.

— Je t’en foutrai de l’amour ! C’est surtout une histoire de dinguerie. Les Longchamps et ceux qui gravitent autour. La galaxie des tarés ! Lalande, complètement à la masse, son demi-frère, Blanchard, encore plus barge. Et dans la famille « fondu du bulbe », je demande la mère ! Celle-là, elle s’enfile maintenant les cachetons comme des Smarties, par boîte entière. Complètement ravagée. Elle confond tout, elle mélange tout et la plupart du temps, elle bave ! Camille, Carole, son beau-frère, son mari, toute la palanquée de cadavres qui viennent assaisonner ce plat pourri. En tout cas, ceux qu’on a retrouvés ! Parce que les placards sont garnis de squelettes. Du coup, il ne reste que bibi pour éponger le purin.

— Tes supérieurs se réveillent ?

— Eux et leurs copains ! Le moindre péteux avec un portefeuille prend son téléphone, histoire de voir s’il ne pourrait pas, au cas où, s’en servir pour me briser les noix. Des ministres se trouvent tout à coup vachement intéressés par l’enquête de Camille… L’intérieur, les affaires étrangères, même l’autre tanche de l’agriculture…

— Ça ne devrait pas t’étonner. Avec les infos contenues dans son dossier y avait de quoi mettre en bascule pas mal de monde…

— On va surtout faire tourner les chaises et quand la musique sera arrêtée, tout le monde aura retrouvé un strapontin… Remaniement et retraite, pas plus, pas moins. Les services secrets chapeautent le ménage.

— On ne va pas y gagner en clarté…

Le journaliste fit le tour du comptoir désert, laissa couler un filet doré depuis la tireuse et se servit un demi moussu.

— En fait, seule la meurtrière de Camille s’en tire, reprit-il après sa première gorgée.

— Rien n’est moins sûr… La fantômette a été exfiltrée par ses employeurs mais le véhicule n’est jamais arrivé à destination. La version officielle sera celle d’une banale perte de contrôle et d’un tragique accident routier. C’est toujours ça de pris pour les statistiques. Trois morts carbonisés dans l’estafette.

— Ça sent le pipeau à pleins poumons… El Condor pasa à la flûte de pan…

— Dans ce milieu, la seule certitude qu’on peut avoir c’est justement de ne pas en avoir.

— Philosophe, Monsieur le juge !

— Philosophe et emmerdé. Parce que, si tu fais le compte, il ne reste plus personne à charger pour le merdier. Il y aurait bien toi… Mais honnêtement, je ne vois pas comment.

— C’est toujours un plaisir…

— N’empêche, à ta place j’éviterais les velléités de publication dans un avenir proche et je choisirais cette période pour prendre des vacances. Toi et ta fille par exemple… Les tropiques, c’est bien les tropiques. Le turquoise et les palmiers, ça détend.

— J’ai pas exactement les moyens de me payer une cavale à l’autre bout du globe…

— Le coffre de Lalande a révélé un certain nombre d’enveloppes garnies. Je suis presque certain que le compte n’en a pas été fait avec toute la rigueur nécessaire. Tu sais combien la République peut être distraite parfois.

Favre fit glisser un fourreau de Kraft sur la table ronde. Il regarda Max qui souriait. L’affaire était entendue.

— J’imagine que tu vas continuer la brasse coulée dans la merde, dit le journaliste.

— Pour le moment, mon sort est en délibération. Je fais mon benêt qui ne comprend rien. On s’interroge encore pour savoir si je suis aussi con que j’en ai l’air. Dans l’absolu tout le monde se demande si je suis plus utile ici ou perdu dans un tribunal de province à instruire les ravages de l’alcoolisme.

— Ça laisse de la marge.

— La marge, c’est ce qui fait tenir les pages du cahier, dit le juge en quittant le bar.

* * *

Un rayon de soleil vient lui caresser l’épaule. Elle ouvre les yeux et regarde les courbes de celle qui dort encore à côté d’elle. Ses côtes lui font mal, surtout dans la position malcommode qu’elle est forcée de garder. Son bras est tendu et glisse sous le traversin jusqu’à la tête du lit. Son poignet est enserré dans un bracelet capitonné relié à un anneau dans le mur. Elle ne tire pas dessus. Elle comprend la raison de sa présence. Ce n’est pas de la résignation, c’est un gage pour celle qui s’étire maintenant à ses côtés.

