PREMIÈRES LIGNE #52, « La mort en tête » de Sire Cédric


PREMIÈRES LIGNE #52

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

« La mort en tête » de Sire Cédric

I

La rencontre

1

Drancy, Seine-Saint-Denis

Dorian Barbarossa filme le démon.

Sur l’écran de sa caméra brillent les cierges disposés partout dans la pièce, incongrus sur les meubles Ikea, à côté des jouets et des piles de bandes dessinées. Le halo tremblotant de ces candélabres illumine une tapisserie verte délavée sur laquelle sont affichés plusieurs posters de Spiderman et de Superman.

Une chambre d’enfant.

C’est ici que le démon a élu domicile, et maintenant ils sont tous en enfer.

L’enfer pue l’encens, la sueur âcre. L’enfer est bruyant. Il y a les cris. Beaucoup de cris. Des secousses, des râles, des gémissements. Puis davantage de hurlements et de spasmes, de coups de pied au hasard. Ce sont des sons inhumains, changeants, tantôt rauques et fatigués, tantôt aigus et rageurs, perçants comme des dagues, et il en vient toujours d’autres, par vagues, par assauts successifs.

Le garçon sur le lit refuse de se calmer. Il tressaute, se tord, se noue, se déplie en vaines tentatives de se libérer de l’étreinte de son oncle et de sa tante, qui peinent à le maintenir allongé.

Alors le garçon continue de crier et de crier. De vomir des insanités, des insultes, avec une sauvagerie stupéfiante, les traits convulsés, de la mousse débordant aux commissures de sa bouche.

Pour couvrir ces hurlements, le prêtre posté au-dessus de l’enfant doit crier autant que lui, vociférer de toutes ses forces tout en brandissant sa grande croix dorée.

— Je te conjure, Satan, qui trompes le genre humain ! Reconnais l’Esprit de la vérité et de la grâce, qui repousse tes embuscades et embrouille tes mensonges ! Va-t’en de cet humain créé par Dieu !

La voix du vieil homme tremble. Son timbre s’éraille, se perd. Le prêtre continue pourtant, même si le garçon dans le lit hurle plus fort que lui. Le garçon n’est plus que ça, un hurlement, un son de rage et d’impuissance, qui fait vibrer tout son corps, tout le lit et toute la pièce.

Un démon déchaîné.

Il se débat, mord, crache.

Seuls les bras de son oncle et de sa tante l’empêchent de bouger. À deux, ils maintiennent l’enfant couché sur son lit, mais ce n’est pas une mince affaire.

— Léo, supplie sa tante, ses yeux emplis de larmes. S’il te plaît…

— Mon Dieu, murmure son oncle. Oh, mon Dieu. Mon Dieu… je vous en prie…

L’enfant réussit à libérer son bras droit. Il gifle sa tante à la volée. L’instant suivant, son oncle lui attrape le poignet et le ramène sur le matelas, lui tordant à moitié l’épaule. Il écrase le torse du garçon pour l’immobiliser.

— Oh, Dieu, continue de sangloter l’homme tout en appuyant de tout son poids. Dieu… Mon Dieu…

— Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, répète inlassablement le prêtre exorciste. Quitte le corps de cet enfant, démon ! Laisse cette créature de Dieu !

Il se penche et presse la croix sur le visage du garçon.

— Laisse cette créature de Dieu, elle ne t’appartient pas ! Laisse Léo maintenant !

Le garçon est secoué par un violent hoquet. Puis par un autre.

Puis il hurle de plus belle. De ses cris suraigus et inhumains qui semblent capables de fissurer les miroirs tant ils sont perçants.

En gros plan.

La caméra de Dorian Barbarossa ne perd pas une miette du spectacle.

Tout se déroule comme il s’y attendait.

Le journaliste se déplace d’un pas précautionneux pour mieux cadrer le visage congestionné et écumant.

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PREMIÈRES LIGNE #48 : Le labyrinthe de Pan

PREMIÈRES LIGNE #48

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Le livre en cause

Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro et Cornelia Funke

PROLOGUE

On raconte que, il y a de cela fort longtemps, dans un royaume souterrain qui ne connaissait ni le mensonge ni la douleur, une princesse rêvait au monde des humains. La princesse Moanna rêvait de ciels bleus, d’océans de nuages ; elle rêvait d’herbe, de soleil et du goût de la pluie. Si bien qu’un jour elle faussa compagnie à ses gardes et découvrit notre monde. Le soleil effaça bientôt tous ses souvenirs, jusqu’à ce qu’elle oublie qui elle était, d’où elle venait. Elle erra, souffrit du froid, de la maladie, endura mille maux. Enfin, elle mourut.

Son père, le roi, refusa d’abandonner les recherches. Il savait que l’esprit de Moanna était immortel ; il espérait plus que tout le revoir un jour.

Dans un autre corps, une autre époque. Un autre lieu peut-être.

Il attendrait.

Jusqu’à son dernier souffle.

Jusqu’à la fin des temps.

1

LA FORÊT ET LA FÉE

Il était une fois, dans le nord de l’Espagne, une forêt si ancienne qu’elle connaissait des histoires oubliées des hommes depuis longtemps. Les arbres s’ancraient si profondément dans le sol tapissé de mousse que leurs racines s’enroulaient aux ossements des morts, tandis que leurs branches tutoyaient les étoiles.

Tant de choses sont perdues, murmuraient les feuilles sur le passage des trois berlines noires qui empruntaient ce chemin de terre bordé de fougères.

Mais tout ce qui est perdu peut être retrouvé, chuchotaient les arbres.

On était en 1944, et la jeune fille assise à l’arrière d’une des voitures, à côté de sa mère enceinte, ne comprenait pas ce que soufflaient les arbres. Bien qu’âgée d’à peine treize ans, Ofelia ne connaissait que trop bien le sens du verbe « perdre ». Son père était mort voilà un an et il lui manquait si fort que, parfois, son cœur lui faisait l’effet d’un coffret vide où ne restait que l’écho de sa peine. Elle se demandait souvent si sa mère souffrait elle aussi, sans jamais lire hélas le moindre indice sur son visage pâle.

« Blanche comme la neige, rouge comme le sang, noire comme le charbon, aimait à répéter son père d’une voix où perçait toute sa tendresse lorsqu’il regardait sa femme. Tu lui ressembles tellement, Ofelia. » Perdu.

