Imitation Game

J’ai beaucoup lu sur Alan Turing, aujourd’hui je vous propose de découvrir son histoire filmée par Hollywood.

Imitation Game

Imitation Game (janvier 2015), un film de Morten Tyldum

Biopic avec :

  • Benedict Cumberbatch  : Alan Turing
  • Keira Knightley  : Joan Clarke
  • Matthew Goode  : Hugh Alexander
  • Rory Kinnear: l’inspecteur Robert Nock
  • Mark Strong  : Stewart Menzies
  • Charles Dance  : Commandant Denniston
  • Steven Waddington  : le Superintendant Smith
  • Allen Leech : John Cairncross
  • Matthew Beard  : Peter Hilton
  • Tom Goodman-Hill : le Sergent Staehl
  • Tuppence Middleton : Helen
  • Alex Lawther : Alan Turing jeune
SYNOPSIS:

1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

À la tête d’une équipe improbable de savants, linguistes, champions d’échecs et agents du renseignement, Turing s’attaque au chef-d’œuvre de complexité dont la clef peut conduire à la victoire.

IMITATION GAME relate la façon dont Alan Turing, soumis à une intense pression, contribua à changer le cours de la Seconde Guerre mondiale et de l’Histoire. C’est aussi le portrait d’un homme qui se retrouva condamné par la société de l’époque en raison de son homosexualité et en mourut.

Film sur la vie de Alan Turning et adapté du livre Alan Turing: The Enigma de Andrew Hodges.

A Manchester, au début des années 1950, à la suite d’un cambriolage, Alan Turing, brillant mathématicien, est interrogé par un policier. Il se souvient de sa jeunesse, dans l’Angleterre de 1939 et de la façon dont il a convaincu le commandant Denniston d’intégrer le programme de décryptage du code secret Enigma, utilisé par les Allemands pour communiquer. Avec quelques hommes, il travaille sous la direction du MI-6, département totalement secret. Mais son caractère solitaire complique ses relations avec ses condisciples.
Grâce à Imitation Game le grand public peut découvrir la figure méconnue d’Alan Turing, scientifique britannique persécuté pour ses moeurs mais dont l’importance fut capitale. Il retrace le destin surprenant de ce mathématicien qui aurait, selon la légende, inspiré le logo d’Apple.
« Imitation Game » : revient sur le génie torturé Alan Turing.  Il est le symbole même du scientifique névrosé, dont l’importance n’a été reconnue que tardivement.
Pourtant à 24 ans, en 1936, son article qui résume la thèse qu’il prépare au King’s College de Cambridge expose la notion de « machine universelle » : il affirme qu’il est en mesure de mettre en application tous les algorithmes et tous les traitements mécaniques par le biais d’un seul dispositif. Cette machine de Turing est l’ancêtre des programmes informatiques et des logiciels qu’il envisagera à partir de 1946. Cet article de logique mathématique  est devenu plus tard un texte fondateur de la science informatique.
Un texte en fin de film rappelle que Turing s’est suicidé le 7 juin 1954, à 41 ans. Il rappelle également que des dizaines de milliers d’homosexuels ont été condamnés pour outrage pendant les xixe et xxe siècles. Seul Turing a été gracié, à titre posthume, en décembre 2013, par la reine Élisabeth II et après un discours du Premier ministre David Cameron. Les historiens estiment que Turing a sauvé 14 millions de vies tout en écourtant la guerre d’au moins 2 ans. Les travaux de Turing ont permis le développement de machines de Turing, les premiers ordinateurs.
Le film est l’adaptation de livre de Andrew Hodges, Alan Turing : le génie qui a décrypté les codes secrets nazis et inventé l’ordinateur, lui aussi, paru en France, en janvier 2015 chez M. Lafon
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Miettes de sang de Claire Favan : Et si on lisait le début (3)

Miettes de sang de Claire Favan

Et si on lisait le début (2)

