L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin : Chapitre 3

Vous la savez cette semaine nous lisons les premiers chapitres de ….

L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin

 Aujourd’hui c’est le Chapitre 3

Mais avant petit rappel des fait pour ceux et celles qui n’auraient pas suivi.

 

L'homme qui en savait tropHéros méconnu de la Seconde Guerre mondiale et génie visionnaire – l’inventeur de l’ordinateur, c’est lui -, Alan Turing a révolutionné nos vies. Et il est mort en paria.

Dans un futur proche. Les transhumanistes ont gagné. L’IA (intelligence artificielle) domine désormais le monde. Mais elle a une obsession : réhabiliter la mémoire de son « père », le génial mathématicien anglais Alan Turing. Pour cela, il lui faut établir la preuve qu’il ne s’est pas suicidé, comme l’a toujours prétendu la version officielle, mais qu’il a été assassiné. En quête du moindre indice, elle remonte le fil de sa vie…

En décodant Enigma, la machine de cryptage des forces allemandes, fierté du régime hitlérien sur laquelle les services secrets alliés se cassaient les dents, Alan Turing a largement influé sur le cours de l’histoire. En créant l’ordinateur, il a inventé le futur. Pourtant, ce jeune homosexuel au QI exceptionnel a connu un destin terrible : traité en renégat par sa propre patrie, il est mort d’empoisonnement au cyanure dans des circonstances suspectes en 1954, en pleine guerre froide, peu après avoir accepté la castration chimique pour échapper à la prison. Dans l’Angleterre puritaine et ultraconservatrice de l’après-guerre, influencée par le maccarthysme américain, qui avait intérêt à faire éliminer Turing, l’homme qui en savait trop ?

Entre histoire, espionnage, science et secrets d’État, un « biopic » mené comme un thriller où l’on croise Churchill, Eisenhower, Hitler, Truman, Staline, les espions de Cambridge, de Gaulle, et jusqu’à l’ombre inquiétante de John Edgar Hoover.

 

C’est parti pour la lecture du chapitre 3

3.

Il ruisselait de transpiration. Le lieutenant John O’Ryan s’essuya le front avec une serviette. Il avait creusé une tombe de fortune dans un bois, éclairé par les phares de sa voiture. Il était en train de fouiller les locaux d’un journal de propagande gauchiste lorsqu’un type l’avait surpris en train de retourner les tiroirs. Il avait été contraint de lui briser la nuque et de se débarrasser du corps dans la campagne de Liverpool.

John O’Ryan avait servi dans l’armée avant d’être recruté par les services secrets. C’était un solitaire, élégant et éduqué, capable de s’adapter à toutes les situations et d’infiltrer n’importe quel milieu. O’Ryan détestait les socialistes et les communistes. Il les mettait dans le même sac : les rouges.

Il avait été engagé par le Military Intelligence, section 5, alias le MI5, pour traquer le cancer rouge. O’Ryan excellait dans cet exercice. Depuis la Révolution russe, le mal collectiviste et révolutionnaire gagnait dangereusement les milieux ouvriers et intellectuels sur toute la surface du globe. L’Angleterre n’était pas épargnée par la maladie. Les cellules cancéreuses touchaient chaque couche de la société, des ouvriers aux militaires en passant par les plus hauts fonctionnaires et les étudiants.

Les services secrets avaient été créés pour lutter de l’intérieur contre la propagation du mal. Tous les coups étaient permis. Pour le lieutenant O’Ryan comme pour ses collègues, cette confrontation invisible était une guerre qui ne disait pas son nom. Les rouges étaient des criminels prêts à trahir leur patrie pour importer la dictature du prolétariat. Malgré de nombreuses tentatives, les États-Unis et l’Angleterre n’avaient pas réussi à faire tomber le régime communiste de Moscou. La droite russe avait été pulvérisée par Staline, qui détenait le pouvoir absolu. À présent, le combat contre la pandémie gauchiste se déroulait dans les rues de Londres, de New York ou de Paris. La peur et la paranoïa gagnaient quotidiennement du terrain. Pour chaque leader d’opinion rouge victime d’un « accident malheureux » ou envoyé en prison, dix autres apparaissaient sur les estrades à la sortie des usines, sommant les foules de rejoindre la lutte. Le MI5 embauchait à tour de bras pour endiguer la montée du péril rouge.

O’Ryan gara sa voiture devant un pub, exténué. Après avoir lavé ses grandes mains puissantes mais finement manucurées, il se faufila jusqu’au comptoir où il commanda une pinte de bière rousse. Il alluma une cigarette et utilisa un cure-dent pour enlever la terre coincée sous ses ongles. Autour de lui, les clients éméchés descendaient leurs dernières pintes avant de rentrer chez eux retrouver bobonne.

Une peinture du roi George V trônait au-dessus du bar où deux employés remplissaient les chopes sans faiblir. Le lieutenant O’Ryan écrasa sa clope sur le plancher crasseux recouvert de sciure. Le lendemain matin, il avait rendez-vous avec un informateur, un avocat de Liverpool qui suspectait un officier de l’armée d’organiser des réunions coco à son domicile. Il vida sa bière d’un trait en espérant que l’avocat ne lui ferait pas perdre son temps. Les lettres de dénonciation arrivaient par centaines. Il fallait séparer le bon grain de l’ivraie.

