Trophée Anonym’us : L’interview de la semaine : Sacha Erbel

mercredi 21 novembre 2018

L’interview de la semaine : Sacha Erbel

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

 

Aujourd’hui l’interview de Sacha Erbel

 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Est-ce-que tu veux parler des expériences que je fais dans ma cave ? Muhahaha !…
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Euhhh…
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Hannibal Lecter ! J’aimerais beaucoup connaître cette fameuse recette du foie et des fèves au beurre !
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
La télékinésie. Je trouve que ça en jette ! Je suis déjà en net progrès avec les portes coulissantes du supermarché !
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Mdr ! Carrément ! C’est tellement génial d’imaginer sa propre histoire et de la mettre en forme ! De se tirer les cheveux par moment, mais quand tu écris le mot fin, c’est magique !
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
A force de lire des thrillers, je me suis dit que j’aimerais avoir l’imagination pour en écrire moi-même. Et mon mari m’a dit : « Bah fais-le ! »
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
Je pense que oui, et même parfois, sans que l’auteur n’en ait conscience ! C’est ça qui est dingue !
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Et pourquoi pas ? C’est le plaisir d’écrire déjà. Et Anonyme, avec la série des Bourbon Kid le fait bien lui ! En revanche, ce qui me manquerait, c’est de ne pas avoir ces échanges et ces moments de rigolades avec les lecteurs et les auteurs !
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Parce que se plonger dans la tête d’un psychopathe juste un petit peu pour écrire une histoire, c’est bon ça ! Et savoir qu’on peut en sortir quand on a fini ! Mais quand tu vois les faits divers, tu te dis « ah ouais, nan, je suis vraiment pas psychopathe ! »
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Quand j’ai l’inspiration ! Mais pour répondre plus sérieusement, je n’ai pas de rituel ou de moment préféré pour écrire ! C’est où je peux et quand je peux !
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Le Bourbon Kid justement ! Un personnage très sombre et rock à la fois ! J’adore ! Mais avec des failles dont un ami pourrait se servir pour lui montrer que tout n’est pas noir !
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Franchement, je n’en ai aucune idée ! J’en ajoute plus que je n’en enlève je pense ! Pour affiner une idée ! Si le lecteur ne comprend pas ce que j’ai voulu dire, c’est que je l’ai mal exprimée ! Alors je change des phrases car mon but, je ne sais pas si j’y arrive, en tout cas j’essaye, c’est que le lecteur voit ce que je vois quand je décris un lieu ou un sentiment même !

