PREMIÈRES LIGNE #64

PREMIÈRES LIGNE #64

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Loin du réconfort, de Gilles Vidal

1) Moi c’est Ivana, c’est quand tu veux, m’avait-elle dit en notant son numéro de téléphone sur ma main avec un Bic. Elle était juste devant moi dans la queue de la supérette et n’avait cessé de se retourner pour me lancer des regards pointus auxquels j’avais répondu. Puis elle s’en était allée avec son sac bourré d’emplettes en me gratifiant d’un dernier sourire prometteur. J’avais serré le poing comme un orpailleur méfiant sur une pépite C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés. Ça ressemblait exactement à ce même jour béni à marquer d’une pierre blanche où j’ai ouvert pour la première fois un livre de Richard Brautigan. Et même si ça ne sert à rien de revenir en arrière, que ça ne fait qu’amplifier le mal, les remords et tout le reste, je sais que je rabâcherai encore et encore les circonstances de cette parenthèse qui a éclairé ma vie.

2) Alors que je rumine ces souvenirs comme un vieil édenté son morceau de biscotte, dehors il s’est mis à geler autant que dans le cœur de Josef Mengele. Pourtant, à bien y regarder, le soleil rougeoyant qui est en train de sombrer à l’horizon pourrait faire croire que l’été est toujours là, mais il n’en est rien, même si cette vision me procure de subtiles et mélancoliques émotions qui me racontent une histoire de chaleur, de sable et de mer où des corps parcourus par une brise légère se frôlent sans jamais oser se toucher. J’ai mis la climatisation au maximum, mais comme cela fait trois ans au moins que je n’ai pas changé le filtre à particules, j’imagine que, en plus de la pollution qui a dû se libérer ou bien se contenir, quelque chose s’est enrayé dans le mécanisme (en fait je n’y connais rien à ces engins). Je n’y connais rien en aucun engin. Aucun. C’est comme pour le bricolage, trop maladroit, je suis capable de transformer la plus petite des avaries en catastrophe ; je préfère m’abstenir. Ce qui est sûr, toutefois, c’est que cette climatisation a vraiment du mal à maintenir une température de dix-sept, dix-huit degrés (à tout casser) dans l’habitacle. Ce dernier est actuellement empli du violon débridé de David Oïstrakh exécutant de ses coups d’archet, affranchis des contingences techniques, le Concerto pour violon n° 2 de Prokofiev. C’était un des CD préférés de ma mère. Moi, je préfère largement ses concertos pour piano. Mais il est vrai que j’ai toujours eu une attirance pour le piano, dont j’ai eu la chance de tâter, jeune, grâce à la mansuétude de notre voisine. Elle m’avait pris en pitié quand elle m’avait un jour surpris en train de l’écouter jouer, mes yeux emplis d’étoiles. Même si je suis resté à un niveau très insuffisant.

3) Notre voisine, tiens. Celle qui jouait donc du piano et m’en apprenait les rudiments et plus encore. Qui s’appelait Valérie, qui était la meilleure amie de ma mère et qui ne pouvait pas avoir d’enfant. Je ne voyais jamais son mari, qui de toute façon était taciturne, contemplatif, et évitait les gens, partant très tôt au travail le matin et rentrant très tard le soir. Elle habitait une maison plus grande que la nôtre, avec un jardin que je trouvais immense avec mes yeux d’enfant. Il me semblait même gigantesque ce jardin avec tous ses arbres fruitiers, ses parterres de fleurs mystérieuses, ses bosquets feuillus, son potager, ses petits sentiers gravillonnés qui serpentaient au milieu de tout cela. J’y entrais souvent en catimini, demi courbé, mimant une sorte d’explorateur. J’y jouais à Luke Skywalker combattant les nervis de l’horrible Palpatine avec mon sabre laser à piles. J’y ai une fois planté (posé plutôt) une tente gonflable en forme de navire, reçue à Noël avec une panoplie de pirate. Souvent, Jim, le fox-terrier de Valérie, m’accompagnait. C’était un brave chien, un peu bébête sur les bords. On avait dû le bercer trop près du mur quand il était chiot. Valérie, qui ne travaillait pas, jouait du piano quatre à cinq heures par jour et s’occupait le reste du temps de la tenue de sa maison. Elle m’emmenait parfois le mercredi me promener en ville et faire les magasins, m’offrant à l’occasion une glace ou une pâtisserie, toute fière de m’avoir à ses côtés. Je n’avais pas réagi le jour où un commerçant avait cru que j’étais son fils. Ça l’avait rendue heureuse Valérie. Elle était blonde, très maigre, avait le visage osseux, et ses dents chevalines surgissaient hors de ses lèvres minces au moindre de ses sourires. Elle est morte à trente-trois ans d’un cancer foudroyant de la gorge alors qu’elle n’avait jamais tiré sur une cigarette de sa vie.