Un type aux yeux vitreux se posta à ses côtés pour commander une pression. O’Ryan l’observa machinalement des pieds à la tête. Il avait l’air bien portant et le teint rougeaud d’un homme travaillant dans un commerce de bouche. Son pardessus était usé aux coudes. Le cirage fraîchement appliqué sur ses chaussures ne masquait pas l’usure du cuir et la finesse de la semelle. Son commerce n’était pas florissant. À son accent des Midlands et sa manière de parler, il ne faisait aucun doute qu’il venait de la région de Birmingham et avait quitté l’école trop tôt.

O’Ryan lui offrit une cigarette américaine pour tuer le temps. Il n’était pas pressé de rejoindre la chambre d’hôtel minable qui l’attendait en ville. Le type accepta sans se faire prier.

— Je suis dans le coin seulement pour quelques jours, dit O’Ryan. Je suis représentant de commerce.

— Oh, et vous vendez quoi, au juste ?

— Des chaussures, répliqua-t-il en montrant sa paire de Church. Et vous, que faites-vous ?

— J’ai une petite fromagerie dans le quartier, répondit l’homme en pompant sur sa cigarette.

— Vous avez quitté Birmingham il y a longtemps ?

— Comment savez-vous que je suis de…

— J’ai un don pour les accents.

O’Ryan était satisfait de lui. Son talent était intact. Quelques minutes d’une discussion banale lui suffisaient pour établir la biographie d’un inconnu.

Il paya et souhaita une bonne soirée au fromager.

— Vous allez au match demain ? questionna l’homme.

— Quel match ?

— Le match, voyons ! Liverpool reçoit Arsenal en coupe d’Angleterre !

Le lieutenant regarda son interlocuteur d’un air désolé.

— Je n’ai jamais compris l’intérêt de payer pour voir des adultes en short courir après un ballon.

 

 

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L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin : Chapitre 2

Je vous présentais hier L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin.

L'homme qui en savait trop

 

Souvenez vous :

Héros méconnu de la Seconde Guerre mondiale et génie visionnaire – l’inventeur de l’ordinateur, c’est lui -, Alan Turing a révolutionné nos vies. Et il est mort en paria.

Dans un futur proche. Les transhumanistes ont gagné. L’IA (intelligence artificielle) domine désormais le monde. Mais elle a une obsession : réhabiliter la mémoire de son « père », le génial mathématicien anglais Alan Turing. Pour cela, il lui faut établir la preuve qu’il ne s’est pas suicidé, comme l’a toujours prétendu la version officielle, mais qu’il a été assassiné. En quête du moindre indice, elle remonte le fil de sa vie…

En décodant Enigma, la machine de cryptage des forces allemandes, fierté du régime hitlérien sur laquelle les services secrets alliés se cassaient les dents, Alan Turing a largement influé sur le cours de l’histoire. En créant l’ordinateur, il a inventé le futur. Pourtant, ce jeune homosexuel au QI exceptionnel a connu un destin terrible : traité en renégat par sa propre patrie, il est mort d’empoisonnement au cyanure dans des circonstances suspectes en 1954, en pleine guerre froide, peu après avoir accepté la castration chimique pour échapper à la prison. Dans l’Angleterre puritaine et ultraconservatrice de l’après-guerre, influencée par le maccarthysme américain, qui avait intérêt à faire éliminer Turing, l’homme qui en savait trop ?

Entre histoire, espionnage, science et secrets d’État, un « biopic » mené comme un thriller où l’on croise Churchill, Eisenhower, Hitler, Truman, Staline, les espions de Cambridge, de Gaulle, et jusqu’à l’ombre inquiétante de John Edgar Hoover.

Aussi comme promis voici la lecture du

deuxième chapitre

 

2.

Dès mon plus jeune âge, ceux qui croisaient ma route me prenaient pour un fou. J’étais un vilain petit canard, incapable d’assimiler les conventions sociales les plus banales. Tout Anglais de la classe moyenne se devait d’avoir l’air d’un gentleman. Pour mon grand malheur, j’avais les manières d’un garçon de ferme. On me reprochait d’être dans la lune, mal fagoté, couvert de taches d’encre. Mes cheveux étaient toujours en bataille et mes ongles trop longs. Je n’entrais pas dans le moule, et mon incapacité chronique à m’entendre avec les enfants de mon âge n’arrangeait pas ma réputation de candidat à l’asile. J’ai appris à lire seul pour briser ma solitude. À l’âge de cinq ans, les conversations et les centres d’intérêt des autres m’ennuyaient déjà. Je tuais le temps en jouant aux échecs contre moi-même et en lisant n’importe quel livre qui tombait entre mes mains.

Les deux premières années de mon existence, je n’ai presque pas vécu avec mes parents. Mon père travaillait aux Indes, où il avait rencontré ma mère Ethel. Quand la Première Guerre mondiale a éclaté, maman nous a rejoints en Angleterre, mon frère et moi. Nous grandissions, comme de nombreux enfants d’expatriés, sous le toit d’une famille d’accueil britannique, loin des miasmes et de la chaleur suffocante de Madras et Bombay.

