Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido, la lecture chapitre 1.2

Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido

Et si nous lisions le début !

Aujourd’hui je vous propose de lire la fin du 1er chapitre  de ce magnifique et captivant polar historique.


*
Sur la rizière couverte de vase, la pluie fouetta Cí. Le jeune homme se dépouilla de sa chemise trempée, ses muscles se tendirent lorsqu’il frappa le buffle, qui avança doucement, comme si la bête devinait qu’à ce sillon succéderait un autre, et à celui-ci un autre, et encore un autre. Il leva les yeux et contempla le bourbier de vert et d’eau.
Son frère lui avait ordonné d’ouvrir un canal pour drainer la nouvelle parcelle, mais travailler en bordure des champs était difficile en raison de la dégradation des digues de pierre qui séparaient les terrains. Cí, épuisé, regarda le champ de riz inondé. Il claqua le fouet et l’animal enfonça les sabots dans la vase.
Il avait effectué le tiers de sa journée de travail quand le soc s’accrocha.
« Encore une racine », se maudit-il.
Il excita le buffle sous la pluie. La bête leva le front et mugit de douleur, mais elle n’avança pas. Cí manœuvra pour la faire reculer, mais l’outil resta coincé du côté opposé. Alors il regarda l’animal avec résignation.
« Ça va te faire mal. »
Conscient de la souffrance qu’il lui infligeait, il tira sur l’anneau qui pendait au museau de la bête tout en paumoyant les rênes. Alors l’animal bondit en avant et l’araire craqua. À cet instant, il se rendit compte qu’il aurait dû arracher la racine avec ses mains.
« Si j’ai cassé le soc, mon frère va me battre comme plâtre. »
Il inspira avec force et enfonça les bras dans la boue jusqu’à atteindre un enchevêtrement de racines. Il tira en vain et, après plusieurs tentatives, décida d’aller chercher une scie affilée dans la besace qui pendait sur le flanc de l’animal. De nouveau il s’agenouilla et se mit à travailler sous l’eau. Il sortit deux grosses racines qu’il jeta au loin et en scia d’autres de plus grosse taille. Alors qu’il s’acharnait sur la plus épaisse, il nota une vibration dans un doigt.
« À coup sûr je me suis coupé. »
Bien qu’il ne perçût aucune douleur, il s’examina avec soin.
Il était victime d’une étrange maladie dont les dieux l’avaient frappé à sa naissance et dont il avait pris conscience le jour où sa mère, en trébuchant, avait renversé sur lui un chaudron d’huile bouillante. Il n’avait que quatre ans et sa seule sensation avait été la même que lorsqu’on le lavait à l’eau tiède. Mais l’odeur de chair grillée l’avait averti que quelque chose d’horrible était arrivé. Son torse et ses bras, brûlés à jamais, gardèrent les traces. Depuis ce jour-là, les cicatrices lui rappelaient que son corps n’était pas comme celui des autres enfants et que même si l’absence de douleur était une chance, il devait faire très attention à ne pas se blesser. Car s’il ne sentait pas les coups, si la douleur causée par la fatigue l’affectait à peine et s’il pouvait faire des efforts jusqu’à l’épuisement, il lui arrivait aussi de dépasser ses limites physiques sans s’en rendre compte et de tomber malade.
Lorsqu’il sortit sa main de l’eau, il s’aperçut qu’elle était couverte de sang. Alarmé par l’apparente largeur de l’entaille, il courut se nettoyer avec un bout d’étoffe. Mais après s’être essuyé la main, il ne vit qu’un pincement violacé.
Surpris, il retourna à l’endroit où le soc s’était entravé et il écarta les racines, constatant que l’eau fangeuse commençait à se teinter de rouge. Il relâcha les rênes et stimula l’animal afin qu’il s’écartât. La pluie tambourinait sur la rizière, étouffant tout autre son.
Il marcha lentement vers le petit cratère qui s’était formé à l’endroit où s’enfonçait le soc. Tandis qu’il s’approchait, il sentit son estomac se nouer et son cœur palpiter. Il voulut s’éloigner, mais se retint. Il observa alors un léger bouillonnement qui affleurait rythmiquement à la surface du cratère et se confondait avec les gouttes de pluie. Lentement il s’agenouilla, ses jambes entrouvertes embrassant les crêtes de vase visqueuses. Il approcha son visage de l’eau, mais ne vit qu’une autre effervescence sanguinolente.
Soudain, quelque chose bougea. Cí sursauta et, surpris, rejeta la tête en arrière, mais lorsqu’il s’aperçut qu’il s’agissait d’une petite carpe, il poussa un soupir de soulagement.
« Stupide bestiole. »
Il se leva et piétina le poisson, essayant de se calmer. Alors il aperçut une autre carpe avec un lambeau de chair dans la bouche.
Il voulut reculer, mais glissa et tomba dans l’eau au milieu d’un tourbillon de boue, de saleté et de sang. Malgré lui, il ouvrit les yeux en sentant une souche le frapper au visage. Ce qu’il vit lui paralysa le cœur. Devant lui, un chiffon enfoncé dans la bouche, la tête décapitée d’un homme flottait au milieu des débris végétaux.
*
Il s’égosilla à force de crier, mais personne n’accourut à son secours.
Il mit un moment à se souvenir que la parcelle était abandonnée depuis longtemps et que tous les paysans se trouvaient sur l’autre versant de la montagne, aussi s’accroupit-il à quelques pas de l’araire pour regarder autour de lui. Lorsqu’il eut cessé de trembler, il lui vint l’idée de laisser le buffle et de descendre chercher de l’aide. L’autre possibilité consistait à attendre dans la rizière jusqu’au retour de son frère.
Aucune des options ne le séduisait, mais il savait que Lu ne tarderait pas et il décida d’attendre. Cet endroit était infesté d’animaux nuisibles et un buffle entier valait mille fois plus qu’une tête humaine mutilée.
En attendant, il acheva de couper les racines et libéra le soc. L’araire paraissait en bon état ; avec un peu de chance, Lu lui reprocherait seulement le retard du labour. C’était du moins ce qu’il espérait. Lorsqu’il eut terminé, il fixa de nouveau le soc et reprit le travail. Il essaya de siffler pour se distraire, mais seuls résonnaient en lui les mots que son père prononçait de temps en temps : « On ne résout pas les problèmes en leur tournant le dos. »
« Oui. Ce n’est pas mon problème », se répondit Cí.
Il laboura deux pas de plus avant d’arrêter le buffle et de retourner près de la tête.
Pendant un moment il observa, méfiant, la manière dont elle se balançait sur l’eau. Puis il regarda d’un peu plus près. Les joues étaient écrabouillées, comme si on les avait piétinées avec fureur. Il remarqua sur sa peau violacée les petites lacérations produites par les morsures des carpes. Il examina ensuite les paupières ouvertes et gonflées, les lambeaux de chair sanguinolente qui pendaient près de la trachée… et l’étrange chiffon qui sortait de sa bouche entrouverte.
Jamais auparavant il n’avait contemplé quelque chose d’aussi effroyable. Il ferma les yeux et vomit. Il venait tout à coup de le reconnaître. La tête décapitée appartenait au vieux Shang. Le père de Cerise, la jeune fille qu’il aimait.
Quand il se reprit, il prêta attention à l’étrange grimace que formait la bouche du cadavre, exagérément ouverte à cause du morceau d’étoffe qui apparaissait entre ses dents. Avec précaution, il tira sur l’extrémité et peu à peu la toile sortit, comme s’il défaisait une pelote. Il la mit dans sa manche et essaya de fermer la mâchoire, mais elle était décrochée et il n’y parvint pas. De nouveau il vomit.
Il lava son visage avec de l’eau boueuse. Puis il se leva et revint en arrière, arpentant le terrain labouré à la recherche du reste du corps. Il le trouva à midi à l’extrémité orientale de la parcelle, à quelques li * de l’endroit où le buffle avait buté. Le tronc du cadavre arborait encore l’écharpe jaune qui le désignait comme un homme honorable, de même que sa veste d’intérieur fermée par cinq boutons. Il ne trouva pas trace du bonnet bleu dont il se coiffait toujours.
Il lui fut impossible de continuer à labourer. Il s’assit sur la digue de pierre et mordilla sans appétit un quignon de pain de riz qu’il fut incapable d’avaler. Il regarda le corps décapité du pauvre Shang abandonné sur la boue, semblable à celui d’un criminel exécuté et condamné.
« Comment vais-je l’expliquer à Cerise ? »
Il se demanda quelle sorte de scélérat avait pu faucher la vie d’une personne aussi honorable que Shang, un homme dévoué aux siens, respectueux de la tradition et des rites*. Pas de doute, le monstre qui avait perpétré ce crime méritait la mort.
*
Son frère Lu arriva à la parcelle en milieu d’après-midi. Trois journaliers chargés de plants de riz l’accompagnaient, ce qui signifiait qu’il avait changé d’avis et décidé de repiquer le riz sans attendre que le terrain fût drainé. Cí laissa le buffle et courut vers lui. Arrivé à sa hauteur, il s’inclina pour le saluer.
— Frère ! Tu ne vas pas croire ce qui est arrivé…
Son cœur battait à tout rompre.
— Comment ne le croirais-je pas si je le vois de mes propres yeux ? rugit Lu en montrant la partie du champ qui n’était pas labourée.
— C’est que j’ai trouvé un…
Un coup de baguette sur le front le fit tomber dans la fange.
— Maudit fainéant ! cracha Lu. Jusqu’à quand vas-tu te croire supérieur aux autres ?
Cí essuya le sang qui coulait de son arcade sourcilière. Ce n’était pas la première fois que son frère le frappait, mais Lu était l’aîné et les lois confucéennes interdisaient au cadet de se rebeller. Il pouvait à peine ouvrir la paupière, pourtant il s’excusa.
— Je suis désolé, frère. J’ai pris du retard parce que…
Lu le poussa.
— Parce que l’étudiant délicat n’a pas le courage de travailler ! Parce que l’étudiant délicat pense que le riz se plante tout seul ! (D’une poussée il l’envoya dans la vase.) Parce que l’étudiant délicat a son frère Lu qui s’éreinte pour lui !
Lu nettoya son pantalon, permettant à Cí de se relever.
— J’ai… trouvé un ca… davre…, parvint-il à articuler.
Lu ouvrit de grands yeux.
— Un cadavre ? De quoi tu parles ?
— Là… sur la digue…, ajouta Cí.
Lu se tourna vers l’endroit où quelques craves picoraient le terrain. Il empoigna son bâton et, sans attendre d’autres explications, se dirigea vers les oiseaux. Lorsqu’il arriva près de la tête, il la bougea avec le pied. Il fronça les sourcils et se retourna.
— Maudite soit-elle ! Tu l’as trouvée ici ? (Il saisit la tête par les cheveux et la balança d’un air dégoûté.) J’imagine que oui. Par la barbe de Confucius ! Mais n’est-ce pas Shang ? Et le corps… ?
— De l’autre côté… Près de l’araire.
Lu plissa les lèvres. Tout de suite après il s’adressa à ses journaliers.
— Vous deux, qu’attendez-vous pour aller le ramasser ? Et toi, décharge les plants et mets la tête dans un panier. Maudits soient les dieux… ! Retournons au village.
Cí s’approcha du buffle pour lui enlever son harnais.
— On peut savoir ce que tu fais ? l’interrompit Lu.
— N’as-tu pas dit que nous rentrions… ?