4) J’ai déjà parcouru une bonne centaine de kilomètres et d’ici une heure, si tout se passe bien, je serai normalement arrivé à destination. Le soleil est maintenant parti pour de bon. Mais il reviendra demain. J’en connais qui, eux, ne reviendront plus. Tandis que je conduis, les images me reviennent. C’était il y a déjà trois semaines mais il me semble à la fois que c’était hier et que cela s’est passé il y a de longs mois (je n’ai plus de notion de temps). J’étais assis sur la banquette arrière d’une voiture banalisée dont le gyrophare tournoyant produisait des flashs stroboscopiques bleus dans l’épaisseur de la nuit. J’étais encadré par deux policiers stoïques qui regardaient obstinément devant eux. Ils ne m’avaient pas une seule fois adressé la parole. Devant moi, la nuque rasée du conducteur attirait mon regard, je n’arrivais pas à m’en défaire, comme si ça avait été le point de fixation qu’aurait choisi pour moi un hypnotiseur. En tout cas, je ne regrettais pas d’avoir fui mon domicile. Ce que j’y avais trouvé en rentrant me hante encore et me hantera longtemps. Si ces policiers en civil ne me parlaient pas c’est, je pense, parce qu’ils ne m’appréciaient guère, même s’ils savaient au fond d’eux-mêmes que j’étais parfaitement innocent. La preuve en est qu’ils ne m’avaient pas passé les menottes, qu’ils ne m’avaient pas non plus mis la main sur la tête pour me faire entrer dans leur véhicule. Mais sans doute ne comprenaient-ils pas mon manque d’empathie, mes yeux secs. Comme si j’étais indifférent. Pourtant, s’ils avaient su ce que je ressentais à l’intérieur de moi-même, au plus profond de mes tripes, ils auraient caché un peu mieux leur mépris.

5) Le mépris. Le premier qui me vient à l’esprit est celui éprouvé lorsque ma mère m’a envoyé dans un pensionnat. Faut dire que, mauvais élève (préférant notamment mes lectures à celles qui m’étaient proposées) et auteur de frasques peu reluisantes (que j’aime mieux taire), je l’avais bien mérité. C’était une sorte de caserne parallélépipédique aux règlements rigides, où j’ai été accueilli le soir de mon arrivée par un étron bien chaud au fin fond de mon lit en portefeuille et les gloussements des autres pensionnaires enfouis sous leurs couvertures tout autour de moi. Sacrée humiliation. Je devais jouer au rugby moi qui préférais le foot, prenant au passage quelques mauvais coups de la part de rustres fils d’agriculteurs. J’étais aussi poursuivi par…

LES BLOGUEURS ET BLOGUEUSES QUI Y PARTICIPENT AUSSI :

• Au baz’art des mots • Light & Smell • Les livres de Rose • Lady Butterfly & Co • Le monde enchanté de mes lectures • Cœur d’encre • Les tribulations de Coco • La Voleuse de Marque-pages • Vie quotidienne de Flaure • Ladiescolocblog • Selene raconte • La Pomme qui rougit • La Booktillaise • Les lectures d’Emy • Aliehobbies • Rattus Bibliotecus • Ma petite médiathèque • Prête-moi ta plume • L’écume des mots• Chat’Pitre • Pousse de ginkgo • Ju lit les mots• Songe d’une Walkyrie • Mille rêves en moi• L’univers de Poupette • Le parfum des mots • Chat’Pitre • Les lectures de Laurine • Lecture et Voyage • Eleberri • Les lectures de Nae • Tales of Something • CLAIRE STORIES 1, 2, 3 ! • Read For Dreaming • À vos crimes

PREMIÈRES LIGNE #63, L’élixir du diable de Raymond Khoury

PREMIÈRES LIGNE #63

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

L’élixir du diable de Raymond Khoury

Durango, vice-royauté de Nouvelle-Espagne

(Mexique actuel), 1741

Alvaro de Padilla se retrouva paralysé de frayeur quand ses visions disparurent et que ses yeux fatigués recommencèrent à voir normalement.