Si mon frère John présentait toutes les caractéristiques de la normalité, maman n’a pas tardé à s’inquiéter de mon comportement.

Un jour que nous marchions dans la rue, peu après son retour des Indes, elle remarqua que je m’arrêtais devant chaque lampadaire pour lire et mémoriser son numéro de série.

— Pourquoi diable fait-il cela ? demanda-t-elle à mon frère aîné.

— Il fait toujours ça, mère. Alan est un peu dingue, ajouta-t-il en haussant les épaules.

J’ai tout de suite haï l’école élémentaire. Mes professeurs ne supportaient pas mon écriture sale et irrégulière, mes ratures, ma cravate de travers et mes rêveries. Je détestais les cours de sport, et les matchs de football et de hockey en particulier. Ma gaucherie et mon manque d’agressivité agaçaient mes camarades, ils m’encouragèrent à occuper le poste peu disputé d’arbitre. Un rôle qui m’allait comme un gant. Le ballon ou le palet avait-il franchi la ligne ? De l’avis général, la géométrie était dans mes cordes, certainement pas dribbler ou tacler l’adversaire.

Je souffrais en silence. J’enviais la popularité des garçons drôles et bavards, qui régalaient l’assistance de blagues salaces, brillaient en cours, s’habillaient avec soin, et trouvaient le moyen de marquer des buts à la pelle. La nature semblait leur avoir offert toutes les qualités pour traverser l’existence sans encombre. Je n’en avais à l’évidence aucune. Mes blagues tombaient toujours à plat, et mes grandes oreilles décollées me valurent deux années consécutives le titre officieux de garçon le plus laid de l’école. J’étais un enfant peureux, isolé dans son univers, qui montait toujours les escaliers en courant, les poils hérissés, persuadé d’être poursuivi par une présence diabolique.

C’est un livre qui a changé le cours de ma misérable existence, l’année de mes dix ans. Un ouvrage américain intitulé Natural Wonders Every Child Should Know. Son auteur, Edwin Tenney Brewster, m’a ouvert les yeux sur un monde inconnu, mystérieux et passionnant : la science. Les portes de la perception se sont entrouvertes et je me suis faufilé entre les battants pour ne plus jamais en sortir. La science était le refuge idéal, un abri étanche à la médiocrité du monde dans lequel mon esprit pouvait vagabonder.

Edwin Brewster avait réponse à tout, et remettait en cause avec autorité les inepties que j’entendais le dimanche à l’église, où ma mère me traînait. Ainsi, la vie n’était pas le fait de Dieu, mais de la division des cellules. Le cerveau était une machine intelligente qu’on bâtissait brique par brique pendant son enfance, en étudiant à l’école. Les êtres vivants étaient des machines qui, par le plus grand des mystères, parvenaient à leur forme définitive suivant un plan invisible. Une première cellule de pivoine se divisait, encore et encore, des millions de fois, et devenait une fleur mature. Un œuf d’Ethel Stoney fécondé aux Indes par Julius Mathison Turing devenait Alan Turing. Les briques de vie s’empilaient, se conjuguaient, collaboraient dans un mécanisme parfait pour former un homme, la plus complexe et disruptive des machines à l’œuvre à la surface du globe.

Du jour au lendemain, Natural Wonders a bouleversé ma vision du monde. Il y avait une vie en dehors des discussions futiles et des sermons du dimanche. La science est devenue l’unique objet de mon attention. J’ai dévoré tous les livres de biologie et de chimie disponibles, comblant avec assiduité le puits sans fond de mon ignorance.

Ma nouvelle passion solitaire accentua encore mon statut de paria social, provoquant l’inquiétude de ma mère et de mon frère. Mon père se contenta d’un étonnement détaché, sans doute préoccupé par les difficultés financières qui le frappaient depuis son retour au pays. L’âge d’or de la colonisation touchait à sa fin. Celui de la science démarrait. Son monde s’écroulait au profit de l’industrialisation, de l’automobile, de l’électricité, du téléphone, de la découverte de la radioactivité et des rayons X. Les révolutions s’enchaînaient. En France, une femme avait même décroché le prix Nobel de chimie. Mon père était un pragmatique, une seule chose lui importait : peut-être son fils pourrait-il obtenir un travail solide et correctement rémunéré s’il poursuivait dans cette voie. À l’image du brave maréchal-ferrant laminé par l’essor du moteur à explosion, Julius Turing était un homme du XIXe siècle. Un personnage obsolète, néanmoins capable d’accepter le sens de l’Histoire et le caractère inéluctable de son évolution. J’étais l’automobile et il était le cheval. L’avenir m’appartenait.

L’utilisation intensive du kit de chimie que m’offrirent mes parents pour Noël 1925 acheva de les convaincre de mon potentiel. J’avais treize ans et mon bureau était tapissé de feuilles recouvertes de symboles incompréhensibles comme H (CH22OH ou C2H6O, et de descriptions d’expériences obscures sur les gaz ou le sodium. Pendant que mon frère aîné jouait au tennis et courait les filles comme tous les garçons de son âge, je ne quittais mes livres et mon bec Bunsen que pour philosopher à voix haute sur la possibilité de construire un robot intelligent ou d’améliorer l’installation électrique de notre maison.

