Trophée Anonym’us : L’interview de la semaine : Balthazar Tropp

mercredi 19 décembre 2018

L’interview de la semaine : Balthazar Tropp

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.


Aujourd’hui l’interview de Balthazar Tropp


1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?Bande de psychopathes !

Dans mon salon ? (rire ) J’écris des histoires relativement chiantes sur des types névrosés, et cette activité me plonge dans des abimes d’angoisse que je transporte de ma chambre à la cuisine, en passant par les petits coins, le dressing et la douche. Alors votre salon !..

2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?

Est-ce qu’on est en train de parler de la réponse absolue ? Celle qui règlerait toutes les autres ? La clé de la paix, de la sérénité et de la joie ? Merci de garder vos menaces pour d’autres, je ne mange pas de ce pain-là.

3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?

Disons une soirée que j’ai découverte via un personnage (Ringolevio, Emmeth Grogan). Une chaude nuit en Août 67, à San Francisco ,USA. Une petite sauterie en appartement organisée par les Diggers de San Francisco (Les vrai Diggers quoi, les premiers). Quelques personnes, un peu de LSD. Débarquent : Ginsberg, Burrough, Cassady, Kesey, le jeune tom Wolf, le Yellow Submarine ( un camion ) des Pranksters, mais aussi les états majors des Hell’s Angels et des Black Panthers. Bientôt la soirée déborde dans la rue. Mille personnes. Deux milles. Trois milles. La police débarque. Arrête le patron des Hell’s. Une foule immense converge vers le comico, portant un cercueil chargé de billets pour payer la caution. Les flics paniquent et libèrent le larron. Bref une sacré soirée.

4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?

Flash. Je serais Flah. C’est pas très original, mais je pourrais faire des sacrés tours de magie, gagner une ou deux médailles olympiques, braquer suffisament de camions de la Brink’s pour me mettre à l’abri, et utiliser les propriétés de la relativité restreinte pour vivre mille ans et écrire une série de 137 romans

.5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

Non, je rêvasserai plutôt. Je suis pas très #plaisirdecrire, et je vois pas pourquoi je me ferais chier comme je le fais si personne n’était là pour voir le résultat.

6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?

C’est Martin Eden, de Jack London qui a été le déclencheur. Ce désir a ensuite largement été alimenté par John Fante, Bukowski et plus localement par Philippe Djian. Je fantasme largement la galère de l’écrivain, travailler sans être lu, n’avoir pas de reconnaissance, pas de flouze. Du coup en ce moment je suis aux anges !

7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?

Oui grave. Je dirais même : l’on orne la nacre nos fantasmes du liséré pourpre de nos saignements… Et biiiiim !

8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?

En réalité, je pense que si les maisons d’édition se décidaient à anonymiser tous les manuscrits qu’elles recevaient (y compris les auteurs déjà publiés), cela ferait un bien fou à la littérature. Ca va peut-être pas plaire à mes collègues professionnels de ce concours, et peut-être que je changerais d’avis si jamais j’étais moi aussi publié, mais je pense que l’énergie et la folie qu’il faut mettre pour faire un bon roman se nourrit beaucoup de l’angoisse que le bouquin ne soit pas publié. Après c’est un point de vue très personnel. Je veux me fâcher avec personne…

9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?

Je suis plus gris que noir, mais on m’a proposé de participer à ce concours, et ça a été à ma grande surprise un grand moment de joie. Il y a un côté je trouve super relaxant à imaginer le pire, en vrai ça en devient presque drôle.

10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?

Le matin, trois heures, avec open café-clope, des boules Quies et des gens autour qui font leur truc sans te solliciter. La cerise sur le gateau c’est d’avoir un être, que tu aimes, et qui te demande de lire ce que tu as fait. Allez, un petit lectorat, qui te suit, qui t’envoie des messages pour te dire que c’est cool et qu’ils en veulent encore. On peut rêver…

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?

Je pense que le personnage qui m’a le plus touché, c’est Arthuro Bandini, l’alter ego de John Fante dans quasi tous ses romans. Je lis Un chien stupide, et je chiale, littéralement, j’ai envie de le prendre dans mes bras.

12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?

J’ai un fort taux de déchet, j’écris à deux à l’heure, et je sais pas si je dois mettre ça sur le compte d’un manque de confiance en moi ou d’une exigence nazistique. Si j’avais accès à des brouillons, ce serait ceux de la série des Rougons-Macquart. Je trouve que ce qu’a fait Zola sur ce coup, c’est surement le travail littéraire le plus ambitieux qui m’ait été donné de lire, et je serais curieux de savoir comment il s’est organisé pour ne pas s’y perdre.

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