Le prêtre jésuite se demanda quel était ce monde d’où il venait d’émerger, un monde dont l’incertitude était à la fois terrifiante et curieusement exaltante. Il entendait sa respiration haletante siffler dans sa gorge, son coeur affolé battre à ses tempes. Puis ce qui l’entourait reprit lentement forme et apaisa son esprit. La paille de sa natte crissa sous ses doigts, confirmation qu’il était revenu de son voyage.

Sentant quelque chose d’étrange sur ses joues, il porta une main à son visage, découvrit qu’il était mouillé de larmes. Il s’aperçut ensuite que son dos aussi était mouillé, comme s’il s’était couché non sur une natte sèche mais dans une flaque d’eau. Il se demanda pourquoi. Il se dit que la sueur avait peut-être détrempé sa soutane mais, quand il se rendit compte que ses cuisses et ses jambes étaient également mouillées, il sut que ce n’était pas de la sueur.

Il ne parvenait pas à comprendre ce qui venait de lui arriver.

Lorsqu’il tenta de se redresser, il constata que son corps était vidé de toute énergie. Il avait à peine soulevé sa tête qu’elle lui sembla devenue de plomb. Il retomba sur sa natte.

— Reste allongé, lui conseilla Eusebio de Salvatierra. Ton esprit et ton corps ont besoin de temps pour se remettre.

Alvaro ferma les yeux mais ne parvint pas à arrêter l’onde de choc qui déferlait en lui.

Il n’aurait pas cru à tout cela s’il ne venait pas d’en faire l’expérience par lui-même. Une expérience déroutante, terrifiante et… stupéfiante. Une partie de lui avait peur rien que d’y songer, tandis qu’une autre partie aspirait à la revivre, là, tout de suite, à retourner dans l’impossible. Mais la partie sévère et disciplinée de son être ne tarda pas à écraser cette idée démente et à le ramener sur le chemin vertueux auquel il avait voué sa vie.

Il regarda Eusebio, prêtre lui aussi, dont le visage souriant était l’image même de la sérénité.

— Je reviendrai dans une heure ou deux, quand tu auras recouvré un peu de force, dit Eusebio avec un petit signe d’encouragement de la tête. Tu t’en es très bien tiré pour une première fois. Très bien, vraiment.

Alvaro sentit la peur s’insinuer de nouveau en lui.

— Que m’as-tu fait ?

Eusebio le contempla un instant d’un regard empreint de béatitude puis plissa le front.

— Je crains d’avoir ouvert une porte que tu ne pourras jamais plus refermer.

Plus de dix ans s’étaient écoulés depuis qu’ils étaient arrivés ensemble en Nueva España, prêtres ordonnés de la Société de Jésus, envoyés par leurs supérieurs de Castille poursuivre une tradition déjà longue à présent, qui consistait à établir des missions en terres inconnues afin de sauver les âmes des misérables indigènes égarés dans leur sombre idolâtrie et leurs coutumes païennes.

Une tâche difficile mais non sans précédents. Dans le sillage des conquistadors, des missionnaires franciscains, dominicains et jésuites s’aventuraient dans le Nouveau Monde depuis plus de deux cents ans. Après maintes guerres, maintes révoltes, un grand nombre de tribus indigènes avaient été soumises par les colonisateurs et assimilées aux cultures espagnole et mestiza, métisse. Mais il restait beaucoup à faire, beaucoup d’autres tribus à évangéliser.