La fin


PERDU

Vingt-sept ans plus tard…
 Dany Myers met son clignotant pour emprunter Harper Street. Le panneau «  Voie sans issue » lui tire un sourire ironique. Il quitte la route lisse et silencieuse pour emprunter le chemin boueux et accidenté qui mène à la maison de Sean Elliot. Ses phares parviennent à peine à percer l’obscurité.
Comme à chaque fois qu’il accepte de dîner chez les Elliot, il retient son souffle en sentant sa voiture rebondir d’une ornière à une autre. Ça n’est pas faute d’avoir tenté la méthode douce, la méthode forte, la vitesse, rouler au pas… Rien n’y fait : il a l’impression de se retrouver dans une essoreuse. Pas moyen d’anticiper ni de prévenir les chocs.
Il grimace lorsque sa tête heurte la vitre. Il jure tout en se frottant la tempe.
– Bon Dieu !
Depuis le temps que tout le monde recommande à Sean de faire goudronner le chemin d’accès vers sa maison… Mais il n’y a pas plus têtu et radin que ce type. Et encore ! Ce sont là ses moindres défauts…
Une seconde plus tard, Dany soupire en entendant une branche gratter la portière côté passager avant de rebondir allègrement sur l’aile arrière. Il visualise les dégâts au son de chaque choc contre la carrosserie et se ratatine en rythme sur son siège.
Cette voiture ne lui appartient même pas. Il imagine déjà la retenue sur sa maigre paye et les complications que cet événement pourrait engendrer dans sa vie.
Tout ça pour une soirée à laquelle il n’a aucune envie d’assister. Sean Elliot n’est ni son ami, ni un proche, ni même quelqu’un avec qui il a envie de passer du temps. Malheureusement, on ne manque pas à l’appel lorsque Sean vous convoque : c’est ça, le privilège d’être chef.
Ce type est une saloperie de tyran qui use et abuse de son autorité. Comme si Dany n’avait pas son compte par ailleurs…
Le jeune homme se gare sur l’aire couverte de graviers prévue pour accueillir les visiteurs. Il observe son reflet dans le rétroviseur. Il croise son regard chargé de soumission : du Dany tout craché ! Une moue de dégoût envers lui-même déforme ses traits.
Il se détourne et sort de sa voiture. Il fait trois pas avant de trébucher et de tomber les deux genoux au sol. Le carton qu’il tenait lui échappe des mains et tombe côté pile. Dany jure. À quoi va ressembler le gâteau qu’il a acheté, maintenant ?
Quand il se redresse en époussetant son pantalon, il remarque enfin ce que, pris dans ses pensées, il n’avait pas vu jusqu’à présent. La maison est sombre. Il fronce les sourcils.
Bon, OK, Sean est un con, mais pas au point de l’inviter pour le plaisir de lui poser un lapin. Sans compter que sa femme, May, vit quasi enchaînée à sa cuisinière afin de préparer d’excellents petits plats pour son abruti de mari. À croire que l’abolition de l’esclavage n’a pas atteint cette maison… Cette pièce, au moins, devrait être éclairée.
Dany ne comprend pas. Oubliant la pâtisserie, il s’approche avec méfiance. Il grimpe les quelques marches de la véranda, ouvre la moustiquaire et frappe.
– Sean ? May ? Il y a quelqu’un ?
Dany pose sa main sur la poignée et la tourne. Le battant s’ouvre en grinçant. Il hésite sur le pas de la porte.
À nouveau, il lance un appel à la ronde. Plus que tout, il redoute de tomber sur une scène à laquelle il ne devrait pas assister. Il tâtonne pour trouver l’interrupteur et le pousse avec son coude.
– Sean…
Son appel s’étrangle dans sa gorge à l’instant où son regard se pose sur une flaque vermeille maculant le parquet ciré de May.
Dany la scrute comme s’il espérait qu’elle lui livre son histoire. Sean s’est-il coupé ? Ou plutôt s’est-il tranché un doigt, vu la quantité de sang ?
Le couple a-t-il quitté la maison dans la précipitation pour se rendre à l’hôpital le plus proche ? Dany grimace. Pas de risque : Sean ne pourra jamais avoir un accident domestique, puisqu’il ne bouge en aucun cas son gros cul de son fauteuil. Dany élimine d’office cette hypothèse.
Reste donc May, qui aurait pu se blesser en préparant le repas. Il rejoint la cuisine.
– May ?
La pièce est aussi propre et nette qu’à chaque fois qu’il est venu ici. Il revient dans l’entrée et remarque d’autres gouttes de sang, un peu plus loin. Troublé, il les suit.
Il longe le couloir pour rejoindre le salon. Quand il allume, son cerveau met un instant avant d’enregistrer ce qu’il voit : un pied recouvert d’une pantoufle de guingois dépasse de derrière un canapé.
Sean a dû avoir un malaise. Dany se précipite.
– Sean !
Prêt à pratiquer les gestes de premiers secours, il se penche avant de réaliser la futilité de son geste. L’horreur de ce qu’il a sous les yeux pénètre sa conscience à la manière d’une aiguille chauffée à blanc.
Un haut-le-cœur le secoue. Dany se couvre la bouche d’une main. Où est passé le reste du corps ?
Il s’écarte du tibia sectionné et s’exhorte au calme. Il prend de petites inspirations pour maîtriser les battements de son cœur, avant de se glisser le long du mur pour suivre les traînées de sang. Il visualise la scène : Sean, la jambe tranchée, qui tente d’échapper en rampant à son agresseur. Cris de douleur, de peur et empreintes de mains sanglantes, la panique perceptible dans les éclaboussures projetées tout autour…
Il évolue avec prudence à travers la pièce et finit par découvrir un autre morceau de son chef : une de ses énormes paluches. Que s’est-il passé ici ?
Il contourne les projections de sang. Elles le mènent de découverte macabre en découverte macabre : quelqu’un a fabriqué un puzzle avec le corps de mastodonte de Sean.
Dans la chambre à coucher, au fond du couloir, l’apprenti artiste a même réalisé un tableau digne d’un Picasso avec le visage épais de Sean, au centre duquel une hache, sans aucun doute l’arme du crime, est restée plantée. Dany bat en retraite avec précipitation alors que son estomac fait des soubresauts.
Une fois hors de vue du cadavre, son esprit se remet à fonctionner. Il ne peut plus rien pour Sean, mais May est peut-être encore en vie.
Il se met à crier pour l’appeler quand il remarque la lueur mouvante d’une bougie par la porte entrebâillée de la salle de bains. Il entre prudemment et chuchote le nom de son hôtesse.

