PREMIÈRES LIGNE #140

PREMIÈRES LIGNE #140

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Cupidité de Deon Meyer

JUILLET

1

Le capitaine Benny Griessel entend des pas pressés et le signal d’urgence. Vusi Ndabeni rameute dare-dare ses collègues, un vol à la voiture-bélier, là maintenant.

Un mardi matin de juillet, au milieu de l’hiver.

Il laisse tomber le dossier sur son bureau, saisit son Z88 dans le tiroir et se met à courir. De petite stature, Vusi est un esprit tranquille, toujours calme. Ce n’est pas le cas à cet instant, il y a de l’intensité dans sa voix, c’est pourquoi Benny n’hésite pas.

Tout en courant dans le couloir il boucle son holster sur sa hanche. Il voit arriver Vaughn Cupido, vêtu de sa longue veste qui lui bat les flancs, son « costume de Batman », son équipement d’hiver.

« Dieu soit loué », crie Cupido. Benny sait que son collègue n’apprécie guère les fastidieuses tâches administratives. Ils étaient justement en plein dedans. Voici une belle échappatoire.

Frankie Fillander et Mooiwillem Liebenberg surgissent du bureau qu’ils partagent. Le martèlement des semelles sur le carrelage nu de la DPCI – la Direction des enquêtes criminelles prioritaires, mieux connue sous le nom de Hawks – devient une charge de capitaines qui se ruent vers le dépôt d’armes au premier étage.

Ndabeni s’y trouve déjà. Il distribue des fusils d’assaut R5 et des cartouches tandis que le lieutenant Bossie Bossert jette des notes rapides sur son inventaire.

« Je veux un Stompie », réclame Cupido.

Vusi lui remet le fusil à pompe avec un chargeur, ainsi qu’une ceinture à munitions.

« Tu veux toujours te singulariser, toi, remarque Fillander. Il s’agit d’un transport de fonds, pas d’un braquage de banque. 

— Un peu de méthode dans ma folie, oom1, répond Cupido. Attendons voir. 

— N’oubliez pas de les rapporter », hurle Bossert, tandis qu’ils dévalent l’escalier.

~

Ces cinq derniers mois, au cours des réunions du matin, ils ont suivi l’enquête de Vusi. Il travaille sur une série de vols à la voiture-bélier dans le Western Cape. La même bande, le même mode opératoire : dix hommes et quatre voitures volées, en embuscade. Un véhicule lourd et usagé coince délibérément le fourgon du transporteur de fonds et le force à s’arrêter. Les assaillants l’entourent et le mitraillent, avec des AK47 et toute une collection d’armes à feu, exotiques, d’après les tests balistiques. Jusqu’à ce que les convoyeurs se rendent. S’ils refusent, des explosifs sont placés sur les portes arrière. Environ quatorze millions de rands ont été ainsi dérobés.

Les voleurs sont des fantômes, ils ne laissent aucune trace forensique utilisable. Ndabeni ne sait plus à quel saint se vouer, il subit les pressions de leur chef à tous, le colonel Mbali Kaleni.

C’est pourquoi ….

PREMIÈRES LIGNE #139 : La moisson des innocents, Dan Waddell

PREMIÈRES LIGNE #139

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Le livre en cause

La moisson des innocents, Dan Waddell

Ils furent deux enfants assassins, condamnés pour avoir battu à mort un vieil homme sans défense. Deux garçons maudits qui ont purgé leur peine et se construisent une vie d’adulte sous des noms d’emprunt. Dieu sait comment, un justicier a retrouvé leur trace pour leur infliger les affres de l’enfer. L’inspecteur Foster sait que les explications se trouvent dans le village de Mackington, qui n’a jamais pardonné aux deux « petits bâtards diaboliques ». Mais la scène du crime passé est aussi celle de ses propres souvenirs, des premiers pas d’un jeune enquêteur idéaliste, dans un pays minier sortant exsangue de l’ère Thatcher. Alors qu’il replonge à contrecoeur dans cette affaire dont les conclusions lui ont laissé un goût amer, il découvre qu’une liste ultraconfidentielle de personnes protégées, vivant sous une nouvelle identité, a été volée au ministère de l’Intérieur. Y figurent le nom des deux victimes, mais aussi celui de son ami Nigel Barnes, qui lui a sauvé la vie quelques années auparavant. Face au danger imminent, le généalogiste devra se pencher sur le cas le plus complexe de sa carrière : le sien.

Dan Waddell débrouille avec une habileté machiavélique l’écheveau des souvenirs pour établir que les secrets des enfants terribles ne sont souvent, en vérité, que de terribles secrets d’enfants.

Meurtre de Kenny : deux suspects
22 juillet 1992

Deux écoliers sont actuellement entendus par les policiers chargés de l’enquête sur le meurtre ignoble dont a été victime Kenny Chester, mineur à la retraite.

Les deux enfants, âgés selon nos informations de seulement neuf et dix ans, ont été arrêtés hier soir à leur domicile respectif, quelques jours après la découverte à Dean Bank, un site isolé et pittoresque de Mackington dans le Northumberland, du corps battu et sommairement enseveli de monsieur Chester, soixante-treize ans.

The Herald connaît les noms des deux garçons mais ne les révélera pas pour préserver la sécurité de leurs familles. Ils seraient élèves d’une école primaire proche du domicile de monsieur Chester et du lieu du crime.

La nouvelle a laissé les habitants de Mackington complètement abasourdis. « Nous n’arrivons pas à croire que des membres de notre communauté aient commis une telle atrocité », nous a déclaré madame Gladys Wrenshaw, commerçante. « Tout le monde est sous le choc. Kenny était quelqu’un de bien, connu et respecté. Avoir été abattu ainsi, comme un animal, c’est ignoble. Ceux qui ont fait cela devraient craindre pour leur vie. Il y a ici des gens qui pourraient les mettre en pièces. »

Avant d’ajouter : « Et ce ne serait que justice. »

Il y a maintenant trois jours que la Grande-Bretagne a été saisie d’horreur suite à la découverte du corps de monsieur Chester, veuf, quelques heures après que sa famille a signalé sa disparition.

Le cadavre présentait de multiples blessures. L’un des inspecteurs a confié au Herald qu’il avait été victime d’une agression d’une « violence inouïe ». Selon toute vraisemblance, ses meurtriers ont ensuite essayé de dissimuler le corps en l’enterrant.

D’après une source policière, il est possible que monsieur Chester, qui a travaillé pendant quarante-huit ans aux Houillères Mackington, jusqu’à sa retraite il y a huit ans, ait été encore vivant quand on a commencé à l’ensevelir.