— Nous, cracha-t-il. Toi tu rentreras quand tu auras terminé ton travail.


 Ici le début du chapitre 1

Et retrouvez mon avis sur ce livre, Le lecteur de cadavre

A demain pour le chapitre deux…

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Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido Et si nous lisions le début !

Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido

Et si nous lisions le début !

Aujourd’hui  c’est lecture de la première partie du chapitre 2 de ce magnifique et captivant polar historique. Et c’est de plus en plus passionnant


2

CÍ PASSA LE RESTE DE L’APRÈS-MIDI à ingurgiter la puanteur que dégageait l’arrière-train ballottant de son buffle tandis qu’il se demandait quel délit avait bien pu commettre le vieux Shang pour finir décapité. À sa connaissance, il n’avait pas d’ennemis et personne ne l’avait jamais menacé. En fait, le pire dans sa vie, c’était d’avoir engendré trop de filles, ce qui l’avait obligé à travailler comme un esclave pour réunir une dot qui les rendît séduisantes. Cela mis à part, Shang avait toujours été un homme honnête et respecté.
« La dernière personne à qui penserait un assassin. »
Quand il reprit enfin ses esprits, déjà le soleil se cachait.
En plus du labour, Lu lui avait ordonné d’aplanir un tertre de vase noire, aussi dispersa-t-il quelques pelletées du mélange d’excréments humains, de boue, de cendre et de chaume qu’on utilisait habituellement comme fertilisant, et il étala le reste du monticule de façon à le dissimuler. Puis il frappa l’animal qui recula lourdement, comme s’il n’était pas rompu à cette tâche, grimpa d’un bond sur son dos et prit le chemin du retour au village.
Tandis qu’il descendait, Cí compara la découverte du corps de Shang à celle d’autres affaires semblables dont il avait eu l’occasion de connaître les détails lors de son séjour à Lin’an. Pendant tout ce temps il avait assisté Feng sur les enquêtes de nombreux crimes violents. Il avait même étudié des crimes rituels sanguinaires commis par les membres de sectes, mais il n’avait jamais vu un corps aussi sauvagement mutilé. Par chance, le juge était dans le bourg et il ne doutait pas qu’il trouverait le coupable.
Cerise vivait avec sa famille dans une bicoque que soutenaient à grand-peine des pieux vermoulus. Lorsqu’il atteignit la maison, l’angoisse le tenaillait. Il avait préparé deux ou trois phrases pour lui raconter ce qui était arrivé, mais aucune ne le satisfaisait. Bien qu’il plût à verse, il s’arrêta devant la porte, essayant de penser à ce qu’il allait dire.
« J’aurai bien une idée. » Se mordant les lèvres, les poings serrés, il approcha ses jointures de la porte. Ses bras tremblaient plus que son corps. Il attendit un instant et enfin frappa.
Seul répondit le silence. À la troisième tentative, il comprit que personne ne lui ouvrirait. Il renonça et rentra chez lui.
Dès qu’il ouvrit la porte, son père s’empressa de lui reprocher son retard. Le juge Feng était arrivé et cela faisait un moment qu’ils l’attendaient pour dîner. Voyant l’invité, Cí joignit ses poings sur sa poitrine et s’inclina devant lui en guise d’excuse, mais Feng l’en empêcha.
— Par les monstres de l’enfer ! s’exclama le juge avec un sourire indulgent. Mais que manges-tu ici ? L’année dernière tu avais encore l’air d’un adolescent !
Cí n’en avait pas conscience, mais à vingt ans il n’était plus le garçon chétif dont tous se moquaient à Lin’an. La campagne avait transformé son corps malingre en celui d’un jeune homme vigoureux dont les muscles fins évoquaient une botte de joncs fermement entrelacés. Cí sourit avec timidité, laissant entrevoir des dents parfaitement rangées, et il regarda le visage de Feng. Le vieux juge avait à peine changé. Son visage sérieux sillonné de fines rides contrastait toujours avec sa moustache blanche soigneusement taillée. Sa tête était coiffée du bonnet bialar* en soie qui indiquait son rang.
— Honorable juge Feng, le salua-t-il. Excusez mon retard, mais…
— Ne t’inquiète pas, mon fils, l’interrompit-il. Allons, entre, tu es trempé.
Cí se précipita à l’intérieur de la maison et revint avec un petit paquet enveloppé dans un joli papier rouge. Cela faisait un mois qu’il attendait ce moment. Exactement depuis le jour où il avait appris que le juge Feng leur rendrait visite après si longtemps. Comme le voulait la coutume, Feng refusa trois fois le présent avant de l’accepter.
— Tu n’aurais pas dû prendre cette peine.
Il rangea le paquet sans l’ouvrir, car le contraire eût signifié qu’il accordait plus d’importance au contenu qu’au geste lui-même.
— Il a grandi, oui, mais comme vous le voyez, il est toujours aussi peu responsable, intervint le père de Cí.
Cí tituba. Les règles de courtoisie l’empêchaient d’importuner l’invité avec des sujets étrangers à sa visite, mais un assassinat dépassait tout protocole. Il se dit que le juge le comprendrait.
— Pardonnez mon impolitesse, mais je dois vous communiquer une horrible nouvelle. Shang a été assassiné ! On l’a décapité ! – Son visage était un masque d’incompréhension.
Son père le regarda avec une expression sérieuse.
— Oui. Ton frère Lu nous l’a dit. Maintenant, assieds-toi et dînons. Ne faisons pas attendre davantage notre hôte.
Le flegme avec lequel Feng et son père prenaient l’événement exaspéra Cí. Shang était le meilleur ami de son père ; pourtant, lui et le juge continuaient à manger tranquillement, comme si de rien n’était. Cí les imita, bouillant intérieurement. Son père s’en aperçut.
— Épargne-nous cette grise mine. De toute façon, nous n’y pouvons pas grand-chose, conclut le patriarche. Lu a transporté le corps de Shang dans les dépendances du gouvernement et les membres de sa famille sont en train de le veiller. De plus, tu sais que le juge Feng n’a aucune compétence dans cette sous-préfecture, il ne nous reste qu’à attendre qu’on envoie le magistrat chargé de l’affaire.