Elles roulaient depuis des heures, laissant derrière elles tout ce qu’elles connaissaient, s’enfonçaient dans cette interminable forêt, pour aller trouver le nouveau père que sa mère lui avait choisi. Ofelia le surnommait « le Loup » et préférait le chasser de ses pensées. Quand bien même les arbres semblaient murmurer son nom.

L’adolescente n’avait pu emporter avec elle que quelques livres. Elle en avait d’ailleurs un posé sur les cuisses, dont elle caressait la couverture. Quand elle l’ouvrit, le blanc des pages sembla éclairer les ombres qui emplissaient la forêt, et les mots lui procurèrent un refuge, du réconfort. Les lettres étaient comme des empreintes dans la neige, un immense paysage blanc épargné par la douleur, par des souvenirs trop sombres pour être conservés, trop doux pour être abandonnés.

– Pourquoi as-tu pris tous ces livres, Ofelia ? Nous nous installons à la campagne, enfin !

Le voyage en voiture avait encore pâli les traits de sa mère. La voiture, et l’enfant qu’elle portait. Elle arracha le livre des mains de sa fille ; les paroles apaisantes se turent.

– Tu as passé l’âge de lire des contes de fées ! Tâche plutôt d’observer le monde qui t’entoure !

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PREMIÈRES LIGNE #42 : Les dames du lac de Marion Zimmer Bradley

PREMIÈRES LIGNE #42

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

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Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Les dames du lac de Marion Zimmer Bradley

Première partie

LA GRANDE PRÊTRESSE

II

Depuis combien de temps Ygerne chevauchait-elle sous la pluie ? Une éternité, lui semblait-il… Jamais elle n’arriverait à Londinium !

Il est vrai qu’elle avait jusqu’ici peu voyagé sauf, quatre années plus tôt, pour venir d’Avalon à Tintagel, pauvre adolescente désemparée, promise à un destin qu’elle n’avait pas choisi. Aujourd’hui, belle et sereine, elle était aux côtés de Gorlois qui s’appliquait à lui commenter chacune des régions traversées. Heureuse, elle riait et plaisantait sans retenue, et la nuit dernière, dans la tente qu’ils partageaient à chaque halte, elle n’avait pas hésité à le rejoindre sur sa couche. Côtoyer ces farouches guerriers, attentifs à satisfaire ses moindres caprices, lui procurait un plaisir inconnu et exaltant de liberté que la bruine, qui n’avait cessé depuis leur départ de noyer les lointaines collines, ne parvenait pas à altérer.

Gorlois, malgré quelques fils grisonnants dans sa chevelure et dans sa barbe, les cicatrices de son visage témoignant de sa vie de combats, sa grosse voix et ses manières un peu rustres, n’avait rien de l’ogre épouvantable qui l’avait tant terrifiée au début de son mariage. Il l’aimait, à sa façon, sans doute un peu maladroite, mais il l’aimait, c’était certain. Comment avait-elle pu l’ignorer si longtemps, ressentir à son égard tant de frayeur et de méfiance ? En fait, une grande affection et un profond désir de lui plaire se cachaient derrière les apparences un peu rudes de Gorlois.

« Êtes-vous lasse, Ygerne ? dit-il en lui prenant la main.

— Nullement. Avec vous j’irais au bout du monde. Mais ne risquons-nous pas de nous égarer dans cet épais brouillard ?

— Ne craignez rien : mes guides connaissent le chemin. Avant la nuit nous aurons atteint notre but et nous dormirons sous un toit, dans un vrai lit ! »

Dans un vrai lit, une fois encore dans les bras de Gorlois ! Comme elle le désirait, comme elle le chérissait ! Et pourtant, ses jours auprès de lui étaient comptés, elle le savait. Sans cesse elle revoyait l’affreuse vision : Gorlois amaigri, vieilli, l’air hagard, réclamant d’une voix mourante un cheval, une escorte, la poitrine traversée par un glaive. « Gorlois !… » avait-elle hurlé. Et voyant l’intolérable souffrance qui déformait son visage, elle s’était jetée sur lui balbutiant à travers ses larmes des mots de tendresse et de désespoir. Mais elle n’avait étreint que le vide. Dans la cour du château inondée de soleil, il n’y avait personne, rien que les hauts murs lui renvoyant l’écho de ses propres cris.

La journée suivante, elle avait tenté en vain de se rassurer. Mais elle avait dû se rendre à l’évidence : cette soudaine apparition ne pouvait être que l’ombre de son mari, son double, la projection de son âme, qui annonçait sa mort.

Pourtant, lorsqu’il était revenu du combat, bien en vie, sans blessure, riant aux éclats, les bras chargés de cadeaux, elle avait cru pouvoir tout oublier : l’ombre immense sur la pierre, l’épée, la détresse de son regard…

« Tenez, avait-il lancé gaiement à Morgause en lui jetant dans les bras une grande cape rouge. Regardez ce que je vous ai rapporté de chez les Saxons. »

Mais le lendemain, alors qu’ils prenaient ensemble la première collation de la journée, il avait déclaré d’une voix grave :

« Ambrosius Aurelianus est mourant. Le vieil aigle bientôt ne sera plus et il n’a pas de fils pour le remplacer. Haut Roi, il a été pour tous un souverain juste et magnanime. Je dois me rendre à Londinium prendre part aux votes qui décideront de sa succession. Voulez-vous m’accompagner ?

— À Londinium ?

— Oui, j’ai été trop longtemps séparé de vous. »

« Il vous faudra absolument l’accompagner », avait dit Viviane. Ainsi n’avait-elle pas même eu à le demander. Consciente de ne pouvoir échapper aux forces d’un inéluctable destin, elle avait bredouillé quelques mots de remerciements, acquiescé sans autre explication à sa demande, consenti à se séparer le temps du voyage de Morgane et de Morgause.

Arrivée le soir même, comme l’avait promis Gorlois, aux portes de la grande cité, la petite troupe, cheminant dans un dédale de ruelles obscures empuanties par l’odeur fétide du fleuve, avait rapidement gagné la maison préparée à son intention.

Lorsqu’ils se retrouvèrent enfin seuls devant un grand feu de bois, véritable luxe à cette époque de l’année, Ygerne demanda négligemment :

« Qui, d’après vous, Gorlois, sera le prochain Haut Roi ?

— Qu’importe à une femme celui qui gouvernera le pays ? »

Elle lui sourit, consciente du plaisir qu’il éprouvait à la voir dénouer et coiffer longuement sa somptueuse chevelure pour la nuit :

« Bien que femme, Gorlois, je vis sur cette terre, et j’aimerais savoir quel homme suivra mon mari, dans la paix et dans la guerre.