Avec l’aide de certains des premiers convertis, Alvaro et Eusebio avaient établi leur mission dans une vallée couverte d’une épaisse forêt et nichée dans les plis des montagnes occidentales de la Sierra Madre, au coeur du pays wixaritari. Avec le temps, la mission se développait. Un nombre croissant de petites communautés vivant isolées dans la montagne et les défilés se joignaient à leur congregación. Les deux prêtres avaient noué des liens solides avec ces populations et, ensemble, Alvaro et Eusebio baptisèrent des milliers d’Indiens. Contrairement à ce qui se passait dans les autres « réductions » franciscaines, où les indigènes devaient adopter le mode de vie et les valeurs de l’Espagne, les deux prêtres suivirent la tradition jésuite en laissant les Indiens garder un grand nombre de leurs pratiques culturelles d’avant la conquête. Ils leur apprirent aussi à se servir d’une charrue et d’une hache, les initièrent à l’irrigation, à de nouvelles cultures, à la domestication des animaux, ce qui améliora considérablement leur économie de subsistance. Les deux hommes gagnèrent ainsi la gratitude et le respect des Indiens.

Cette réussite tint aussi au fait qu’à la différence d’Alvaro, homme exemplaire et raide, Eusebio se montrait chaleureux et sociable. Ses pieds nus et la simplicité de sa mise avaient incité les Indiens à l’appeler « Motoliana », « l’homme pauvre », et contre l’avis d’Alvaro il avait adopté ce nom. Son humilité, sa conversation prévenante, sa conduite irréprochable – autant d’illustrations des principes qu’il prêchait – inspiraient beaucoup les Indiens. Il acquit en outre rapidement une réputation de faiseur de miracles.

Cela commença quand, au cours d’une sécheresse qui menaçait de détruire les cultures, il recommanda aux indigènes de se rendre en procession solennelle, avec prières et vigoureuses flagellations, à l’église de la mission. Des pluies abondantes délivrèrent bientôt les Indiens de leurs craintes et assurèrent une récolte exceptionnellement bonne. Le miracle se répéta deux années plus tard, quand la région souffrit de pluies diluviennes. Le même remède vint à bout du fléau et la réputation d’Eusebio grandit. En même temps, des portes s’ouvrirent peu à peu.

Des portes qu’il aurait mieux valu garder fermées.

Lorsque les Indiens, méfiants à l’origine, commencèrent à s’ouvrir à lui, Eusebio se retrouva aspiré plus profondément dans leur monde. Ce qui avait débuté comme une mission se transforma en un voyage de découverte exempt du moindre préjugé. Il se mit à explorer les forêts et les gorges des montagnes menaçantes, s’aventura là où aucun Espagnol n’avait pénétré, rencontra des tribus qui accueillaient généralement les étrangers avec la pointe d’une flèche ou d’un javelot.

Il ne revint pas de son dernier voyage.

Près d’un an après la disparition d’Eusebio, Alvaro, redoutant le pire, se mit en route avec un petit groupe d’Indiens pour tenter de retrouver son ami.

Et voilà pourquoi ils étaient maintenant tous deux assis autour d’un feu sous le toit de chaume du xirixi – la maison ancestrale de Dieu – de la tribu et qu’ils discutaient de l’impossible.

— Il me semble que tu es plutôt devenu leur grand prêtre, je me trompe ?

Alvaro était encore bouleversé par son expérience et, bien que la nourriture eût redonné quelques forces à ses membres, que le feu l’eût réchauffé et eût séché sa soutane, il demeurait très agité.

— Ils m’ont appris plus que je ne pourrais leur apprendre, répondit Eusebio.

Les yeux d’Alvaro s’écarquillèrent de stupeur.

— Mais… Seigneur… tu… tu embrasses leurs méthodes, leurs idées blasphématoires, bredouilla-t-il, l’air effrayé, les sourcils pesant sur ses yeux. Ecoute-moi. Tu dois mettre un terme à cette folie. Tu dois quitter cet endroit et revenir à la mission avec moi…

Eusebio regarda Alvaro et fut au désespoir. Certes, il était heureux de revoir son vieil ami et ravi d’avoir partagé sa découverte avec lui, mais il se demandait s’il ne venait pas de commettre une énorme erreur.

— Je suis désolé, je ne peux pas, dit-il d’un ton calme. Pas encore.