Un porte-parole de la police a officiellement annoncé : « Deux garçons de Mackington sont entendus dans le cadre de l’enquête. »

PREMIÈRES LIGNE #138 : Le gibier, Nicolas Lebel

PREMIÈRES LIGNE #138

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Le livre en cause

Le gibier : une meute ne lâche jamais sa proie , Nicolas Lebel

Le gibier

La journée du commissaire Paul Starski commence assez mal : une prise d’otage l’attend dans un appartement parisien. Arrivé sur place avec sa coéquipière, la glaciale et pragmatique Yvonne Chen, il découvre le corps d’un flic à la dérive et celui d’un homme d’affaires sud-africain. Tous les indices accusent Chloé de Talense, une brillante biologiste. Et amour de jeunesse de Starski, qui prend l’enquête à bras-le-corps-et certainement trop à coeur -, tandis que les meurtres se multiplient. Car l’étau se resserre autour de Chloé. Elle semble être le gibier d’une chasse à courre sanglante lancée à travers la capitale.

I

Les chasses du Grand Veneur

1

Phase 2 – L’appât : pâture employée pour attirer le gibier.

André Cavicci remarqua soudain que le jour se levait, étirant un filtre bleuté et froid sur Paris. Il avait passé la nuit à marcher, puis à attendre, avait oublié les heures et les distances. Le soleil paraissait maintenant presque par surprise. On était le 5 mars et tout pouvait se jouer.

Il raccrocha et empocha son téléphone. Planté sur le trottoir désert, il inspecta la rue étroite où la fille l’avait entraîné. Un vent glacé s’engouffra entre les façades et balaya la chaussée noire de pluie. Cavicci ressentit la froidure de l’aube, un souffle piquant qui perça son trois-quarts élimé et le fit frissonner. Il tira une dernière bouffée sur son mégot de Marlboro avant de l’envoyer voleter d’une pichenette. Enfin, il sortit son arme et entra dans l’immeuble.

Il retint le battant de la porte cochère pour l’empêcher de claquer et s’immobilisa dans le hall carrelé. À l’affût, il perçut le pas mat de la fille, le rythme souple de ses talons hauts sur les marches à mesure qu’elle grimpait l’escalier. Elle devait déjà être au deuxième étage.

Cavicci passa la tête par-dessus la rampe, se tordant le cou. Il vit là-haut, dans la faible lueur électrique, la pâle menotte aux doigts grêles qui glissait sur le bois, s’élevait en cercles concentriques, et le trench-coat beige fluide et insolent qui souffletait les barreaux. À pas feutrés mais rapides, il monta 12les marches à son tour. Il ne la laisserait pas lui échapper, cette fois ; après dix-huit mois d’errements, il se retrouvait à Paris sur les traces de cette gamine d’à peine trente ans, le seul lien qui lui restait, le seul maillon entre les meurtres de Claudel à Lyon, de Birzaian à Bordeaux, et les autres… Elle était sa dernière amarre dans le réel quand tout le monde le disait fou.

Sa seule piste. Sa dernière chance. Sa rédemption.

Les talons de la jeune femme claquèrent sur le parquet du palier. Elle était au troisième étage. Cavicci accéléra. Il n’était pas question de frapper à toutes les portes pour la débusquer s’il la perdait maintenant. Il gravit les marches quatre à quatre en retenant son souffle lourd. Le tapis vert de l’escalier assourdissait son pas. Il arriva au troisième étage à l’instant où elle entrait dans un appartement au bout du couloir. Il s’approcha lentement, son poids faisant grincer les lattes anciennes. Son cœur cognait fort dans sa poitrine et dans sa gorge.

La porte était entrouverte, comme une invitation. Il déglutit, inspira fort, s’assura qu’une balle était chambrée dans le canon de son arme et poussa doucement la porte. Le timbre ténu d’une trompette ou d’un clairon jusqu’alors inaudible lui parvint, un air sautillant et chaotique. Il risqua un coup d’œil à l’intérieur et découvrit une petite entrée parquetée aux murs blancs, qui donnait sur cinq autres pièces.

— Megara ? Megara, vous m’entendez ? appela-t-il.

Le clairon, moqueur, caracola en guise de réponse.

Cavicci franchit le seuil. Surpris par la chaleur de l’appartement, il se lança, traversa l’entrée, son arme devant lui, braqua sur sa droite une cuisine vide, puis un salon, et se figea. Au bout de la pièce, dans la clarté bleutée qui s’invitait par la fenêtre, ses talons effilés plantés dans un épais tapis chinois, Megara lui faisait face, immobile comme si elle consentait enfin à se laisser regarder, le menton tendu vers lui avec arrogance. Cavicci détailla ses traits pour la première fois, ses pommettes hautes, ses lèvres charnues, ses cheveux châtains retenus en queue-de-cheval, ses yeux gris, profonds. Et froids. Quelque 13chose clochait. Son maquillage, peut-être, ou ses vêtements qui la vieillissaient, à moins qu’il ne s’agisse de ses cheveux, plus sombres que dans son souvenir. Elle semblait avoir largement dépassé la trentaine.

La femme leva la main gauche où fumait une cigarette qu’elle porta à sa bouche sans le lâcher des yeux. D’un geste lent, elle pointa la télécommande vers la chaîne stéréo et augmenta le volume. La musique lointaine devint claire. Cavicci reconnut un ensemble de cors de chasse ; il pâlit et baissa son arme malgré lui. Après des mois de traque, il l’avait localisée à Paris et l’avait suivie toute la soirée avant de la perdre encore et de la retrouver enfin. Il l’avait regardée marcher dans les rues de la ville, danser avec des inconnus, et rire jusqu’à s’oublier. En cet instant, il aurait pu se demander combien d’hommes avaient suivi cette beauté jusqu’à la mort. Il n’en eut pas le temps ; elle lui sourit.

PREMIÈRES LIGNE #133 La face Nord du Coeur, Dolores Redondo

PREMIÈRES LIGNE #133

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Le livre en cause

La face nord du coeur : thriller

Dolores Redondo

La face nord du coeur
Une enquête de l’inspectrice Amaia Salazar
Amaia Salazar, détachée de la Police forale de Navarre, suit une formation de profileuse au siège du FBI dans le cadre d’un échange avec Europol. L’intuition singulière et la perspicacité dont elle fait preuve conduisent l’agent Dupree à la lancer sur les traces d’un tueur en série qui profite des catastrophes naturelles pour assassiner des familles entières. Alors que l’ouragan Katrina s’apprête à dévaster le sud des États-Unis, le compte à rebours pour identifier celui qu’on surnomme le Compositeur est enclenché…

Prologue

Elizondo

Quand Amaia Salazar avait douze ans, elle se perdit dans la forêt pendant seize heures. On la retrouva à l’aube à trente kilomètres au nord de l’endroit où elle avait quitté le chemin. Évanouie sous une pluie battante, les vêtements noircis et roussis comme ceux d’une sorcière médiévale rescapée d’un bûcher. En revanche, sa peau était blanche, propre et froide comme si elle venait de sortir de la glace.