— Dans la paix… J’ai bien peur de ne plus connaître la paix ! Du moins, tant que tous ces sauvages continueront à faire irruption sur nos rivages et qu’il faudra unir nos forces pour nous défendre. Or, il y en a beaucoup qui aimeraient porter le manteau d’Ambrosius et nous mener au combat : Lot des Orcades, par exemple… C’est un homme dur, un soldat courageux et bon stratège, on peut lui faire confiance. Mais il n’est pas marié, il n’a pas d’héritier, et il est bien jeune encore pour être sacré Haut Roi malgré son ambition démesurée. Il y a aussi Uriens des Galles du Nord. Lui a plusieurs fils mais il est sans imagination. En outre, je le soupçonne de n’être pas bon chrétien.

— Quel serait votre choix, à vous ?

— Je l’ignore, répondit Gorlois en soupirant. J’ai suivi Ambrosius toute ma vie et je suivrai l’homme qu’il aura choisi. C’est une question d’honneur ! Or, Uther est l’homme d’Ambrosius, c’est aussi simple que cela ! Non que je l’aime. C’est un débauché, il a douze bâtards au moins, et n’envisage pas de se marier. Il ne va à la messe que parce qu’il faut y aller. J’aurais préféré un honnête païen à ce faux chrétien !

— Et pourtant vous le soutiendrez.

— Oui, car c’est un chef idéal. Il a tout pour lui : l’intelligence, la vaillance. Il est si populaire que l’armée le suivrait en enfer ! Je le soutiendrai, mais je ne l’aime pas. »

S’étonnant que Gorlois ne fasse aucune allusion à sa propre candidature, Ygerne se risqua à dire :

— Mais vous êtes duc de Cornouailles, et Ambrosius vous estime ; n’avez-vous jamais pensé que vous pourriez être désigné comme Haut Roi ?

— Non, Ygerne, j’ai d’autres ambitions que la couronne. Mais peut-être souhaitez-vous être reine ?

— Pourquoi pas ? répondit-elle presque malgré elle, se souvenant de la prophétie de Merlin.

— Vous êtes trop jeune pour savoir ce que cela signifie ! Croyez-vous vraiment qu’on gouverne un pays comme vous gouvernez vos serviteurs à Tintagel ? Non, Ygerne, je ne veux pas passer le reste de ma vie à guerroyer ! Certes, je défendrai ces rivages aussi longtemps que ma main pourra tenir une épée, mais maintenant que j’ai une femme sous mon toit, je veux un fils pour jouer avec ma fille, je veux jouir de la paix, pêcher dans les rochers, chasser et m’asseoir au soleil en regardant les paysans rentrer leur moisson. Je veux aussi faire la paix avec Dieu, afin qu’il me pardonne tout ce que j’ai pu faire de mal dans ma vie de soldat. Mais assez parlé de tout cela », conclut-il, en l’attirant à lui dans la douce tiédeur des peaux de bêtes amoncelées sur leur couche.

Le lendemain à l’aube, Ygerne, réveillée en sursaut par un fracas de cloches, se dressa en poussant un grand cri.

« N’ayez pas peur, expliqua Gorlois en la prenant tendrement dans ses bras, ce ne sont que les cloches de l’église voisine annonçant qu’Ambrosius va bientôt se rendre à la messe. Habillons-nous vite et allons le rejoindre ! »

Comme ils s’apprêtaient à sortir, on vint les prévenir qu’un étrange petit homme demandait à parler à Ygerne, femme du duc de Cornouailles. Introduit dans la chambre, il s’inclina et elle eut l’impression immédiate de l’avoir déjà rencontré.

« Votre sœur m’a prié de vous remettre ceci de la part de Merlin. Elle vous demande de le porter et de ne pas oublier votre serment… »

Puis le petit homme s’inclina de nouveau et disparut.

« Mais… c’est la pierre bleue que vous portiez à notre mariage. Que veut dire ceci et quel serment avez-vous fait à votre sœur ? Pourquoi, d’ailleurs, la pierre était-elle en sa possession ? »

Le ton courroucé de Gorlois prit de court la jeune femme. Rassemblant rapidement ses esprits, elle décida de mentir pour la première fois de sa vie :

« Lorsque ma sœur est venue me rendre visite, je lui ai donné la pierre. Je l’avais laissée malencontreusement tomber et elle était légèrement fêlée. Elle m’a proposé de la faire réparer en Avalon. Je lui ai alors promis d’en prendre, à l’avenir, le plus grand soin. »

Acceptant apparemment l’explication, Gorlois n’insista pas. Il ajusta sa tenue, saisit son épée et marmonna entre ses dents : « Bien, hâtons-nous maintenant ! Les prêtres n’apprécient pas que l’on arrive en retard à l’office. »

L’église était petite, et les torches accrochées au mur impuissantes à combattre l’humidité glaciale qui régnait à l’intérieur.

« Le roi est-il ici ? demanda Ygerne à voix basse.

— Oui. Il a pris place devant l’autel », souffla Gorlois en baissant la tête.

Elle le reconnut aussitôt à son manteau d’un rouge profond, à l’épée incrustée de pierres précieuses qu’il portait au côté. Ambrosius Aurelianus, pensa-t-elle, doit avoir dépassé soixante ans. De haute mais frêle stature, voûté comme s’il était la proie d’une intolérable souffrance intérieure, il semblait à la dernière extrémité. Sans doute avait-il été séduisant, mais il ne subsistait aujourd’hui dans son visage décharné et cireux que l’éclat vacillant d’un regard prêt à s’éteindre.

Autour de lui faisaient cercle ses proches conseillers qu’Ygerne aurait aimé identifier, mais les prêtres avaient entamé leurs litanies et elle préféra baisser la tête comme son mari, et faire semblant d’écouter une liturgie qu’en dépit des leçons du père Colomba elle continuait d’ignorer.

Brusquement, un léger mouvement se fit dans l’assistance. La porte de l’église avait grincé et un homme vigoureux et svelte, ses larges épaules recouvertes d’une étoffe de laine à grands carreaux, pénétra à longues enjambées dans la nef. Escorté par plusieurs hommes d’armes, il se fraya un passage parmi les fidèles. Parvenu à la hauteur d’Ygerne, il s’agenouilla dans une attitude de profond recueillement, non sans s’être assuré au préalable de la bonne tenue de sa troupe.

