Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : David Patsouris

Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : David Patsouris

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jeudi 1 novembre 2018

L’interview de la semaine : David Patsouris

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.
 
 
Aujourd’hui l’interview de David Patsouris
 
 
David Patsouris.
 
 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Non, pas du tout. J’ai trois enfants et je n’ai pas envie de me comporter avec eux comme se comportent mes personnages de roman. Quand j’écris, je suis dedans, à l’intérieur de l’histoire, du rythme et des mots de mes personnages, mais quand je n’écris plus, je suis moi. Je me concentre assez vite et je coupe assez vite aussi. Je peux me remettre dans le texte en une minute et m’en sortir en quelques secondes. Et heureusement !Donc, pour répondre directement, certains, peut-être, moi, non, du tout.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Je crois qu’il se trompe. La bonne réponse à cette question, c’est 37. Et ça me semble évident. 
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Dave Klein, le héros de « White jazz » de James Ellroy, le dernier roman du quatuor de Los Angeles,écrit à la première personne, un livre que beaucoup trouvent illisible mais qui me semble être le sommetd’Ellroy. Dave Klein est très méchant. C’est un vrai fils de pute mais j’ai lu et relu tant de fois « Whitejazz » que j’aimerais bien boire une bière avec lui. Je sais pas de quoi on parlerait. Lui est un fliccorrompu jusqu’à la moëlle et moi un gentil père de famille. Y aurait peut-être des blancs dans laconversation. Peut-être qu’il quitterait la table du rade au bout de cinq minutes, je ne sais pas. Je luidemanderai comment il a réussi à trouver cette écriture si fascinante, sin incroyablement sensitive. Je lequestionnerait sur la fin duroman : as-tu bel et bien retrouvé Glenda après toutes ces années ? Que t’a-t-elle dit quand elle t’a revu ? Pourquoi n’as tu pas écrit tout ça ? Pourquoi m’as tu laissé en rade à la fin de « White jazz » ? Ouais, je crois qu’il m’enverrait bouler et qu’il se barrerait…
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Ceux de Spiderman. Mon fils, qui adore Peter Parker, serait sur le cul.Mes deux filles aussi.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Je n’écris ni pour ma mère ni pour les autres. Donc j’imagine que oui. J’ai longtemps écrit pour absolument personne et je crois que ça continue ainsi. J’écris des trucs qui me plaisent. Des choses qui me font décoller, qui m’emmènent ailleurs, qui me perdent un peu. J’ai publié deux romans aux éditions du Rouergue. Aucun n’a eu de succès. Ces deux livres ont eu très peu de lecteurs et je crois que ça ne merend pas malade. Voir le livre édité, avec ton nom et le titre et les pages remplies de tes phrases te faittriquer quelques semaines la première fois, quelques jours la deuxième fois mais finalement tu passesrapidement à autre chose. Je ne relis pas ces livres. Je ne reste pas des heures à regarder le bouquin. Jene m’astique pas dessus. Le vrai kiff n’arrive qu’en écrivant. Le vrai plaisir, c’est l’écriture. Qu’on soit lu ou pas.
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
J’avais écrit un poème sur un oiseau lyre quand j’avais sept ou huit ans et puis plus rien. J’ai refait des phrases à dix-sept ans, le soir où j’ai appris que mon grand-père paternel n’en avait plus que pour quelques semaines. Et je ne me suis jamais arrêté.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
L’écriture-souffrance n’a jamais été mon truc. J’écris parce que ça me fait kiffer. Sans plaisir, putain, mais autant faire autre chose ! Après, j’ai toujours pensé, comme Louis Calaferte le disait si bien, que passer une bonne partie de sa vie devant un écran (ou une feuille blanche) à raconter des trucs n’était pas forcément très sain. Ce besoin traduit fatalement un manque quelque part. Ça comble peut-être un truc dans ta tête. Y a des choses qui ressortent. Des fois, tu le vois même pas. Des fois, tu ne t’en rends même pas compte. Souvent, le texte est plus intelligent que toi. Incroyable, non ?