Carole se tourne vers elle et plonge ses yeux dans les siens.

— Bien dormi ?

— Et toi ?

La jeune femme se redresse et lui caresse le visage. Le geste s’attarde sur son cou pour finalement venir effleurer sa poitrine bandée. Amanda retient sa respiration, anticipant la douleur.

— Tu as mal ? demande Carole.

— Un peu… Faut dire que je n’ai pas exactement la convalescence appropriée… Tu y as été fort tout de même. J’en reviens pas, où est-ce que tu as été chercher un lance-roquette ?

— Je le réservais à Lalande, mais finalement, je me suis dit qu’il pouvait aussi servir pour l’assassin de ma sœur.

Amanda déglutit. Elle tente de trouver des réponses dans les yeux de cette femme qui ressemble tant à Camille.

— …et puis il fallait bien ça pour en finir avec tes employeurs habituels, non ?

— Tu sais, ils ne sont jamais satisfaits. Surtout pas par les apparences. Ils me chercheront sans doute.

— Ça nous laisse un peu de temps au moins.

Carole saute du lit et se dirige vers la fenêtre. Son corps nu joue avec le soleil. Elle est belle. Le bracelet d’Amanda fait un cliquetis quand elle tente de changer de position.

— Ça nous met à égalité, reprend Carole. Moi aussi je suis morte après tout. Et puis tu étais si mignonne dans la carcasse de cette camionnette. Je n’ai pas eu le courage de te mettre une balle dans la tête.

Elle revient et chevauche la prisonnière qui renonce à se redresser.

— Il ne faut pas toujours tout expliquer.

De sa main libre, Amanda empaume le sein de la jeune femme qui lui plante un baiser sur les lèvres.

Il faudra du temps.

Elles en ont.

Épilogue by Cécile Pellault

Un pacte sinon rien

La sueur perlait sur son front, coulait depuis la naissance de sa colonne vertébrale jusqu’aux tréfonds de son être, tel le fleuve de sa peur. Sa mâchoire se contractait à chaque ressac de la nausée qui l’envahissait. Elle n’était pas loin de se transformer en marée qui éroderait la moindre parcelle de joie dans son cœur. L’effroi avait envahi son système nerveux, transformant chaque frisson en douleur fulgurante.

Geneviève tenait entre ses mains le dernier manuscrit de Claude France. Depuis qu’elle était son éditrice, c’est-à-dire depuis son tout premier roman, elle avait pu compter sur son poulain. Il lui fournissait toujours en temps et en heure son manuscrit qui partait ensuite à la correction, pour finir sa course en bonne place dans toutes les librairies et tous les espaces de ventes possibles et imaginables pour un thriller, vendu à des millions d’exemplaires en France et dans tous les pays friands de ses déclinaisons internationales. Les critiques étaient souvent mitigées. Les milieux littéraires bon teint le boudaient mais il était invité dans toutes les émissions de divertissement radiophoniques et télévisuelles. Et surtout, les Français et les Françaises l’adoraient, l’achetaient et étaient prêts à faire des heures de queue pour une dédicace de leur écrivain préféré.

Cependant, autant elle avait pu, jusqu’alors, transférer au pool de relectrices-correctrices le fichier annuel sans un regard approfondi, autant ce 20ème opus la plongeait dans la stupeur. Ce qu’elle avait entre les mains était une catastrophe, un délire ! Claude lui avait pitché le meurtre d’une journaliste, Camille, sur fond d’un complot international et d’une revanche familiale. Elle avait opiné, confiante dans les capacités de CF d’en faire un vrai page-turner. Mais elle avait sous les yeux plus de 60 chapitres avec autant de styles différents que de retournements de situations impossibles et inimaginables. Il avait repris la boisson, elle ne voyait que cela comme explication. Une jumelle tueuse et magicienne, la mise en scène d’écrivains connus sous des références à peine voilées, qui lui assurait une bataille juridique sévère avec les autres maisons d’éditions, un personnage principal abandonné en pleine campagne sans que l’on sache vraiment ce qu’il lui était arrivé avant un dénouement en forme de baiser… Et certains chapitres requéraient simplement l’usage de LSD pour la compréhension.

