Les Lames du cardinal de Pierre Pevel, lecture 1

Et si on lisait le début !

Les Lames du cardinal de Pierre Pevel

Les Lames du cardinal

Un livre qui m’a intéressé et interrogé

Pour comprendre pourquoi, …

Je vous propose de lire le début


Les Lames du cardinal de Pierre Pevel, lecture 1

Prologue

Creusée dans le sol au cœur d’un immense pentacle gravé à même les dalles nues et froides, la cuve occupait le centre de la crypte, sous une voûte soutenue par des colonnes massives. Complexes mais harmonieuses, les lignes du pentacle s’entrecroisaient pour dessiner une étoile à douze branches enrichie de runes draconiques que la plupart des sorciers ne savaient ou n’osaient prononcer. Il émanait d’elles une puissance maléfique qui alourdissait l’atmosphère, cependant que de hauts cierges régulièrement disposés brûlaient. Des cierges noirs. Et dont les flammes, rougeoyantes dans l’obscurité, étaient du même incarnat que le sang fumant qui emplissait la cuve.

Une vieille femme s’approcha du pentacle. Ses longs cheveux blonds ternis de gris, elle laissa tomber à ses pieds le voile qui la couvrait et resta nue, offrant la peau blême et les chairs molles de son corps fané à la lueur érubescente des cierges. Puis elle descendit dans la cuve pour s’abandonner langoureusement à la chaleur poisseuse d’un sang qui, jamais, ne tiédirait. Paupières closes, tête rejetée en arrière et bras écartés sur le rebord de pierre, elle goûta un moment de délice et de grand repos. Enfin, après un soupir satisfait, elle se laissa lentement couler dans son bain, jusqu’à disparaître.

Quelques secondes s’écoulèrent avant que le pentacle réagisse. Soudain, les flammes écarlates des cierges doublèrent de taille tandis que les runes et les lignes gravées dans la pierre luisaient telles des braises. La surface du bain de sang se mit à frémir, à bouillonner bientôt. Des bulles naissaient et crevaient. Les cierges dévorés fondaient à vue d’œil. Dans le même temps, la lumière émise par le pentacle se faisait toujours plus vive. Mais elle ne se dispersait pas. Elle était un jaillissement continu, précis et vermillon qui découpait l’obscurité à la verticale selon le savant tracé du pentacle et le dessin torturé des symboles draconiques.

Il y eut alors une explosion aveuglante et silencieuse, et tout prit fin.

Lorsque l’on put de nouveau y voir dans la crypte, le pentacle était retourné à sa froideur minérale, la cuve montrait une surface lisse et miroitante, et les cierges réduits à l’état d’amas misérables donnaient des flammes grésillantes.

Celle qui émergea debout était désormais une très jeune femme au minois délicieux, au teint éclatant de blancheur, à la blondeur juvénile, au corps lisse, à la taille mince, aux fermes rondeurs. Le sang glissant sur elle comme sur une toile huilée pour la rendre à une beauté immaculée, elle quitta son bain et, d’un battement de paupières, elle déguisa les yeux reptiliens que le rituel avait révélés. Ce faisant, elle acheva de se muer en l’adorable vicomtesse de Malicorne, dont les charmes espiègles enchantaient la Cour et la vivacité d’esprit plaisait tant à la reine.

Loin du monde, elle ne s’obligea pas à sourire. Et alors qu’elle marchait hors du pentacle et allait vers l’escalier dérobé menant à ses appartements, on pouvait encore lire dans son regard une sagesse ancienne et cruelle qui trahissait non seulement son âge mais sa race, car le sang de dragon qui lui avait rendu la jeunesse coulait également dans ses veines.

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