Cí le savait en effet, de même qu’il savait que d’ici là l’assassin avait tout loisir de s’évanouir dans la nature. Mais ce qui l’irritait le plus, c’était le calme de son père. Par chance, Feng parut lire ses pensées.
— Ne t’inquiète pas, le rassura le juge. J’ai parlé à sa famille. Demain, j’irai l’examiner.
Ils abordèrent d’autres sujets tandis que la pluie frappait violemment le toit d’ardoise. En été, les soudaines trombes d’eau des typhons surprenaient souvent les imprudents, et ce jour-là Lu semblait avoir été l’infortuné. Il fit son apparition trempé, les yeux vitreux, empestant l’alcool. À peine entré il buta contre un grand coffre et s’étala de tout son long, mais il se releva et donna des coups de pied dans le meuble, comme si celui-ci était responsable de sa chute. Puis il salua le juge d’un balbutiement stupide et s’en fut directement dans sa chambre.
— Je crois que le moment est venu de me retirer, annonça Feng après avoir essuyé sa moustache. J’espère que tu réfléchiras à ce dont nous avons parlé, dit-il au père de Cí. Et quant à toi… (il se tourna vers le jeune homme), nous nous voyons à l’heure du dragon1, dans la résidence du chef local où je suis logé.
Ils se dirent au revoir et Feng partit. La porte à peine fermée, Cí scruta le visage de son père. Son cœur battait, dans l’expectative.
— Il l’a fait ? Il a dit quand nous y retournerons ? osa-t-il demander. – Ses doigts tambourinèrent sur la table.
— Assieds-toi, mon fils. Une autre tasse de thé ?
Le père s’en servit une à ras bord avant d’en verser une autre pour son fils. Il le regarda avec tristesse avant de baisser les yeux.
— Je regrette, Cí. Je sais combien tu désirais retourner à Lin’an… (Il absorba bruyamment une gorgée d’infusion.) Mais les choses ne se passent pas toujours comme on l’avait prévu.
Cí arrêta sa tasse à un soupir de sa bouche.
— Je ne comprends pas ! Il est arrivé quelque chose ? Feng ne vous a-t-il pas proposé le poste ?
— Oui. Il l’a fait hier. – Il absorba lentement une autre gorgée.
— Alors ? – Cí se leva.
— Assieds-toi, Cí.
— Mais, père… Vous l’aviez promis… Vous aviez dit…
— Je t’ai dit de t’asseoir ! dit-il en élevant la voix.
Cí obéit tandis que ses yeux s’embuaient. Son père ajouta du thé et le liquide déborda. Cí fit mine de le nettoyer, mais son père l’en empêcha.
— Écoute, Cí. Il y a des situations que tu ne peux comprendre…
Le jeune homme ne saisissait pas ce qu’il devait comprendre : qu’il lui faudrait chaque jour endurer le mépris que lui manifestait son frère Lu ? Renoncer de bon gré à l’avenir qui l’attendait à l’Université* impériale de Lin’an ?
— Et nos projets, père ? Que deviennent nos… ? – Une gifle l’interrompit tandis que son père se dressait tel un ressort. La voix de l’homme tremblait, mais son regard lançait des flammes.
— Nos projets ? Depuis quand un fils a-t-il des projets ? cria-t-il. Nous resterons ici, dans la maison de ton frère ! Et il en sera ainsi jusqu’à ma mort !
Cí garda le silence tandis que son père se retirait. Pendant un moment, il fut envahi par le venin de la rage.
« Et votre fille Troisième malade… ? Elle non plus n’a pas d’importance à vos yeux ? »
Cí ramassa les tasses et se dirigea vers la chambre qu’il partageait avec sa sœur.
Dès qu’il fut couché, il sentit les battements de son cœur dans ses tempes. Il rêvait de retourner à Lin’an depuis l’instant où ils s’étaient installés au village. Comme chaque soir, il ferma les yeux et se remémora sa vie là-bas. Il revit les camarades avec lesquels il passait des concours de connaissances dont il sortait souvent vainqueur ; à ses professeurs, qu’il admirait pour leur discipline et leur persévérance. Il évoqua l’image du juge Feng et le jour où celui-ci l’avait pris comme assistant dans les instructions judiciaires. Il souhaitait être comme lui, se présenter un jour aux examens impériaux et obtenir un poste dans la judicature. Pas comme son père, qui après avoir essayé pendant des années n’avait obtenu qu’un humble emploi de fonctionnaire.
Il se demanda pourquoi son père ne voulait pas retourner à la ville. Il venait de lui confirmer que Feng lui avait offert la place vacante qu’il convoitait jusque-là, et voilà que du jour au lendemain, sans raison apparente, il changeait radicalement d’avis. Serait-ce à cause de son grand-père ? Il n’en croyait rien. On pouvait emporter les cendres du défunt à Lin’an pour continuer à célébrer les rites de piété filiale*.
La toux de Troisième le fit sursauter et se retourner. La fillette somnolait à côté de lui, tremblante, la respiration saccadée. Il lui caressa les cheveux avec tendresse et éprouva un sentiment de pitié à son égard. Troisième s’était montrée plus résistante que Deuxième et Première, comme le prouvait le fait qu’elle eût déjà sept ans, mais, de même que ses sœurs, il ne pensait pas qu’elle vivrait au-delà de dix ans. C’était la fatalité de cette maladie. Pendant un instant il voulut imaginer qu’à Lin’an, au moins, elle aurait bénéficié de soins appropriés…
Il ferma les yeux et se détourna. Il pensa à Cerise, qu’il épouserait une fois qu’il aurait réussi ses examens d’État. En ce moment, elle devait être déchirée par la mort de son père et il se demanda si cela changerait le projet de leurs noces. Il se sentit soudain mesquin d’avoir une pensée aussi égoïste.
Six mois s’étaient écoulés depuis la mort subite de son grand-père…
Il se déshabilla, car la chaleur le faisait suffoquer. En enlevant sa veste, il trouva le chiffon ensanglanté qu’il avait tiré de la bouche du pauvre Shang. Il le regarda avec étonnement et le posa près de l’oreiller de pierre. Puis il entendit par la fenêtre des gémissements provenant de la maison d’à côté, qu’il attribua à son voisin Peng, un galopin affligé de douleurs de dents depuis des jours. Pour la deuxième nuit consécutive, il ne parvint pas à se reposer.
*