Geneviève se prit la tête entre les mains pour tenter de contenir la migraine qui brandissait l’épée de sa férocité. Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Il devait pourtant y avoir une explication. Claude se sabordait pour pouvoir changer de maison d’édition ? Un pari ? Une blague ? Une maladie neuronale dégénérative ? Même au pire de son alcoolisme, son écriture avait été exploitable. Pas toujours ses déclarations à la presse mais rien à voir avec ce truc qu’elle regardait avec horreur. Seule la mort de son auteur pouvait sauver cette rentrée littéraire. L’idée insidieuse fit son chemin assez facilement dans son esprit. Les chiffres de vente, la couverture médiatique commençaient à faire briller les yeux de l’éditrice qui s’étaient éteints comme des chandeliers sur lesquels un vent froid aurait soufflé à la lecture de ce machin livresque.  Qui pourrait être aussi désespéré qu’elle pour l’aider ? Son regard se posa sur la pile des manuscrits envoyés par la poste des aspirants au Saint Graal du contrat d’édition.

Qui serait assez aux abois pour accepter un pacte à la Faust ? Eliminer l’auteur célèbre contre un contrat pour le devenir. Elle lut les noms sur le tableau Excel établi par ses équipes reprenant ceux sélectionnés comme « Probables Plumes à signer », les PPS. Isabelle B, Lou V, Aurore Z, Cécile P, Elias A, Marylène LB, Michèle F, Maryse, Danièle T, Fleur, Aurélie, Caroline N, Yvan F, Eppy F, Noëlle, Lolo, Nicolas D, Yannick P, Pascal B, Frédérique-Sophie B, Fanny L, Sandrine D, Maud V, Aline G, Nathalie R, Guy R, Carlo C, Leelo D, David S, Danièle O, Céline B, Patrice G, Michel R, Marc S, Clémence, Michael C, Claude L, Lucienne C, Frédéric F, Nathalie J, Patrick F, Sylvie K, Sacha E, Sofia H, Florence L, Michael F, Loli C, Mark Z, Kate W, Jean-Paul D, (…). Autant commencer par la première de la liste, pensa-t-elle.

— « Allo, Isabelle B ? …Oui, Geneviève V des Editions Albin Sud… Seriez-vous disponible pour un rendez-vous pour discuter de votre avenir ?… Non,  pas dans nos locaux, un petit café Le Goethe… Oui, c’est ça !… A bientôt, Isabelle ! »

Geneviève raccrocha, soulagée. Avec Isabelle ou un autre, elle se sortirait de ce pétrin ou de ce cadavre de manuscrit. Un petit pacte et puis s’en ira.


Voilà cher(e)s amis lecteurs zé lectrices

Vous croyez en avoir fini avec notre cadavre exquis ? Et bien pas du tout

Il va revenir vous hanter sous forme de jeux-concours dans les jours prochains

Alors soyez attentif.

Bien à vous

Ge porte flingue de Collectif Polar

L’exquis cadavre exquis, épilogue

L’exquis cadavre exquis, épilogue

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Epilogue

by Cécile Pellault

 

Un pacte sinon rien

 

La sueur perlait sur son front, coulait depuis la naissance de sa colonne vertébrale jusqu’aux tréfonds de son être, tel le fleuve de sa peur. Sa mâchoire se contractait à chaque ressac de la nausée qui l’envahissait. Elle n’était pas loin de se transformer en marée qui éroderait la moindre parcelle de joie dans son cœur. L’effroi avait envahi son système nerveux transformant chaque frisson en douleur fulgurante.