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Il se publie environ cent livres de tous genres par jour en France. Sans signature, il y en aurait beaucoup moins, c’est évident. Tant de gens publient un livre pour se montrer, pour exister, pour, non pas écrire,mais être regardé comme un auteur. La vanité est (trop) souvent un moteur bien plus puissant que l’écriture elle-même… Tant de personnes ne veulent juste que leur nom sur la couverture d’un livre. Si les éditeurs ne publiaient que les livres sincères, véritablement sincères, et les livres écrits, véritablement écrits, combien en resteraient-ils dans les rayons des librairies ? Pour ma part, encore une fois, mon truc, c’est de faire des phrases. Même pas de fabriquer des histoires (j’ai du mal à construire des intrigues qui tiennent à peu près la route), juste de faire des phrases. Je passe ma vie à ça (je suis journaliste de presse écrite). Alors si je n’écris plus, qu’est-ce que je vais faire ? Bref, publier anonymement ne poserait aucun problème.
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Je suis tombé amoureux du noir le jour où j’ai lu les premières pages de « Lune sanglante » de James Ellroy, conseillé par un copain. C’était le premier roman noir que je lisais. J’avais vingt ans et des brouettes. Et j’ai immédiatement cessé d’écrire de la poésie ou de vouloir écrire, comme on dit, de la blanche.J’ai dévoré les romans noirs et j’ai adoré et, forcément, j’en ai écrit. Le roman noir est un cadre incroyablement rigide et plastique en même temps : il t’oblige à raconter un truc, à bâtir une intrigue et te permet de parler de tout, d’aller dans tous les genres : le mélo, la comédie, le social, l’action, etc. Surtout, il te fait voyager comme aucun autre genre. Dans la vie réelle, je n’ai jamais tué personne. Sur mon ordinateur si. Vivre d’autres vies que la sienne n’est pas donné à tout le monde. C’est ce que me permet le roman noir.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Être seul devant mon ordi avec du temps devant moi et de la bonne musique (enfin bonne, celle que j’aime quoi!).
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Poulou. C’est un surfeur bien gauchiste accusé à tort du meurtre d’un directeur de cabinet dans « Ainsi débute la chasse », mon deuxième roman publié en 2017 au Rouergue Noir. Il est aussi le personnage principal de mon troisième roman, que je suis en train d’achever. Ce livre raconte la même histoire que le précédent, mais du point de vue de Poulou, et non plus, comme dans « la chasse », de Charly, qui, lui, est un vrai tueur. Ce troisième livre, un roman noir évidemment, est une comédie, enfin, veut faire rire. Et j’adore Poulou. C’est un type chouette, sincère, poissard mais toujours positif, incroyablement positif, positif jusqu’à l’aveuglement. Il surfe hyper bien et il sort avec La Belle Alex, une bombasse qui passe son temps à le tromper et qui veut un enfant de lui. Il n’a pas une vie facile mais avoir un pote comme lui rend forcément la vie plus belle. Quelque part, c’est mon pote puisque j’écris son histoire. À part lui, ce serait la vraie classe d’être l’ami de John Fante (enfin, de Bandini ou de Molise, ses doubles dans ses livres). On boirait des coups chez lui en parlant de Stupide, de la vie, de la mort, des femmes, des enfants et de l’écriture.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Je jette peu. Même si avec les ordinateurs aujourd’hui, finalement, on ne s’en rend plus trop compte. Si je dois virer un passage où une image me plaît, je la garde pour plus tard. Je suis radin. Et puis l’écriture à l’os tant louée aujourd’hui, décharnée, sans mots, sans adjectifs, sans rien finalement, me casse les couilles. Je retravaille le texte jusqu’à ce qu’il corresponde exactement à ce que je voulais. Mais je ne prends ni hache ni massicot et ça ressemble quand même souvent pas mal au premiers mots écrits sur l’ordi. Ce qui ne m’empêche pas d’écouter ce que me dit, par exemple, mon éditrice au Rouergue, Nathalie Démoulin. Je n’obtempère pas toujours mais des fois, si. Quant aux bouillons auxquels j’aimerais avoir accès, je ne sais pas, ceux d’Ellroy, de Manchette, de Robin Cook, de Pierre Siniac, d’Hervé Le Corre, d’Hugues Pagan ou d’Hammett pourquoi pas.
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Auteur : Collectif Polar : chronique de nuit

Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

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