 

Voilà, j’espère que ces quelques pages vous auront donné envie de conaître la suite…

Alors belle lecture à vous tous

Miettes de sang de Claire Favan : Et si on lisait le début (2)

Miettes de sang de Claire Favan :

Et si on lisait le début

La suite …


Quand il ouvre les yeux, il fait si noir qu’il a peur d’être devenu aveugle. C’est possible avec le coup qu’il s’est pris sur la tête, non ?

Le silence est assourdissant.

Il ne sait pas où il est. Il sait juste qu’il s’est passé quelque chose de terrible. La boule d’angoisse logée au creux de son ventre le lui rappelle. Elle diffuse son flot d’appréhension dans ses veines. Son désarroi le fait trembler et ses dents claquent de façon incontrôlable.

– Papa ? Il y a quelqu’un ?

Une larme roule sur sa joue. Il n’ose pas bouger. Peu à peu, le néant face à lui devient simple obscurité et il croit discerner les limites de l’espace qu’il occupe.

Sa sœur profite souvent de l’absence de leurs parents et de son rôle de baby-sitter forcée pour lui montrer des films d’horreur. Elle adore l’entendre hurler quand il fait des cauchemars pendant des semaines après cela. Dans cette situation inédite et propice, son imagination s’emballe.

Une odeur humide et froide renforce son impression d’avoir été enterré vivant. Il geint de terreur.

Que s’est-il passé ? Pourquoi est-il là ? Pourquoi lui ?

Il essaie de bouger, mais ses mains sont attachées. Un bruit de chaîne qui racle le sol à chacun de ses mouvements l’affole.

Des larmes inondent ses yeux.

– Arrêtez, s’il vous plaît !

Il se met à geindre.

– Je veux mon papa !

Il fait mine de se lever, mais quelque chose retient sa cheville. Il est déséquilibré et chute lourdement. Il hurle de terreur et de douleur lorsqu’il s’écorche les paumes sur le sol brut.

Cette f ois-ci, il pleure sans retenue.

– Laissez-moi partir !

Et soudain, il réalise que tout ceci est impossible. Il connaît son ravisseur. C’est le père d’un de ses amis. Il doit rêver.

Il aimerait se réveiller, maintenant. Il se passe une main fébrile sur les joues. Est-ce qu’en dormant, on peut sentir le goût salé de ses larmes et celui, métallique, de son sang ? Il en doute.

Derrière la porte, il entend un bruit qu’il reconnaît sans mal. Des pas. Quelqu’un a dû l’entendre crier et s’approche.

Le gamin se recroqueville dans un coin. Son visage se prend dans une toile d’araignée. Des petites pattes velues galopent dans son cou, mais il n’y prend pas garde.

Quelqu’un enfonce une clef dans la serrure. Un clac sonore retentit dans le noir une seconde avant qu’une lumière poussiéreuse inonde le minuscule réduit où il est retenu prisonnier. Une ombre se découpe à contre-jour dans l’encadrement : la silhouette massive qu’il reconnaît tout de suite.

Il a passé tant de temps chez son ami. Tous ces étés occupés à jouer, tous ces jeux d’imagination, toutes ces pyjama parties, tous ces moments où cet homme ne lui a presque pas accordé d’attention. C’est comme s’il venait de retirer son masque de normalité.

Il a l’impression d’être une friandise que l’adulte aurait envie de dévorer. Et ce désir qu’il perçoit malgré son innocence le terrifie.

– Laissez-moi sortir, je vous en prie.

Un rire glaçant répond à sa supplique.

– Tu ne vas pas me croire, mais quelqu’un a passé un appel anonyme au département de police. Tu as été repéré près de la gare routière. Depuis quelques heures, tu es donc officiellement considéré comme un fugueur.

Il a l’air de se réjouir de la situation et cela terrorise le gamin bien plus que tout ce qu’il a vu jusqu’à présent. Il ose pourtant poser sa question tout en reniflant.

– Un fugueur ? Ça veut dire quoi ?

Son ravisseur hausse les épaules.