Amaia affirma toujours qu’elle ne se rappelait presque rien de tout cela. À partir du moment où elle avait quitté le chemin, le film dans sa mémoire durait seulement quelques secondes, d’images répétées inlassablement. La vitesse vertigineuse de ses souvenirs lui procurait la sensation du praxinoscope de Reynaud, dans lequel la répétition successive d’images en mouvement finissait par provoquer un effet d’immobilité absolue. Parfois elle se demandait si elle avait marché dans la forêt, ou si elle s’était contentée de s’asseoir là et de rester sans bouger à regarder le même arbre pendant tellement longtemps que son cerveau était tombé dans une sorte d’hypnose, au point de graver pour toujours dans son esprit sa silhouette primitive et maternelle. C’était un dimanche matin comme un autre, où elle était allée marcher en compagnie de son chien, Ipar* 1, avec le groupe de randonneurs d’Aranza qu’elle avait rejoint le printemps précédent. Elle aimait la forêt, mais elle avait accepté, surtout, pour faire plaisir à sa tante, Engrasi, qui depuis des mois la pressait de sortir davantage. Toutes deux savaient qu’elle ne pouvait pas le faire dans le village. La dernière année, ses trajets s’étaient limités aux allers-retours entre l’école et la maison, et à accompagner sa tante à l’église le dimanche. Sinon elle demeurait chez Engrasi, assise près du feu, lisant ou faisant ses devoirs, aidant au ménage ou à la cuisine. N’importe quel prétexte était bon pour ne pas franchir le seuil de la porte. N’importe quelle excuse pour ne pas avoir à affronter ce qui se passait dans le village.

Amaia raconta toujours qu’elle se rappelait seulement l’arbre, rien d’autre… même si ce n’était pas tout à fait vrai. Dans ses souvenirs il y avait toujours l’arbre, mais aussi la tempête… et la maison au milieu de la forêt.

Quand elle reprit conscience, elle vit son père à côté de son lit d’hôpital. Pâle, les cheveux mouillés par la pluie plaqués sur son front. Ses paupières irritées par les larmes

Quand elle reprit conscience, elle vit son père à côté de son lit d’hôpital. Pâle, les cheveux mouillés par la pluie plaqués sur son front. Ses paupières irritées par les larmes étaient cerclées de rouge. Quand il la vit ouvrir les yeux, il se pencha, le visage crispé, mais avec un début de soulagement. Cette attitude la remplit d’une immense tendresse, l’émotion menaçant de la submerger. Elle l’aima, comme elle l’avait toujours aimé. C’est ce qu’elle voulut lui dire, mais elle sentit alors le léger contact de ses lèvres chaudes lui susurrant à l’oreille :

— Amaia, ne le raconte à personne. Si tu m’aimes, fais-le pour moi. Ne raconte rien.

Tout l’amour qu’elle éprouvait, qu’elle avait toujours éprouvé pour lui, lui oppressa douloureusement le cœur. Les mots destinés à lui dire combien elle l’aimait moururent en elle et restèrent comme un souvenir pénible, collés à ses cordes vocales. Incapable d’émettre un son, elle acquiesça, et son silence devint le dernier secret de son père qu’elle garderait et la raison pour laquelle elle cessa de l’aimer.

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PREMIÈRES LIGNE #130 La chambre Close de Sjöwall et Wahlöö

PREMIÈRES LIGNE #130

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

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Le livre en cause

La chambre close : le roman d’un crime de Maj Sjöwall et Per Wahlöö

Une femme commet un braquage au cours duquel un homme est tué accidentellement. Dans le même temps, deux dangereux pilleurs de banques écument stockholm, et mettent la police sur les dents. Martin Beck quant à lui, reprenant le travail après une longue convalescence, se heurte à une affaire bizarre : un vieil invalide nécessiteux est retrouvé mort dans une pièce sordide soigneusement fermée de l’intérieur. Il a une balle dans le ventre. La police veut conclure à un suicide, mais dans ce cas où est passé le pistolet ? Un pistolet qui, justement, semble avoir servi au braquage… À partir d’un classique mystère de chambre close se dessine progressivement une affaire complexe, à la résolution parfaitement amorale.

1

Au moment où elle sortit de la bouche de métro de Wollmar Yxkullsgatan, 14 heures sonnaient à l’église de Maria. Elle s’arrêta pour allumer une cigarette, avant de se diriger à grands pas vers la place de Mariatorget.

La vibration de l’air, propageant le bruit des cloches, lui rappela les tristes dimanches de son enfance. Elle était née et avait grandi à quelques pâtés de maisons de cette église, où elle avait été baptisée et fait sa communion voilà près de douze ans. Tout ce dont elle se souvenait, ainsi que des cours de catéchisme, c’était d’avoir demandé au pasteur ce qu’avait voulu dire Strindberg lorsqu’il avait parlé du « soprano splénétique » des cloches de l’église de Maria, mais elle ne se rappelait pas ce qu’il lui avait répondu.

Le soleil lui brûlait le dos et, après avoir traversé Sankt Paulsgatan, elle ralentit l’allure afin de ne pas être en sueur. Elle comprit soudain combien elle était nerveuse et regretta de ne pas avoir pris un calmant avant de partir de chez elle.

Une fois arrivée au milieu de la place, elle trempa son mouchoir dans l’eau de la fontaine avant d’aller s’asseoir sur un banc, à l’ombre des arbres. Elle ôta ses lunettes, se frotta rapidement le visage avec son mouchoir humide, essuya ses verres avec un pan de sa chemise bleu clair puis remit les lunettes. Ensuite elle enleva son chapeau de toile bleu à larges bords, souleva ses cheveux blonds qui lui tombaient si bas dans le cou qu’ils effleuraient les pattes d’épaules de la chemise et s’essuya la nuque. Enfin, elle remit son chapeau, le baissa sur son front et resta assise là, absolument immobile, son mouchoir roulé en boule entre ses mains.

Au bout d’un moment elle étala le mouchoir sur le banc, à côté d’elle, et s’essuya les mains sur son jean. Elle regarda sa montre, qui indiquait 14 h 10, et s’accorda trois minutes pour se calmer avant de continuer, puisqu’il le fallait.