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°8 : Tout ce qui est humain

dimanche 18 novembre 2018

Nouvelle N°8 : Tout ce qui est humain

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Tout ce qui est humain

Il fait noir entre deux lampadaires. Dans la brume les guirlandes de Noël scintillent et rappellent que c’est les fêtes. Pourtant c’est dans son cœur que ça clignote comme une menace.
Des flaques et des papiers sales pour les bas quartiers, plus loin des magasins et des cartes « Visa » qui chauffent.
À l’écart du tumulte des boutiques et des centres commerciaux, tapis dans la pénombre et le calme apparent du faubourg, il est là, il le sent…
C’est la nuit, il presse le pas. Il tressaille à un bruit et se retourne, ce n’est qu’un chat. Il scrute la pénombre un instant encore.
La mort en face il ne craint pas, c’est dans le dos qu’il la redoute.
Pourtant plus tard dans le halo d’un candélabre, c’est son ombre qui le fera frissonner.
***
Tout avait commencé ce jeudi après midi.
Il avait laissé son chien dans le salon. Ce dernier s’était couché résigné en soupirant. Ses yeux ronds aboyaient déjà l’inquiétude.
Il avait pris le bus. Une rincée s’annonçait, mais la porte s’est ouverte à temps sur un havre de chaleur et au sec.
Malgré l’inconfort, Il avait apprécié la banquette raide et l’étroitesse des rangées en écoutant le déluge marteler la tôle.
Un petit frisson d’aise l’a saisi en pensant qu’il était à deux doigts de rater le car et de se faire arroser. C’était un peu sa vie, une suite de petits bonheurs qu’il accueillait avec délectation, aussi futiles soient-ils. Il savait trop bien ce que l’existence réservait de mortifère, mais pas encore ce qui l’attendrait bientôt.
Radio Monte-Carlo, entre ses pubs et ses jeux imbéciles, hurlait un fait divers saignant et des embouteillages monstres sur les routes des sports d’hiver, la baisse de cinq euros des APL, la suppression de l’ISF et le scandale d’un penalty accordé à Ronaldo et…
Il mettrait quarante minutes pour rejoindre la ville, cahin-caha, et cahotant sur les rapetassages de la chaussée des bleds de banlieue, les oubliés des fastes urbanistiques de la métropole.
Il aurait tout le temps de lire les consignes de bords « Attachez votre ceinture », « interdiction de fumer », « de parler au chauffeur » et tant d’autres « défense de » aux incivilités potaches.
Tout le temps aussi d’admirer un portrait-robot placardé sur la vitre qui le séparait du conducteur. Un disparu ou peut-être un criminel qu’une balafre sur la joue en forme de S singularisait. Ça l’avait bien fait marrer cette tronche de BD sinistre au-dessus du numéro de téléphone de la préfecture.
Puis, en gare routière, les portes s’étaient ouvertes sur une immense agora cerclée d’immeubles encore en construction.
Cinéma, commerces et bureaux feraient le nouveau pôle du centre de l’agglomération. Un nid de création d’emploi pour plumer les nids voisins qui se couvriraient alors d’affiches « à vendre » ou « à louer ».
Dans le flux des voyageurs de la périphérie et dans la cohue de gens pressés, sous le déluge qu’il n’éviterait pas cette fois, il passerait sous la voûte sombre d’un des ponts ferroviaires occupés par les caddys et les cartons de quelques SDF.
Dans le ciel, des nuages percés de bleu entre deux averses cinglantes et au sol sur le goudron grené de trous, les flaques sales qu’il devait franchir sans se mouiller les pieds. D’un côté, le moteur des berlines et des bus, de l’autre, le grondement des trains et le crissement de leurs freins quand ils entraient en gare.
Après un quart d’heure de ce parcours du combattant, Sam avait enfin franchi la petite porte vitrée du vieil immeuble qui abritait le comité local du Secours Populaire. C’était ainsi tous les jeudis.
Dès l’entrée, entre les rayons de livres rangés vaille que vaille au gré du flux des dons, une petite queue de bénéficiaires en attente sentait bon le métissage des peaux et des cultures. Hidjabs, casquettes, chevelures blondes ou brunes, black ou visage pâle, ils comptaient tous ici sur une main tendue et un sourire, où ailleurs on leur flanquait grimaces et coups de menton méprisant.
Plus loin dans la friperie, quelques-uns palpaient les tissus pour le petit bonheur de se vêtir dignement pour pas cher.
Enfin se dressait le comptoir d’accueil devant une salle d’attente bondée des mêmes femmes et hommes mélangés.
Au plafond d’un blanc terne, un néon. Sur les murs délavés rampaient des gaines électriques aux parcours improbables que des affiches du Secours Populaire cachaient.
« Tout ce qui est humain est nôtre » disaient-elles.
Sur un côté quatre box. C’est dans l’un d’eux que Sam prendrait place pour accueillir individuellement les demandeurs d’un secours d’urgence ou régulier. Il évaluait là les besoins de chaque bénéficiaire ainsi que leurs difficultés. Il écoutait parfois leurs confidences et le don d’une oreille bienveillante n’était pas le moindre des secours qu’il offrait.
Six mois qu’il consacrait un peu de son temps en ce lieu. Il connaissait trop bien l’association pour en avoir bénéficié des années et enfin devenir accueillant à son tour.
Il se le rappelait chaque fois qu’un visage défait franchissait la porte de son box.
Il en verrait une dizaine aujourd’hui, de la retraitée de soixante-dix ans seule au minimum vieillesse à la jeune mère d’origine maghrébine, analphabète, emballée de tissu de la tête aux pieds que son mari venait de quitter.
Des femmes surtout des femmes…
***
L’après-midi s’était passé. Dès dix-sept heures, on avait allumé le néon. Dehors une brume dense envahissait les rues et la nuit semblait déjà prendre ses aises.
La salle d’attente s’était peu à peu vidée. Les derniers bénévoles se préparaient à partir et les locaux se plongeaient doucement dans un sinistre silence.
Sur le passage, Maryse sa collègue du box voisin a accroché Sam par le bras.
— Dis, j’arrête là ce soir, je n’en peux plus, je partirai quand tu en auras fini avec la suivante. Celui-là je ne le sens pas… Elle a tendu le cou vers un homme alcoolisé qui titubait au fond du couloir.
Elle était au bord des larmes. Sam l’a serré dans ses bras pour réchauffer son cœur. Peut-être avait-il un faible pour elle…
C’était une instit retraitée qui alternait ici réception ou atelier d’alphabétisation. Une chouette femme Maryse, un roc de coutume, mais ce soir-là, dans l’obscurité précoce qui tombait, la perspective de recevoir cet homme alcoolisé, peut-être violent et difficile à gérer, était au-delà ses forces.
Même si elle savait qu’il n’exprimait là qu’une misère abrupte, celle du fond du trou, celle de la rue dont on ne revenait pas toujours vivant.
Il ne restait qu’une femme dans la salle d’attente.
— Madame Halaoui Aïssa ?
Sam a lu sa fiche en diagonale.
Une femme seule encore, dont l’épaisseur du dossier témoignait de multiples passages au Secours Pop.
Elle s’est levée péniblement en tirant un chariot de course. Elle boitait et avait un étrange rictus.
Elle a tendu tous ses papiers ou pas grand-chose.
— Je vous laisse trier, vous n’y trouverez rien de nouveau depuis la dernière fois, sauf les APL qui ont baissé.
Sur sa fiche se lisait le journal de ses passages au Secours avec les mots banals de la vie de beaucoup ici :
Chômage, maladie, dette, en attente du RSA, RSA interrompu, trop-perçus à rembourser.
Deux ont attiré l’attention de Sam : violences et traumatisme crânien.
— Vous avez été victime de violences…
— Conjugales, oui ! C’est il y a bien longtemps…
Et elle a fait le récit de son premier « grand amour » à Angoulême, sa ville de naissance. Il y avait trente ans. Elle a raconté les coups durant des années, les tortures psychiques, puis un soir alors qu’elle était enceinte de 6 mois, la gifle, un aller et retour et un coup de genou dans le ventre.
Elle a mimé le geste et son regard s’est allumé un instant d’une étrange lueur sauvage.
— Je n’en suis pas morte ! Une hémorragie cérébrale, tout de même, et une fausse couche !
Un Procès et la prison pour son tortionnaire.
— Rodrigo qu’il s’appelait ce salopard ! Je le vois encore avec son cran d’arrêt qu’il me mettait sous la gorge pour me faire peur comme dans les films !
J’en fais toujours des cauchemars.
La lumière de la salle d’attente s’est éteinte soudain. Un cadre noir a occupé l’espace de la vitre du box. Sam ne s’en est pas ému, trop occupé par le discours d’Aïssa.
Elle avait raconté là une tranche de sa vie et il avait tout pris dans la gueule.
Il serait bientôt dix-huit heures et la nuit montait avec la noirceur de son récit.
Le visage hirsute du poivrot est alors apparu dans l’encadrement vitré du box comme un diable qui sortirait de sa boîte. Sam a sursauté surpris par cette apparition dans l’obscurité de la salle d’attente. Maryse avait-elle baissé les bras ?
Aïssa tournait le dos à la baie. Elle n’a rien soupçonné
Son débit s’est ralenti pour parler de Pascal, son autre grand amour.
— On était enfin heureux tous les deux, il m’a prise avec mon handicap. Il m’a prise stérile et il m’a aimé, oui, beaucoup.
De la main gauche elle a caressé sa main droite recroquevillée, séquelle parétique de son traumatisme crânien, comme son rictus qui s’effaçait quand son visage exprimait la tristesse.
— Mon Pascal, il est mort d’une leucémie foudroyante l’an dernier…
Sam a dégluti un trop-plein d’émotion puis il a rédigé des bons d’aide alimentaire.
Il lui proposera des activités pour rompre l’isolement et le flyer d’une place de théâtre offerte au secours pop. Le sourire étrange d’une Aïssa dubitative a accueilli ces attentions si rares ailleurs, où souvent seul l’estomac des précaires préoccupait les aidants…