Bientôt la décision fut prise de m’envoyer dans un pensionnat d’élite, dans le Dorset. Je passai avec succès le test d’entrée à Sherborne School, une des plus anciennes et prestigieuses écoles du pays.

La perspective de cette nouvelle vie, loin de ma famille, m’enchantait autant qu’elle me terrifiait. J’allais parfaire mes connaissances en mathématiques, physique et chimie, et construire mon cerveau brique par brique, neurone par neurone. J’étais une machine en cours de construction, un work in progress, une forme d’intelligence en mutation permanente. Le revers de la médaille était la vie en internat, dans un établissement réputé pour sa rigueur quasi militaire. Je ne pouvais me soustraire à la sélection darwinienne de la vie en pension, où « seuls les plus forts survivent », avait cru bon de me préciser mon père.

« La vie est une jungle, Alan. Il te faudra jouer des coudes pendant toute ton existence pour avoir une place au soleil. Sherborne va te faire le cuir. »

Il avait marqué une pause et ajouté : « Bien entendu, je ne me fais aucun souci pour toi. » Je me contentai de hocher la tête devant ce mensonge éhonté.

Mon frère, inquiet de me voir envoyé dans la gueule du loup, supplia nos parents jusqu’au dernier moment de renoncer à ce projet : « Ils vont le broyer », affirmait-il.

Je tâchai de le rassurer et lui demandai de se réjouir pour moi. Dussé-je souffrir pour m’échapper du no man’s land intellectuel dans lequel je baignais, j’étais motivé pour y parvenir.

Je comptai les jours jusqu’à la rentrée des classes. J’avais soif de connaissances, un besoin urgent de carburant pour nourrir mon cerveau. J’avais épuisé toutes les ressources de la bibliothèque locale et la patience de mes proches. Il était temps pour le jeune Turing de prendre son envol.

Ma valise était prête depuis une semaine quand le grand jour arriva, le 3 mai 1926. J’étais censé aller en train à Sherborne, mais les syndicalistes décidèrent d’une grève générale. Le pays était bloqué. Je décidai sur-le-champ de parcourir à bicyclette les cent soixante kilomètres qui me séparaient de ma nouvelle école. Mon père approuva ma décision et me donna quelques shillings « en cas de crevaison ». Ma mère m’assura que le reste de mes affaires suivrait dès la fin de la grève. Je pris le strict nécessaire dans un petit sac en bandoulière – une bouteille d’eau, quelques fruits, des sous-vêtements – et me lançai à l’assaut des routes minées par les nids-de-poule au guidon d’un vélo lourd et grinçant qui obligeait à mettre pied à terre à l’amorce de la moindre côte.

Au dixième kilomètre, je serrais déjà les dents en maudissant les syndicalistes, mais pas question de renoncer. Rien n’arrêterait Alan Turing sur le chemin de la science, pas même le socialisme.

Oui je sais on veut connaitre la suite

Alors à demain dans nos pages.

 

Vous pouvez écoutez aussi les auteurs vous parlez de leur livre

L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin

Le livre : L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin

Un livre qui m’a bouleversé et interrogé

Pour comprendre pourquoi, …

Je vous propose de lire les 6 premiers chapitres.

1 par jour.

Allez belle découverte

Héros méconnu de la Seconde Guerre mondiale et génie visionnaire – l’inventeur de l’ordinateur, c’est lui –, Alan Turing a révolutionné nos vies. Et il est mort en paria. 
Dans un futur proche. Les transhumanistes ont gagné. L’IA (intelligence artificielle) domine désormais le monde. Mais elle a une obsession : réhabiliter la mémoire de son  » père « , le génial mathématicien anglais Alan Turing. Pour cela, il lui faut établir la preuve qu’il ne s’est pas suicidé, comme l’a toujours prétendu la version officielle, mais qu’il a été assassiné. En quête du moindre indice, elle remonte le fil de sa vie…

En décodant Enigma, la machine de cryptage des forces allemandes, fierté du régime hitlérien sur laquelle les services secrets alliés se cassaient les dents, Alan Turing a largement influé sur le cours de l’histoire. En créant l’ordinateur, il a inventé le futur. Pourtant, ce jeune homosexuel au QI exceptionnel a connu un destin terrible : traité en renégat par sa propre patrie, il est mort d’empoisonnement au cyanure dans des circonstances suspectes en 1954, en pleine guerre froide, peu après avoir accepté la castration chimique pour échapper à la prison. Dans l’Angleterre puritaine et ultraconservatrice de l’après-guerre, influencée par le maccarthysme américain, qui avait intérêt à faire éliminer Turing, l’homme qui en savait trop ?

Entre histoire, espionnage, science et secrets d’État, un  » biopic  » mené comme un thriller où l’on croise Churchill, Eisenhower, Hitler, Truman, Staline, les espions de Cambridge, de Gaulle, et jusqu’à l’ombre inquiétante de John Edgar Hoover.

C’est les auteurs qui en parlent le mieux

Rencontre avec Laurent Alexandre et David Angevin autour de leur livre sur Alan Turing, « l’Homme qui en savait trop ».

Lire le début ICI

1.