 


Ici le début du chapitre 1
Ici aussi la fin du chapitre 1
Et retrouvez là mon avis sur ce livre, Le lecteur de cadavre
Alors à  demain pour la suite de ce deuxième chapitre

Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido, la lecture chapitre 1

Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido

Et si nous lisions le début !

Aujourd’hui je vous propose de lire la première partie de chapitre 1 de ce magnifique et captivant polar historique.


« Le légiste désigné par la préfecture se présentera sur le lieu du crime dans les quatre heures suivant sa déclaration.
S’il manque à cette obligation, délègue sa charge, ne trouve pas les blessures mortelles ou les évalue de façon erronée, il sera déclaré coupable d’impéritie et condamné à deux ans d’esclavage. »
« Des devoirs des juges »,
article 4 du Song Xingtong,
code pénal de la dynastie Song.

PREMIÈRE PARTIE

1
CE JOUR-LÀ, CÍ SE LEVA de bonne heure pour éviter de rencontrer son frère Lu. Ses yeux se fermaient, mais la rizière l’attendait, bien réveillée, comme tous les matins.
Il se leva et roula sa natte, humant l’arôme du thé dont sa mère parfumait la maison. En entrant dans la pièce principale, il la salua et elle lui répondit par un sourire à peine esquissé qu’il perçut et lui rendit. Il adorait sa mère presque autant que sa petite sœur, Troisième. Ses deux autres sœurs, Première et Deuxième, étaient mortes peu après leur naissance d’un mal héréditaire. Il ne restait que Troisième, elle aussi atteinte de ce mal.
Avant d’avaler une bouchée, il se dirigea vers le petit autel qu’il avait dressé près d’une fenêtre, à la mémoire de son grand-père. Il ouvrit les volets et respira à pleins poumons. Dehors, les premiers rayons de soleil filtraient timidement à travers la brume. Le vent fit osciller les chrysanthèmes placés dans le vase des offrandes et raviva les volutes d’encens qui s’élevaient dans la pièce. Cí ferma les yeux pour réciter une prière, mais une seule pensée vint à son esprit : « Génies des cieux, permettez que nous retournions à Lin’an. »
Il se remémora le temps où ses grands-parents vivaient encore. À cette époque, ce hameau perdu était son paradis et son frère Lu, son héros. Lu était comme le grand guerrier des histoires que son père racontait, toujours prêt à le défendre quand d’autres gamins tentaient de lui voler sa ration de fruits, ou à mettre en fuite les effrontés qui auraient manqué de respect à ses sœurs. Lu lui avait appris à se battre, l’avait emmené patauger dans le fleuve entre les barques et pêcher des carpes et des truites qu’ils rapportaient ensuite tout excités à la maison ; il lui avait montré les meilleures cachettes pour épier les voisines. Mais en grandissant, Lu était devenu vaniteux. À quinze ans, il faisait constamment étalage de sa force. Il se mit à organiser des chasses aux chats pour crâner devant les filles, il s’enivrait de l’alcool de riz qu’il volait dans les cuisines et se vantait d’être le plus fort de la bande. Il était si bouffi d’orgueil qu’il prenait les moqueries des jeunes filles pour des flatteries, sans se rendre compte qu’elles le fuyaient. Si bien qu’après avoir regardé Lu comme son idole, Cí en vint peu à peu à ne plus éprouver qu’indifférence à son égard.
Jusque-là cependant, Lu ne s’était jamais mis dans des situations plus graves que celle d’apparaître avec un œil au beurre noir à la suite d’une bagarre ou d’utiliser le buffle de la communauté pour parier aux courses d’eau. Mais le jour où son père annonça son intention de s’installer à Lin’an, la capitale, Lu refusa catégoriquement. Il avait alors seize ans, il était heureux à la campagne et n’avait aucune intention de quitter le village. Il disposait de tout ce dont il avait besoin : la rizière, sa bande de bravaches et deux ou trois prostituées des environs qui riaient de ses bons mots ; son père eut beau le menacer de le répudier, il ne se laissa pas intimider. Ils se séparèrent cette année-là. Lu demeura au village et le reste de la famille émigra à la capitale en quête d’un meilleur avenir.
Les premiers temps à Lin’an furent très durs pour Cí. Il se levait chaque matin à l’aube pour veiller à l’état de santé de sa sœur, il lui préparait son petit déjeuner et prenait soin d’elle jusqu’à ce que sa mère fût rentrée du marché. Puis, après avoir avalé un bol de riz, il partait pour l’école où il restait jusqu’à midi ; il courait alors à l’abattoir où travaillait son père pour l’aider le reste de la journée en échange des viscères répandus sur le sol. Le soir, après avoir nettoyé la cuisine et adressé une prière à ses ancêtres, il révisait les traités confucéens qu’il aurait à réciter le lendemain matin à l’école. Ainsi, mois après mois, jusqu’au jour où son père obtint un emploi de comptable à la préfecture* de Lin’an, sous les ordres du juge Feng, l’un des magistrats les plus importants de la capitale.
Dès lors, les choses commencèrent à aller mieux. Les revenus de la famille augmentèrent et Cí put quitter l’abattoir pour se consacrer entièrement à ses études. Au bout de quatre années d’enseignement supérieur, et grâce à ses excellentes notes, Cí obtint un poste d’assistant dans le service de Feng. Au début, il accomplissait de simples tâches de gratte-papier, mais son dévouement et son zèle attirèrent l’attention du juge, lequel trouva chez ce garçon de dix-sept ans quelqu’un à instruire à son image.
Cí ne le déçut pas. Au fil des mois, de l’exécution de tâches routinières il en vint à enregistrer des plaintes, à assister aux interrogatoires des suspects et à aider les techniciens pour la préparation et la toilette des cadavres que, selon les circonstances des décès, Feng devait examiner. Peu à peu, son application et son habileté devinrent indispensables au juge, qui n’hésita pas à lui confier davantage de responsabilités. Finalement, Cí le seconda dans l’investigation de crimes et de litiges, travaux qui lui permirent de découvrir les fondements de la pratique juridique en même temps qu’il acquérait des notions rudimentaires d’anatomie.