Elle a récupéré ses papiers et s’est levée en le remerciant, il lui a ouvert la porte.
— Courage, Madame, et n’hésitez pas à reprendre rendez-vous au moindre problème. Je suis là tous les jeudis.
Laisser un pont et un dernier sourire pour briser la honte se disait-il. Ce soir, Aïssa mangerait bien et peut-être cogiterait-elle sur les ateliers-cuisines parmi les activités. Le théâtre, elle n’y était jamais allée, pourquoi pas ?
La salle d’attente était toujours dans le noir, le silence y régnait. Le cœur de Sam s’est emballé. Quand il a éclairé, le poivrot somnolait sur une chaise.
Maryse était déjà partie et ce n’était pas d’elle.
Le pochard a ouvert un œil pour dévisager la femme. Elle n’a posé qu’un regard furtif sur l’homme. Ce dernier a pénétré dans le box. Il portait un sac de course vide et barbouillé de tags informes.
Il s’est affalé aussitôt sur la chaise, une forte odeur de sueur a alors envahi la pièce. Quand il a ouvert la bouche, c’est un fumé de bonbon mentholé et d’haleine alcoolisé qui a saturé l’atmosphère.
— Ah ! une Maghrébine ! Toujours à pleurer de l’aide, faudrait toutes les pendre par les nichons !
Cette réflexion immonde a sidéré Sam, mais ce dernier a trouvé qu’elle allait bien avec la puanteur du personnage. En d’autres temps, l’homme aurait pris la porte. Mais il avait vieilli et c’est par lassitude qu’il ne réagît pas à ces propos racistes.
Des yeux bleus et la peau ridée par les années de rue, il ne respirait pas la santé avec son teint gris qu’une barbe sauvage masquait mal. Une gueule à faire frémir qui pourtant lui paraissait familière. Seules sa taille et ses épaules larges en imposaient, mais comme une menace…
— Donne-moi vite mon panier, le magasin va fermer.
— Ils ne fermeront pas, ils vous attendent, n’ayez crainte. On va faire le point sur votre situation.
L’homme a éclaté de rire en exposant une rangée de dents jaunes éparses.
— Ma situation ! Elle est bien bonne !
Son hilarité retenait une violence prête à exploser.
Et il est parti dans un discours confus que sa voix éraillée ponctuait d’un : « Saloperie ! » à chaque phrase.
Il était né à Lille mais avait travaillé à Angoulême un temps. Puis, il avait fait deux ans de prison.
— Une histoire à la noix ! Saloperie ! Ma gonzesse. Elle est allée raconter aux flics que je la frappais !
Ses yeux injectés s’allumaient d’une étrange lueur à l’évocation de ce passé trouble.
— Ce n’était pas vrai ?
— Bien sûr que non ! Saloperie ! J’en suis ressorti, sans boulot, interdit de séjour à Angoulême. Je n’avais plus que la route. Si je la retrouve, couic ! A-t-il fait en posant son pouce sur son cou.
Hier, on m’a viré d’Emmaüs. Un salopard m’a cherché, il m’a trouvé.
Il a mimé un coup de boule. Sa tête était prête à cogner encore.
— Faudrait abréger ! Mec.
L’homme s’impatientait, mais Sam était ailleurs, loin les bravades haineuses du sans-abri. Pas facile d’abandonner les codes de violence de la rue dans le petit espace d’un bureau, il savait.
En revanche, Angoulême, violence conjugale, prison… il venait d’entendre à l’instant, de la bouche d’Aïssa, le même récit.
Ce n’est pas possible ! simple coïncidence, a-t-il pensé.
— Il me faudrait votre carte d’identité pour remplir la fiche.
L’homme qui semblait pressé lui a tendu le papier en se levant brusquement pour lui tourner le dos et coller son nez sur la vitre du box comme un lion sur les barreaux de sa cage.
Le sang de Sam s’est glacé quand il a lu sur la carte :
Rodrigo, Pablo Rodrigo !
Il s’est remémoré le croisement de Pablo et d’Aïssa dans la salle d’attente quelques minutes plus tôt. Elle avait alors baissé les yeux, lui ne l’avait pas reconnue.
Son origine maghrébine ne lui avait pourtant pas échappé !
Il a rendu la carte en tremblant sans se focaliser plus sur la photo d’un Rodrigo, là imberbe…
Désormais, il devrait gagner du temps. Cette pauvre femme était en danger. En prenant son temps, il a fait un bon pour un panier d’aide alimentaire, et un autre pour les fringues et un autre pour un kit d’hygiène corporelle et un autre pour l’épicerie solidaire. Il faillira même en faire un pour des jouets !
Il aurait donné tout ce qu’il pouvait pour qu’Aïssa récupère son panier au magasin et soit loin !
Qu’ils ne se croisent surtout plus.
L’homme a enfin posé sur Sam un regard plein de haine puis a pris son sac de course tagué pour sortir et gagner le dépôt à une centaine de mètres de là. Bientôt, sa lourde silhouette s’enfoncera dans l’obscurité entre deux lampadaires.
Sam a téléphoné aussitôt au magasin pour s’assurer que Mme Halaoui n’y était plus. Il aura la surprise d’apprendre qu’elle ne s’y était pas rendue.
« Ce n’est pas plus mal, elle est donc à l’abri », a-t-il pensé.
Il avait raté son car, il prendrait le suivant dans une bonne heure.
Il s’est enfermé prudemment et a essayé en vain de faire le vide dans son esprit.
Plus tard, avant de partir, il s’est humidifié le visage devant le miroir des toilettes hommes en observant les rides qui bouffaient son portrait. Curieusement, le parfum de Maryse y régnait, il y avait aussi des flagrances moins subtiles de sueur et d’alcool, celles de Rodrigo…
Le souvenir de ses yeux d’un bleu intense qui l’avaient glacé quelques minutes plus tôt le hantait.
Il éteindra en suite les lumières, puis fermera la porte du local, dès lors avec une pointe d’inquiétude.
La nuit avait repris ses droits. Sur les arbres au fond de l’avenue, des guirlandes bleuâtres mimaient la neige, mais l’air restait doux pour la saison. Les fêtes se feraient au balcon.
Il a repris le chemin inverse avec ses trous, ses flaques et ses bosses, sous le fracas des trains et dans la puanteur du gazole.
Une réminiscence obscure le terrifiait peu à peu, comme un portrait-robot aperçu dans le bus qui prendrait des couleurs, comme du rouge sur un fait divers en noir et blanc entendu sur les ondes :
D’Angoulême au sud de la France, le parcours sanglant d’un zonard.
Par quel circuit tordu sa mémoire a glissé d’une gueule imprimée sur un papier de la préfecture aux broussailles de la barbe d’un Rodrigo ?
Une parano glaçante s’est emparée doucement de son esprit.
***
Oui, tout a commencé ce jeudi après-midi…
Mais ce soir quand le trafic se calme, le moindre claquement de pas dans le dos de Sam résonne comme un danger.
Il se sent suivi. Il se pense traqué jusqu’à ce qu’il se retourne pour ne discerner qu’un lointain quidam sans la dégaine du Pablo qu’il redoute désormais.
Il imagine sa présence partout, son agressivité, sa haine et son odeur aussi.
— Mais enfin, quel film te fais-tu ? pense-t-il pour se rassurer.
Pourquoi Maryse ne l’a-t-elle pas attendu ?
Une question encore pour une angoissante absence de réponse.
Comme à l’aller, il longe le viaduc ferroviaire où chaque arche lui paraît autant de pièges. Le cœur serré, il repasse sous l’une d’elles. Il ne reste qu’un caddy, un sans-abri dort sur un carton, le dos calé sur un sac de course plein bariolé de tags. Tout près, un col de bouteille brisée aux arêtes acérées gît sur le goudron. Le sang de Sam ne fait qu’un tour, celui du clodo coule le long de son duvet en formant à la faible clarté d’un candélabre une rigole au reflet métallique.
Faut-il fuir, appeler les flics ? Ce n’est pas son genre.
Il s’agenouille prudemment pour soulever un pan du sac de couchage qui cache le visage du « dormeur ». Aussitôt à la lueur du téléphone, les yeux bleus de Rodrigo figés par la mort accrochent ceux de Sam. Sur la joue touffue du cadavre, dans le halo blanc de la diode, se révèle une cicatrice en forme de S, sa tête inerte pivote alors en laissant bâiller la profonde plaie qui barre son cou.
Sam sursaute et détourne le regard de cette vision d’horreur.
Dans la brume que la clarté jaune d’un lampadaire déchire, il discerne à une trentaine de mètres la silhouette boiteuse aux pas pressés d’Aïssa qui fuit. Il se redresse nauséeux, mais ne fait rien pour l’arrêter.
À son tour il s’éloigne en pensant que l’homme n’a rien vu venir et que la mort vengeresse l’a frappé dans son sommeil d’ivrogne, l’estomac plein. C’est déjà ça…
Il se console aussi en pensant qu’Aïssa, un poids de moins sur son ventre meurtri, ira demain chercher son panier et que les cauchemars qui hantent ses nuits se seront dissipés à jamais dans les ténèbres de ce pont.
Peut-être échappera-t-elle à « leur » police, car il n’attend rien non plus de « leur » justice, peut-être parce qu’il n’est pas de ce monde où des souris ahuries plébiscitent des rats voraces tous les cinq ans. Peut-être parce qu’un chat noir feule dans son cœur depuis toujours.
— Pour le coup là, la justice est déjà rendue. pense-t-il
Même s’il ne l’approuve pas, il ne donne à personne la légitimité de juger Aïssa.
Il arrive à temps pour prendre son bus et retrouver au chaud sa banquette inconfortable.
Il appelle le domicile de Maryse pour prendre de ses nouvelles. Son mari inquiet lui répond qu’elle n’est pas rentrée…
La radio de bord clame la faible participation dans une manif parisienne contre il ne sait quel nouveau recul des droits sociaux. Elle chante aussi les vertus de la dernière Volkswagen à 15 000 euros, le match nul de Vichy contre le FC canut Lyon…
Et le tueur fou d’Angoulême qui court toujours !
« Parce qu’ils ne savent pas encore ! », pense-t-il.
Lui ne sait pas non plus que le corps de Maryse gît sans vie dans les toilettes du Secours Populaire et ne sera découvert que quelques heures plus tard.
Bientôt c’est son chien qu’il caressera. Il lui contera sa soirée et les yeux ronds et attentifs du clebs lui japperont :
« Tout ce qui est humain est tien, mon Sam. »

Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : Simon François

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mercredi 7 novembre 2018

L’interview de la semaine : Simon François

Simon François.

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

Aujourd’hui l’interview de Simon François

1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Je n’ai jamais eu l’occasion de participer à un salon en tant qu’auteur, mais je ne pense pas que ça me ferait péter les plombs ! Enfin, j’espère…
Pour ce qui est de mes personnages, je me glisse dans leur tête uniquement quand j’écris les dialogues. Quant au reste, leurs histoires personnelles, leurs façons de se mouvoir ou d’agir, je me contente de les regarder vivre. Je les mets dans le décor que j’ai créé, les observe en train d’interagir avec. Quand tout ça m’apparaît clairement, j’écris la scène.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Mon ordinateur portable me souffle le chiffre 23. Mais bon, pour ce que j’accorde comme crédit aux machines.
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Il y en a beaucoup ! Je rêverais d’aller pêcher la truite avec le vieux Sunderson, de Jim Harrison, ou encore de parler psychanalyse avec Alexander Portnoy. Mais puisqu’on parle de Noir, j’irais volontiers boire une Suze avec Burma, à la terrasse d’un café du IIème. Quelle classe, ce type. Même si je l’ai découvert sous les traits de Guy Marchand, quand j’étais en primaire.
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Me transformer en super sayan. Pour les cheveux jaunes qui brillent, pour voler comme un avion et exploser des planètes.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Le lecteur est indissociable du livre. Pour moi, il le complète par l’investissement personnel qu’il engage dans sa lecture. D’une manière où d’une autre, je pense à lui quand j’écris, même si ce lui est, dans un premier temps, mon moi lecteur. Très clair, n’est-ce pas ? Bon, la réponse est non !
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
J’ai commencé à écrire des histoires quand j’étais tout gamin. Des chansons, aussi. Mais la première envie d’écrire de la littérature, une nouvelle en l’occurrence, je la dois à la ville de Meknès, au Maroc. Son atmosphère, sa musique, son aura. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est là-bas que j’ai eu le déclic.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
Absolument. Le sang se mélange à l’encre d’une manière ou d’une autre. Mais j’évite, dans la mesure du possible, que mon bouquin ait une gueule de transfusion.
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Je ne pense pas que l’anonymat favoriserait la création littéraire. Loin de là. Beaucoup trop d’ego en jeu. Par contre, je pourrais tout à fait publier sous un pseudonyme. Je trouve ça assez cool d’être lu de façon anonyme, tout en étant seul à connaître la vérité. Après, je mettrais sûrement dans la confidence une ou deux personnes de mon entourage proche. Pour me flatter un peu, quand même.
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Je suis passionné du roman noir, du film noir aussi, depuis tout gosse. Je pense que tout ça est directement lié à mon histoire personnelle. J’ai toujours vu le monde avec les lunettes du They Live de John Carpenter. ça ne m’empêche pas pour autant de lire beaucoup d’autres genres, mais quand il s’agit d’écrire, je m’oriente naturellement dans cette voie.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Du café, du temps et du calme. L’inspiration, éventuellement !
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Le protagoniste des livres de Dany Laferrière. La plupart de ses romans sont très autobiographiques, alors je me dis que quand je serai nommé académicien, j’aimerais bien être assis à côté de lui ! Plus sérieusement, je trouve son personnage vraiment touchant, et certains de ses livres m’ont beaucoup apportés en tant qu’écrivain, je crois.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Je n’ai aucune idée de mon taux de déchets, mais j’imagine qu’il est assez élevé. Sur mon premier roman, j’ai passé beaucoup de temps à corriger, enlever, remplacer. Je suis incapable de quantifier tout ça.
Pour ce qui est des brouillons, travaux préparatoires, je serais super intéressé de voir ce que ça peut représenter sur une fresque historique, genre Guerre et Paix. J’ai déjà lu des articles sur ce sujet, ça me parait inconcevable de traiter et ordonner une telle montagne d’informations en y ajoutant de la fiction.
Sinon j’aime beaucoup aussi la narrative non-fiction, le travail d’auteurs comme Adrien Bosc. Je serais assez curieux de me faire une idée, en termes de recherches, du boulot que représentent des œuvres comme les siennes.