Lorsque sonna le quart, elle souleva le rabat du sac de toile vert posé sur ses genoux, prit le mouchoir maintenant tout à fait sec et le laissa tomber à l’intérieur sans se donner la peine de le plier. Puis elle se leva, passa la sangle du sac sur son épaule droite et se remit en marche.

Tout en se dirigeant vers Hornsgatan elle sentit qu’elle se détendait et s’efforça de se persuader que tout irait bien.

C’était le dernier jour de juin, un vendredi, et, pour bien des gens, les vacances venaient de commencer. Hornsgatan était très animée, tant sur les trottoirs que sur la chaussée. Au débouché de la place, elle tourna à gauche et se trouva alors à l’ombre des immeubles.

Elle espérait avoir bien fait de choisir ce jour-là. Elle avait soigneusement pesé le pour et le contre et elle était bien consciente qu’il lui faudrait peut-être remettre l’exécution de ses projets à la semaine suivante. Ce ne serait pas bien grave, dans ce cas, mais elle préférait être soulagée de la tension nerveuse de l’attente.

Elle arriva plus tôt qu’elle ne l’avait pensé et s’arrêta du côté de la rue qui était à l’ombre, tout en observant la grande baie vitrée, en face. Le soleil s’y réfléchissait, mais elle était de temps en temps masquée par la circulation très dense de la rue. Elle put cependant constater que les rideaux étaient tirés.

Elle fit lentement les cent pas sur le trottoir en faisant semblant de regarder les vitrines, et, bien qu’il y eût une grande pendule un peu plus loin dans la rue, devant un magasin d’horlogerie, elle ne cessait de consulter sa montre-bracelet. Tout en surveillant du coin de l’œil la porte d’en face.

À 14 h 55 elle se dirigea vers le passage clouté situé au carrefour et, quatre minutes plus tard, elle se trouva devant l’entrée de la banque.

Avant de pousser la porte et d’entrer, elle souleva le rabat de son sac.

Du regard elle fit le tour de ce local, qui abritait une agence d’une grande banque. Il était en longueur, et la porte et l’unique baie occupaient l’un des murs de la largeur. À droite, un comptoir courait sur toute la longueur. À gauche, se trouvaient quatre pupitres fixés au mur et, plus au fond, une table basse de forme ronde et deux tabourets recouverts d’un tissu à carreaux rouges. Tout au bout partait un escalier très raide qui descendait en colimaçon vers ce qui devait être la salle des coffres et la chambre forte.

Il n’y avait qu’un client devant elle, un homme en train de ranger des billets et des papiers dans sa serviette.

Derrière le comptoir étaient assises deux employées et, un peu plus loin, un homme consultait un fichier.

Elle se dirigea vers l’un des pupitres et chercha un stylo dans le compartiment extérieur de son sac, tout en observant du coin de l’œil le client pousser la porte de la rue et sortir. Elle prit un imprimé et se mit à dessiner dessus. Mais elle n’eut pas longtemps à attendre avant de voir le directeur de l’agence aller verrouiller la porte d’entrée. Puis il se baissa pour soulever le taquet qui retenait la porte intérieure et, tandis que celle-ci se refermait avec un petit soupir, regagna sa place derrière le comptoir.

Elle sortit alors son mouchoir de son sac, le prit dans sa main droite et fit semblant de se moucher tout en avançant vers le comptoir, l’imprimé à la main.

Une fois arrivée devant la caisse, elle laissa tomber l’imprimé dans son sac, en sortit un filet en nylon qu’elle posa sur le comptoir, puis saisit le pistolet et le pointa vers la caissière en disant, le mouchoir devant la bouche :

C’est un hold-up. Le pistolet est chargé et, si vous bronchez, je tire. Mettez tout l’argent que vous avez dans ce filet.

La femme qui se trouvait en face d’elle la regarda avec de grands yeux, prit lentement le filet et le posa devant elle. L’autre femme, qui était en train de se peigner, assise sur une chaise, s’arrêta dans son geste et laissa retomber ses mains. Elle ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais n’émit pas le moindre son. L’homme, qui se tenait toujours derrière son bureau, esquissa un geste rapide, mais elle braqua aussitôt le pistolet dans sa direction et cria :

Ne bougez pas ! Les mains en l’air, tout le monde !

Puis elle agita le canon de son arme en direction de la femme, apparemment paralysée, qu’elle avait devant elle, et reprit :

Qu’est-ce que vous attendez ? J’ai dit tout l’argent !

La caissière commença alors à mettre les liasses de billets dans le filet et, une fois qu’elle eut terminé, le posa à nouveau sur le comptoir. De derrière son bureau l’homme dit soudain :

Vous ne vous en tirerez pas comme cela. La police va…

Taisez-vous ! s’écria-t-elle.

Puis elle jeta le mouchoir dans son sac resté ouvert et prit le filet, dont le poids lui parut très prometteur. Elle braqua ensuite son pistolet, à tour de rôle, vers les trois employés tout en se dirigeant lentement vers la porte, à reculons.

Soudain, venant de l’escalier situé au fond de la pièce, quelqu’un se jeta sur elle. C’était un grand homme blond, en pantalon blanc très bien repassé et blazer bleu aux boutons bien astiqués et portant un grand blason brodé en fils d’or sur la poitrine.

Un claquement très sec retentit dans la pièce et se répercuta d’un mur à l’autre et, tout en sentant son bras projeté malgré elle vers le plafond, elle vit l’homme au blason doré faire un bond en arrière. Elle eut le temps de noter que ses chaussures étaient neuves, qu’elles étaient blanches et avaient d’épaisses semelles en caoutchouc rouge rayé, mais ce n’est que lorsque sa tête alla cogner sur le dallage, avec un affreux bruit sourd, qu’elle comprit qu’elle l’avait tué.

Elle jeta son pistolet dans son sac, lança un regard affolé aux trois personnes mortes de peur qui se tenaient derrière le comptoir et se précipita vers la porte. Elle ouvrit celle-ci, après s’être un peu énervée sur le verrou, et, avant de se retrouver dans la rue, elle eut le temps de se dire : « Du calme, il faut que je marche tout à fait normalement. » Mais, une fois sur le trottoir, elle se mit à courir à moitié vers la première rue transversale.

Elle ne vit pas vraiment les gens autour d’elle, sentant seulement qu’elle heurtait plusieurs d’entre eux au passage, tandis que la détonation continuait à retentir dans ses oreilles.

Elle tourna le coin de la rue et se mit alors à courir vraiment, le filet à la main et son sac lui cognant contre la hanche. Elle ouvrit brutalement la porte de l’immeuble dans lequel elle avait habité étant enfant, enfila jusqu’au bout le couloir bien connu qui donnait sur la cour et, une fois parvenue là, ralentit l’allure et se mit à marcher normalement. Au fond de la cour, elle pénétra dans un autre immeuble qu’elle traversa également et se retrouva dans une nouvelle arrière-cour. Là, elle descendit l’escalier très raide menant à la cave et s’assit sur la dernière marche.