Il ne pouvait pas expliquer à son ami qu’il avait encore beaucoup à apprendre de ce peuple. Des choses que, même en rêve, il n’aurait pas crues possibles. Il avait été étonné de découvrir – lentement, peu à peu, malgré ses idées préconçues et ses convictions profondément enracinées – que les Indiens avaient des liens très forts avec la terre, avec les êtres vivants avec qui ils la partageaient, avec l’énergie qui en émanait. Il leur avait parlé de la création du monde, du paradis et de la chute de l’homme. De l’Incarnation et de l’Expiation. Ils avaient partagé avec lui leurs propres visions du monde et ce qu’il avait entendu l’avait sidéré. Pour ses hôtes, les royaumes de la mystique et du réel étaient entrelacés. Ce qui lui semblait normal, ils le trouvaient surnaturel. Et ils acceptaient comme normal – comme la vérité – ce qui lui apparaissait comme une pensée magique.

Au début.

Il avait maintenant changé d’avis.

Les sauvages étaient nobles.

— Absorber leurs breuvages sacrés m’a ouvert de nouveaux mondes, dit-il à Alvaro. Ce que tu viens d’éprouver n’est que le début. Tu ne peux pas t’attendre à ce que je tourne le dos à une telle révélation.

— Tu le dois, insista Alvaro. Rentre avec moi. Tout de suite, avant qu’il ne soit trop tard. Et nous n’en parlerons plus jamais.

Eusebio sursauta de surprise.

— Ne plus en parler ? Mais c’est uniquement de ça que nous devons parler. Nous devons l’étudier, le comprendre, le maîtriser, afin de pouvoir le rapporter chez nous et le partager avec les nôtres.

La stupéfaction envahit le visage d’Alvaro.

— Le rapporter ? ! rétorqua-t-il, crachant les mots comme du poison. Tu veux parler aux gens de ce… de ce blasphème ? !

— Ce blasphème peut nous apporter la lumière.

Alvaro fut indigné.

— Eusebio, prends garde, fit-il d’une voix sifflante. Le diable a planté ses griffes en toi, avec son élixir. Tu risques de te perdre, mon frère, et je ne peux rester sans réagir et le permettre, ni pour toi ni pour aucun autre membre de notre foi. Je dois te sauver.

— J’ai déjà franchi les portes du Ciel, vieil ami, répondit Eusebio avec sérénité. Et d’où je suis, la vue est magnifique.

Il fallut cinq mois à Alvaro pour faire parvenir un message à l’archevêque et au vice-roi résidant à Mexico, recevoir leur réponse et rassembler ses hommes, de sorte que c’était l’hiver quand il s’aventura de nouveau dans les montagnes à la tête d’une petite armée.

Munie d’arcs, de flèches et de mousquets, la troupe mêlant Espagnols et Indiens grimpa les contreforts de la sierra par des sentiers accidentés, escarpés, couverts d’épais buissons. Les torrents hivernaux avaient coupé les pistes qui serpentaient sur le flanc de la montagne et des branches poussant à l’horizontale en travers du chemin rendaient la progression encore plus difficile. On les avait mis en garde contre les pumas, les jaguars et les ours qui peuplaient la région, mais les seules créatures vivantes qu’ils rencontrèrent furent les vautours voraces zopilotes qui planaient au-dessus d’eux en attendant un banquet sanglant, et les scorpions qui hantaient leur sommeil agité.

A mesure qu’ils montaient, le froid devenait plus vif. Les Espagnols, habitués à un climat plus chaud, souffraient terriblement. Ils passèrent les journées à lutter contre les pentes rocheuses humides et les nuits à attiser leurs feux de bivouac, jusqu’à ce qu’ils approchent enfin de la forêt dense enveloppant le village où Alvaro avait laissé Eusebio.

A leur surprise, ils découvrirent que les sentiers sinuant entre les arbres étaient barrés par d’énormes troncs manifestement abattus par les indigènes. Craignant une embuscade, le commandant de la troupe ordonna à ses hommes de ralentir l’allure. Après trois semaines d’efforts et de tourments, ils atteignirent le village.

Il n’y avait plus personne.

Les Indiens et Eusebio avaient disparu.

Alvaro ne renonça pas. Il exhorta ses hommes à continuer, les éclaireurs indigènes suivant les traces de la tribu à travers la montagne jusqu’à ce qu’ils parviennent, au quatrième jour, devant une profonde barranca au fond de laquelle coulait une rivière grondante. Une corde et un pont en bois enjambaient naguère le ravin.

Ils avaient été coupés.

Il n’y avait aucun autre moyen de traverser.