Geneviève tenait entre ses mains le dernier manuscrit de Claude France. Depuis qu’elle était son éditrice, c’est-à-dire depuis son tout premier roman, elle avait pu compter sur son poulain. Il lui fournissait toujours en temps et en heure son manuscrit qui partait ensuite à la correction, pour finir sa course en bonne place dans toutes les librairies et tous les espaces de ventes possibles et imaginables pour un thriller, vendus à des millions d’exemplaires en France et dans tous les pays friands de ses déclinaisons internationales. Les critiques étaient souvent mitigées. Les milieux littéraires bon teint le boudaient mais il était invité dans toutes les émissions de divertissement radiophoniques et télévisuelles. Et surtout, les Français et les Françaises l’adoraient, l’achetaient et étaient prêts à faire des heures de queue pour une dédicace de leur écrivain préféré.

Cependant, autant elle avait pu, jusqu’alors, transférer au pool de relectrices-correctrices le fichier annuel sans un regard approfondi, autant ce 20ème opus la plongeait dans la stupeur. Ce qu’elle avait entre les mains était une catastrophe, un délire ! Claude lui avait pitché le meurtre d’une journaliste, Camille, sur fond d’un complot international et d’une revanche familiale. Elle avait opiné, confiante dans les capacités de CF d’en faire un vrai page-turner. Mais elle avait sous les yeux plus de 60 chapitres avec autant de styles différents que de retournements de situations impossibles et inimaginables. Il avait repris la boisson, elle ne voyait que cela comme explication. Une jumelle tueuse et magicienne, la mise en scène d’écrivains connus qui lui assurait une bataille juridique sévère avec les autres maisons d’éditions, un personnage principal abandonné en pleine campagne sans que l’on sache vraiment ce qu’il lui était arrivé avant un dénouement en forme de baiser… Et certains chapitres requéraient simplement l’usage de LSD pour la compréhension.

Geneviève se prit la tête entre les mains pour tenter de contenir la migraine qui brandissait l’épée de sa férocité. Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Il devait pourtant y avoir une explication. Claude se sabordait pour pouvoir changer de maison d’édition ? Un pari ? Une blague ? Une maladie neuronale dégénérative ? Même au pire de son alcoolisme, son écriture avait été exploitable. Pas toujours ses déclarations à la presse mais rien à voir avec ce truc qu’elle regardait avec horreur. Seule la mort de son auteur pouvait sauver cette rentrée littéraire. L’idée insidieuse fit son chemin assez facilement dans son esprit. Les chiffres de vente, la couverture médiatique commençaient à faire briller les yeux de l’éditrice qui s’étaient éteints comme des chandeliers sur lesquels un vent froid aurait soufflé à la lecture de ce machin livresque.  Qui pourrait être aussi désespéré qu’elle pour l’aider ? Son regard se posa sur la pile des manuscrits envoyés par la poste des aspirants au Saint Graal du contrat d’édition.

Qui serait assez aux abois pour accepter un pacte à la Faust ? Eliminer l’auteur célèbre contre un contrat pour le devenir. Elle lut les noms sur le tableau Excel établi par ses équipes reprenant ceux sélectionnés comme « Probables Plumes à signer », les PPS. Isabelle B, Lou V, Aurore Z, Cécile P, Elias A, Marylène LB, Michèle F, Maryse, Danièle T, Fleur, Aurélie, Caroline N, Yvan F, Eppy F, Noëlle, Lolo, Nicolas D, Yannick P, Pascal B, Frédérique-Sophie B, Fanny L, Sandrine D, Maud V, Aline G, Nathalie R, Guy R, Carlo C, Leelo D, David S, Danièle O, Céline B, Patrice G, Michel R, Marc S, Clémence, Michael C, Claude L, Lucienne C, Frédéric F, Nathalie J, Patrick F, Sylvie K, Sacha E, Sofia H, Florence L, Michael F, Loli C, Mark Z, Kate W, Jean-Paul D, (…). Autant commencer par la première de la liste, pensa-t-elle.

 – « Allo, Isabelle B ? …Oui, Geneviève V des Editions Albin Sud… Seriez-vous disponible pour un rendez-vous pour discuter de votre avenir ?… Non, pas dans nos locaux, un petit café Le Goethe… Oui, c’est ça !… A bientôt, Isabelle ! »

Geneviève raccrocha, soulagée. Avec Isabelle ou un autre, elle se sortirait de ce pétrin ou de ce cadavre de manuscrit. Un petit pacte et puis s’en ira.