Au cours de sa deuxième année d’université, encouragé par Feng, Cí assista à un cours préparatoire de médecine. D’après le magistrat, les preuves pouvant dénoncer un crime se dissimulent souvent dans les blessures ; pour les découvrir, il fallait donc les connaître et les étudier, non comme un juge mais comme un chirurgien.
Tout continua de la sorte jusqu’au jour où son grand-père tomba subitement malade et décéda. Après l’enterrement et comme l’exigeaient les rituels du deuil, son père dut renoncer à son poste de comptable et à la résidence dont on lui accordait l’usufruit ; sans travail ni foyer, et malgré les désirs de Cí, toute la famille se vit obligée de rentrer au village.
À son retour, Cí trouva son frère Lu changé. Il vivait dans une nouvelle maison qu’il avait bâtie de ses mains, il avait acquis un lopin de terre et employait plusieurs journaliers à son service. Quand, forcé par les circonstances, son père frappa à sa porte, Lu l’obligea à s’excuser avant de le laisser entrer et il lui laissa une petite chambre au lieu de lui céder la sienne. Il traita Cí avec son indifférence habituelle, mais lorsqu’il s’aperçut qu’il ne le suivait plus comme un toutou et qu’il ne s’intéressait qu’aux livres, il se mit en colère. C’était dans les champs qu’un homme montrait son véritable courage. Ni les textes ni les études ne lui procureraient le riz ou les ouvriers agricoles. Aux yeux de Lu, son frère cadet n’était qu’un inutile de vingt ans qu’il faudrait nourrir. À partir de ce moment, la vie de Cí se transforma en une suite d’humiliations qui lui firent détester ce village.
Une rafale de vent frais ramena Cí à l’instant présent.
De retour dans la salle il tomba sur Lu, qui au côté de sa mère absorbait bruyamment son thé à grandes lampées. En le voyant, celui-ci cracha à terre et d’un geste brusque laissa tomber le bol sur la table. Puis, sans attendre que son père fût levé, il prit son baluchon et partit sans un mot.
— Il aurait besoin d’apprendre les bonnes manières, marmotta Cí tandis qu’avec un torchon il essuyait le thé que son frère venait de renverser.
— Et toi tu aurais besoin d’apprendre à le respecter, c’est dans sa maison que nous habitons, répliqua sa mère sans lever les yeux du feu. Un foyer fort…
« Oui. Un foyer fort est celui que soutient un père courageux, une mère prudente, un fils obéissant et un frère obligeant. » Il n’avait nul besoin qu’on le lui répétât. Lu se chargeait de le lui rappeler chaque matin.
Bien que rien ne l’y obligeât, Cí étala les napperons de bambou et mit les bols sur la table. Le mal de poitrine dont souffrait Troisième s’était aggravé, et ça ne l’ennuyait pas de réaliser les tâches qui revenaient à sa sœur. Il disposa les jattes en veillant à ce qu’elles forment un nombre pair, et dirigea le bec de la théière vers la fenêtre de façon à ce qu’il ne vise aucun des convives. Il plaça au centre le vin de riz, la bouillie et, à côté, les croquettes de carpe. Il regarda la cuisine noircie par le charbon et l’évier fendillé. Cela ressemblait davantage à une forge délabrée qu’à un logis.
Bientôt son père arriva en claudiquant. Cí ressentit un pincement de tristesse.
« Comme il a vieilli. »
Il plissa les lèvres et serra les dents. La santé de son père semblait s’affaiblir au même rythme que celle de Troisième. L’homme marchait en tremblant, le regard baissé, sa barbe clairsemée pendant tel un chiffon de soie effiloché. À peine restait-il trace en lui du fonctionnaire méticuleux qui lui avait inculqué l’amour de la méthode et la persévérance. Il observa ses mains de cire, autrefois admirablement soignées, aujourd’hui grossières et calleuses.
Arrivé près de la table, l’homme s’accroupit en s’appuyant sur son fils, et d’un geste autorisa les autres à s’asseoir. Ce que Cí s’empressa de faire ; la dernière, sa mère s’installa du côté qui jouxtait la cuisine et servit du vin de riz. Toujours prostrée par la fièvre, Troisième ne se leva pas. Comme chaque jour de la semaine.
— Viendras-tu dîner ce soir ? demanda sa mère à Cí. Après tous ces mois, le juge Feng sera heureux de te revoir.
Cí n’aurait pour rien au monde manqué la rencontre avec Feng. Sans qu’il en connût le motif, son père avait décidé de rompre le deuil et d’anticiper son retour à Lin’an, espérant que le juge Feng accepterait de le reprendre comme assistant. Il ignorait si Feng était venu au village pour cette raison, mais c’était ce que tous souhaitaient.
— Lu m’a ordonné de monter le buffle à la nouvelle parcelle, et ensuite je pensais rendre visite à Cerise, mais je rentrerai à l’heure pour le dîner.
— On ne croirait pas que tu as déjà vingt ans. Cette jeune fille absorbe toutes tes pensées, intervint son père. Si tu continues à la voir aussi souvent, tu finiras par te lasser d’elle.
— Cerise est la seule bonne chose de ce village. En outre, c’est vous qui avez concerté notre mariage, répondit Cí en avalant la dernière bouchée.
— Emporte ces friandises, je les ai préparées exprès, lui offrit sa mère.
Cí se leva et les mit dans sa musette. Avant de partir, il entra dans la chambre où sommeillait Troisième, il posa un baiser sur ses joues brûlantes et remit en place la mèche qui s’était échappée de son chignon. La fillette cligna des yeux. Alors il sortit les friandises et les glissa sous sa couverture.
— Que mère ne les voie pas, lui murmura-t-il à l’oreille.
Elle sourit, mais fut incapable d’articuler un mot.
*

A demain pour la suite de ce premier chapitre.

Et vous pouvez retrouvez ICI, mon avis sur le lecteur de cadavres


Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido

Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido

 Un splendide et capivant polar historique.