Consumé de rage et de désespoir, Alvaro fixait les cordes qui pendaient au bord du précipice.

Il ne revit jamais son ami.

LES BLOGUEURS ET BLOGUEUSES QUI Y PARTICIPENT AUSSI :

• Au baz’art des mots • Light & Smell • Les livres de Rose • Lady Butterfly & Co • Le monde enchanté de mes lectures • Cœur d’encre • Les tribulations de Coco • La Voleuse de Marque-pages • Vie quotidienne de Flaure • Ladiescolocblog • Selene raconte • La Pomme qui rougit • La Booktillaise • Les lectures d’Emy • Aliehobbies • Rattus Bibliotecus • Ma petite médiathèque • Prête-moi ta plume • L’écume des mots• Chat’Pitre • Pousse de ginkgo • Ju lit les mots• Songe d’une Walkyrie • Mille rêves en moi• L’univers de Poupette • Le parfum des mots • Chat’Pitre • Les lectures de Laurine • Lecture et Voyage • Eleberri • Les lectures de Nae • Tales of Something • CLAIRE STORIES 1, 2, 3 ! • Read For Dreaming • À vos crimes

C’est lundi, que lisez-vous ? #1

C’est lundi, que lisez-vous ?

Incroyable voici enfin notre premier article pour cette nouvelle rubrique sur A vos crimes . Oui je sais j’ai mis quelques semaine afin de trouver du temps pour mettre en page ce numéro 1. Mais le voilà

Alors le principe est simple : chaque lundi, je réponds à 3 questions :

Qu’ai-je lu la semaine passée ?
Que suis-je en train de lire en ce moment ?
Que vais-je lire ensuite ?

Enfin chaque lundi, c’est pas dit, mais j’essaierai au moins de la faire une fois par mois.

Bon pour commencer allons y

Mais je vais un peu changer le concept, je me rajoute deux petites questions

Ce que j’ai lu ces derniers temps :

J’ai repris la lecture d’incontournable de la littérature policière.

En effet si habituellement je lis plutôt des nouvelles plumes ou des auteurs moins connus, j’ai voulu me remettre à jours avec des auteurs que je n’avais pas lu depuis un certain temps simplement parce qu’il n’en pas besoin de moi pour être lu par mes lecteurs.

Mais justement, mes lecteurs quand il me posait la question : Vous avez pensé quoi du dernier…. Connelly, Coben, Kerr, May, Camillieri … ou encore Giebel, Expert ou le dernier Prix du quai des Orfèvres, et bien je rester sans voix. Aussi je me suis remise à niveau. Voilà

Ce que j’ai lu le mois dernier :

En décembre j’ai eu la chance de lire des supers histoires, je vous en mets quelques uns là !

Et quelques livres extra qui paraissez en janvier, de véritables coups de coeur

CE QUE J’AI LU CETTE SEMAINE

6 auteurs que je n’avais jamais lu. 6 potentielles découvertes

Philippe Auribeau , Écarlate : Providence, 1931. Une troupe de théâtre est sauvagement assassinée alors qu’elle travaillait à l’adaptation du roman La Lettre écarlate.
Si la piste d’un ancien anarchiste italien semble évidente pour la police locale, l’équipe fédérale de Thomas Jefferson flaire des raisons bien plus obscures.

Une ombre plane sur ce meurtre… et sur ceux qui mènent l’enquête.

 Philippe Auribeau nous plonge dans un polar noir et fantastique dans l’univers du mythe de Cthulhu.

JE SUIS EN TRAIN DE LIRE :

CE QUE JE LIRAI ENSUITE :

3 premiers romans de la rentrée littéraires de janvier. Un peu obligée

Et oui la bibliothèque participe à nouveau cette année au Prix du premier roman des lecteurs de la Villes de Paris

Mais il y aura aussi 2-3 polars (ou des nouvelles polardesques ou noires) et si possible un bouquins de SFFF