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°7 : Faut bien se nourrir

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°7 : Faut bien se nourrir

dimanche 11 novembre 2018

Nouvelle N°7 : Faut bien se nourrir

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Faut bien se nourrir

Ouais… Les néons ce n’est pas la panacée, mais c’est déjà mieux que rien. C’est blafard à souhait et ça ne fait que lutter mollement contre l’obscurité. En plus, j’ai trouvé celui qui hoquette. Un truc à filer une crise d’épilepsie à un môme qu’aurait raté le virage de la génération vidéo. Ce genre de gamin élevé en cocon, sans écran, diverti avec une mallette « 50 jeux pour toute la famille en bois d’arbre non traité », fabriquée à la main par des consanguins alpins. Un loto, un jeu de l’oie, une saloperie de Nain Jaune, pardon : une personne de petite taille bouton-d’or, et surtout une reproduction de roulette miniature pour faire un casino « comme les grands ». Le mioche pas préparé aux vicissitudes de la modernité qui va faire un malaise avec le flash de la photo de classe. Structurellement inapte au selfie.
Bref, je suis dans mon coin sous un bègue lumineux qui se rêve stroboscope, et ça me va très bien. Faut dire que je ne suis pas fan de la lumière. Même si je supporte une exposition artificielle, ce n’est pas pour rien que je suis sorti de mon trou après le coucher du soleil. Déjà, niveau fréquentation, on n’est pas dans les affluences diurnes. Je sais bien que les gens ont tendance à venir squatter les mauvaises chaises de la salle d’attente des urgences à tout moment, mais, là, c’est dimanche soir, l’heure du film. Dans le coin, y a pas plus sacré, sauf la messe ou l’alcoolisme. En plus, merci la désertification médicale des zones rurales, ici ce n’est que le poste avancé du véritable hôpital qui se trouve à plus de quatre-vingts bornes. Une clinique paumée, survivante des regroupements en plateformes médicales. Sans doute une verrue dans le grand plan de la rationalisation des frais de santé. Mais vu l’état des lieux, les instances décisionnaires ont dû décider qu’il valait mieux laisser pourrir que de froisser la poignée de péquenauds du coin en fermant. Jadis on devait sans doute y pratiquer les meilleures saignées de tout le canton et on faisait la nique aux voisins avec la technique avant-gardiste du clystère remollient. Cette époque est révolue et désormais on est passé à la culture du salpêtre mural, au développement fongique des joints de carrelage et à l’affection nosocomiale de bon aloi.
Encore une fois, ça me convient parfaitement. Je n’aime pas la lumière et je n’aime pas les gens.
Ça ne m’empêche pas d’attendre.
D’où je suis j’ai une vue imprenable sur un téléviseur à tube cathodique qui fait souffrir son support. Un faisceau de câbles pendouille du plafond pour apporter la bonne parole à l’écran qui a tendance à tirer sur le vert. Le son est coupé, mais l’indéboulonnable miss météo de la Une s’en passe.
J’ai une furieuse envie de me gratter. Si je m’écoutais, je me décaperais le derme avec une poignée de sable et je poncerais ce qui reste à la toile émeri grain 240. C’est horrible.
C’est venu comme ça. D’abord une plaque rosée, un truc qu’on agace de la pointe de l’ongle entre deux réflexions philosophiques. L’être et le néant, gratte gratte. Où vais-je, où cours-je, dans quel état j’erre ? Gratte gratte. Puis la piquette provençale prend la teinte du Bourgogne de vieille cuvée et la zone s’étend. Sans compter qu’on a perdu le velouté légendaire et que ça commence à faire les grumeaux d’une Chandeleur bâclée. On met un frein aux socratisations et on commence les travaux d’apaisement de l’urtication. Bains et crèmes, les ressources du pauvre démangé. Comme je n’ai jamais eu ça, je dois reconnaître que, pour l’automédication, ma pharmacopée est assez minimaliste en la matière. Pour tout dire, à part une panoplie de protections solaires avec des indices qui ont l’air d’être un relevé de températures en Fahrenheit, je manque cruellement d’adoucissants cutanés et autres produits d’entretien de la couenne.
C’est pour ça que je trahis mes habitudes et que je me retrouve à la nuit tombée dans cette antichambre de la décrépitude médicale.
Pour garder un semblant de continuité de soin, la commune est allée kidnapper un étudiant approximatif dans une faculté croate. Un logement, un repas chaud et la promesse mirifique d’un salaire payé autrement qu’en tubercules ont suffi.
C’est lui qui arrive.
Honnêtement, heureusement que le type vient du sas réservé au personnel et qu’il a revêtu la blouse d’usage. Parce que le doute est permis quant à sa profession exacte. Le gusse trimballe des valises sous les yeux qui font plus penser à un réfugié politique en fin de transit qu’à un copain d’Hippocrate. Il regarde autour de lui, il cherche sans doute la secrétaire censée faire l’accueil ou le tri des patients mais qui s’est éclipsée pour rejoindre son Jules avant le début des festivités cinématographiques. Ça tombe bien, il n’y a que mézigue à trier et je suis assez loin d’être patient. Surtout avec cette poussée de démangeaisons.
Serguei me regarde, il a l’œil morne et usé mais un reste de vocation lui tenaille le marteau à réflexes. Il pourrait fermer la baraque et partir retrouver des pénates plus accueillantes, mais en bon chien de garde il va ronger son sacerdoce. Où la fidélité se niche parfois ? Je vous le demande.
Il a un sifflement admiratif en voyant l’étendue de la tectonique de ma peau. Même si la démarche part d’un bon sentiment, ce n’est pas exactement le type de reconnaissance qu’on recherche. Il me pose une série d’électrodes et allume son moniteur. Le bazar produit une courbe rivalisant avec le relief belge. Serguei a alors un geste d’une technicité rare et balance une torgnole à l’appareil avec le plat de la main. L’objet couine, tente un petit sursaut systolique puis retourne à un mutisme renfrogné.
— Pas marcher, m’explique le transfuge hospitalier.
Il soupire et décroche son stéthoscope. Bon, le truc est suffisamment frais pour me provoquer un bien-être passager quand il le promène sur mon cuir boursouflé, mais l’examen ne paraît pas le satisfaire non plus. Il regarde son bidule, tapote sur la membrane puis soupire derechef. Je ne le connais pas mais il me plaît déjà. Frappé par une inspiration nouvelle, il se saisit d’un brassard pour mesurer la tension et me le passe sur le bras. Je ne veux pas le désobliger, mais je crains qu’il ne s’épuise dans toutes ces tentatives.
— Laissez les examens d’usage, je lui dis. Dites-moi plutôt ce que c’est que ça.
Je lui montre les rugosités de mon épiderme, la teinte lie de vin, la chaleur qui s’en dégage. Si je pouvais lui faire comprendre mon impérieuse envie de me gratter, je crois qu’il sortirait son économe et commencerait à m’éplucher comme un vilain fruit.
Il faut aussi que j’explique que ce n’est pas le matériel de ce brave expatrié des hôpitaux de Dubrovnik qui défaille. Ça fait maintenant une dizaine d’années que je n’ai plus de pouls, plus de tension. Si je vous rajoute mon aversion à la lumière et mon peu de goût pour le pesto, vous aurez sans doute commencé à comprendre. On en reparlera.
— C’est douloureux ? demande mon emblousé.
— À m’en arracher la peau.
— C’est poussée eczéma. Forte.
— Ça se soigne ?
— Sans examen, pas savoir. Faut trouver la cause.
— C’est compliqué les examens pour moi…
— J’ai vu. Je peux calmer démangeaisons un temps. Crème cortisone. Mais juste cacher problème. Plaques partout même sous les vêtements. Donc pas problème d’exposition. Sûrement allergie alimentaire.
Comment vous dire ? L’expatrié croate ne pouvait pas faire un diagnostic plus inadapté. Parce que si Serguei a raison, je ne suis pas dans la merde !
— J’ai un régime… disons… particulier…
— Alors, jeûne.
— C’est une question d’âge ?
— Non. Euh… pas manger… Diète !
— Ah… Faut que j’arrête de manger ?
— Oui quelques jours. Si ça passe, c’est allergie alimentaire. Si ça continue, c’est autre chose.
Le bonhomme pratique une médecine de combat, ça me plaît. Parce que, si j’étais tombé sur un diplômé qui ne jure que par mon taux de phospholipases bifluorées, ça n’aurait pas arrangé mes ballons. J’ai l’hématopoïèse capricieuse. Pour dire la vérité, j’ai le sang qui ne titre pas ses douze degrés et ne rentre pas vraiment dans les canons admis par la faculté. On dit que les voyages forment la jeunesse, ma première et unique virée dans les Carpates a sérieusement transformé ma formule sanguine.
Serguei va chercher sa pâte à tartiner la couenne, un tube de Dèdesone zéro virgule zéro cinq pour cent, et me rédige une ordonnance traduite de sa langue maternelle au sanscrit oriental. Il me recommande dans un bâillement l’abstinence alimentaire avant l’utilisation de la béchamel de corticoïde, pour avoir une chance de remonter aux sources du mal sans masquer les symptômes. Le problème est que ça veut dire en creux que je dois me taper encore deux jours de supplice pour voir si les boursouflures s’atténuent. Il me serre une main molle, oubliant toutes les formalités administratives et s’en retourne cuver ses 72 heures de garde sur un vague lit de camp dans l’arrière-boutique.
Du coup, je me tape encore deux jours à tremper dans ma baignoire d’eau tiède et à distraire mes gratouilles par un séchage au ventilo. Si j’étais sensible des bronches je me serais bien offert une pneumonie. Je complète ce pensum par une diète drastique qui me porte aux limites de la folie assassine.
Il faut que j’explique que mon mode de nutrition n’est pas exactement le régime du commun des mortels. Cela étant un corollaire du fait que je ne suis ni commun ni mortel. Enfin… pour vous, je navigue sur les rives du franchement bizarre, soyons franc.
Précisons qu’il y a une dizaine d’années, lors d’une virée moldave consacrée essentiellement à l’évangélisation sexuelle des autochtones, une charmante habitante de Cahul sur la rivière Prout m’a refilé un truc pas facile à porter. Là où les inconscients ordinaires s’offrent une blennorragie, la dame m’a fait don de la pointe de ses canines d’une tendance plus que prononcée au vampirisme. Pas la forme rigolote que les médecins dissimulent sous le nom de porphyrie. Le package complet avec un état de mort apparente, la disparition de mon reflet, l’aversion solaire, la sensibilité à l’ail et surtout une propension à l’immortalité prononcée. Bien sûr, après une période d’adaptation dont je préfère éviter le souvenir et les errements parce qu’elle s’est accompagnée de colère stérile, de déni handicapant et d’expériences dont je ne suis pas particulièrement fier, j’ai entamé la seconde partie de mon existence qui devrait, si vous avez bien suivi, ne jamais se terminer.