Elle essaya alors de mettre le filet de nylon noir dans son sac, par-dessus le pistolet, mais il n’y tenait pas. Elle ôta donc son chapeau, ses lunettes, ainsi que sa perruque blonde, et fourra le tout à la place. Elle était maintenant brune, les cheveux courts. Elle se leva, déboutonna sa chemise, l’enleva et la mit également dans le sac. Dessous, elle portait un maillot de coton noir à manches courtes. Elle passa la sangle de son sac sur son épaule gauche, prit le filet à la main et regagna la cour. Elle traversa plusieurs autres immeubles et plusieurs cours et enjamba deux murets avant de se retrouver dans la rue, à l’autre extrémité du pâté de maisons.

Elle entra dans un magasin d’alimentation, acheta deux litres de lait, qu’elle mit dans son sac à provisions avec, par-dessus, le filet de nylon noir.

Puis elle se dirigea vers Slussen et prit le métro pour rentrer chez elle.

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PREMIÈRES LIGNE #129 l’analphabète qui savait compter, Jonas Jonasson

PREMIÈRES LIGNE #129

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Le livre en cause

L’Analphabète qui savait compter, Jonas Jonasson

« Statistiquement, la probabilité qu’une analphabète née dans les années 1960 à Soweto grandisse et se retrouve un jour enfermée dans un camion de pommes de terre en compagnie du roi de Suède et de son Premier ministre est d’une sur quarante-cinq milliards six cent soixante-six millions deux cent douze mille huit cent dix.
Selon les calculs de ladite analphabète. »

Tout semblait vouer Nombeko Mayeki, petite fille noire née dans le plus grand ghetto d’Afrique du Sud, à mener une existence de dur labeur et à mourir jeune dans l’indifférence générale. Tout sauf le destin. Et sa prodigieuse faculté à manier les nombres. Ainsi, Nombeko, l’analphabète qui sait compter, se retrouve propulsée loin de son pays et de la misère, dans les hautes sphères de la politique internationale.
Lors de son incroyable périple à travers le monde, notre héroïne rencontre des personnages hauts en couleur, parmi lesquels deux frères physiquement identiques et pourtant très différents, une jeune fille en colère et un potier paranoïaque. Elle se met à dos les services secrets les plus redoutés au monde et se retrouve enfermée dans un camion de pommes de terre. A ce moment-là, l’humanité entière est menacée de destruction.
Dans sa nouvelle comédie explosive, Jonas Jonasson s’attaque, avec l’humour déjanté qu’on lui connaît, aux préjugés, et démolit pour de bon le mythe selon lequel les rois ne tordent pas le cou aux poules.

1

Où il est question d’une fille dans une cabane et d’un homme qui, une fois mort, l’en fit sortir


D’une certaine manière, les videurs de latrines du plus grand ghetto d’Afrique du Sud étaient bien lotis. Après tout, ils avaient du travail et un toit au-dessus de la tête.

Néanmoins, statistiquement, ils n’avaient aucun avenir. La plupart succomberaient jeunes à la tuberculose, à une pneumonie, aux diarrhées, à la drogue, à l’alcool ou à une combinaison de l’ensemble. Quelques rares spécimens auraient le privilège de fêter leurs cinquante ans, ce qui était le cas du chef du bureau des latrines de Soweto, même s’il était usé par le travail et malade. Il avalait bien trop d’antalgiques avec bien trop de bière bien trop tôt le matin. En conséquence, il se montra un jour quelque peu véhément à l’égard d’un représentant envoyé par les services sanitaires de la commune de Johannesburg. Un moricaud qui osait hausser le ton ! L’affaire remonta jusqu’aux oreilles du chef de service qui, lors de la collation matinale avec ses collaborateurs le lendemain, annonça qu’il était temps de remplacer l’analphabète du secteur B.

Une collation particulièrement agréable d’ailleurs, puisqu’on y avait mangé du gâteau pour souhaiter la bienvenue à un nouvel agent sanitaire : Piet du Toit, qui, à vingt-trois ans, venait d’être embauché pour son premier travail.

Ce fut lui qu’on chargea de régler le problème de Soweto, car c’était ainsi qu’on fonctionnait dans cette commune : on attribuait les analphabètes aux bleus afin qu’ils s’endurcissent.

Personne ne savait si tous les videurs de latrines de Soweto étaient effectivement analphabètes, mais on les nommait ainsi. Désormais, mieux valait éviter d’appeler un nègre un nègre. De toute façon, aucun n’était allé à l’école, ils vivaient tous dans des taudis et avaient le plus grand mal à comprendre ce qu’on leur disait.

Piet du Toit se sentait mal à l’aise. C’était sa première visite chez les sauvages. Pour plus de sécurité, son marchand d’art de père lui avait fourni un garde du corps.

Le gamin de vingt-trois ans entra dans le bureau des latrines et ne put s’empêcher de lâcher une remarque irritée sur l’odeur. Là était assis le chef des latrines, celui qui allait devoir partir. Et, à côté de lui, une petite fille qui, à la stupéfaction de Piet, ouvrit la bouche et répondit que la merde avait en effet la fâcheuse propriété de puer.

L’agent sanitaire se demanda l’espace d’une seconde si la gamine se moquait de lui, mais ce n’était pas envisageable. Il laissa tomber et alla droit au but. Il expliqua au chef des latrines qu’il ne pouvait plus garder son travail, car il en avait été décidé ainsi en haut lieu, mais qu’il percevrait trois mois de salaire si, au cours de la semaine suivante, il lui présentait trois candidats pour le poste qui venait de se libérer.

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PREMIÈRES LIGNE #122 : La Capture, Nicolas Lebel

PREMIÈRES LIGNE #122

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

La Capture, Nicolas Lebel

Morguélen. Un nom funèbre pour une île bretonne giflée par les vents.
Un terrain idéal pour la lieutenante Chen, lancée dans une traque sans merci. Dans son viseur : des tueurs à gages insaisissables, les Furies, déesses du châtiment.
Mais à l’heure de la rencontre, la partie pourrait bien compter plus de joueurs qu’il n’y paraît. Et quand le prêtre de cette île du bout du monde entre à son tour dans la danse, une seule certitude demeure : quelqu’un va mourir.

