De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic, lecture 4



Et si on lisait le début !

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic, lecture 3

Un livre qui m’a bouleversé et interrogé

Pour comprendre pourquoi, …

Je vous propose de lire le début


Si vous avez loupé le début c’est ICI : De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic, lecture 1

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic, lecture 2

Et ici encore  la lecture 3

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic, lecture 4De bonnes raisons de mourir

4

 

Nikita Kachine tenait une affaire dans la banlieue sud de Moscou, un abattoir assorti d’une boucherie qui confectionnait les meilleures saucisses des environs. La légende disait qu’il s’en servait pour faire disparaître les cadavres des gens qui s’opposaient à lui, mais c’était vraisemblablement une rumeur propagée par les mauvaises langues. Du moins, Rybalko l’espérait : il repartait souvent de leurs entrevues avec un ou deux kilos de viande fraîchement hachée.

L’employé derrière le comptoir de la boucherie les fit passer dans l’arrière-boutique, puis dans l’abattoir. Kachine y travaillait au milieu de ses employés. Mince et voûté comme une lame d’acier prête à jaillir, il découpait minutieusement un quartier de viande avec des gestes précis et secs, quasi chirurgicaux. Même si l’essentiel du fric qu’il se faisait venait de ses activités illégales, Kachine aimait passer du temps à son abattoir, pour y travailler des carcasses. Ça le détendait, aussi bizarre que cela puisse paraître.

Comme s’il avait senti un changement dans l’air, Kachine se retourna brusquement alors qu’ils étaient encore à six ou sept mètres de lui.

– Alex ! s’exclama le mafieux en l’apercevant.

42Il planta son couteau dans le quartier de viande qu’il était en train de découper et retira ses gants.

– Ça fait des jours que je te cherche. Heureusement que ton ami est un fin limier.

Une dent en métal scintilla au bord de son sourire, tandis qu’il tapait amicalement sur l’épaule de Tchekov. Il lui murmura à l’oreille :

– Passe à la caisse. Ils ont ton argent. Et prends un bon rôti pour dimanche. Cadeau de la maison.

Tchekov coula vers son collègue un regard hésitant et presque coupable.

– Je t’attends dehors ?

– Pas la peine, répondit Rybalko. Kita et moi, on ne s’est pas vus depuis longtemps. Ça risque de durer. Je prendrai un taxi.

Tchekov acquiesça, puis s’éclipsa sans demander son reste. Kachine retira son tablier et le suspendit à un crochet en inox.

– On sera plus tranquilles là-haut, fit-il en désignant un escalier métallique.

Il menait à son bureau, aménagé en hauteur de manière à ce qu’il puisse surveiller le travail de ses employés. L’intérieur était spacieux et exempt de toute tentative de décoration. Pas de photos, de souvenirs, de tableaux. Rien de personnel. Les murs blancs étaient bordés d’armoires métalliques uniformes. Un vieux frigidaire ronronnait dans un coin.

Quand Kachine referma la porte du bureau derrière lui, Rybalko remarqua que le pourtour de la poignée avait une couleur brun sale, comme si on l’avait touchée avec des mains ensanglantées. Il y avait aussi quelques taches de la même couleur sur le tapis. Le souvenir du mafieux frappant un homme traversa son esprit. Un civil tchétchène qui refusait de dire où il cachait son argent. Rybalko sortit une cigarette et inspira une longue bouffée pour renvoyer l’image dans les ténèbres de sa mémoire. En contrebas, 43par une fenêtre, il aperçut la carcasse du porc traversée par le couteau à désosser.

– Une bière ? lança Kachine.

Rybalko grimaça. L’idée de boire un verre d’alcool de plus lui soulevait l’estomac, tout comme les odeurs de sang et de viscères qui perçaient par un vasistas entrouvert.

– Pas soif. Pourquoi tu as payé Tchekov pour me retrouver ?

– Il n’est pas donné mais plutôt efficace, ton ami. Où est-ce que tu étais ?

– Viens-en au fait, Kita. J’ai pas de temps à perdre.

Kachine soupira.

– Toujours aussi pressé, hein ? Bon, allons droit au but. J’ai besoin d’un flic sûr qui parle la langue des rossignols. Alors j’ai pensé à toi.

La « langue des rossignols » était le surnom que les Ukrainiens donnaient à leur langue, en raison de sa musicalité. Contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, l’ukrainien et le russe étaient deux langues très différentes, un peu comme l’espagnol et le français.

Auteur : Collectif Polar : chronique de nuit

Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

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