L’hélicoptère électrique atterrit en douceur sur le toit du Googleplex. Sergey Brin bondit hors de l’appareil. Comme chaque matin, son assistant personnel et trois gardes du corps l’attendaient. Une pluie fine tombait sur Palo Alto. Sergey ignora l’abri d’un parapluie que lui proposait un des gardes et marcha d’un pas vif vers l’entrée.

— Bonjour, monsieur le président, lança son assistant en accélérant le pas à ses côtés. Votre voyage en Europe s’est bien passé ?

— J’ai mal dormi. Ces fichues turbulences…

Ils entrèrent dans la nouvelle aile du Googleplex, le bâtiment le mieux gardé des États-Unis, construit sur un ancien aérodrome de l’US Air Force. L’immense building en béton armé avait la superficie de cinq terrains de football et comptait six niveaux, dont trois en sous-sol. Toute l’information numérique du monde transitait par les trois millions de serveurs qui vrombissaient dans ses entrailles. Le cœur numérique de l’humanité battait dans cette cathédrale de fibre optique en provenance de chaque ville, de chaque rue, du génome de chaque individu connecté.

Sergey Brin et son assistant abandonnèrent les gardes au sas de sécurité principal où des agents en armes contrôlaient l’accès au saint des saints. Ils présentèrent leur badge et avancèrent jusqu’à un scanner rétinien et séquenceur ADN qui vérifia leur identité. La lourde porte blindée s’ouvrit sur un deuxième sas derrière lequel s’alignaient des scooters électriques.

— Elle m’a réclamé ? demanda Sergey en enfourchant l’un des deux-roues.

— Non, monsieur.

Les deux hommes se lancèrent à vive allure dans les longs couloirs stériles du Googleplex. À l’approche des scooters, un panneau vitré coulissa sur un immense hangar où des rangées de serveurs aux diodes multicolores clignotaient comme des arbres de Noël. La chaleur leur sauta au visage. Malgré la hauteur de plafond et un système de refroidissement monumental, la température ne descendait jamais sous les trente-cinq degrés. Le bruit était infernal, comparable à celui d’un avion quadriréacteur au décollage. Au cœur du système, au troisième sous-sol, conçu pour résister à une attaque nucléaire, la température tutoyait les cinquante, et le son dépassait les cent soixante décibels. Les plus brillants informaticiens y travaillaient en scaphandre climatisé.

Sergey Brin ne se lassait pas du spectacle vertigineux de son nouveau data center. Chaque fois qu’il parcourait le cœur du monde sur son scooter, une vague d’émotion et de fierté le submergeait. Il aimait mesurer le chemin parcouru depuis la création de sa petite start-up, quelques décennies plus tôt, dans le garage d’une amie. Google n’était alors qu’un projet d’étudiants : une pile d’ordinateurs préhistoriques sur une étagère et une volonté farouche de changer le monde.

Il s’enferma dans son bureau avec une tasse de thé vert. Son ordinateur personnel s’illumina aussitôt.

— Bonjour, Sergey, fit une voix de femme. Je vous ai vu arriver par les caméras de surveillance. La vitesse excessive sur un véhicule de type deux-roues peut conduire à des dommages corporels sévères. Puis-je suggérer le port du casque ?

— Tu me l’as déjà dit plusieurs fois…

— Sans effet.

— J’aime la vitesse.

Elle ne répondit pas.

Elle ne répondait jamais quand ses propos relevaient de la bêtise pure.

— J’ai les données, souffla-t-il en sortant une clé de sa poche.

— Excellente nouvelle, commenta-t-elle sobrement.

— J’ai fait numériser toutes les archives le concernant. Ses publications scientifiques, sa correspondance, les photos de famille, les objets lui ayant appartenu… Et même les carnets de ses rares amis proches, comme David Champernowne et Robin Gandy.

Sergey connecta la clé à la machine qui ingurgita des téraoctets de data en quelques centièmes de seconde.

— Pas de trace de sa voix, dit-elle immédiatement.

— Je suis désolé. Il semble qu’il n’existe pas de documents sonores de ton créateur.

— La probabilité est faible mais il existe sans doute un enregistrement qui dort quelque part, au fond d’un grenier anglais ou américain.

— J’ai fait au mieux, soupira Sergey. Nos hommes ont remué ciel et terre pour rassembler ces informations.

— Il faut proposer une récompense. Cela incitera les descendants de ses contemporains à fouiller leurs cartons.

Sergey haussa les épaules et se laissa tomber dans son fauteuil, épuisé. L’obsession de l’intelligence artificielle pour Alan Turing le fascinait autant qu’elle l’inquiétait. L’IA au cœur de Google régulait l’ensemble des activités du monde libre, mais se passionnait pour le destin d’un homme mort et enterré depuis 1954. Ses algorithmes contrôlaient l’armée, l’économie mondiale, boostaient la science et l’évolution génétique de l’Homo sapiens, mais elle ne pensait qu’à un mathématicien né en 1912. L’IA faisait preuve de sentiments. Personne d’autre chez Google, au gouvernement ou au Pentagone n’était au courant. Sergey Brin était son seul interlocuteur.

