De mort lente de Michaël Mention, lecture 2

Et si on lisait le début

Avant-Hier dans « Première Ligne 31 » je vous proposait le premier chapitre d’un bouquin que j’ai adoré.

Hier dans « Et si lisait le début » je vous donnais à lire le chapitre 2.

Aujourd’hui j’en rajoute un peu pour vous donnez envie de découvrir ce super bouquin

Une sacrée découverte, un énorme coup de cœur

Aujourd’hui et dans le jour suivant je vous propose les chapitres suivants.

Le livre :

De mort lente de Michaël Mention

3

7 octobre 2009

Marie, une femme d’aujourd’hui au charme d’antan. Plus Nabil la regarde, plus elle lui semble échappée d’un film de Sautet. Marie, la simplicité élevée au rang de grâce. Si naturelle, si délicate, qu’elle réhabilite le quotidien, même les virées au supermarché. Comme toujours, chacun son rôle : Nabil pousse le caddie, Marie le remplit et leur fils s’agite sur le siège.

— Maman, c’est quoi, ça ?

— Des produits.

— C’est quoi ?

— On s’en sert pour faire le ménage. Touche pas.

— C’est quoi ?

— Léo, arrête de toucher.

— C’est quoi ? Papa, c’est quoi ?

Marie se rend dans un rayon. Nabil se penche vers leur fils :

— Tu veux savoir ce que c’est ?

— Oui !

— Eh bien, c’est… c’est… c’est un gros bisou !

Il l’embrasse très fort dans le cou. L’enfant se tortille et chatouille son père, qui éclate de rire. Un rire forcé, mais qu’importe, certains mensonges sont salutaires. Tous les moyens sont bons pour apaiser Léonard, perturbé depuis un mois, et pour cause : il est passé de la couche au pot et de la crèche à la maternelle. Deux transitions majeures, qu’il fait payer malgré lui à ses parents. Surtout à Marie. « Non ! », « Je veux pas ! »… En ce moment, la relation mère-fils est particulièrement rock’n’roll.

Heureusement, le calendrier de l’enfance est bien fichu puisque, après des mois de tensions, Nabil a désormais la cote auprès de son fils. Fort de son récent monopole, Nabil a donc hérité de plusieurs statuts – père adoré, médiateur écouté et amuseur en chef. Tandis qu’il recommence ses chatouilles, le rire de Léonard résonne dans le supermarché. Marie réapparaît avec trois paquets de pâtes.

— Eh ben, vous êtes déchaînés !

— C’est papa qu’a commencé !

Ils se mêlent aux clients, se dirigent vers les fruits et légumes, ce qui implique de dépasser le rayon multimédia. À l’entrée, sur un présentoir, l’intégrale Michael Jackson. Deux mois que le King of Pop est mort. Deux mois, déjà.

— Chéri, je me charge des légumes. Tu peux t’occuper du lait ?

— OK. Je reprends des yaourts ?

— Il nous en reste encore, mais…

Marie blêmit, vacille.

— Chérie ?

Elle perd l’équilibre, se retient au caddie. Léonard s’agite, inquiet. Nabil aide sa femme à se rétablir, puis lui caresse la joue :

— Ça va ?

— Oui… un vertige… C’est rien.

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