Le livre : Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido. Traduit de l’espagnol par Nelly et Alex Lhermillier. Paru le 3 juin 2015 chez Le Livre de poche dans la collection Le Livre de poche. Policier n° 33781.  8€60 ; (754 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Ci Song est un jeune garçon d’origine modeste qui vit dans la Chine du XIIIe siècle. Après la mort de ses parents, l’incendie de leur maison et l’arrestation de son frère, il quitte son village avec sa petite soeur malade. C’est à Lin’an, capitale de l’empire, qu’il devient fossoyeur des «champs de la mort» et il est accepté à la prestigieuse Académie Ming. Son talent pour expliquer les causes d’un décès le rend célèbre. Lorsque l’écho de ses exploits parvient aux oreilles de l’empereur, celui-ci le convoque pour enquêter sur une série d’assassinats. S’il réussit, il entrera au sein du Conseil des Châtiments ; s’il échoue, c’est la mort. C’est ainsi que Cí Song, le lecteur de cadavres, devient le premier médecin légiste de tous les temps. Un roman, inspiré par la vie d’un personnage réel, captivant et richement documenté où, dans la Chine exotique de l’époque médiévale, la haine côtoie l’ambition, comme l’amour, la mort.

Extrait :

«Iris Bleu m’a dit que Feng connaissait d’innombrables façons de mourir. Et il se peut que ce soit vrai. Peut-être existe-t-il vraiment d’infinies façons de mourir. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il n’y a qu’une façon de vivre.»

L’auteur : AVT_Antonio-Garrido_9704Antonio Garrido Molina, né en 1963 à Linares, dans la province de Jaén, est un écrivain espagnol. Il vit actuellement à Valence. Il fait des études d’ingénieur industriel à l’université Polytechnique de Las Palmas. Il est ensuite professeur à l’Université CEU Cardinal Herrera de Valence puis à l’Université polytechnique de Valence. Il amorce sa carrière littéraire en 2008 avec le roman policier historique La Scribe (La escriba), dont l’action se déroule dans la Franconie, en l’an 799, à la veille du sacre de Charlemagne. L’ouvrage devient un best-seller traduit dans une douzaine de langues. Le Lecteur de cadavres ( El Lector de Cadaveres), paru en 2011, est un second roman policier historique, dont le héros, inspiré d’un personnage réel de la Chine impériale du XIIIe siècle,  a le don d’expliquer les causes d’un décès grâce à un examen minutieux des corps.

Avis et résumé :

Dans la Chine rurale du début du XIIIe siècle, Ci Song, un jeune homme de dix-sept ans, abandonne ses études de juriste sous l’autorité du juge Feng, car son père a été accusé de corruption. Accusé d’un crime commis par son frère, Ci fuit fuir son village avec sa petite sœur malade. C’est ainsi qu’il se retrouve à Lin’an, la préfecture de la province, où il fait la connaissance de Xu, un fossoyeur devin escroc, qui lui assure gite et couvert à condition qu’il identifie les causes du trépas des cadavres amenés au cimetière : les familles paient bien ce genre de renseignements… La renommée de Ci s’étend vite.
Grâce à ces qualités inégalables, son formidable talent et son flair surprenant, il devient bientôt l’élève le plus brillant de l’école. Mais très vite il est jalousé par un condisciple, Astuce Grise. Pourtant, l’empereur en personne le mande au palais car de hautes personnalités de la cour sont assassinées… à distance !
Ci retrouve son vieux maître Feng marié à une superbe créature aveugle, Iris Bleu. Celle-ci cache un passé mystérieux et peut-être criminel. La Belle captive Ci Song et sa beauté le rend fou de désir. Y succombera-t-il ? Échappera-t-il à la haine d’Astuce Grise, prêt à tout pour l’envoyer dans l’Au-delà ? Et, surtout, résoudra-t-il l’énigme des meurtres ?
J’ai été captivé et pourtant la Chine, au premier abord, n’est pas un pays qui m’attire. Mais cette chine impériale, sous la plume d’Antonio Garrido, s’est ouverte à moi comme une révélation. Et si ce récit est inspiré d’un personnage réel, c’est bel et bien les mots de l’auteur qui lui donne vie.
Ainsi ce livre à la fois un roman d’amour, d’histoire, d’aventures et d’apprentissage est envoûtant et palpitant. Il nous fait vivre dans le Moyen Age chinois et nous fait découvrir entre autres les techniques médicales pratiquées à l’époque.
C’est remarquablement bien fait, tout est parfaitement maîtrise par l’auteur. Les personnages, les paysages, la reconstitution historique.
Alors comment ne pas penser aux aventures du Juge Ti du regretté Robert Van Gulik quand on lit ce titre. Elles ont enchantées, il y a une trentaines d’années, toute une génération de lecteur, comme moi, de polar historique.
La subtilité chinoise appliquée à l’art de l’énigme policière » disait Claude Roy en 1983, je reprends ses mots qui qualifient aujourd’hui merveilleusement ce second roman d’Antonio Garrido.
Ce fascinant roman, a été salué par le prix international du roman historique en 2012.

Empreintes criminelles

 

Empreintes criminelles . J’ai regardé, j’ai aimé !

Empreintes criminelles est une série télévisée française en six épisodes de 52 minutes, créée par Stéphane Drouet, Olivier Marvaud et Lionel Olenga d’après une idée originale de Stéphane Drouet et diffusée les 25 mars et 1er avril 2011 sur France 2.

Avec Pierre Cassignard, Julie Debazac, Arnaud Binard, Alexandre Steiger, Hubert Benhamdine, Sören Prevost, Cassandre Vittu, Jacques Fontanel

 

SYNOPSIS:

À Paris, dans les années 1920, à l’intérieur d’un grenier poussiéreux de la PJ parisienne, un laboratoire de police unique au monde prend forme. Julien Valour, policier torturé mais visionnaire, est aux commandes de cette unité très spéciale. Il est accompagné de Léa Perlova, une experte scientifique indépendante et féministe, Pierre Cassini, un flic de terrain à l’ancienne, Marius Delcourt, un policier doué pour les inventions en tout genre, Martello, un jeune flic idéaliste, et Pauline Kernel, une jeune bourgeoise qui fait ses premiers pas comme médecin légiste. Avec la volonté des pionniers, ces hommes et ces femmes se battent sans relâche pour imposer leurs nouvelles méthodes… Ils tentent de faire perdurer cette unité dont l’existence est régulièrement remise en cause par la police classique…

 

  • Pierre Cassignard : Julien Valour
  • Julie Debazac : Léa Perlova
  • Arnaud Binard : Pierre Cassini
  • Alexandre Steiger : Marius Delcourt
  • Hubert Benhamdine : Vincent Martello
  • Cassandre Vittu de Kerraoul : Pauline Kernel
  • Jacques Fontanel : Blanchard
  • Sören Prévost : Gilardi
  • Marion Creusvaux : Edmée

Allez… Petit retour au temps des pionniers où la France fut le berceau historique de cette police d’un nouveau genre…

Une série à l’esthétique soignée, aux personnages charismatiques voire drôles (le duo Marius et Martello)

La série trouve d’abord son originalité dans sa créativité visuelle : décors soignés,ambiance vaporeuse, le tout sur fond de musique pop et trip-hop

Outre les enquêtes bien ficelées qu’elle nous fait suivre, Empreintes Criminelles a le mérite de nous éclairer sur la naissance d’une nouvelle ère de la Police Criminelle.

Bon ok, les scénaristes jouent un peu avec la réalité historique. Le premier labo  de police scientifique a vu le jour à Lyon.