– Ça veut dire que tout le monde va te chercher dans la mauvaise direction.

Le gamin comprend que ce qui lui arrive a été préparé avec soin. Il est tombé dans un piège. Il ne fait que confirmer l’évidence.

– C’est vous qui avez passé cet appel ?

– Une idée de génie, hein ?

Sa main robuste frôle les cheveux du garçon qui recule pour échapper à son contact. L’homme hausse les épaules en signe de désapprobation avant de se justifier.

– Tes parents ne t’ont jamais dit de ne pas te promener seul en ville ? C’est dangereux, tu sais.

Ses doigts se font plus caressants.

– Ils auraient dû te prévenir. Cela leur aurait évité de perdre leur fils.

Il soulève l’enfant qui se débat mollement.

– Tu sais que ça ne sert à rien. Allonge-toi là, sans faire d’histoire.

 

Rhaaaaa, c’est rageant, on veut on savoir plus ! Et il va falloir attendre demain !

Miettes de sang de Claire Favan : Et si on lisait le début (1)

Miettes de sang de Claire Favan.

Et si on lisait le début


PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS…

ndifférent à tout ce qui se déroule autour de lui, il avance avec l’assurance d’un brise-glace le long de 8th Street.

Ses petits bras maigrelets s’agitent dans un mouvement coléreux de balancier au rythme de ses pas. Ses semelles claquent avec hargne sur le bitume.

Un homme en train de tondre la pelouse de son jardin sourit en le voyant filer avec une telle détermination. Le petit l’ignore avec ostentation, car ce sourire lui fait l’effet d’un affront de plus dans une journée déjà bien remplie en événements similaires. Sa fureur contre le monde entier enfle encore.

Un fugace sentiment d’injustice lui fait même monter les larmes aux yeux. Tout ça à cause de son imbécile de sœur, l’origine de tous ses tourments, l’incarnation de son malheur sur Terre. Le pire c’est qu’il n’a aucun lien de parenté avec cette conne.

Son père a commis une énorme erreur en se remariant quelques années plus tôt, comme si un premier échec ne lui avait pas suffi…

Sa seconde épouse ayant elle-même une fille issue d’une première union, ils avaient pu, tous ensemble, reformer une famille, dépareillée à souhait. Son père et lui ont donc emménagé dans une maison bleue qu’il déteste parce que c’est sa maison à elle et qu’il n’y sera jamais le bienvenu, dans une ville où il n’a presque pas d’amis, mais où elle a toutes ses attaches.

Forte de ces avantages, sa «  sœur » ne perd pas une seule occasion de gâcher sa vie pour le punir de ce remariage qu’elle exècre autant que lui. Un instant, il songe à tout ce qu’elle lui inflige et des sanglots retenus agitent sa poitrine. Bien décidé à ne rien céder à cette harpie qui lui a déjà tellement pris, il les contient, se repaissant pour cela des instants mémorables qu’elle lui a offerts sur un plateau.

Hier soir, elle a fait le mur pour rejoindre la bande de copains débiles qu’elle fréquente depuis qu’elle est tombée amoureuse de l’un d’eux. Au milieu de la nuit, elle est rentrée complètement bourrée, les cheveux parsemés de feuilles et les vêtements tout chiffonnés. Cette gourde a trouvé le moyen de se faire surprendre par sa mère qui n’a eu qu’un seul regard à poser sur elle pour comprendre ce qui venait de se passer.

Les lèvres du gamin se retroussent légèrement en repensant aux cris qui ont fusé à travers la maison et qui ont fini par le tirer du lit. Sa belle-mère, d’ordinaire calme et impassible, s’est mise à hurler sur la fautive, à l’insulter et à la traiter de traînée. Honteux d’offrir un tel spectacle à leurs voisins, son père a tenté de maintenir un semblant de paix, les exhortant à faire moins de bruit. Renonçant à maintenir les apparences, la coupable leur a craché toutes sortes d’obscénités à la figure, révélant au passage son mal-être d’adolescente et ses faiblesses, avant de vomir bruyamment sur le tapis de l’entrée.

Cette petite scène aurait pu être parfaite si sa sœur ne l’avait pas entendu glousser à cet instant. Un seul regard entre eux a suffi pour qu’il comprenne qu’il n’aurait jamais dû assister à cela.

Pour son propre bien.

Il ne pensait pourtant pas qu’elle lancerait les hostilités aussi vite. En sortant de la salle de bains ce matin, il a retrouvé la maquette de son train préféré, celle sur laquelle il a passé des heures entières, en miettes. Ensuite, elle lui a servi une assiette de frites immangeables, car trop salées. Et enfin, elle s’est moquée de lui avec son imbécile d’amie venue écouter le récit de sa soirée de dépucelage.

Il en a finalement eu assez de leurs gloussements hystériques. Il a donc préféré sortir de la maison.