Pas une fois, au cours du service, il ne releva la tête, et ce n’est que l’office terminé, quand prêtres et diacres quittèrent l’autel en portant la croix et le Livre saint, qu’il s’approcha de Gorlois. Celui-ci marmonna un vague acquiescement avant de répondre à la question que lui posait l’inconnu :

« Oui, c’est ma femme. Ygerne, voici le duc Uther que les Tribus appellent Pendragon, à cause de sa bannière. »

Stupéfaite, elle fit une révérence rapide. Uther Pendragon, ce grand guerrier, aussi blond qu’un Saxon ? Était-ce lui qui allait succéder à Ambrosius, cet homme qui avait paru si absorbé dans ses prières ? Elle leva les yeux et surprit le regard d’Uther posé sur sa gorge. Que regardait-il avec une telle insistance ? La pierre de lune, bien visible à la naissance de ses seins ou sa peau blanche à l’échancrure de sa cape ?

Ce regard n’avait pas échappé à Gorlois qui entraîna sa femme sans attendre, sous prétexte de la présenter au Haut Roi.

« Je n’aime guère les yeux qu’il a portés sur vous. À l’avenir, évitez cet homme, je vous prie, glissa-t-il à son oreille en sortant de l’église.

— Ce n’est pas moi qu’il regardait, mon cher Seigneur, mais le joyau que je porte. Peut-être est-il amateur de bijoux ?

— Il est amateur de tout ! répliqua Gorlois d’un ton sans réplique, en s’éloignant si rapidement qu’Ygerne en le suivant trébucha sur les pavés disjoints de la chaussée. Venez, le roi nous attend ! »

Trois jours après avoir reçu dans son palais Gorlois et son épouse, le vieux roi était mort. Enterré en grande pompe le lendemain au lever du soleil, sa succession avait donné lieu à d’ultimes affrontements, plusieurs clans s’étant subitement dressés les uns contre les autres pour imposer leur champion à tout prix. À quelques voix seulement de majorité, Uther Pendragon l’avait finalement emporté. Son élection cependant avait provoqué la fureur d’un de ses principaux rivaux, Lot des Orcades, qui, de dépit, avait quitté la cité sur-le-champ, entraînant avec lui nombre de ses partisans.

« Est-ce possible ? interrogea Ygerne à qui son époux racontait l’incident le soir-même.

— Oui, Lot est parti. Mais il vous faut dormir maintenant. Les fêtes du couronnement auront lieu demain. La journée sera longue et fatigante », dit-il en se retournant sur sa couche, montrant ainsi qu’il n’était pas disposé aux jeux de l’amour.

Ayant à son tour sombré dans le sommeil, Ygerne fit, cette nuit-là, un rêve extraordinaire qui influença définitivement ses pensées et le cours de son destin. Dans une immense plaine, au centre d’un grand cercle de pierres qu’effleuraient à peine les premières lueurs de l’aube, s’avançait au-devant d’elle une lumineuse silhouette vêtue de bleu. Malgré un visage irréel et différent de celui qu’elle avait entrevu jusqu’alors, une étrange coiffure de reptiles entrelacés, et les poignets ornés de serpents sacrés, elle reconnut Uther Pendragon, les bras tendus vers elle.

« Morgane… murmura Uther, posant doucement les mains sur ses épaules. Morgane, ils nous l’avaient prédit, mais je n’y croyais pas ! »

Quelques instants Ygerne se demanda pourquoi Uther lui donnait le nom de sa fille, mais se rappelant que c’était aussi le nom d’une prêtresse, signifiant « femme venue de la mer », elle s’approcha de lui confiante et soumise.

Uther alors l’attira tendrement à lui et l’embrassa avec ferveur.

« Morgane, dit-il, j’aime cette vie de la terre, et je vous aime d’un amour plus fort que la mort. Si le péché doit être le prix de notre union, alors je pécherai joyeusement et sans regret, car ce péché me rapprochera de vous, ma bien-aimée… »

Jamais encore Ygerne n’avait connu un baiser d’une telle violence, d’une telle passion. Un lien indestructible venait de les unir, d’une essence sans commune mesure avec le vulgaire désir des mortels.

« J’aime cette terre, répéta-t-il, et je donnerais volontiers ma vie pour que rien, jamais, ne vienne la menacer. »

Frissonnante, Ygerne détourna son regard des feux mourants sur l’Atlantide qui irradiaient faiblement très loin à l’ouest.

« Regardons vers l’est, supplia-t-elle, là où s’embrase toute promesse de renaissance. »

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PREMIÈRES LIGNE #35

PREMIÈRES LIGNE #35

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Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre aujourd’hui est un livre jeunesse, un titre devenu un classique, un livre que j’ai lu il y a près de 20 ans et à la lecture duquel j’ai pris beaucoup de plaisir.

Le livre en question

Artémis Fowl et Eoin Colfer

Prologue

Comment pourrait-on décrire ArtemisFowl ? Les nombreux psychiatres qui s’y sont essayés ont dû confesser leur échec. La principale difficulté de l’entreprise réside dans l’intelligence d’Artemis . Celui-ci parvient en effet à déjouer tous les tests auxquels on le soumet. Face à lui ,les plus grands esprits du monde médical se sont trouvés plongés dans une infinie perplexité et nombre d’entre eux, balbutiants et hagards, sont retournés dans leurs propres hôpitaux ,à titre de patients cette fois.

Artemis est sans nul doute un enfant prodige. Mais pourquoi un être aussi brillant a-t-il décidé de consacrer sa vie à des activités délictueuses?Voilà une question à laquelle une seule personne serait en mesure de répondre.Or,il prend un malin plaisir à ne jamais parler de lui-même.

La meilleure façon de tracer un portrait fidèle d’Artemis consiste à faire le compte rendu détaillé de la première entreprises célérate qui l’a rendu célèbre . Il m’a été possible de procéder à cette reconstitution grâce aux interviews de première main qu’ont bien voulu m’accorder ses victimes.

À mesure que se déroule le récit, chacun pourra constater à quel point la tâche était malaisée.

Toute l’histoire a commencé il y a plusieurs années, à l’aube du XXIe siècle.

Artemis avait alors conçu un plan destiné à rétablir la fortune de sa famille. Un plan qui aurait pu entraîner l’effondrement de deux civilisations et précipiter la planète dans une guerre interespèces.