I

LES POUSSEURS DE BOIS

1

Samedi 9 octobre

Phase 1 – La mise en place
Temps restant : 32 heures 04 minutes

D’une pression sur la touche du lecteur, le père Petrovácz laissa résonner L’Adagio d’Albinoni dans l’église. Le pizzicato des cordes rythma soudain le silence de la petite nef déserte, emplissant le lieu de plus de gravité qu’il ne pouvait en contenir. La mélancolie du mode mineur magnifiait le tempo, parfait pour une cérémonie funèbre, et ne manquait jamais d’arracher des larmes aux plus endurcis. Du bout de ses doigts maigres, le vieux prêtre aux cheveux blancs ajusta le volume avant de se déplacer vers le chœur. Immobile dans son aube violette, baignant dans la lumière bigarrée qui tombait des vitraux, il goûta la montée des violons. C’était sublime. Son premier choix s’était porté sur l’Ave Maria de Schubert, qu’il utilisait souvent en pareille occasion, mais la famille du défunt – réduite à sa nièce, en l’occurrence – avait préféré un air « moins commun ». Lorsqu’il avait proposé le célèbre adagio, la jeune femme avait été conquise et l’avait chaleureusement remercié de personnaliser ainsi la cérémonie. On n’enterre pas tous les jours le dernier membre de sa famille.

Le père Petrovácz coupa la musique et disposa devant l’autel un pupitre sur lequel il déposa le texte de son oraison, deux tréteaux qui recevraient le cercueil et deux pique-cierges sur pied. Tout était en place. Il regarda sa montre : encore deux minutes. Il passa dans la sacristie, attendit qu’il soit 10 heures pile et appuya sur un bouton. Le bourdon tonna dans les hauteurs du clocher, une fois, deux fois, puis toutes les deux secondes, avertissant toute l’île qu’on célébrait aujourd’hui à l’église la vie d’un homme, et sa mort – enfin, son départ vers Dieu.

Alors que sonnait le glas, le père Petrovácz remonta la nef, ouvrit les imposantes portes et sortit sur le parvis. Il plissa les yeux, surpris par la clarté éblouissante qui tombait du ciel blanc. Une bien belle journée d’octobre, même si la météo annonçait une tempête, de celles qui s’abattaient généralement sur l’île au début de l’automne. Au moins, l’enterrement se déroulerait sans pluie.

Une bourrasque froide balaya ses illusions. Le temps pouvait changer du tout au tout en moins d’une heure sur la Bretagne, surtout en mer ; vous vous réveilliez sous un soleil printanier pour déjeuner sous une averse, et certaines journées entamées en ciré se finissaient en maillot sur la plage. Comme on disait ici, « en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour » ! Le prêtre l’avait compris au fil des années passées sur l’îlot. En ces terres battues par les vents et les vagues, rien n’était jamais acquis.

L’homme sensé savait se plier aux caprices du ciel. L’homme d’Église pensait pouvoir les justifier.

PREMIÈRES LIGNE #121 : L’île des damnés, Angélina Delcroix

PREMIÈRES LIGNE #121

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Le livre en cause

L’île des damnés, Angélina Delcroix

Prologue

D’ici, personne ne peut l’entendre crier. Ça tombe bien, elle n’en a pas l’intention. Il vient déjà de la violer à trois reprises, elle ne lui offrira pas la satisfaction de sa douleur ou de sa peur en hurlant comme une midinette. Heureusement pour lui, elle ne peut pas rompre les cordes qui la maintiennent bien droite contre l’arbre. Il goûterait alors à sa haine, il couinerait comme un marcassin. Ils l’ont tous fait quand leur jouissance montante a basculé vers une fin douloureuse. La « Prostituée de la mort » a été son surnom, jusqu’à son arrivée ici. Ironie de l’histoire, aujourd’hui, cette chose qu’on appelle un homme est en train de lui faire subir le sort minable d’une lente agonie dégradante. Elle lui crache au visage alors qu’il remonte son pantalon et n’a pas le temps de voir arriver l’effet boomerang. Il lui décoche un coup de poing qui envoie son crâne percuter le tronc robuste lui servant de tuteur. Son nez fait un bruit sec, son esprit vacille. Sa tête retombe lourdement vers l’avant et danse dans le vide en laissant couler un filet rouge.

La pleine lune offre un plan satisfaisant. Caché derrière un fourré, il observe la scène. Raide et immobile, la chemise bleue fermée jusqu’à la glotte, les cheveux plaqués de chaque côté de la raie latérale, il attend. La mise à mort ne lui provoque aucune émotion. Pas de dégoût, pas d’excitation non plus. Électroencéphalogramme plat. Il attend son tour. Son truc à lui, c’est la mort quand elle est déjà là. Ni avant, ni pendant… après.

Il sait que celui de la chambre 12 en a bientôt fini avec elle. Cet imbécile ne varie jamais son mode opératoire.

— Tu n’as même pas les couilles de m’affronter ! crache-t-elle en même temps qu’un spray rougeâtre alors qu’elle recouvre ses esprits. Un porc serait mieux monté que toi.

— Ah ouais ! grogne celui de la chambre 12. Tu veux vraiment que je te remontre ?

Un éclat de rire vient soudainement le tacler. La femme augmente le volume et ne s’arrête plus. Peut-être pour évacuer. Peut-être pour en finir au plus vite. Peut-être par simple folie.

Elle sent les mains se poser autour de son cou. Les rires ne passent bientôt plus la limite de la trachée et le résultat sonore ressemble à une tête de lecture écrasée sur un vinyle. Elle plonge son regard défiant dans les yeux de celui qui a le pouvoir ce soir. Elle sait qu’il va y chercher une lueur de panique, de supplication, de terreur. Elle ne lui offrira pas plus que les cris. Elle le nargue jusqu’au dernier souffle pour le priver de sa jouissance sadique. Il regarde la vie abandonner cette folle. Elle a gagné. Il ressent une énorme frustration.

PREMIÈRES LIGNE #120 : Un outrage mortel de Louise Penny

PREMIÈRES LIGNE #120

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Le livre en cause

Une enquête de l’inspecteur-chef Armand Gamache 

Un outrage mortel  de Louise Penny.

Quittant sa retraite de Three Pines, Armand Gamache accepte de reprendre du service à titre de commandant de l’école de police de la Sûreté. À cette occasion, on lui offre une curiosité : une carte centenaire découverte derrière un mur, dans la salle à manger du bistro du village. Il n’en faut pas plus pour mettre l’ex-enquêteur sur la piste d’un passé qu’il préférerait sans doute oublier. C’est alors qu’entrent en scène quatre étudiants de l’école de police et un professeur… retrouvé assassiné. Dans la table de nuit de la victime, une copie de la carte de Gamache fait peser de lourds soupçons sur ce dernier. D’autant que son comportement avec une recrue au profil inquiétant désarçonne tout le monde, y compris le fidèle Beauvoir.
Le commandant a ses secrets, mais les outrages du passé ne sont-ils pas plus dangereux lorsqu’on veut les occulter ? Avec Un outrage mortel, l’icône Louise Penny livre, selon The Washing- ton Post, son meilleur roman.