Depuis, il erre sans but dans le quartier. Son esprit tourne en rond avec une seule idée en tête. Il sait que c’est très mal, pourtant il voudrait que sa sœur meure. Oh ! Il ne va pas jusqu’à souhaiter qu’elle souffre, il veut juste qu’elle disparaisse, qu’elle sorte de sa vie. Si seulement son père pouvait divorcer, ce serait parfait.

Et s’il lui faisait part de ce qu’il vit ? Peut-être ôterait-il ses œillères pour voir enfin ce qui se passe autour de lui ? Si pour une fois, son père ne se drapait pas dans un détachement chargé de renoncement, et s’il s’en mêlait, il pourrait sans doute arranger les choses et la forcer à être plus gentille.

L’enfant réfléchit, évalue les différentes options qui s’offrent à lui. Il sait qu’il ne supporte plus ce qu’il subit et que sans une aide extérieure, il n’obtiendra aucun résultat. Il a besoin de renfort, quelles que soient les représailles encourues. Il est donc temps d’agir, même si pour cela, il doit mettre en rapport deux êtres qui n’ont pas échangé plus de dix mots d’affilée depuis qu’ils ont emménagé tous ensemble sous le même toit, au 826 Poplar Street de cette chère bonne vieille ville de Poplar Bluff, dans le comté de Butler, Missouri.

Son père travaille aujourd’hui, mais cela n’arrêtera pas le gamin. Il l’a déjà accompagné à la boutique de bricolage qu’il gère pour l’enseigne nationale Home Depot. L’enfant connaît donc le chemin pour aller le retrouver, même si ça n’est pas la porte à côté.

Il espère que son père aura bien quelques secondes à lui consacrer après les deux kilomètres et demi qu’il aura parcourus pour le rejoindre. Il est très occupé certes, mais puisque son fils a besoin de lui, il devra l’écouter.

Satisfait de sa décision, il se frotte les mains. Il hésite un instant, là où 8th Street croise Kendall Drive et où la route goudronnée cède la place à un chemin. Il sait qu’à partir de là, il devra traverser des zones industrielles où les maisons seront espacées, mais la notion de danger n’effleure pas l’esprit de cet enfant de sept ans qui vient d’établir un plan infaillible.

Il est encore loin de sa destination quand il réalise que les dernières habitations qu’il a croisées sont hors de vue. Pas une seule voiture ne circule sur cette route à cette heure de la journée. Sur la gauche, un chantier abandonné et vide renforce encore son inquiétude. Il ralentit le pas et se mordille les lèvres.

Au croisement de Velma Street et de China Street, il est à deux doigts de rebrousser chemin. Il n’y a plus un bruit, la civilisation s’est retirée et les bois qui longent la route le font frissonner d’effroi. Le craquement sec d’une branche le fait sursauter. Il se retourne au moment où une ombre émerge d’un bosquet d’arbres plus clairsemé. Terrifié, il accélère le pas. Peine perdue, il sursaute quand quelqu’un lui tape sur l’épaule. Il se retourne en émettant un petit cri.

– Que me voulez-vous ?

Il n’aime pas du tout son ton apeuré, mais on lui a tant de fois répété de se méfier des inconnus.

– Eh, petit ! Qu’est-ce que tu fais là ? Où sont tes parents ?

L’enfant dévisage l’adulte avec méfiance. Il se détend lorsqu’il reconnaît son interlocuteur. Soulagé, il lui sourit même.

– Je vais retrouver mon père à la boutique.

L’autre hoche la tête.

– Sait-il que tu es en chemin ?

– Non.

L’adulte sourit d’une telle façon qu’un frisson désagréable secoue l’enfant.

– Ça m’arrange, en fait. Si tu savais depuis combien de temps j’attends le moment de pouvoir te croiser seul…

Le petit n’a pas le temps de comprendre la teneur de ses propos, ni de fuir. L’homme le frappe avec violence et le jette en travers de son dos.

Miettes de sang de Claire Favan

Le livre : Miettes de sang de Claire Favan. Paru en janvier 2015 aux Ed. du Toucan collection Toucan noir. (408 p.) ; 21 x 14 cm ; 18€ .  

Réédité le 11 février 2016 en poche chez Pocket dans la collection Pocket Thriller.   6€95 (349 p.) ; 18 x 11 cm

 

 

 

Citation : « C’est curieux comme les répliques cinglantes lui viennent avec facilité dès que sa mère s’éloigne. Il ressent l’énergie et le courage nécessaires pour lui dire non. Pourtant, dès qu’elle est face à lui, il n’y a plus personne. »

4e de couv :

« Méfiez-vous des apparences avec Claire Favan »
Le Point

Le lieutenant Dany Myers est officier de police dans une petite ville du Midwest américain. Son père y était capitaine et lorsqu’il a brutalement disparu, Dany a tout naturellement voulu prendre la relève. Mais cet « héritage » est encombrant et il est mal perçu par ses supérieurs. On lui confie plutôt les tâches subalternes et ses collègues gardent leurs distances.