À cette époque, Artemis Fowl était âgé de douze ans.

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PREMIÈRES LIGNE #19

PREMIÈRES LIGNE #19

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuit aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

PREMIÈRES LIGNE #19

le livre présenté

Les Chants de la terre de Elspeth Cooper

1

CONDAMNÉ

La magie était libre à nouveau.

Sa musique résonnait sur les nerfs de Gair comme sur les cordes d’une harpe, promesse de puissance vibrant sous ses doigts. Il n’avait qu’à l’accueillir à bras ouverts, s’il osait. Il appuya son front sur ses genoux et se mit à prier.

— Je Vous salue, Mère pleine de grâce, lumière et vie de ce monde. Heureux les débonnaires, car ils trouveront force en Vous. Heureux les miséricordieux, car ils trouveront justice en Vous. Heureux les égarés, car ils trouveront salut en Vous. Amen.

Phrase après phrase, verset après verset, la prière s’échappait de ses lèvres gercées. Il serra convulsivement ses doigts, cherchant la forme familière des grains de son chapelet pour ne pas perdre le fil, bien que ce soit fait depuis longtemps déjà. Lorsque les mots lui manquèrent, il serra ses genoux encore plus fort sur sa poitrine et recommença.

— Maintenant, je suis égaré dans les ténèbres, ô Mère, je me suis écarté de Votre voie, guidez-moi de nouveau…

La musique chuchotait toujours à son oreille. Rien ne pouvait en couvrir le murmure enjôleur. Ni les prières, ni les supplications, ni même les quelques hymnes dont il se souvenait encore. Elle était partout : dans les murs de fer rouillé de sa cellule, dans la sueur nauséabonde qui luisait sur sa peau, dans les couleurs qu’il voyait dans le noir. À chaque inspiration qu’il prenait, elle devenait un peu plus forte.

Un carillon argentin retentit. Gair ouvrit les yeux et fut ébloui par une lumière si vive, si blanche, qu’il dut se protéger le visage. À travers ses doigts, il vit deux silhouettes vêtues de lumière. Des anges. Sainte Mère, des anges envoyés pour le ramener avec eux.

— … Bénissez-moi maintenant et accueillez-moi à Vos côtés, pardonnez-moi tous mes péchés…

Agenouillé, Gair attendait d’être béni. Un violent coup du revers de la main lui fit perdre l’équilibre.

— Épargne-nous tes psalmodies, sale changelin !

Un autre coup le projeta brutalement contre le mur revêtu de fer. Une douleur fulgurante lui envahit la tempe et, dans un dernier frémissement, la musique se tut.

— Eh, doucement. Il n’a aucun pouvoir contre toi ici, dit une voix d’homme.

Non. Il n’avait aucun pouvoir. La magie était trop sauvage, trop imprévisible, pour appartenir très longtemps à qui que ce soit. Les murs en fer étaient inutiles, il était de toute façon impuissant. Affaissé sur le sol, Gair agrippa sa tête tourmentée par une douleur lancinante. Heureux les égarés.

Des bottes à éperons d’argent entrèrent dans son champ de vision, molettes cliquetantes. Pas de carillon, donc. Et pas de robes de lumière, seulement les surcots en laine blanche des hommes du Prévôt. Des menottes en fer se refermèrent sur ses poignets, et les gardes le forcèrent à se relever en tirant sur ses chaînes. La pièce se mit à tournoyer follement autour de lui et il retomba à genoux.

Avec un juron, l’un des gardes lui donna un coup de botte dans le bas du dos. Son compagnon fit claquer sa langue, réprobateur.

— C’est un péché d’invoquer Son nom en vain, tu le sais bien.

— Tu as prêté serment à la mauvaise Maison, mon ami. Tu prêches comme un Lecteur. (Un autre coup de pied.) Debout, sorcier ! Marche vers ton jugement, ou on t’y traîne !

Gair se releva en chancelant. Dans le couloir dallé de pierre, le soleil qui perçait par les hautes fenêtres l’aveugla de nouveau. Les gardes le prirent chacun sous un bras, moitié pour le guider, moitié pour le soutenir lorsqu’il perdait l’équilibre. Dans un cliquetis d’éperons et un bruit d’épées tressautant dans leur fourreau, d’autres gardes leur emboîtèrent le pas.

Interminables couloirs flous. Marches qui le faisaient trébucher ou écorchaient ses pieds nus. Pas le temps de se reposer ni de reprendre son souffle ; il fallait avancer ou tomber, et il était tombé si bas déjà. Il avait perdu la grâce de sa Déesse, perdu le pouvoir de se faire entendre d’elle, quel que soit le nombre de prières qui traversaient le vide laissé en lui par la magie.

— Soyez pour moi une lumière et un réconfort maintenant et à l’heure de ma mort…

— Silence !

Une main gantelée gifla Gair et un coup sec sur sa chaîne le tira en avant. Puis les couloirs se firent plus larges, lambrissés. Sous ses pieds, la pierre taillée laissa place à des dalles de marbre, et les murs se couvrirent de tentures. Les gardes tournèrent une dernière fois et s’arrêtèrent. De sombres portes se dressaient devant eux, encadrées de silhouettes indistinctes portant de longues bannières. Un souffle d’air en agita l’étoffe, et le soleil caressa les fils d’or dont elle était brodée, faisant s’embraser les Saints Chênes.

Gair sentit son estomac se nouer en reconnaissant où il était. Ces portes ouvraient sur la Salle du Conseil, où les Chevaliers tenaient leurs assemblées et leurs cérémonies… Où l’Ordre rendait ses jugements. Ses jambes se dérobèrent sous lui et, dans un tintement de chaînes, il tendit les mains devant lui pour éviter de s’effondrer sur le sol ciré. En lui, un souffle de musique frissonna puis se tut.

Son jugement. Trop tard pour espérer être épargné ; trop tard pour espérer autre chose que le pardon.

Ô Déesse, j’implore votre bienveillance en cet instant.

Devant lui, les énormes portes s’ouvrirent sans bruit vers l’intérieur.

De l’alcôve fermée de rideaux au-dessus des portes, Alderan voyait la Salle du Conseil dans toute sa longueur, des sentinelles en surcot jusqu’au Chêne feuillu en bronze surplombant le fauteuil du Précepteur, rutilant dans la lumière du soleil qui entrait à flots par les hautes fenêtres. Il était perché assez haut pour échapper aux regards de tous, à condition de ne pas attirer l’attention sur lui-même, mais il prenait quand même un risque en étant là.