PREMIÈRES LIGNE #120 : Un outrage mortel de Louise Penny

1

Assis dans la petite pièce, Armand Gamache referma le dossier avec soin, appuya dessus comme pour y emprisonner les mots.

Il n’était pas très épais, ce dossier. À peine quelques pages. Semblable à tous ceux qui l’entouraient sur les lattes antiques du plancher de son bureau. Et pourtant, différent des autres.

Armand Gamache examina les vies ténues qui reposaient à ses pieds. Attendant qu’il décide de leur sort.

Il était là depuis un moment. À revoir les dossiers. À considérer les minuscules points collés dans le coin supérieur droit des onglets. Rouges pour les refus, verts pour les acceptations.

Ces points étaient l’œuvre de son prédécesseur, pas la sienne.

Armand posa le dossier par terre et se pencha vers l’avant dans son fauteuil confortable, les coudes sur les genoux. Ses grandes mains jointes, ses doigts entremêlés. Il se faisait l’effet de voyager à bord d’un vol transcontinental et de contempler les champs en contrebas. Certains fertiles, d’autres en jachère, mais riches de promesses. Et d’autres stériles. Une mince couche de terre arable masquant à peine le roc.

Mais comment les distinguer entre eux ?

Il avait lu et analysé chacun des dossiers, tenté d’aller au-delà des maigres informations qu’ils renfermaient. Il s’interrogeait sur ces vies, sur les décisions de son prédécesseur.

Pendant des années, des décennies, à titre de directeur de la section des homicides de la Sûreté du Québec, il avait eu pour tâche de creuser. De recueillir des preuves. D’interroger des faits, de se méfier des intuitions. D’user de son jugement, sans jamais juger.

Et voilà qu’il était à la fois juge et jury. Qu’il avait le premier et le dernier mot.

Et Armand Gamache s’aperçut, sans grande surprise, que ce rôle lui convenait. Lui plaisait même. Le pouvoir, bien sûr. Il avait l’honnêteté de l’admettre. Mais ce qu’il appréciait par-dessus tout, c’était la possibilité qu’il avait désormais de façonner l’avenir au lieu de simplement réagir au présent.

Et, à ses pieds, se déployait l’avenir.

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PREMIÈRES LIGNE #113 : Juillet noir, Amélie de Lima

PREMIÈRES LIGNE #113

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Le livre en cause

Juillet noir, Amélie de Lima

Prologue

Juillet 1979.

L’homme lui assénait de violents coups de reins, une main gantée sur sa bouche et l’autre enfoncée dans sa taille. La victime ne réagissait pas : face plaquée contre la paroi en PVC, yeux grands ouverts, bras ballants. Son corps s’agitait d’avant en arrière, dans un rythme impétueux que seul son bourreau maîtrisait.

Poupée de chiffon.

Elle sentait le souffle chaud de son agresseur dans sa nuque et, chaque fois qu’il lui empoignait les cheveux pour coller sa peau moite contre la sienne, un haut-le-cœur s’emparait d’elle.

Il sentait la transpiration, mêlée à une odeur désagréable d’eau de toilette bon marché et de tabac froid qui émanait de ses gants.

Au bout de quelques minutes, une éternité, l’homme termina sa besogne en silence ; la relâcha. Elle tomba de tout son poids sur le sol encrassé. Ses muscles, son cerveau, son corps tout entier ne lui répondaient plus. Elle était là, allongée sur le sol poisseux en position fœtale, comme si elle attendait quelque chose ou au contraire, qu’elle n’attendait plus rien.

La sentence.

L’achèvement incertain.

Elle ferma les yeux pour ne rien voir, pour éviter l’horreur qui se profilait. Parce qu’elle le savait, cet inconnu détenait à lui seul le pouvoir sur sa mort, sa vie.

Elle sentit un violent coup de pied dans ses côtes mais ne bougea pas. Ne cria pas.

À quatre pattes, elle ouvrit les yeux, les roula discrètement vers le haut.

Elle n’opposa aucune résistance lorsqu’il l’agrippa par les cheveux une nouvelle fois et qu’il enfonça sa tête dans la latrine souillée. Quelques secondes, le temps d’imprégner sa figure et ses cheveux d’excréments. Et il la relâcha dans la foulée.

Il cracha au ras de son visage. Puis il s’éclipsa, laissant la porte ouverte derrière lui.

Plaie béante dans sa chair de poupée.

Un silence complet envahit les lieux ; et l’obscurité.

La femme aux cheveux blondsattendit sans bouger, mit un temps fou avant de réagir. Avant de se rendre compte que son agresseur était bel et bien parti et qu’il l’avait laissée en vie.

Sauveur factice.

Elle s’agenouilla sur le carrelage et chercha sa lampe torche à tâtons. Elle la ralluma.

Puis elle se releva avec difficulté, s’appuyant contre les parois pour se hisser. Retrouver un semblant de dignité. Elle gémit de douleur, mais elle ne pleura pas. Aucun son ne sortait de sa bouche grande ouverte, inerte, où la peur grouillait toujours.

Une pression insidieuse s’accrocha sur son cœur et dans ses poumons, l’air lui manqua subitement. L’angoisse la submergeait.

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PREMIÈRES LIGNE #110 :IDOL de Thierry Berlanda

PREMIÈRES LIGNE #110

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Le livre en cause

IDOL de Thierry Berlanda

PRÉLUDE

Dès que l’info avait fuité, le trafic SMS avait atteint un pic à mi-hauteur entre l’élection d’un pape et la mort de Lou Reed. Pete Locust débarquait à Paris pour la première fois depuis trente ans ! La légion de ses fans dispersées n’avait pas attendu le signal des rabatteurs d’Instagram pour jaillir de l’anonymat où elles barbotaient depuis trop longtemps. Le Locust arrivait ; il leur fallait illico savoir quand, pour combien de temps, et dans quelle salle il allait jeter ses éclairs. Vite submergé, le dispositif commercial des soi-disant sorciers du media planning n’avait pas tenu une journée sous la mitraille de ce genre de tweets capables de pourrir en quelques heures la réputation d’un label. Du coup, l’ouverture de la vente des billets avait été avancée, et tout le stock vendu dans la seconde après le clap.

Depuis, révélations au compte-gouttes, création du manque, intox à gogo et autres artifices balayés par la vague des groupies extasiées tournaient à vide dans le bocal des communicants névrotiques de Capitol Records. Titiller les adoratrices de Harry Styles, ça peut faire marrer, mais jouer avec les nerfs des fondus de Locust, c’est ni plus ni moins risquer sa peau.