Sa vie sentimentale n’est pas non plus une réussite, longue suite d’échecs et d’occasions manquées. C’est un homme seul et pessimiste.

Jusqu’à ce qu’il soit, par hasard, confronté à un bien étrange suicide que ses supérieurs veulent classer à tout prix et au plus vite.

Mais Dany a un défaut, il est têtu…

 L’auteur : Claire Favantéléchargement (9)

Claire Favan est née à Paris en avril 1976. Passionnée par la lecture, elle découvre très jeune les romans sur les tueurs en série. Elle travaille dans la finance et écrit sur son temps de loisir. Elle vit et travaille à Paris. Elle a déjà publié trois romans, Le Tueur intime (Prix VSD du Polar – Points, 2011), le Tueur de l’ombre (Pocket, 2013) et Apnée noire (Pocket).
Citations :
 – Quel est ton prix ?
– Quoi ?
– Ton prix. Tout le monde est à vendre à partir d’un certain seuil. Quel est le tien ?
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Avis perso :

Poplar Bluff, petite ville du Missouri. Aux yeux de ses habitants, Dany Myers est un raté, un faible, indigne du souvenir qu’a laissé son père, ancien et bien-aimé capitaine de la police locale. Poussé par sa mère à rejoindre à son tour les forces de l’ordre, il y exécute sans broncher les tâches subalternes, encaisse les vexations et fuit tout conflit. Jusqu’à ce qu’une étrange vague de meurtres, suivie de suicides, endeuille la communauté.

Cette affaire, que tous souhaitent étouffer, sera son affaire. Pour la première fois de sa vie, Dany brisera le silence – à ses risques et périls…

Pour ce 4e roman, Claire Favan nous démontre qu’elle a un talent fou, cette autodidacte du thriller marche sur les plate-bandes des auteurs américains et elle les piétine allégrement. La petite frenchy dépasse les maîtres du genre. Il est ici question des corruptions, de flics ripoux, de rapport mère/fils…  Avec une écriture séche, simple et qui va droit au but, elle nous entraîne dans son histoire et ne nous lâche plus sauf peut-être pour nous attacher à son personnage principal qui pourtant à tout du looser, un putain d’anti-héros. Et que dire de la galerie de tarés qu’elle nous réserve… Car en effet, l’auteur soigne particulière la psychologie des ses protagonistes. C’est aussi la marque de fabrique de Claire Favan. Notre petite reine du thriller.

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Extrait :

 Au croisement de Velma Street et de China Street, il est à deux doigts de rebrousser chemin. Il n’y a plus un bruit, la civilisation s’est retirée et les bois qui longent la route le font frissonner d’effroi. Le craquement sec d’une branche le fait sursauter. Il se retourne au moment où une ombre émerge d’un bosquet d’arbres plus clairsemé. Terrifié, il accélère le pas. Peine perdue, il sursaute quand quelqu’un lui tape sur l’épaule. Il se retourne en émettant un petit cri.
– Que me voulez-vous ?
Il n’aime pas du tout son ton apeuré, mais on lui a tant de fois répété de se méfier des inconnus.
– Eh, petit ! Qu-est-ce que tu fais là ? Où sont tes parents ?
L’enfant dévisage l’adulte avec méfiance. Il se détend lorsqu’il reconnait son interlocuteur. Soulagé, il lui sourit même.
– Je vais retrouver mon père à la boutique.
L’autre hoche la tête.
– Sais-il que tu es en chemin ?
– Non.
L’adulte sourit d’une telle façon qu’un frisson désagréable secoue l’enfant.
– Ca m’arrange, en fait. Si tu savais depuis combien de temps j’attends le moment de pouvoir te croiser seul.
Le petit n’a pas le temps de comprendre la teneur de ses propos, ni de fuir. L’homme le frappe avec violence et le jette en travers de son dos

A suivre et à lire le début de ce roman dans les jours suivants.

La pomme d’Alan Turing de Philippe Langenieux-Villard : chapitre 3

Aujourd’hui c’est la fin de notre lecture de La pomme d’Alan Turing

Alan Turing est un mathématicien de génie. En 1936, à l’université de Cambridge, il invente une machine, sans conteste l’ancêtre de l’ordinateur. Pacifiste convaincu, c’est pourtant lui qui contribue durant la Seconde Guerre mondiale à décrypter le code Enigma utilisé par les Allemands et réputé inviolable. Cette découverte marque un tournant décisif dans le conflit à l’avantage des Alliés et le transforme en héros.