Sur les bancs de chaque côté de la salle s’entassaient, magnifiques dans leur robe de cérémonie écarlate, les hiérarques – au grand complet, pour autant qu’Alderan puisse en juger. Tout en joues roses et postérieurs bien rembourrés, bavardant, hochant la tête et se rengorgeant. Alderan esquissa une moue méprisante.

Ce sont là les héritiers d’Endirion ? Le Premier Chevalier doit pleurer dans sa tombe.

Par une porte latérale entrèrent deux greffiers, sérieux comme des corbeaux dans leur robe noire. Ils prirent place à des bureaux qui se faisaient face, chacun d’un côté de la salle, devant le fauteuil du Précepteur sur son estrade, le procureur classant ses papiers tandis que le scribe sortait ses plumes et son encre afin de consigner le déroulement du procès pour les archives. Un moment plus tard, le Précepteur lui-même entra dans la salle.

L’anguleux Ansel se tenait aussi droit que dans les souvenirs d’Alderan, mais la couleur de son épaisse chevelure s’accordait désormais à sa robe blanche, et la main dont il tenait son bâton de commandement était déformée et tordue par l’arthrite.

Ainsi, il a enfin trouvé un ennemi dont il ne peut triompher. Le héros du Samarak, finalement vaincu par le temps.

À côté d’Ansel, le Chapelain n’avait pas changé, même si ses cheveux étaient un peu plus gris que la dernière fois qu’Alderan l’avait vu. Baissant sa tête léonine pour chuchoter quelque chose en privé à l’oreille du Précepteur, Danilar fronça les sourcils en écoutant la réponse de celui-ci, puis croisa ses mains épaisses à l’intérieur de ses manches et se dirigea vers sa place au premier rang des gradins. Ansel redressa les épaules puis gravit les marches qui menaient à l’estrade et se tourna vers la salle. Les hiérarques se turent.

— Je déclare cette séance ouverte, annonça-t-il. Commençons.

Sur un signe discret de sa part, les sentinelles ouvrirent les portes. Tous les hiérarques se penchèrent en avant pour mieux voir entrer l’accusé. Alderan serra les poings sur ses genoux. C’étaient là les membres les plus haut placés de l’Ordre, subordonnés seulement au Précepteur, lequel ne répondait lui-même qu’au Lecteur de Dremen.

Et pourtant, regardez-les ! Bouche bée comme des rustres à la foire, attendant que le forain sorte sa femme peinte ou un veau à deux têtes. J’espère que la Déesse regarde ce que Ses élus s’apprêtent à faire en Son nom.

Deux gardes passèrent les portes, encadrant leur prisonnier trébuchant. De longs cheveux raides et une barbe de plusieurs jours dissimulaient le visage du captif, mais rien ne camouflait ce qui lui avait été infligé. Son corps nu était couvert d’ecchymoses. Les lacérations du fouet avaient formé des croûtes dans son dos, et l’un de ses pieds laissait à chaque pas une trace ensanglantée sur le sol noir et blanc. Lorsque les gardes l’enchaînèrent à la barre des accusés en acajou, il tomba à genoux, trop faible pour rester debout.

Comme un seul homme, la Curie retint son souffle. Certains des hiérarques portèrent ostensiblement un mouchoir à leur nez tout en continuant à dévisager l’accusé.

Les disciples du Suvaeon s’étaient-ils donc égarés si loin des principes du Heaume de Diamant, qu’ils revenaient à la question et au martinet proscrits depuis des siècles ? Alderan sentit la colère monter en lui comme un serpent se dressant pour attaquer. Était-ce donc là ce qu’ils appelaient faire justice ?

Gair ressentit une violente douleur au pied en tombant. Des ténèbres bourdonnantes assaillirent sa vision de tous côtés et la Salle du Conseil devint un tourbillon d’écarlate et de lumière qui l’entraîna irrésistiblement vers le carrelage à damiers.

Son estomac se souleva brusquement, mais il ravala sa nausée et ferma les yeux le temps que son vertige s’apaise. Les hiérarques avaient les yeux rivés sur lui. Leur écœurement, leur fascination malsaine lui picotaient la nuque. Leur silence résonnait aussi fort qu’un cri.

Apostat ! Impie !

Il n’avait pas de réponse à leur donner. Comment pouvait-il nier la vérité ? Il frissonnait de culpabilité.

Relève-toi, novice. Quoi qu’il advienne, fais-y face debout.

Selenas, Maître des Épées, il y avait de cela ce qui semblait un siècle, tendant une main rude et brune à un garçon tombé dans la poussière d’un terrain d’exercice baigné de soleil, pour l’aider à se relever. L’aider à reprendre le combat.

Gair ouvrit les yeux. Carrelage noir et blanc sous lui. Odeurs de cire, d’encens et – Mère miséricordieuse ! – de son propre corps crasseux. En périphérie de son champ de vision, du bois sombre et des robes rouges. Qu’ils le regardent. Ils ne le verraient pas geindre au sol comme un chiot.

Lentement, les poignets alourdis par ses chaînes, il agrippa la barre d’acajou et se releva péniblement.

Alderan relâcha son souffle, qu’il avait retenu sans s’en rendre compte. Ils ne l’avaient pas brisé. Le garçon tenait à peine sur ses jambes, mais il était debout et soutenait le regard du Précepteur la tête haute. Un élan de jubilation prit Alderan aux tripes. Il restait de l’espoir.

Le Précepteur souleva son bâton à bout ferré et en donna trois coups, aussi réguliers que des battements de cœur, sur l’estrade. D’une extrémité à l’autre de la salle, les hiérarques s’immobilisèrent. Des grains de poussière flamboyèrent dans les rayons de soleil qui entraient par les hautes fenêtres. L’astre s’était déplacé vers l’ouest ; à présent, l’estrade était plongée dans l’ombre et la barre des accusés se trouvait en pleine lumière.

— Qui comparaît devant le Conseil ?

L’âge avait usé la voix d’Ansel, mais son ton était toujours aussi énergique.

— Un accusé, répondit le procureur, le mandat entre les mains.

Il ne regarda pas le prisonnier.

— De quoi est-il accusé ?

— Monseigneur, il est accusé d’avoir odieusement profané la demeure de la Déesse, en péchant contre Ses commandements et en transgressant les préceptes les plus stricts de notre religion.

— De quelle façon ?

— Par la sorcellerie.