Alors à très vite, mais au fait …

PREMIÈRES LIGNE #62, Intouchable de Jean-Christophe Portes

PREMIÈRES LIGNE #62

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Intouchable

de

Jean-Christophe Portes

1
Il retient ses phrases pour ne pas envenimer les choses, les yeux fixés sur la route, ses grosses mains appuyées sur le volant, ses mains que j’ai aimées autrefois, mais qui me dégoûtent presque maintenant, ces grosses mains tristes et bêtes qui n’ont plus de charme, qui se sont perdues dans le quotidien, et maintenant dans le passé.
— Je pourrai pas rester longtemps, dit Michel, gêné par mon regard, la voix un peu sourde.
— J’avais compris.
En partant de la gare, je lui ai laissé le volant, à cause sans doute d’anciennes habitudes. La vieille Ford sent le chaud et le vieux, elle s’est racornie mais je la garde, vestige d’un passé dont je ne peux ni ne veux me défaire. Tu es sûre que tu veux pas conduire ? Mais oui je suis sûre, je te montrerai le chemin. Bien sûr que ça ira à l’hôpital, pourquoi ça n’irait pas ?
Maintenant il voudrait ajouter quelque chose, relancer la conversation mais n’a pas d’idée et les petits immeubles du centre-ville défilent, et il fixe la route comme si c’était très important. Deux ans que je ne l’ai pas vu. C’est tellement étrange d’être à nouveau côte à côte. On dirait des acteurs fâchés qui veulent rejouer une pièce, mais les mots sont anciens, la mise en scène ne colle plus, elle n’a plus de sens.
Même la bonne nouvelle, l’arrivée du bébé, ne change rien à l’affaire.
La dérive a commencé dix ans plus tôt, ce soir où Manon a appelé, ce soir où je n’ai pas réagi – lui non plus d’ailleurs, et je lui en veux toujours, je lui en voudrai toujours. Nos vies se sont définitivement séparées quelques semaines plus tard, après l’assassinat de Manon. Assassinat, je sais que ce n’est pas le bon terme, on me l’a souvent reproché, mais pour moi c’est le seul valable.
Je me détourne et passe en revue les enseignes ternies, les magasins fermés, les taches de gras sur les trottoirs pleins de poussière, tous ces défauts que la lumière efface d’ordinaire. Plus loin, c’est toujours pareil à la sortie d’Antibes, un carrefour idiot au-dessus du chemin de fer, avec les inévitables crétins qui forcent et qui finissent par bloquer tout le monde.
La conversation avance sans but. Clara va bien. Le bébé aussi, ça s’est super bien passé pour un premier. Oui, moi aussi ça va. Ils m’ont repris chez Bernier, en fait, le truc de l’autoentrepreneur, c’était pas si mal pour recommencer. Plaquiste, un peu d’électricité aussi… Et toi alors ?
Je n’aime pas parler de Clara, ça me fait trop penser à Manon, c’est plus fort que moi. Elles avaient sept ans d’écart, elles étaient différentes et je faisais des différences entre elles. Je le savais, j’essayais de changer mais je n’y arrivais pas, ou bien seulement en surface. Et elles s’en rendaient compte, elles en souffraient et moi Depuis la mort de Manon, c’est pire. Je pense toujours à ce que j’aurais pu faire, à ce que j’aurais  faire. Et ça me fait horreur d’être comme ça, engluée dans ce passé impossible à digérer.
J’aurais été plus horrifiée encore si j’avais su à cet instant ce qui m’attendait à l’hôpital. Oui, j’aurais fait demi-tour à coup sûr. Mais un quart d’heure plus tard, nous nous sommes garés et je suis descendue.

(…)

LES BLOGUEURS ET BLOGUEUSES QUI Y PARTICIPENT AUSSI :

• Au baz’art des mots • Light & Smell • Les livres de Rose • Lady Butterfly & Co • Le monde enchanté de mes lectures • Cœur d’encre • Les tribulations de Coco • La Voleuse de Marque-pages • Vie quotidienne de Flaure • Ladiescolocblog • Selene raconte • La Pomme qui rougit • La Booktillaise • Les lectures d’Emy • Aliehobbies • Rattus Bibliotecus • Ma petite médiathèque • Prête-moi ta plume • L’écume des mots• Chat’Pitre • Pousse de ginkgo • Ju lit les mots• Songe d’une Walkyrie • Mille rêves en moi• L’univers de Poupette • Le parfum des mots • Chat’Pitre • Les lectures de Laurine • Lecture et Voyage • Eleberri • Les lectures de Nae • Tales of Something • CLAIRE STORIES 1, 2, 3 ! • Read For Dreaming • À vos crimes