De la vie tourmentée et follement romanesque de ce scientifique visionnaire, athlète à ses heures et espion de fortune, Philippe Langenieux-Villard s’empare à bras-le-corps. Avec virtuosité, il mêle éléments biographiques et imaginaires, à travers le regard ému d’une mère après la disparition tragique de son fils. Des honneurs militaires au procès honteux, La Pomme d’Alan Turing dessine le parcours extraordinaire et la psychologie complexe de cet homme fragile, en quête d’une reconnaissance qui s’est injustement fait attendre.

J’espère que celle-ci vous aura donné enfin de lire la suite !

Aussi je ne vous retiens pas plus longtemps voici le chapitre 3

ENFIN, IL DISTINGUE L’ARRIVÉE, au bout de cette avenue qui est la dernière ligne droite. Depuis plusieurs kilomètres déjà, il n’est qu’une machine. Ses crampes et ses asphyxies sont devenues ses compagnes d’infortune, et peut-être de gloire, s’il termine le premier. Il peut gagner. Ce ne serait pas la première fois. Comme toujours, cela dépend de lui, mais aussi de l’autre, qui se trouve derrière. Mais à quelle distance ?

« Ne pas lâcher ! » se répète-t-il avec fermeté.

Ça tire, ça brûle, ça coince, ça chauffe. Les jambes, la gorge, les yeux, tout souffre, tremble et transpire. Va-t-il tenir ? Il court, grimace, serre les poings. Ses yeux sont voilés de sueur, les couleurs se mélangent, les formes se confondent, les clameurs deviennent de plus en plus confuses. Où est-il ? Que fait-il ? Il va tomber ! Il s’écroule. C’est fini.

Le voilà à terre, juste après avoir franchi la ligne. Il vient de gagner.

« Alan Turing, futur champion olympique ? » titre le journal sportif du lendemain matin. Le quotidien, admiratif de la performance, écrit : « Membre du Walton Athletic Club, Alan Turing a remporté hier l’épreuve de marathon en deux heures et quarante-six minutes. L’athlète, âgé de 37 ans, progresse d’année en année. Il n’est plus, en cet été 1949, qu’à douze minutes du record mondial établi lors des jeux Olympiques de Londres, le 7 août 1948, par l’Argentin Delfo Cabrera. » Et d’ajouter : « C’est l’un de nos meilleurs espoirs dans cette discipline. Il allie une énergie rare à une grande force mentale. » Dans une interview, le champion déclare, sous une photo où il sourit à pleines dents, une main dans ses cheveux en bataille, portant fièrement son numéro de dossard épinglé sur un maillot blanc :

– J’aime courir depuis l’enfance. Je battais déjà mon frère John pourtant plus âgé que moi de deux ans. En course à pied, j’étais parmi les plus rapides de mon école. En sprint, je ne brillais pas vraiment, mais dans les épreuves d’endurance, j’étais souvent sur le podium. J’ai toujours aimé sentir l’effort de mes muscles. J’ai besoin de mettre ma volonté à l’épreuve. Je m’entraîne tous les jours. La répétition, c’est la promesse d’une certaine facilité d’exécution. Je gagne ainsi un mètre ou une seconde sans ressentir davantage de douleur, les crampes sont même plus rares. Cet exercice quotidien me donne aussi un accès inattendu à mon monde intérieur. Être fort pour être libre, voilà ce à quoi chacun doit aspirer, j’en ai la conviction.

– Espérez-vous participer aux prochains jeux Olympiques ? lui demande le journaliste.

Alan répond, sans paraître surpris par la question :

– Je ne m’interdis rien. Je suis en bonne santé. Le sport est indispensable à mon équilibre personnel. Si je peux allier ce plaisir à des performances de haut niveau, tant mieux !

Alan Turing, ajoute le journaliste, est un champion complet. En 1935, il s’était illustré dans l’équipe d’aviron de Cambridge en quatre barrés, à l’occasion de la célèbre Boat Race où son embarcation a remporté la course devant l’équipe d’Oxford pour la quarante-cinquième fois en quatre-vingt-cinq rencontres : une prouesse, sur cette Tamise remontée à contre-courant chaque année par les deux grandes universités, entre Putney et Mortlake, cette fois-là en vingt et une minutes et six secondes. Ce n’est pas un temps record, mais dans cette épreuve, c’est le classement qui compte.

Déjà Alan Turing avait fait parler de lui en 1926, en première page d’un quotidien local. Il n’a en effet que quatorze ans lorsqu’il rejoint son collège de Wescott depuis Southampton à vélo, le jour de la rentrée scolaire. Le jeune élève a avalé au sprint les quatre-vingt-dix kilomètres qui séparent les deux villes pour arriver à temps à son école. Cette performance lui a été imposée par une grève de train. Il ne voulait pas se faire remarquer dès la première heure de classe : un pari raté mais un exploit réussi !