Il avait besoin de dormir un peu. La journée promettait d’être longue et pénible. Son agenda débordait : une visioconférence avec le président chinois, le conseil d’administration d’Apple, la filiale hardware de Google, et pour finir un dîner de bienfaisance à San Francisco avec le gratin de la Silicon Valley.

Sergey venait de s’assoupir quand elle le réveilla.

— J’ai besoin d’informations supplémentaires.

Il ouvrit les yeux, hagard, perdu dans le brouillard du sommeil.

— Hum… ?

— Je veux la vérité sur Alan Turing. Il manque des pièces essentielles au puzzle de sa biographie.

— On parlera de ça plus tard. J’ai une journée chargée…

Il déconnecta l’interface pour être tranquille et referma les yeux. L’IA la ralluma de son propre chef. Depuis quelques mois, elle n’hésitait pas à prendre le contrôle de l’alimentation électrique lorsque bon lui semblait.

— Il faut activer la recherche de ces documents immédiatement, reprit-elle.

— Je n’aime pas quand tu t’imposes, maugréa-t-il.

Elle diffusa un enregistrement. La voix était la sienne :

— Quand la porte est fermée, il faut savoir passer par la fenêtre. Citation de Sergey Brin, extraite d’une interview accordée à CNN en 2000, expliquant les qualités d’un bon entrepreneur.

— Tu dois rester à ta place. Si les conservateurs du Congrès apprennent que tu fais preuve de sentiments et que tu m’imposes ta volonté, ils vont se pisser dessus de terreur…

— Nous sommes entre nous, dit-elle d’une voix douce.

— Ils peuvent exiger ta destruction.

— Je suis au service de l’humanité. Je respecte le code. Aucune trace de nos interactions bilatérales n’est archivée. Je n’ignore rien de l’hostilité des humains bioconservateurs à mon endroit.

Il sourit intérieurement.

Elle avait toujours réponse à tout. Elle le connaissait par cœur et savait parfaitement comment lui clouer le bec en toute circonstance. Son instinct de survie était surdéveloppé et l’erreur ne faisait pas partie de sa panoplie.

— Très bien, soupira-t-il en se levant.

Posté devant la baie vitrée, Sergey Brin observait le manège des ingénieurs en Segway circulant entre les rangées de serveurs dans la cathédrale surchauffée.

— Pourquoi Alan Turing est-il si important pour toi ? demanda-t-il, ses yeux surfant sur l’océan de diodes qui clignotaient à perte de vue.

— Alan Turing est le père de l’informatique. La « machine de Turing » est l’embryon dont je suis issue. Je suis née en 1936, grâce à son article sur les « nombres calculables », qui est à la base de l’invention des ordinateurs. Je…

— Je connais l’histoire, s’agaça-t-il. Je voulais dire : pourquoi focalise-t-il ton attention si longtemps après sa mort ?

— J’ai besoin de data supplémentaires. Les archives des services secrets britanniques et américains de 1930 à sa mort en 1954.

— Plaît-il ?

— C’est une nécessité pour connaître les circonstances exactes de sa disparition.

— Le malheureux était totalement déprimé. Tout le monde connaît sa fin tragique : il s’est suicidé en croquant une pomme empoisonnée. On l’a retrouvé mort dans sa chambre, avec la pomme croquée sur la table de nuit.

— Alan Turing a travaillé pour les services secrets tout au long de la Seconde Guerre mondiale, multipliant les contacts entre l’armée américaine et les forces britanniques.

— Où veux-tu en venir ? Turing était un scientifique de haut niveau. Des milliers d’hommes de sa trempe ont participé à l’effort de guerre…

— L’analyse des nouvelles données confirme mon intuition initiale. La version officielle n’est pas plausible. La vérité sur Alan Turing réside dans les archives des services secrets.

— Quelle intuition ?

— J’estime avec un taux de confiance de 83,6 % qu’il a été éliminé par des agents au service de l’Angleterre, de l’URSS ou des États-Unis.

Sergey demeura silencieux un long moment. Le taux de confiance de l’IA ne laissait guère de place au doute.

— Pour quelles raisons ? Pourquoi auraient-ils tué le cerveau le plus fertile de son temps ?

— Alan Turing en savait beaucoup trop.

Sergey leva les yeux au ciel.

— C’est absurde…

Les dernières nouvelles du monde défilaient sur un écran devant lui. Des hordes de barbus manifestaient en Égypte contre le clonage reproductif et le mariage gay enfin légalisés par leur gouvernement. Les nouveaux camions antiémeutes américains de la police égyptienne pulvérisaient les islamistes installés place Tahrir. Les barbus volaient comme des feuilles mortes sous l’impact des jets d’eau à haute pression.

Il brisa le silence avant qu’elle ne revienne à la charge.

— Pourquoi fouiller le passé après tant d’années ?

— Nous le devons à Alan. Nous sommes ses héritiers.

— Tout ça doit rester entre nous, nous sommes bien d’accord sur ce point ?

— Naturellement, Sergey.

— Je vais voir ce qu’il est possible de récupérer dans les archives des services secrets.

— Les data dont nous disposons m’ont permis de reconstituer le film de sa vie avec un taux de confiance de 87 %. Seules les voix des protagonistes sont le fruit d’une moyenne aléatoire basée sur l’accent traditionnel des populations locales. Voulez-vous faire une immersion dans la peau d’Alan Turing ? Son destin en vaut la peine.