Mais bon, là nous sommes dans Le Paris des années 1920.  Et c’est à cette période de l’après guerre  que les agents de la police française commencent à utiliser des méthodes scientifiques pour confondre les délinquants et criminels. À l’intérieur d’un grenier poussiéreux de la PJ parisienne, un groupe forme un laboratoire de police unique au monde, et marque les débuts de la police technique et scientifique.

Le personnage de Julien Valour est basé sur la vie du scientifique Edmond Locard, fondateur du premier laboratoire de police scientifique au monde (1910).

Je vous reparlerai bientôt de Locard, c’est certain , mais revenons à notre série…

La série compte donc, six épisodes.

  1. L’affaire Lefranc – Scénario : Olivier Marvaud & Lionel Olenga
  2. L’affaire de l’Orient-Express – Scénario : Olivier Marvaud & Lionel Olenga
  3. L’affaire de la maison close – Scénario : Pascal Perbet & Nathalie Suhard
  4. L’affaire Saint-Brice – Scénario : Soiliho Bodin & Nicolas Clément
  5. L’affaire de la prison – Scénario : Eric Eider & Odile Bouhier
  6. L’affaire de l’illusionniste – Scénario : Olivier Dujols & Grigori Mioche

Une deuxième saison avait été commandé par la chaîne TV mais elle n’a jamais vu le jour !

Pourtant le premier épisode de cette saison 2 été écrit par Lionel Olenga et Laurent Scalese. Cet épisode d’ouverture devait répondre aux questions posées à la fin de la saison 1 car il est vrai que le final de la première saison  laisser un commissaire Valour en bien mauvaise posture et une unité dissoute…

Les autres épisode eux aussi ont été écrit comme le précise  Lionel Olenga un des directeurs de la collection  » Ces épisodes 7 à 12 existent. Des auteurs les ont scénarisés, d’abord sous forme de synopsis, puis de séquenciers et enfin… d’une première version de continuité dialoguée.  »

Mais France 2 a décidé la non-reconduction de la série. Pour mon plus grand regret.

Il parait qu’elle n’a pas eu assez d’audience. Pourtant 3,2 millions de spectateur ça me parait un bon début non.

Maintenant France 2 aurait peut-être du la programmé différemment plutôt que ce passage éclair sur 2 soirée. Trois épisodes à la suite, ça fait beaucoup, non ? Surtout ça fait finir trop tard une soirée pour les personnes qui bossent tôt le lendemain. Et puis pourquoi regarder la seconde soirée si on a déjà loupé la moitié de la série.

 

C’est vraiment dommage ce gâchis. Mais bon, vous pouvez la voir en streaming. Car visiblement il n’y a pas eu de production DVD ! Là aussi dommage !

Allez pour vous donnez envie :  quand « Les Experts » rencontrent « Les Brigades du Tigre »

Reflex de Maud Mayeras

 Le livre : Reflex de Maud Mayeras. Paru le 05/10/2013 chez Anne Carrière. 21€.  Rééditer en poche  le 12 mars 2015 chez Pocket. 7€80 ; (476 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : Iris, photographe de l’Identité Judiciaire, shoote comme d’autres boivent. Pour apaiser la douleur. Pour oublier la mort de son fils, Swan, sauvagement assassiné onze ans auparavant. Lorsque la canicule assèche la ville, lorsqu’elle détrempe les corps et échauffe les esprits, alors, les monstres se révèlent.

Extrait :
« Perdre un enfant est une maladie que l’on a peur de contracter. C’est une contagion dont on évite soigneusement les infectés. On change de trottoir, on les fuit à toutes jambes. De ces gens-là, je suis la peste et le choléra. Je suis leur faucheuse, leur cancer, leur 22 long rifle. »

L’auteur : Maud Mayeras vit à Limoges.Elle est née le 6 octobre 1981.
Son premier thriller Hématome, paru aux éditions Calmann-Lévy dans la collection Suspense en 2006, a pour sujet principal la dénonciation des violences faites aux femmes. Il avait été très remarqué lors de sa sortie : finaliste Prix Polar SNCF 2006, Prix des Limbes Pourpres 2006 et Prix Griffe Noire du meilleur thriller de poche 2008.
Sept ans plus tard, Maud Mayeras publie son second thriller, Reflex (2013), aux éditions Anne Carrière, réédité chez Pocket en 2015. Elle reçoit pour cet ouvrage le prix du meilleur polar francophone 2014 au salon de Montigny-lès-Cormeilles. Maud Mayeras vit aujourd’hui à Limoges.

Résumé et avis :

Reflex de Maud Mayeras : un roman qui m’a mise KO.

J’ai eu la chance de rencontrer Maud Mayéras, il y a quelques années lors de la sortie de son premier bouquin. Elle avait fait une très brève apparition au Salon Saint Maur en poche. C’est une autre auteur, Laura Sadowski, pour ne pas la citer, qui m’a alors conseillé Hématome. « Toi qui aime les nouvelles plumes, les premiers romans, il faut que tu découvres Maud Mayéras. Elle est hallucinante et son polar est tout aussi poignant. »

J’ai donc suivi le conseille et effectivement, ce premier polar était déjà choc. (d’ailleurs, il faudra qu’un jour je vous en parle…je sais pas où je vais trouver le temps mais il va falloir) Alors pensez , j’attendais avec anxiété le deuxième. Et il m’a fallu être patiente, 7ans 1/2, avant de pouvoir lire à nouveau Maud Mayeras. Et puis Reflex est sorti, je me suis précipitée dessus.

Iris Baudry est photographe de l’identité judiciaire. Disponible nuit et jour, elle est appelée sur des
scènes de crime pour immortaliser les corps martyrisés des victimes. Iris est discrète, obsessionnelle, déterminée. Elle shoote en rafale des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné, onze ans auparavant.Mais une nouvelle affaire va la ramener au cœur de son cauchemar : dans cette ville maudite où son fils a disparu, là où son croquemitaine de mère garde quelques hideux secrets enfouis dans sa démence, là ou sévit un tueur en série dont la façon d’écorcher ses victimes en imagesLJT1XSVDrappelle une autre.La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va s’enflammer à nouveau dans l’objectif de son reflex.

Et je l’ai dévoré. Et puis plus rien. Ce roman m’a mise KO.

Du coup voici un livre que je n’arrive pas à chroniquer. Et pourtant je l’ai adoré.

Je me suis dit, attends un peu…Que le choc soit passé….prends un peu de recul. Tout cela va se décanter. Et, si cela se trouve, tu le trouveras moins génial dans quelques semaines. Mais bon, il faut se rendre à l’évidence, cela fait 3 mois que je l’ai lu et il est toujours bien là, toujours aussi présent. Presque, me hantant.

Pour autant je n’arrive pas à trouver de mots pour le décrire. et surtout pour vous parler de mon ressenti. C’est trop puissant pour moi. Ou peut être que c’est un « Reflex », un reflex de conservation. J’ai sans doute peur de vous révéler trop de choses, de dévoiler trop d’intime, tellement ce titre m’a chavirée. Peur de me mettre à nu. Je repousse le moment où je vais vous laisser rentrer dans mon cerveau et dans mon être le plus profond. Ce polar m’a pris aux entrailles. C’est, comment dire?  Viscéral. Venimeux. Sombre bien sur. Mais alors c’est bon, oui c’est bon et on se demande pourquoi toute cette noirceur nous fait « triper ».