Ce que le journaliste ne précise pas, c’est que ce champion est aussi et d’abord un génie des mathématiques. Issu d’une mère irlandaise et d’un père né en France, il s’est déjà et surtout imposé comme l’une des plus grandes et des plus mystérieuses intelligences de la première moitié du vingtième siècle. L’athlète qui vient de gagner la course sous les hourras des membres de son club est autant redouté dans les laboratoires universitaires qu’il est craint sur les pistes en cendrée. Le vainqueur prêt à raconter en détail à ses supporters la course qui s’achève est aussi l’homme pointilleux et d’apparence taciturne dont la communauté scientifique se méfie et conteste certains travaux.

L’auteur de l’article de presse oublie enfin que ce coureur aux jambes longues et au souffle puissant fut avant tout un héros des temps de guerre, l’un des citoyens anglais dont l’action a été jugée déterminante pour la victoire des Alliés. Il faut dire que le champion du jour aspire à protéger ce secret de toutes les curiosités et que les faits remontent à plus de quatre ans… Une éternité, quand un pays veut tourner la page. Un détail, dans une société où la valeur des hommes tient davantage à ce qu’ils peuvent encore apporter qu’à ce qu’ils ont déjà accompli.

La pomme d’Alan Turing de Philippe Langenieux-Villard : chapitre 2

Voici donc la suite de notre lecture de…

La Pomme d’Allan Turing

de Philippe Langenieux-Villard

 

C’est parti pour le chapitre 2

JE ME NOYAIS DANS LES EAUX TROUBLES DU PORT. Un lourd poids attaché à mon pied droit m’empêchait de me maintenir à la surface. Dans l’obscurité glaciale, je me débattais contre la coque d’un bateau. J’allais périr. En réalité, on frappait à ma porte. Les coups insistants m’ont délivrée des eaux et de cet épouvantable cauchemar.

Sitôt sortie du lit, j’ai enfilé la robe de chambre que mon fils m’avait offerte pour Noël. J’ai crié que j’arrivais, vérifié que j’étais présentable. Mon salon était en ordre, comme toujours. J’ai ouvert la porte.

Ils étaient trois, avec leurs uniformes de policiers, noirs, repassés et sévères, leurs casquettes à la main. Qu’ils se soient déplacés à plusieurs n’était pas bon signe. Avait-on cambriolé un voisin ? Recherchait-on un homme dangereux ?

– Vous êtes bien Ethel Turing, la mère d’Alan Turing ? m’a demandé l’un d’eux.

J’ai acquiescé.

Et j’ai compris à l’instant même. Nous étions un mardi. Le 8 juin.

À mon âge, la mort n’est plus une surprise. La plupart de mes amies sont fatiguées. Les autres ont déjà disparu. Ma génération s’éteint. J’ai appris à accepter l’absence au monde de ceux qui ont partagé mon existence. La guerre, la maladie, l’âge ont eu raison de nos rires et de nos colères. Nos promesses d’enfant et nos renoncements d’adulte sont loin.

– Nous avons une pénible nouvelle à vous annoncer, a dit le plus petit d’entre eux en évitant mon regard.

Je leur ai fait signe de me suivre dans le salon. Ils sont restés debout.

– Il s’agit de votre fils Alan, a poursuivi le policier. Nous l’avons découvert ce matin, inanimé. Un de ses amis est venu lui rendre visite dans la soirée. Il a tambouriné contre sa porte, en vain. Il s’est inquiété et nous a alertés. Nous nous sommes rendus aussitôt à l’adresse qu’il nous a indiquée, mais il était déjà trop tard.

Mon cœur s’est serré. Ma respiration s’est accélérée. J’ai fermé les yeux. Je me suis tassée dans mon fauteuil, muette. Je n’avais pas la force de poser la moindre question. Tout devenait flou autour de moi. Les trois policiers étaient toujours là, à attendre que je les interroge ou que j’éclate en sanglots.

À quoi bon en savoir davantage ? ai-je d’abord pensé. Leur silence me protégeait, il me tenait compagnie.

– Je l’aime, mon Alan, vous savez, ai-je murmuré.

L’aveu les a gênés. Ils ont hoché la tête comme les chevaux d’un manège.

– Nous comprenons, madame, a rétorqué l’un d’eux. En tout cas, il n’a pas souffert.

Je me suis levée brusquement et je les ai regardés droit dans les yeux :

– Ah bon ! Il n’a pas souffert ? Mais au nom de quoi pouvez-vous m’affirmer cela ? Sa vie n’a été qu’un long supplice. Toute sa vie…

Je me suis rassise.

– Nous comprenons, madame, a soufflé celui qui semblait le plus sympathique.

Le silence s’est prolongé. Puis ils m’ont proposé de passer dans l’après-midi à la morgue pour voir le corps de mon fils.

Ils m’ont laissé une adresse.

Ils ne savaient pas trop comment conclure leur pénible mission.

– Nous sommes désolés, a conclu le petit.

Et ils sont partis.