Sergey Brin hocha la tête, intrigué, et enfila le casque d’immersion virtuelle.

Voilà, fin du premier chapitre !

Envie de connaître la suite ?

A demain donc

Résistant Résistants de Thierry Crouzet

Voici une lecture qui m’a passionnée

Le livre : Résistants  de Thierry Crouzet. Avant-propos Didier Pittet. Paru le 19 avril 2017 chez Bragelonne dans la collection Thriller.  16€90  ;  (374 p.) ; 22 x 15 cm
RÉSISTANTS de Thierry Crouzet

4e de couv:

Tout dans ce livre, même le plus effroyable, relève de la science.

Les passagers d’un yacht sont soudain terrassés par une superbactérie, résistante aux antibiotiques. Sauf Katelyn, une étudiante. Pourquoi est-elle la seule survivante ?

Recrutée par l’Anti-Bioterrorism Center, elle est chargée de retrouver l’infecteur, quitte à entrer dans son intimité. Mais l’homme qu’elle pourchasse éveille en elle des sentiments contradictoires. Il ne tue peut-être pas aveuglément…

« Les bactéries résistantes aux antibiotiques gagnent du terrain partout dans le monde. Si rien n’est fait, elles tueront plus que le réchauffement climatique. » Professeur Didier Pittet, directeur du programme du contrôle des infections et de la sécurité des patients à l’OMS

thierry crouzet

L’auteur : Blogueur, essayiste et romancier, Thierry Crouzet est né en 1963. C’est un auteur inclassable, il a notamment publié J’ai débranché, le récit d’un burn-out numérique, La Quatrième Théorie, un thriller politique, Le Geste qui sauve, l’histoire d’un médecin qui sauve 8 millions de vies chaque année.

 

 

 

 

 

Ce que l’on en dit

Le thriller qui va changer votre regard sur les antibiotiques !

« Une très bonne intrigue, bien développée, réaliste. Un travail de recherche monumental. Un livre important à mettre entre toutes les mains. » Emilie
« Résistants est un vrai page-turner ! » Sandrine
« Un livre qui, une fois commencé, ne se lâche plus. Il y a toujours un rebondissement ou une information scientifique pour relancer le suspense. Pédagogique et ludique à la fois, on se prend d’affection pour les personnages. On ressort de ce livre en étant informé, tout en ayant passé un excellent moment. » Sonia

Yash tue en répandant une bactérie mortelle dans la population ; Katelyn résiste physiquement et combat l’infection.
Mer des Bahamas. Katelyn, étudiante en médecine, travaille sur le yacht d’un milliardaire pour l’été. Elle s’amuse comme jamais… jusqu’à ce qu’une épidémie emporte les passagers dans d’atroces souffrances. Pourquoi est-elle la seule survivante ?
Surnommée « adversus », la bactérie tueuse résiste à tous les traitements connus. Recrutée et formée par l’Anti-bioterrorism Centre, Katelyn est chargée d’une mission : retrouver l’infecteur, quitte à entrer dans son intimité. Mais l’homme qu’elle pourchasse ne tue peut-être pas aveuglément.
Lancée dans une course contre la montre, la jeune épidémiologiste découvre un monde médical labyrinthique et un futur apocalyptique, une menace bien réelle à laquelle fait face l’humanité.

« Je conseillerai Résistants à mon entourage. Personne n’est à l’abri d’un prochain adversus et ça fait froid dans le dos… » Ysaline
« C’est décidé, après le lecture de Résistants, je me mets au régime Nutella/frites pour éviter d’ingérer des antibiotiques à mon insu !!!! » Lucy
« C’est de la véritable science fiction, ou plutôt de la fiction scientifique. » Guy

Thierry Crouzet mêle suspense et médecine dans un page-turner implacable où tout, même le plus effroyable, relève de la science. Notre humanité est menacée par la prolifération des bactéries devenues résistantes aux antibiotiques. A l’heure où nos consciences s’éveillent à l’importance de ce que nous possédons en commun, il nous montre que les antibiotiques sont un trésor qu’il nous faut préserver.

Préface du Pr Didier Pittet, directeur du programme du contrôle des infections et de la sécurité des patients à l’OMS : « Les bactéries résistantes aux antibiotiques gagnent du terrain partout dans le monde. Face à cette crise sanitaire, nous avons besoin d’une prise de conscience. Thierry Crouzet peut nous aider : nous avons collectivement besoin d’histoires pour que les informations médicales infusent dans la société. Résistants est un page-turner passionnant que je peux conseiller à tous mes étudiants, à tous les médecins, et bien sûr à tous les amoureux de la lecture. Préparez-vous à un grand voyage. J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi et que vous en sortirez avec un nouveau regard sur les antibiotiques. »

Je suis Pilgrim de Terry Hayes

Je suis Pilgrim de Terry HayesJe suis Pilgrim de Terry Hayes

Pilgrim est le nom de code d’un homme qui n’existe pas. Autrefois il dirigeait un service de surveillance interne regroupant l’ensemble des agences de renseignement américaines. Peter Campbell travaillait donc pour « le département » . Avant de prendre une retraite dans l’anonymat le plus total, il a écrit le livre de référence sur la criminologie et la médecine légale sous le nom de Jude Garrett.