Depuis cette période, je peux me goinfrer comme un goret ou passer des semaines sans manger, ça ne m’affole pas le duodénum. L’art de la table à la française, la gastronomie ou même le pantagruélisme débridé me laissent de marbre. Attention je ne boude ni ne chipote, j’ai encore de l’éducation, mais j’ai outrageusement dépassé les affres de la nécessité alimentaire. Mes seuls besoins se limitent désormais à une prise quotidienne de 200 ml par voie veineuse, ou approximativement le double par absorption œsophagienne, de sang humain non filtré. Voilà l’étendue de mon indispensable. Au bout de trois jours de privation, je suis pris de folie meurtrière très préjudiciable au voisinage. Si on atteint la semaine, il paraît qu’on se racornit avant de se transformer en un petit tas souffreteux inapte à la moindre activité. Les témoignages divergent sur cet état ultime. On raconte qu’une réalimentation équivalente au contenu complet d’un individu dans la force de l’âge aurait permis le redémarrage d’un de mes congénères. L’histoire ne dit pas si l’opération s’accompagne ou non de douleurs qui dépassent l’entendement. Dans les premiers temps, en vertu de mon reste d’humanité, j’ai essayé une abstinence vertueuse de quatre jours et je peux vous garantir que je ne souhaite ça à personne.
Ni aux vivants ni aux morts !
Je vois poindre les questions techniques plus ennuyeuses les unes que les autres… Ce que vous savez des vampires est à mi-chemin entre le fantasme de superhéros bas de gamme et le plus gigantesque ramassis d’absurdités. Par exemple, je laisse les chauves-souris à Batman. Outre l’immortalité toute relative, je dois dire que je possède une force peu commune et que mon absence de sommeil peut me permettre d’assumer plusieurs boulots. Bon… Cette histoire de soleil, c’est régulièrement pénible, mais on s’adapte. L’essentiel de l’année je travaille chez moi à écrire des séries de bouquins pour préados. Je prête aussi la main à quelques auteurs de best-sellers afin qu’ils puissent tenir la cadence. Ni fatigue ni baisse de régime, je me fais des périodes d’auto-esclavagisme dans le sous-sol de cette baraque minuscule paumée au milieu de rien. Grosso modo, j’ai bouclé mon planning de l’année au 15 mars, le reste étant consacré à une pratique rigoureuse de la fainéantise littérale. Je ne fais rien en sirotant mon hémoglobine on the rocks.
Cette histoire de sang vous travaille.
C’est compréhensible.
Notre monde est basé sur l’offre et la demande. Des personnes comme moi existent. Nous ne sommes pas beaucoup, mais nous constituons une clientèle fidèle et durable. Il est donc naturel qu’un marché de distribution se soit mis en place. Les Roumains sont les premiers concernés et c’est chez eux qu’on trouve les grossistes. Une entreprise ayant pignon sur rue m’adresse donc des colis de poches sanguines surgelées. C’est un abonnement. Zekö est mon contact. C’est un gamin en costard qui sort de l’université de Bucarest et a préféré s’orienter vers l’exportation haut de gamme plutôt que la filière pornographique comme ses copains de promo. Du coup, il gère une flotte de camions frigorifiques et s’occupe de toute l’Europe de l’Ouest. En tant que client, on a un planning des tournées et tout est organisé pour maintenir un flux continu sans rupture. Je vous l’ai dit, la disette nous rend tatillons, voire légèrement susceptibles…
* * *
La cure préconisée par le zombie des urgences a fonctionné. Les plaques se sont résorbées en deux jours. Ça a été à la fois une excellente nouvelle et un réel problème. Pour la bonne raison que, à la minute où je me suis payé un petit gueuleton de globules, j’ai eu une nouvelle poussée. La crème est efficace, je ne dis pas, mais ça n’augure pas une éternité de tout repos.
Le sang me file des boutons !
J’ai vérifié les dates sur les poches et même la traçabilité des lots. Tout me semblait normal. J’ai quand même appelé Zekö pour gueuler un peu.
— Je ne comprends pas, qu’il dit avec son phrasé des grandes écoles. L’approvisionnement est le même. Notre camion « don du sang » passe dans les villes et les villages, nos partenaires hospitaliers n’ont pas changé.
— Tu m’as pris pour Findus ? Tu me refiles du frelaté ?
— Non, je t’assure. On ne plaisante pas ici avec ce type de produit. Chez nous, c’est historique. Grande famille, grandes responsabilités. On ne peut pas se permettre de couper.
— Ouais… Jusqu’à ce que tu décides que le petit Français, il peut prendre les fonds de cuve.
— Je t’assure. Notre respectabilité passe par un approvisionnement sans distinction.
— Moi je peux t’assurer que si ça continue, je m’approvisionnerai directement à la jugulaire de ton livreur avant de venir boire un cou au siège de ta compagnie.
Pour être sûr, j’ai quand même fait analyser un échantillon dans un labo. Juste histoire de vérifier si on ne m’avait pas refilé du cheval à lasagnes ou de la préparation à boudin. Les résultats ont été formels : rien d’anormal dans la composition sanguine. Pas de traces d’une quelconque infection bactérienne ou d’un déséquilibre suspect.
Zekö m’a fait livrer en urgence une nouvelle série de poches, mais le résultat est resté le même : éruption cutanée, gratte gratte.
C’est là que j’ai commencé à m’inquiéter avec constance et application. Comprenez que ma lampée d’hématies joue directement sur mon humeur. Le sang pour un vampire est son seul et unique besoin. Il ne peut pas se permettre de développer une allergie. Vous êtes irritable si vous cessez de fumer ? Arrêtez complètement, vous allez passer de mauvais quarts d’heures pendant le sevrage, mais vous n’allez pas en mourir. Il est même probable que vous ne tuiez pas les gens qui vous entourent. Moi, je saute deux repas et le facteur a du souci à se faire…
J’ai donc pris le problème à bras le corps.
Dans mon éducation, « à bras le corps », ça signifie se documenter comme un rat de bibliothèque, mais avec une connexion Internet. Le culte de l’écrit, le fantasme de l’encyclopédie universelle. Seulement, un cas comme le mien ça n’existe pas. Nous n’avons pas vraiment de traité exhaustif : « Moi, Vlad D. 587 ans, vampire, allergique ». Sans oublier le fait que, comme à chaque fois qu’on souffre de quelque chose, je vous assure qu’on atterrit forcément sur des articles qui vous indiquent que vous êtes en plein dans le mal du siècle.
Mal de dos ? Mal du siècle.
Fibromyalgie ? Mal du siècle.
Arthrose ? Mal du siècle.
Migraine ? Mal du siècle.
Pervers narcissique ? Mal du siècle. Bon, OK, ça n’a rien à voir, mais je suis tellement tombé dessus quand je faisais mes recherches que je devais le mettre. Ce monde est un grand zoo où des pervers narcissiques bipolaires, lombalgiques et migraineux pourrissent la vie de pauvres Alzheimer fibromyalgiques.
Eh bien ça n’a pas loupé ! On peut gaillardement être allergique à tout. Ça se déclenche n’importe quand et comme la mode ou la chanson populaire, ça s’en va et ça revient. Les vintages se contentent des graminées ou des fruits à coque, les plus dans le vent s’attaquent au lactose, au parabène ou au gluten.
Les industriels ont de surcroit la riche idée de faire trimer leurs ingénieurs afin que les gens puissent s’enfiler dans le cornet une masse invraisemblable de saloperies. De la peinture pour bateau dans le lait pour bébé à la décoction pétrolière dans le soda. Mais cette connaissance déprimante me permettait seulement de constater que mon éternité risquait de tourner court, tant l’espèce humaine semblait hâter le pas vers le gouffre.
C’est à ce moment que j’ai eu une illumination. Dans mon cas on évite de parler d’épiphanie, ça offense les archevêques.
Il fallait que je radicalise mon mode d’approvisionnement !
J’ai eu l’idée quand un pauvre forçat de la distribution aux particuliers s’est gouré d’impasse et est venu garer sa petite camionnette sur mes graviers. Il tentait avec une énergie débordante de refiler des plats surgelés en usant de la technique du pied dans la porte. Un catalogue fourni de la tomate provençale aux escargots beurrés, un bagou de bateleur et sa petite tablette numérique pour prendre les commandes et arnaquer la vieille esseulée ou le chômeur en fin de droit. Il m’a déplu à l’instant où je l’ai vu. D’ailleurs il ne m’a pas fallu dix minutes pour le convertir en fût et le mettre en perce dans ma cave. Ça faisait longtemps que je n’avais pas bu une carotide fraîche et je dois avouer que l’ironie de me déguster le représentant en surgelés en smoothie m’a fait ma journée.
Vous le croirez ou non, le type cultivait à son échelle une certaine forme de dérision. Sur le siège passager de son véhicule, j’ai découvert des tracts pour la foire EcoBio qui avait lieu le mois suivant. Le chantre du prêt-à-bouffer en plastique avait même sa carte de l’amicale « Végétalisme et santé ». Mon livreur effectuait un grand écart permanent entre ses convictions et les nécessités d’un job alimentaire. Sans jeu de mots, j’étais capable de comprendre une telle démarche.
Vous savez quoi ? Le fluide vital de ce gaillard impromptu ne m’a pas déclenché de crise. Pas le moindre bubon irritant, pas la plus petite rougeur. Peau de bébé et homéostasie. Je l’ai fait durer… Ses cinq litres de jeunesse m’ont tenu 20 jours en me rationnant.
Juste le temps de repeindre et de réaménager son estafette. Je peux désormais y accueillir jusqu’à cinq corps. Mais c’est rare que je prélève autant sur une seule manifestation.
Je fais la tournée des foires et des salons à tendance hippie. Je plante mon food truck en bordure et je délivre des plats surgelés garantis sans additifs. Je discute boulgour, quinoa, lentille corail et huile de chanvre avec des couples lithothérapeutes lavés au shampooing sec et des célibataires froissés en lin non traité. Quand le soleil décline et que j’ai de la place dans mes frigos, je fais le plein avec ceux qui naviguent à l’extérieur de la meute.
Je peux l’avouer, je ne suis pas fier de prélever ainsi dans le cheptel de ceux qui sauveront peut-être la planète.
Mais que voulez-vous…
Il faut bien se nourrir.

Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : David Patsouris

Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : David Patsouris

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jeudi 1 novembre 2018

L’interview de la semaine : David Patsouris

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.
 
 
Aujourd’hui l’interview de David Patsouris
 
 
David Patsouris.
 
 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Non, pas du tout. J’ai trois enfants et je n’ai pas envie de me comporter avec eux comme se comportent mes personnages de roman. Quand j’écris, je suis dedans, à l’intérieur de l’histoire, du rythme et des mots de mes personnages, mais quand je n’écris plus, je suis moi. Je me concentre assez vite et je coupe assez vite aussi. Je peux me remettre dans le texte en une minute et m’en sortir en quelques secondes. Et heureusement !Donc, pour répondre directement, certains, peut-être, moi, non, du tout.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Je crois qu’il se trompe. La bonne réponse à cette question, c’est 37. Et ça me semble évident. 
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Dave Klein, le héros de « White jazz » de James Ellroy, le dernier roman du quatuor de Los Angeles,écrit à la première personne, un livre que beaucoup trouvent illisible mais qui me semble être le sommetd’Ellroy. Dave Klein est très méchant. C’est un vrai fils de pute mais j’ai lu et relu tant de fois « Whitejazz » que j’aimerais bien boire une bière avec lui. Je sais pas de quoi on parlerait. Lui est un fliccorrompu jusqu’à la moëlle et moi un gentil père de famille. Y aurait peut-être des blancs dans laconversation. Peut-être qu’il quitterait la table du rade au bout de cinq minutes, je ne sais pas. Je luidemanderai comment il a réussi à trouver cette écriture si fascinante, sin incroyablement sensitive. Je lequestionnerait sur la fin duroman : as-tu bel et bien retrouvé Glenda après toutes ces années ? Que t’a-t-elle dit quand elle t’a revu ? Pourquoi n’as tu pas écrit tout ça ? Pourquoi m’as tu laissé en rade à la fin de « White jazz » ? Ouais, je crois qu’il m’enverrait bouler et qu’il se barrerait…
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Ceux de Spiderman. Mon fils, qui adore Peter Parker, serait sur le cul.Mes deux filles aussi.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Je n’écris ni pour ma mère ni pour les autres. Donc j’imagine que oui. J’ai longtemps écrit pour absolument personne et je crois que ça continue ainsi. J’écris des trucs qui me plaisent. Des choses qui me font décoller, qui m’emmènent ailleurs, qui me perdent un peu. J’ai publié deux romans aux éditions du Rouergue. Aucun n’a eu de succès. Ces deux livres ont eu très peu de lecteurs et je crois que ça ne merend pas malade. Voir le livre édité, avec ton nom et le titre et les pages remplies de tes phrases te faittriquer quelques semaines la première fois, quelques jours la deuxième fois mais finalement tu passesrapidement à autre chose. Je ne relis pas ces livres. Je ne reste pas des heures à regarder le bouquin. Jene m’astique pas dessus. Le vrai kiff n’arrive qu’en écrivant. Le vrai plaisir, c’est l’écriture. Qu’on soit lu ou pas.
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
J’avais écrit un poème sur un oiseau lyre quand j’avais sept ou huit ans et puis plus rien. J’ai refait des phrases à dix-sept ans, le soir où j’ai appris que mon grand-père paternel n’en avait plus que pour quelques semaines. Et je ne me suis jamais arrêté.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
L’écriture-souffrance n’a jamais été mon truc. J’écris parce que ça me fait kiffer. Sans plaisir, putain, mais autant faire autre chose ! Après, j’ai toujours pensé, comme Louis Calaferte le disait si bien, que passer une bonne partie de sa vie devant un écran (ou une feuille blanche) à raconter des trucs n’était pas forcément très sain. Ce besoin traduit fatalement un manque quelque part. Ça comble peut-être un truc dans ta tête. Y a des choses qui ressortent. Des fois, tu le vois même pas. Des fois, tu ne t’en rends même pas compte. Souvent, le texte est plus intelligent que toi. Incroyable, non ?
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Il se publie environ cent livres de tous genres par jour en France. Sans signature, il y en aurait beaucoup moins, c’est évident. Tant de gens publient un livre pour se montrer, pour exister, pour, non pas écrire,mais être regardé comme un auteur. La vanité est (trop) souvent un moteur bien plus puissant que l’écriture elle-même… Tant de personnes ne veulent juste que leur nom sur la couverture d’un livre. Si les éditeurs ne publiaient que les livres sincères, véritablement sincères, et les livres écrits, véritablement écrits, combien en resteraient-ils dans les rayons des librairies ? Pour ma part, encore une fois, mon truc, c’est de faire des phrases. Même pas de fabriquer des histoires (j’ai du mal à construire des intrigues qui tiennent à peu près la route), juste de faire des phrases. Je passe ma vie à ça (je suis journaliste de presse écrite). Alors si je n’écris plus, qu’est-ce que je vais faire ? Bref, publier anonymement ne poserait aucun problème.
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Je suis tombé amoureux du noir le jour où j’ai lu les premières pages de « Lune sanglante » de James Ellroy, conseillé par un copain. C’était le premier roman noir que je lisais. J’avais vingt ans et des brouettes. Et j’ai immédiatement cessé d’écrire de la poésie ou de vouloir écrire, comme on dit, de la blanche.J’ai dévoré les romans noirs et j’ai adoré et, forcément, j’en ai écrit. Le roman noir est un cadre incroyablement rigide et plastique en même temps : il t’oblige à raconter un truc, à bâtir une intrigue et te permet de parler de tout, d’aller dans tous les genres : le mélo, la comédie, le social, l’action, etc. Surtout, il te fait voyager comme aucun autre genre. Dans la vie réelle, je n’ai jamais tué personne. Sur mon ordinateur si. Vivre d’autres vies que la sienne n’est pas donné à tout le monde. C’est ce que me permet le roman noir.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Être seul devant mon ordi avec du temps devant moi et de la bonne musique (enfin bonne, celle que j’aime quoi!).
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Poulou. C’est un surfeur bien gauchiste accusé à tort du meurtre d’un directeur de cabinet dans « Ainsi débute la chasse », mon deuxième roman publié en 2017 au Rouergue Noir. Il est aussi le personnage principal de mon troisième roman, que je suis en train d’achever. Ce livre raconte la même histoire que le précédent, mais du point de vue de Poulou, et non plus, comme dans « la chasse », de Charly, qui, lui, est un vrai tueur. Ce troisième livre, un roman noir évidemment, est une comédie, enfin, veut faire rire. Et j’adore Poulou. C’est un type chouette, sincère, poissard mais toujours positif, incroyablement positif, positif jusqu’à l’aveuglement. Il surfe hyper bien et il sort avec La Belle Alex, une bombasse qui passe son temps à le tromper et qui veut un enfant de lui. Il n’a pas une vie facile mais avoir un pote comme lui rend forcément la vie plus belle. Quelque part, c’est mon pote puisque j’écris son histoire. À part lui, ce serait la vraie classe d’être l’ami de John Fante (enfin, de Bandini ou de Molise, ses doubles dans ses livres). On boirait des coups chez lui en parlant de Stupide, de la vie, de la mort, des femmes, des enfants et de l’écriture.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Je jette peu. Même si avec les ordinateurs aujourd’hui, finalement, on ne s’en rend plus trop compte. Si je dois virer un passage où une image me plaît, je la garde pour plus tard. Je suis radin. Et puis l’écriture à l’os tant louée aujourd’hui, décharnée, sans mots, sans adjectifs, sans rien finalement, me casse les couilles. Je retravaille le texte jusqu’à ce qu’il corresponde exactement à ce que je voulais. Mais je ne prends ni hache ni massicot et ça ressemble quand même souvent pas mal au premiers mots écrits sur l’ordi. Ce qui ne m’empêche pas d’écouter ce que me dit, par exemple, mon éditrice au Rouergue, Nathalie Démoulin. Je n’obtempère pas toujours mais des fois, si. Quant aux bouillons auxquels j’aimerais avoir accès, je ne sais pas, ceux d’Ellroy, de Manchette, de Robin Cook, de Pierre Siniac, d’Hervé Le Corre, d’Hugues Pagan ou d’Hammett pourquoi pas.