Les hiérarques entassés sur les bancs prirent à l’unisson une inspiration horrifiée. Le mot seul suffisait à leur faire attraper leur chapelet. Alderan serra de nouveau les poings, mais se força à croiser les mains sur ses genoux. Il n’était pas là pour démanteler la Salle du Conseil brique par brique. Pas aujourd’hui.

— Pourquoi est-il ici ?

— Pour recevoir le jugement du Conseil.

Silence, troublé seulement par le crissement de la plume du greffier qui, bientôt, cessa également. Malgré le poids des regards posés sur lui, le garçon garda la tête haute, les yeux fixés sur l’endroit, dans l’ombre, où devait se trouver la tête d’Ansel. Il ne plissait pas les paupières, bien qu’il ait sûrement les yeux larmoyants. Le soleil traversait sa barbe trop longue, révélant ses traits taillés à la serpe. Un Leahn typique, de ses sourcils comme tracés à la règle et de son long nez droit jusqu’à sa mâchoire carrée. Pas le moindre signe indiquant qu’il était gêné de se tenir devant le Conseil sans rien d’autre sur le dos que sa propre sueur. Ou s’il l’était, il refusait manifestement de le montrer.

Oh, il va donner du fil à retordre.

Dans la salle, le silence se fit plus pesant. Le procureur agita ses papiers avec irritation en jetant un coup d’œil furtif au Précepteur. Même les grains de poussière voletant dans l’air semblèrent se figer, suspendus comme des insectes dans de l’ambre. Sur les bancs, les hiérarques se penchèrent en avant.

Ansel s’avança dans la lumière. Ses cheveux pâles formèrent soudain comme un halo autour de sa tête alors qu’il prenait l’acte d’accusation des mains du procureur. La Curie se leva dans un craque­ment de bancs et un bruissement de robes.

— Vous êtes accusé de multiples actes de sorcellerie, dont les détails ont été longuement discutés par cette assemblée, dit Ansel en consultant brièvement le parchemin dans sa main. Le Conseil a examiné les preuves qui lui ont été présentées, parmi lesquelles la déposition sous serment de Goran l’Ancien. Nous avons par ailleurs étudié d’autres témoignages, également délivrés sous serment dans cette salle, et les rapports concernant votre confession.

Il regarda Gair droit dans les yeux. Celui-ci soutint son regard sans ciller, ce qui était tout à son honneur.

— Le Conseil est parvenu à un verdict. Êtes-vous prêt à l’entendre, mon fils ?

— Oui, monseigneur.

Alderan secoua la tête. Que la Déesse porte ce garçon en son cœur, il regarde la damnation en face !

Le Précepteur marqua un temps, et l’attention des occupants de la pièce resta rivée sur lui.

— Entendez à présent la décision du Conseil, reprit Ansel d’une voix dure et froide comme la pierre. Nous jugeons l’accusé coupable de tous les crimes susmentionnés. La sentence est la mort par le feu.

Gair s’agrippa fermement à la barre et banda les muscles de ses jambes. Il ne retomberait pas à genoux. Pas question ! Mais cela n’empêchait pas le verdict de rugir à ses oreilles.

Soyez pour moi une lumière et un réconfort maintenant et à l’heure de ma mort ; ô Mère si Vous m’entendez encore, je ne veux pas mourir.

— Cependant, reprit Ansel.

Il chiffonna le parchemin entre ses mains. Le procureur resta stupéfait ; face à lui, le Frère Chroniqueur, bouche bée, leva des yeux ronds sur le Précepteur en voyant la boule de papier atterrir sur son bureau et y rebondir plusieurs fois avant de tomber par terre.

— Un appel à la clémence a été enregistré, invoquant l’exem­plarité de votre moralité et de votre conduite antérieures. Le Conseil doit prendre cela en compte, et votre sentence sera donc commuée : vous serez marqué au fer, excommunié de la religion eadorienne et banni de cette paroisse sous peine de mort. Vous avez jusqu’à la tombée de la nuit pour obtempérer. Que la Déesse ait pitié de votre âme.

Sur ces mots, Ansel frappa trois fois l’estrade de son bâton.

Gair le dévisagea avec stupéfaction. Une grâce ? Comment ? Il avait sûrement mal entendu, avec les flammes qui lui grésillaient aux oreilles.

— Grotesque ! (Du côté gauche de la salle, Goran l’Ancien descendit les gradins d’un pas énergique. Son visage bouffi était empourpré de colère.) C’est scandaleux, Ansel ! J’exige de savoir qui a interjeté cet appel !

— Je ne peux pas vous le dire, Goran, vous le savez très bien. Il a été déposé sous cachet et, à ce titre, reste anonyme. Le droit consistorial est très clair sur ce point.

— La peine pour sorcellerie est la mort, insista Goran. On ne peut pas la commuer ni en faire appel. C’est écrit noir sur blanc dans le Livre d’Eador : «  Tu ne laisseras point vivre le sorcier et fuiras toute œuvre du mal de peur qu’elle mette ton âme en péril. » Ce n’est pas là une décision de justice. C’est une insulte à la Déesse Elle-même !

— Du calme, Goran. (Alors que des murmures furieux de soutien s’élevaient des bancs, Ansel leva la main.) Et vous tous. Nous avons déjà largement débattu de ce sujet. Il est inutile de recommencer. Ce Conseil est terminé.

— Je me dois de protester, Précepteur. Cet être s’est détourné de la seule Déesse véritable. Il a entaché la sainteté de l’Ordre du Suvaeon, a semé parmi nous on ne sait quelle corruption et quelle dépravation. Il a pratiqué des actes de sorcellerie ici, en lieu saint. Il doit être puni !

Le soleil était trop chaud sur le visage de Gair. Il avait la tête qui tournait et devait s’agripper à la barre en bois pour rester debout.

De l’autre côté de la pièce, Danilar se pencha en avant sans quitter son siège.

— Ne croyez-vous pas que le garçon est suffisamment puni, Goran ? demanda doucement le Chapelain. Une fois qu’il portera la marque des sorciers, il ne sera plus jamais le bienvenu dans aucun lieu de culte. Il ne pourra jamais se marier, ne verra jamais ses enfants bénis ni reçus dans la religion. Elle l’accompagnera jusqu’à la tombe, au même titre que la haine et les soupçons de ses voisins. N’est-ce pas assez ?