Car c’est un pur moment de lecture que m’a offert, que nous offre, Maud Mayeras. Les phrases sont courtes, simples, précises, concises je dirais même. Le style est direct, fort, brut voir brutal.

Les personnages sont bouleversants de vérité . Pas forcément attachants. D’ailleurs je ne me suis pas identifiée à Iris, elle m’était même étrangère. C’est là aussi, que l’auteur est douée, car même sans empathie; je me suis laissée malmenée par le bouquin. C’est avec énergie que ce titre vous renverse, vous jette à terre. Maud Mayeras mêle les différentes histoires de ses héros de façon à ce qu’elles s’entrechoquent, que le passé et le présent se bousculent puis se rejoignent. Tout cela pour encore et encore dénoncer les violences qui sont faites aux femmes.

Fred_Coiffe2Car c’est bien là qu’est le sujet du livre. C’est là qu’est le nœud du problème. L’auteur se place du coté des victimes même si celles ci parfois deviennent bourreaux. Elles restent des victimes au yeux de leur créatrice. Car aujourd’hui, comme hier, les femmes ont toujours été et sont encore malheureusement victime de violences.

Alors merci Maud pour ce magnifique roman noir qui restera pour moi un formidable plaidoyer.

Citations, extraits – Reflex – Maud Mayeras 
  • (…) »Je n’aime pas l’autorité. Cette forme de toute-puissance qu’une voix seule peut exercer sur vous. Ces mots simples qui vous tordent le ventre et que vous n’avez pas envie d’écouter. Ces ordres que vous suivez malgré vous, parce que vous n’avez jamais su faire autrement. « (…)
  • (…) »Je n’aime pas les retrouvailles. Ces moments de silence que vous avez toujours fantasmés, gâchés par la gêne et la promiscuité. Ces instants que vous avez tant attendus et qui, lorsqu’ils arrivent enfin, vous font l’effet d’une bière tiède que vous n’avez plus vraiment envie de boire, ni de partager »(…)
  • (…) »Je n’aime pas les surprises, votre quotidien rôdé qu’on décide de sortir des rails. Ce que l’on n’attend pas n’arrive jamais au bon moment. Je n’aime pas les surprises, et dans le fond, vous non plus.(…)
  • (…) »Je n’aime pas le souffle des fantômes. Souvent prisonniers des murs que je visite, ils caressent mes épaules. Ils m’invitent à rester. Ils tirent sur mes manches et mendient mon temps. »(…)

W3 – Le Sourire des pendus de Jérôme Camut et Nathalie Hug

W3 - Le Sourire des pendus de Jérôme Camut et Nathalie Hug

W3 – Le Sourire des pendus  – Jérôme Camut et Nathalie Hug. Paru le 15 mai 2013 chez Telemaque collection Thriller. 21€, (750 p.) ; 22 x 15 cm

 Réédité au livre de poche le 28 mai 2014. 9,10€ ; (883 p.) ; 18 x 11 cm

Extrait : 
– Tu imagines un peu le tableau? râla-t-elle. Il fait beau, c’est le mois de juin et pendant que je le jeune se baigne, monsieur ressert un Ricard à madame qui bouquine du Tabachnik, et puis non, finalement, l’eau de la piscine est trop froide, le Ricard dégueulasse et le livre trop glauque, alors ils changent d’idées et vont se pendre dans le salon? Ça ne tient pas la route.

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Le sourire des pendus

Lara Mendès, jeune chroniqueuse télé, enquête sur le marché du sexe et ses déviances. Elle disparaît sur un parking d’autoroute…

Désemparés par la lenteur de l’enquête, ses proches reçoivent le soutien de Léon Castel, fondateur d’une association de victimes.

Sa fille Sookie, policière hors norme, a enquêté sur une triple pendaison qui semble liée à cette affaire.

Qui a enlevé Lara ? Pourquoi ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits s’affichent depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Réseaux criminels ou tueurs isolés ?

Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3.

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 Les auteurs :
 Il y a Jérôme Camut, il y a Nathalie Hug, et il y a l’entité CamHug.
Jérôme Camut est un auteur de fantasy et fantastique. Il est né à : Rueil-Malmaison (Ile-de-France) , le 10/09/1968. Nathalie Hug, née à Nancy en 1970, n écrivain et scénariste français. Depuis 2004, elle écrit en solo et en association avec Jérôme Camut.
 Extrait
 : « … souviens-toi que dans le monde, plus de 40 millions de gosses sont prostitués, et calcule le nombre de cinglés de clients que ça fait ! L’offre et la demande, tu connais, non ? »
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tc3a9lc3a9chargement-20Nathalie Hug et Jérôme Camut sont les auteurs de la tétralogie : Prédation, Stigmate, Instinct et Rémanence. Avec W3 et sa galerie de personnages radicalement originaux, ils appuient une fois encore là où ça fait mal, proposant un type de thriller inattendu et inédit.

 Un Camhug comme on les aime.

Le sourire des pendus est le premier opus de la trilogie W3. Ce titre m’a tout de suite fait penser « au rire du pendu » . Ce sourire prononcé d’une personne lorsqu’elle est dans une situation dramatique.Quand elle est dans la dénégation de celle ci ou encore quand elle cherche à dédramatiser la réalité. Je me suis dit : whaou, cela promet. C’est ainsi que j’ai débuté la lecture de ce pavé de 750 pages .J’ai lu les 500 premières pages d’une traite, sans discontinuité. J’ai été happée par cette intrigue complexes. L’histoire est construite autour de plusieurs intrigues qui s’entremêlent. tc3a9lc3a9chargement-21Avec ce titre, les Camhug retrouve la puissance évocatrice de leurs premiers romans qui a fait leur succès. Leur force narrative, l’énergie qui émane de chaque chapitre court, leur styles vif et concis, leur écriture au cordeau, ciselée au scalpel, nous entraînent sur un rythme effrénés dans cette histoire haletante et passionnante. J’ai aussi aimé la galerie de personnages qui nous été présentés, tous mieux campés les uns que les autres. On n’en retrouve même quelques uns qui arrivent tout droit de leur précédents romans. Un clin d’œil fort sympathique des auteurs. Et puis j’ai ralenti le rythme de ma lecture. J’ai d’ailleurs lu les 150 dernières pages au rythme d’un escargot. J’avais pas envie de quitter trop vite les héros ou devrais je dire victimes de cette histoire. Car c’est là la vrai originalité de ce polar. Ses héros sont toutes des victimes ou des proches de ces victimes. C’est leur point de vue que nous offrent les auteurs. Et à travers le parcourt de ses anti-héros, Jérôme et Nathalie nous offrent une photographie instantanée de notre société actuelle. Une société souvent à la dérive où pouvoir et argent ont force de loi. Si le thème principale de cette histoire est la prostitution, le marché du sexe et ses déviances, elle posent aussi un œil critique sur notre société à travers la justice et les médias, l’injustice et la désinformation. Nous étions prévenus : « Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3 »

Pour lire le début c’est iciw3_ldp_webw3_2

 Bientôt je vous parle du 2e tome ! Attention encore plus fort !