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°6 -Histoire d’Oreille

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°6 -Histoire d’Oreille

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dimanche 4 novembre 2018 :

Nouvelle N°6 : Histoire d’Oreille

Img une histoire d'oreille

Histoire d’Oreille

— C’est vraiment horrible ce qu’il leur fait, à ces pauv’ filles ! maronna la serveuse du bar à l’intention du pianiste de l’hôtel.
— Horrible.
— Avec Marcelline, tu sais, on n’est pas tranquilles à la fin du service…
Bien que l’idée lui traversât l’esprit, le jazzman ne proposa pas à Gerda de la raccompagner, sous la lune, dans les rues de Paris. La pause était terminée. Il laissa la jeune femme à ses peurs, et aux verres à whisky qu’elle essuyait un peu plus nerveusement depuis l’arrivée de ces clients-là. Le musicien se dirigea silencieusement, les bras le long du corps, vers le quart de queue qui attendait l’or de ses mains au fond de la salle quasi déserte. Deux mondes, deux musiques.
— Si ça s’trouve, je lui ai déjà parlé sans l’savoir, ruminait la barmaid.
L’horloge du comptoir battait correctement la mesure : vingt heures tapantes ; c’était l’heure à laquelle le restaurant de l’hôtel s’emplissait de la foule mondaine. Yoav Adelstein, le premier à être descendu, la scrutait à mesure qu’elle s’installait à table et qu’elle envahissait l’espace sonore. Des dizaines de couples, apprêtés et fringants, se pressaient derrière le maître d’hôtel jusqu’à la table affectée à leur numéro de chambre. Sur leur passage, les serveurs suspendaient la course des seaux à champagne, les plateaux d’argent valsaient au-dessus des têtes, les tables s’animaient les unes après les autres d’une joie factice. Les papillons des menus se posaient dans les mains, interrompant le rire des mirliflores qui commençait à éclater, ci et là, sous l’effet des premières coupes. Deux mondes, deux danses.
Les clients de l’hôtel étaient des médecins de toute nationalité, de tout âge, renommés dans leur spécialité. Cardiologues, orthopédistes, dermatologues : tous participaient, pendant la journée, au plus grand congrès de chirurgie organisé depuis la guerre. Mais s’ils avaient troqué le calot blanc et le sarrau chirurgical contre un trilby et un costume chic de facture française ou italienne, aucun ne semblait plus détendu qu’à l’hôpital. L’ambiance était faussement légère : on avait retrouvé, le matin même, un nouveau corps de femme mutilé non loin de l’hôtel. Le troisième en quinze jours, le troisième depuis l’arrivée des congressistes, quinze jours auparavant. En toute discrétion, le Quai des Orfèvres était déjà venu deux fois interroger le personnel de l’hôtel. Et Gerda avait entendu la rumeur en ville affirmer que seul un praticien pouvait amputer aussi proprement une gorge de ses cordes vocales, que les différentes entailles trahissaient un savoir-faire clinique. Personne ici n’évoquait le fait divers aussi ouvertement que la serveuse, mais il était présent dans tous les esprits et une méfiance naturelle rôdait entre les murs de l’hôtel qui abritait peut-être le Coupeur de mou.
Yoav Adelstein aussi était docteur : il avait terminé ses études de médecine juste après la Libération. Lui aussi avait eu un temps ce désir de réparer les vivants, mais pour des raisons bien différentes de celles qui animaient la plupart de ces hommes-là. Il avait ainsi sa place dans la congrégation sans être véritablement des leurs.
Son apparence, en premier lieu, trahissait sa singularité. Elle attirait l’attention, inquiétait même, dans ces circonstances : la simplicité — pour ne pas dire l’indigence — de sa tenue vestimentaire détonnait à tel point dans le cénacle que le personnel de l’hôtel exigeait qu’il montrât son accréditation dès lors qu’il souhaitait accéder au bar ou au salon dans son vieux complet années 30. Ce rituel était un peu contraignant, mais l’homme avait refusé d’accrocher à son vieux veston une nouvelle étoile de David, aussi honorifique fût-elle. Il préférait encore montrer patte blanche. Deux mondes, deux visages.
Vingt heures trente, l’immense salle s’emplissait encore. Les langues se mêlaient au tintement des couverts en argent ; bientôt les conversations des uns et des autres se fondirent dans l’inanité sonore que les notes lointaines de Duke Ellington peinaient à émouvoir. Seuls les éclats de voix stridents de Gerda, la barmaid, fendaient parfois la salle jusqu’aux oreilles de Yoav seul à sa table. Mais le spectacle continuait, et l’homme n’en perdait pas une miette, tout en désossant la caille rôtie de ses doigts habiles. Le pianiste pouvait entendre entre ses accords la succion régulière des petits os : un supplice de plus pour son oreille sensible.
Enfin arriva la 118, qui était l’objet de toute l’attention du médecin. Sur les indications du maître d’hôtel, le couple prit place près de la fenêtre, à quelques dizaines de centimètres de lui. Yoav n’eut aucun mal à reconnaître la femme bien qu’elle portât ce soir-là une perruque d’épais cheveux flamboyants qui dissimulait sa mutilation. Il sentit un léger courant d’air et l’excitation naître sur sa peau en la regardant s’asseoir si près de lui. Ou bien était-ce le fantôme de sa femme, Judith, qui avait pris l’habitude de le frôler quand il pensait plus intensément à elle ?
La femme à la perruque lui tournait le dos de trois quarts, mais elle n’avait jamais été si proche… S’il n’avait pas perdu l’odorat pendant la guerre, Yoav aurait pu sentir son parfum d’ambre et de jasmin mêlé au Pento des cheveux de son époux.
Tous les soirs, depuis son arrivée, il l’avait observée dîner en compagnie de ce dernier ou avec des amis, il avait découvert ses goûts d’émigrée polonaise, relevé le moindre de ses gestes en société, la moindre de ses habitudes ici. Elle regagnerait sûrement seule la chambre 118, comme après chaque souper. C’était du moins ce qu’il espérait.
Bientôt le légiste Karl Jurgen et sa maîtresse, une Berlinoise au tempérament autoritaire qui avait officié un temps pour l’administration nazie, les rejoignirent à la table. La conversation entre les hommes s’engagea rapidement dans le bloc opératoire. Yoav s’amusa d’entendre le chirurgien français et le médecin allemand rivaliser d’autorité, d’instrumentation technique et de scènes répugnantes. Deux mondes, mais un seul vainqueur ; le temps n’avait pas encore cautérisé les plaies de la guerre. Il remarqua aussi que les femmes se détournaient de la vision des chairs découpées comme si le sang risquait d’éclabousser leur nouvelle toilette. Même la Berlinoise que Yoav imaginait parfaitement insensible, avait lâché le bras de son amant à l’évocation d’une dissection artérielle, et les avait priés de l’excuser pour ce soir.
Marisa se retrouvait seule dans la ligne de mire de Yoav.
Et tandis que les hommes n’en finissaient pas de scier des membranes, d’extraire et de peser des organes, la femme du chirurgien s’était légèrement déplacée. L’épaisseur rousse des cheveux synthétiques cachait à présent le beau visage dont Yoav avait étudié chaque détail. Comme elle le faisait parfois, la femme jetait son ennui avec un peu de son pain par la fenêtre entrouverte du restaurant. Un geste que l’ancien déporté toujours hanté par la faim avait du mal à saisir, d’autant qu’il n’avait vu aucun oiseau dans la cour.
Alerté par un souffle invisible, le mari finit par laisser tomber le masque et interroger l’air songeur de sa femme : ­
— Que se passe-t-il, mon amour ?
— Rien… Je pense seulement à toutes ces femmes égorgées.
— Ne t’en fais pas : toutes ont la moitié de ton âge, crut-il la rassurer, en glissant son pouce sous la pulpe carmin de sa lèvre. Il y déposa un léger baiser qui incisa profondément le cœur de Yoav.
Judith aurait pu être assise là, à la place de Marisa. Mais, injuste loterie de la vie, c’est cette femme polonaise qui recevait le baiser d’un autre. Yoav effleura en rêve les lèvres d’un autre temps, mais il en avait aussi perdu le goût. Alors il essuya la graisse de ses doigts sur la serviette et s’encouragea mentalement à passer à l’acte le soir même. Il le devait à Judith.
Il attendit fiévreusement la fondante au kirsch et les petits babas au rhum qu’il avala sans plaisir. Il attendit que les hommes se fussent donné rendez-vous au fumoir pour un dernier cognac. Il attendit le dernier morceau de Paul Bley qui marquait en toute discrétion la fin du service.
La femme ajusta discrètement sa perruque et les bretelles croisées de sa rockabilly marine avant de prendre congé. La serveuse aussi, épuisée par ses heures de travail décuplées en l’absence de sa collègue Marcelline, s’apprêtait à pousser la porte du restaurant : elle serra plus fort la boucle de son manteau, et salua de sa voix de crécelle le musicien à l’autre bout de la salle. Ce dernier abandonna le piano et quitta silencieusement la salle presque déserte.
*
Il attendit qu’elle fût parfaitement seule, dans sa robe décolletée au dos, que sa taille étranglée eût porté ses talons hauts dans le dédale rouge et velouté de l’hôtel. Il la suivit à pas de loup. Dans les escaliers, puis au premier étage, jusqu’à l’angle du couloir qui menait à la chambre. Lorsqu’elle fut devant la plaque de laiton de la 118, il attendit que la grosse clé se tournât avec obstination dans la serrure, que la main frêle et impatiente poussât la porte capitonnée.
*
Avec sa bicyclette, il avait devancé la serveuse dans la nuit parisienne, puis il l’avait guettée, dissimulé sous une porte-cochère, dans l’étroite rue de la Lune qu’elle empruntait chaque soir pour rentrer chez elle. Le battage des talons pressés sur les pavés du IIème arrondissement et le souffle court de la jeune femme avaient fait croître son désir de manière fulgurante.
*
Marisa avait poussé la porte de la 118. Il n’eut alors pas d’autres choix que de la bousculer pour entrer derrière elle avant de refermer la porte sur leurs deux corps. Un cri de surprise fusa de la gorge de la jeune femme qui lui faisait face, vite étouffé par les doigts virils dont elle pouvait encore sentir les effluves de volaille. Dans un mouvement de recul, la tête de Marisa heurta le mur tapissé de la chambre. La perruque de feu glissa à l’arrière de son crâne, dévoilant son infirmité ainsi que ses petits cheveux bruns, plaqués sous un filet de résille.
— N’ayez pas peur, Madame, je ne vous ferai aucun mal.
L’apostrophe la rassura plus que la promesse de ne pas lui faire de mal : appelait-on Madame celle qu’on était sur le point de violenter ? Quand il eut la certitude qu’elle ne recommencerait pas à hurler, l’homme libéra complètement son visage. Doucement, la terreur se mut en curiosité. Que pouvait lui vouloir cet individu, à l’allure dépenaillée, dont elle avait déjà remarqué le regard et la présence dans l’hôtel ?
L’index plaqué sur sa propre bouche pour enjoindre la femme à garder le silence, il chercha frénétiquement dans les poches de sa vieille redingote un petit paquet qu’il lui tendit d’une main tremblante… Pour Judith.
Le visage de Marisa chavira au souvenir de celle avec qui elle avait enduré les pires violences à Ravensbrück. Yoav recula d’un pas, comme pour laisser place à cet indicible passé entre eux. Marisa y retrouva Judith, et un album de souffrances pas si lointaines lui revint, les yeux rivés sur le petit paquet : les heures debout dans le froid glacial qui paralysait les membres, les privations, la rage de la gardienne qui les persécutait nuit et jour. La hargne qui sortait de sa gueule les jours où elle ne tolérait pas le moindre bruit à la sortie du block. Was hat sie GESAGT ? Was habe ich GEHÖRT ? Pour protéger Judith, pour lui éviter une mort certaine ce jour-là, Marisa n’avait rien répondu à la chienne enragée. Celle-ci lui avait alors empoigné l’oreille, creusant dans la chair avec ses ongles jusqu’à l’os du crâne. SAG ES MIR ! Et le geste insensé qui avait suivi, qui arrachait encore chaque nuit Marisa au sommeil. Elle pouvait encore sentir la brûlure vive de la peau et celle du cartilage déchiré dans le sang, elle libérait parfois en rêve le cri de douleur, étouffé jusque-là par la gardienne qui continuait de lui cracher sa fureur au visage. Et tout cela, sous les yeux de Judith, impuissante. Judith, sa camarade française de châlit, qui n’avait pas survécu longtemps — elle l’apprenait ce soir — à la déportation. Chacune y avait laissé sa peau. On peut mourir des mois, des années, après avoir été tué.
Ce fut au tour de Marisa de trembler. Le paquet qu’elle ouvrit délicatement contenait une reconstitution de son oreille gauche, une épithèse de pavillon que Yoav Adelstein avait spécialement conçue pour elle en élastomère de silicone. Le docteur avait dû poursuivre de nombreuses investigations sur la physionomie de la jeune femme, et il lui avait fallu près de trois ans de travail dans le sillon du Professeur Brånemark pour mettre au point une prothèse et une méthode d’implant osseux efficace. Aujourd’hui enfin, il pouvait réparer quelque chose de ce monde meurtri, à la mémoire de Judith.
La perruque rousse s’échoua au sol. Marisa tomba en larmes dans les bras du médecin juif.
*
Rue de la Lune, Gerda avait senti trop tard la silhouette massive et silencieuse dans son dos. Elle n’eut pas le temps de crier sous la lame effilée, elle dut abandonner sa gorge à l’assassin qui avait l’habileté d’un chirurgien sans en avoir la fonction. Dans son tout dernier souffle, elle put reconnaître avec effroi le pianiste de l’hôtel.

Apéro Polar — Le “Ressenti“ de Jean-Paul

Le Collectif Polar, vous commencez à connaitre un peu maintenant. Dirigé d’une main de fer, et d’un cœur en or, par Geneviève Van Landuyt, c’est un collectif de passionnés de lecture. De polar bien sûr, mais pas que… J’ai intégré ce groupe très dynamique au mois de mars dernier et depuis il n’y a […]

via Apéro Polar — Le “Ressenti“ de Jean-Paul.

Jean Paul, Flingueuse de son état chez notre grand Frère Collectif Polar, Chronique de Nuit nous propose son retour sur le dernier Apéro Polar proposé par le porte flingue du gang et soutenue avec brio par Ophé Lit, petite flingueuse en or !

 

Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : Ahmed Tiab

Trophée Anonym’us

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mercredi 24 octobre 2018

L’interview de la semaine : Ahmed Tiab

Ahmed-TIAB

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

Aujourd’hui l’interview de Ahmed Tiab

 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Non ! Il est parfois agaçant de voir certaines “attitudes” dans les salons.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Gné??!!!
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Heu…Gérard Depardieu (ça compte?)
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Penser comme une femme. Juste pour voir.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Oui.
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
L’ennui.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
Doit-on vérifier si on n’a pas les doigts qui puent avant de se mettre à écrire?
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Plus. Oui.
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
J’ai pas choisi. Choisir c’est réfléchir.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Un bon cafard.
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Un personnage de Milo Manara.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
N’ayant pas une âme de collectionneur, j’en sais fichtre rien.
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