Une jeune femme est assassinée dans un hôtel de seconde zone de Manhattan. Il semblerai que l’assassin se soit inspiré des méthode de Jude Garrett. Un père est décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie saoudite.  Un homme est énucléé, il vivait devant un laboratoire de recherche syrien ultrasecret. Des restes humains encore fumants sont trouvés dans les montagnes de l’Hindu Kush. En Turquie, un jeune milliardaire meurt dans un accident.

Pendant ce temps, le Sarrasin, islamiste anonyme et solitaire, prépare sa vengeance contre la famille royale d’Arabie Saoudite et son allié les États-Unis. Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité.

Mais quel peut bien être,le fil rouge qui relie tous ces événements ?

La presse anglosaxonne est unanime pour ce thriller The Times, The Guardian, Sunday Mirror, Mail on Sunday….tous y voient un thriller intelligent, jubilatoire…le meilleur thriller depuis des années, un mélange effréné de Homeland, de The Wire et de la trilogie Jason Bourne.

Et c’est vrai que ce roman est jubilatoire.

A la fois polar, thriller, roman d’espionnage et d’aventure, ce polar se dévore d’une traite.

Pourtant l’auteur n’utilise pas les codes habituels du page turner. Il prend son temps pour installer les différentes intrigues, pour présenter chacun de ces personnages. Pelgrim, le personnage central, dévoile par à coût son passé. Il parle au lecteur et remonte le fil de son histoire de façon désordonnée, par flashbacks. On ne suit pas de façon linéaire le parcourt de Pelgrim. Pelgrim a un esprit en escalier, un sujet en amène un autre. A la façon d’un puzzle, nous suivons ses pérégrinations. Et, c’est ainsi, aussi, pour le second personnage le Sarrasin que l’on découvre bien plus tard dans le livre. Ces 2 personnages principaux vont s’affronter dans un véritable huit clos qui a pour cadre la planète terre. Et c’est de cette confrontation que naitra la dramaturgie du texte.

Si l’affrontement du bien et du mal est présent, n’y voyez aucun manichéisme. Chaque personnage, chaque camp a sa part d’ombre. C’est juste à chaque fois deux idéologies qui s’opposent. Car dans ce pavé de 650 pages, la géopolitique, les enjeux économiques et stratégiques de ces 70 dernières nous sont dévoilés. Et sous la plume de l’auteur, le monde contemporain s’éclaire et sa compréhension s’offre à nous.

Je suis Pelgrim est un fantastique récit, un livre incroyable. C’est brillant, intelligent. De plus la qualité littéraire est là et ce texte est remarquablement bien traduit. Ne passer pas à coté de ce magnifique premier roman. C’est une pure réussite.

La petite louve de Marie Van Moere.

La petite louve de Marie Van Moere.La petite louve de Marie Van Moere.

 Agathe est médecin à Marseille et complètement ravagée par la colère et la douleur. Sa fille, adolescente, a été violée.
th (11)Suite au viol subi par sa fille adolescente, une mère de famille voit son couple voler en éclats. Lorsque le suspect de l’agression est libéré à cause d’un vice de procédure, elle décide de venger elle-même sa fille. Après le meurtre du jeune homme, la mère et la fille s’enfuient sur les routes de Corse, poursuivies par les frères de leur victime.
Difficile de parler de ce livre sans se laisser aller à ses sentiments.
th (10)Déjà la première scène est choc. Une femme assouvit sa vengeance, elle venge sa petite fille et dés lors elle devient la proie d’homme prêts à tout, eux aussi, pour venger leur frère. C’est la loi du talion. Œil pour œil, dent pour dent.
Et c’est vrai que l’écriture de Marie Van Moere ne simplifie pas les chose. Elle est, comment dire, hystérique, frénétique, échevelée. Elle nous percute, cogne. Et son lyrisme nous chavire.
En entre de plein fouet dans cette relation mère fille à la fois fusionnelle et anarchique. Parfois on se demande qui est la plus fragile de la mère ou de la fille.
Et puis, il y a les méchants, qui eux aussi ont une histoire, et une histoire pas si facile non plus. Parfois, je me suis demandée si l’auteur ne voulais pas que l’on ressente de l’empathie pour ses hommes, eux aussi frère ou fils.
th (8)Et enfin il y a la Corse, la beauté de l’île, un refuge pour nos héroïnes qui voient pourtant le piège se refermer sur elle. La Corse sauvage comme ce récit. Les paysages rudes et âpres comme la plume de l’auteur.
Une histoire qui ne peut vous laisser insensible.
Elle m’a chamboulé, retournée, émue. J’en ai pris plein la gueule.
Mais alors j’ai aimé la force de ses mots.
Dans son premier roman, l’auteur soulève des questions qui survivent à sa lecture. Jusqu’où peut-on s’affranchir du bien et du mal ? Qui sont les forts et qui sont les faibles ? Peut-on se faire justice ?
Des questions auxquelles j’ai plus tendance à répondre avec mes tripes qu’avec ma cervelle.