— La peine pour sorcellerie est la mort. (Goran écrasa violemment son poing grassouillet dans son autre main pour souligner ses dires.) Nous ne pouvons pas hésiter à l’infliger sous prétexte que l’accusé est issu de nos propres rangs. Quiconque commet le péché de Corlainn doit partager son châtiment. Il doit être brûlé sur le bûcher.

Des voix coléreuses crièrent leur soutien à Goran. Des mains s’agitaient et des visages se tordaient hideusement. Des mots haineux écorchaient les oreilles de Gair, mais il garda les yeux rivés sur le Précepteur. L’intervention de celui-ci était tout ce qui se dressait entre lui et le feu.

Je vous en prie, ne me laissez pas mourir.

Ansel leva la main pour obtenir le silence, en vain. Les protestations pleuvaient depuis les bancs de chaque côté de la salle. Fronçant les sourcils, il donna sur l’estrade un coup si fort qu’il résonna comme la cloche de la Sacristie.

— J’ai rendu mon jugement ! aboya-t-il. C’est au Conseil de parvenir à un verdict. C’est à moi de déterminer la sentence et je viens de le faire. Maintenant, ça suffit !

Les cris de la Curie retombèrent, laissant place à des murmures vengeurs, puis enfin à un lourd silence réprobateur. Goran resta debout au bas des gradins, le regard noir.

— Déesse en gloire ! (Ansel planta son bâton entre ses pieds.) Vous êtes des disciples d’Endirion, mes frères, non une bande d’écoliers indisciplinés. Maintenant, allez en paix. Le Conseil est terminé.

Quelques murmures de contestation persistants le firent se pencher en avant, dans la lumière. Il pinça les lèvres et ses yeux bleus lancèrent des éclairs.

— Je ne veux plus rien entendre, ai-je dit !

— Ça ne se terminera pas comme ça, Ansel. (Goran pointa un doigt en direction de Gair.) Vous aurez de mes nouvelles.

Sur ces mots, il gagna la porte d’un pas furieux, ses partisans agglutinés autour de lui. Dans un concert d’étoffes bruissantes et de pas traînants, le reste des hiérarques descendit des gradins et sortit après eux.

Gair se laissa aller contre la barre. C’était fini, et il allait vivre. Il avait à peine eu le temps de savourer cet instant que les gardes lui enlevaient ses chaînes et l’entraînaient à travers la pièce au sol carrelé de marbre. Il regarda par-dessus son épaule, mais Ansel avait déjà tourné le dos.

Une fois dans le vestibule, son escorte lui fit passer une porte latérale et descendre un couloir en pente dépourvu de fenêtres, qui finit par déboucher sur une cour circulaire semblable à une cheminée, pavée de dalles noircies et fissurées autour du trou profond où l’on plantait le poteau du bûcher : la Cour du Traître, où Corlainn l’hérétique avait payé pour ses péchés lors des Guerres de Fondation, et où les habitants de Dremen auraient dû venir le lendemain voir un autre sorcier brûler. Les gradins étaient vides, et n’entouraient qu’un billot plein d’entailles auquel étaient fixées par des clous des sangles de cuir. Un brasero était installé à côté, surveillé par un homme trapu, torse nu sous son tablier de maréchal-ferrant. Au-dessus des charbons ardents, la chaleur faisait onduler l’air. Le fer à marquer enfoncé sous les braises était d’un rouge cerise jusqu’à la moitié de son manche. Gair sentit son ventre se creuser de désespoir alors qu’on le poussait à l’air libre.

À quelques pas du maréchal-ferrant se tenait une silhouette mince, le dos droit, en haubert et surcot de garde. L’insigne en forme de gantelet sur sa poitrine était brodé de fil d’or, et il portait les galons dorés de la Prévôté sur l’épaule.

Les gardes se mirent au garde-à-vous en claquant des talons. Bredon répondit à leur salut d’un signe de tête. De ses yeux sombres aux paupières tombantes, il regarda Gair de la tête aux pieds, sans afficher la moindre émotion.

— Je vous en prie, monsieur…, supplia le garçon.

Ne faites pas ça.

Les rides qui couraient du nez busqué du Prévôt à sa bouche se creusèrent un peu plus.

— Le prisonnier est-il en état de subir sa peine ? demanda-t-il.

Le maréchal-ferrant attrapa la tête de Gair entre ses mains calleuses pour lui relever les paupières du bout des pouces. Le garçon se dégagea brutalement de son emprise lorsque l’éclat du soleil lui brûla les yeux. Puis le maréchal-ferrant lui pinça la peau du bras, assez fort pour lui faire mal.

— J’ai vu mieux, grommela-t-il. Mais il lui reste du caractère.

— Allez-y.

L’escorte de Gair le traîna jusqu’au billot. Un coup de pied dans les jarrets le força à s’agenouiller pendant qu’on défaisait l’entrave qui lui retenait le poignet gauche. Dans un geste désespéré, il fit claquer la chaîne ballante mais ne toucha personne. L’extrémité d’une massue de garde lui heurta la tempe.

— Tiens-toi tranquille, changelin, gronda celui qui l’avait frappé. Affronte ton châtiment en homme, si tu ne peux pas le faire en Chevalier !

Le soleil de midi était trop brillant, les ombres qu’il projetait noires et acérées comme des dagues, martelant le crâne de Gair. Il voyait flou et n’eut pas la force de résister lorsqu’on le força à poser le bras gauche sur le billot, tandis que l’autre était tordu dans son dos, haut entre ses omoplates, à l’aide de la chaîne. On lui passa les doigts sous un large crampon de fer et on resserra étroitement les lanières de cuir par-dessus son coude et son poignet. Du sang lui coulait du visage, mouchetant le pavé poussiéreux comme une pluie estivale.

Devant le brasero, le maréchal-ferrant enroula un bout de cuir autour du manche du fer à marquer et le sortit des braises. Le talon de l’outil, couleur de paille, dégagea une volute de fumée qui fit ondoyer l’air.

Ô Déesse, non. Gair lutta pour dégager sa main, mais les sangles le retinrent fermement.

— Non, réussit-il à souffler. (Il prit une inspiration sifflante entre ses dents serrées.) Déesse, je vous en prie ! Non !

La chaleur palpitante du fer qui était soigneusement, presque délicatement, positionné au-dessus du centre de sa paume lui fit l’effet d’un coup. Tout son corps se couvrit soudain de sueur. Du coin de l’œil, le maréchal-ferrant regarda brièvement Bredon, quêtant son approbation. Puis il appuya le fer sur la peau de Gair.

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