Deux semaines plus tard, par un soir de novembre décalqué des Légendes de la Crypte, goths à dents de lait ou vieilles peaux de la Beat generation barbouillées de peintures de guerre, toutes étaient sorties de leurs catacombes pour déferler sur le Zénith. Les places n’étaient pas données, la pluie piquait férocement et le vent cognait plutôt dur, mais les allées vers le Graal s’étaient quand même remplies depuis le milieu de la nuit précédant le concert. Quinze heures avant l’ouverture des portes, les Locustes avaient déjà rongé le moindre centimètre carré qui les séparaient de la scène, et les portiques de sécurité commençaient à grincer sous la pression de leurs crêtes multicolores.

1

Dimanche, 18h00.

Peu avant l’heure H, son portable greffé à l’oreille pendant que l’invasion de criquets ravage la porte de la Villette, Gillian Pike enregistre les messages du tourneur français de Pete. Assise à la place du mort dans la XJ Premium, elle se contente de temps en temps de dresser le pouce. À l’arrière, Pete décode en tétant son chibouk : billetterie en surchauffe, Zénith bourré les deux soirs. Au volant du hors-bord, Silent Rock sourit à sa façon, comme on plisse les yeux pour se protéger du soleil.

L’équipe avait débarqué à 17 heures, dans les flashes de paparazzi qui venaient de se taper un Paris Roissy à moto sous la flotte. Leur récompense à l’arrivée ? Prendre dans les dents le fuck you caractéristique du Locust. La légende avait beau compter nettement plus d’heures de vol que le 767 qui l’avait arraché à son Golden State, dès sa sortie du zinc on avait frôlé le soulèvement. Pas l’hystérie collective que déclenchent les BTS ou autres châtrés en layette, mais une sorte de saisissement, qui débutait par la fixité soudaine du regard d’un premier touriste en transit, se poursuivait par une évolution rapide en tétanisation complète, puis par la coagulation de deux, trois, quatre autres voyageurs, et bientôt douze, agrippés comme des morts-vivants au Stylish Trench Overcoat à 4000 dollars du dieu du Math Rock.

Pas question de s’éterniser. Après avoir traversé tête baissée le salon VIP, Pete et ses prétoriens avaient embarqué furtivement dans la Jaguar aveugle livrée la veille par cargo, sans un regard pour les zombies tenus en respect par les flics.

Sa tournée européenne lui collait la nausée, mais ses réticences n’avaient pas fait long feu face aux pressions du fisc US. Se la couler douce en comptant sur les royalties de la vente de disques ne permettait plus de payer les échéances. Vendre son compound à Holmby Hills ? Il n’était pas prêt à ça. Seule issue ? Reprendre la route. Du coup, depuis la minute où il avait posé le pied hors de South Mapleton Drive, Pete traînait une humeur de chien.

Gillian connaissait le code : ne pas tenter de consoler, de câliner ou de minimiser le niveau d’emmerdement, mais être là, organiser discrètement la dispersion des armées ennemies afin de ralentir le moins possible la progression du Locust dans ce monde hostile.

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PREMIÈRES LIGNE #106 : Le silence de la ville blanche, Eva Garcia Saenz de Urturi

PREMIÈRES LIGNE #106

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Le livre en cause

Le silence de la ville blanche, Eva Garcia Saenz de Urturi

Prologue

Vitoria, août 2016

Les caméras de télévision se mirent à harceler mes amis sans relâche. Les journalistes avaient besoin d’un scoop, et ils étaient persuadés qu’ils pourraient le leur fournir. Lorsque la nouvelle se répandit que le tueur m’avait tiré dessus, ils ne les lâchèrent plus d’une semelle : dès lors, aucun d’entre eux ne connut le repos.

Toute la journée, les reporters faisaient le pied de grue devant chez eux. Idem l’après-midi, quand ils se retrouvaient chez Saburdi, rue Dato, pour partager des pinchos en silence. De fait, personne n’avait envie de parler, et encore moins en présence des journalistes.

— Désolé pour ce qui est arrivé à l’inspecteur Ayala. Comptez-vous aller au rassemblement, ce soir ? demanda l’un d’entre eux en agitant sous leur nez un journal où la nouvelle, avec ma photo, occupait presque toute la une. Le grand type brun qui tentait, sans succès, d’échapper à l’objectif des photographes, c’était moi, quelques jours avant l’agression.

Mes amies baissèrent la tête, mes amis tournèrent le dos à la caméra.

— On est sous le choc, lâcha finalement Jota.

Peut-être crut-elle que cela suffirait pour qu’ils leur fichent la paix, mais les journalistes remarquèrent alors la présence de Germán, mon frère, que son mètre vingt, dû à son nanisme, rendait impossible à ignorer. Il s’échappa vers les toilettes.

— C’est le frère, suivez-le !

Germán se retourna avant de leur claquer la porte au nez, séquence qui tourna en boucle sur toutes les chaînes le soir même.

— Allez vous faire foutre, dit-il seulement, sans indignation ni colère, simplement épuisé.

Je sais qu’en ville, tout le monde était consterné parce que j’avais pris une balle dans la tête. Si, à cet instant, j’avais été capable de penser, ce qui m’était physiquement impossible, j’aurais sans doute été bouleversé.

Un policier n’envisage jamais de clore une affaire en étant la dernière victime du tueur en série qu’il pourchasse, mais, en matière de mauvaises surprises, la vie sait parfois se montrer particulièrement inventive.

Et… non, je n’en suis pas sorti indemne. Comme je l’ai dit, j’ai pris une balle dans la cervelle. Mais peut-être devrais-je donner plus de détails sur ce qu’on a d’abord appelé « le double meurtre du Dolmen », et qui s’est finalement transformé en un massacre méticuleusement programmé, au fil des ans, par un esprit au QI bien supérieur à celui de tous ceux qui ont tenté de l’arrêter. Quand celui qui se met à tuer à la chaîne est un putain de génie, il n’y a plus qu’à prier pour ne pas tirer le mauvais numéro.

1

La Vieille Cathédrale

24 juillet, dimanche

Je dégustais le meilleur pincho de tortilla du monde – omelette légèrement baveuse et pommes de terre à point – quand j’ai reçu l’appel qui a changé ma vie. Pour le pire, je précise.

C’était la veille de la Saint-Jacques, et comme tous les jeunes gens de Vitoria, je me préparais à fêter le Jour de la Blouse1, annonçant les festivités du début du mois d’août. Le restaurant était bondé et bruyant, et quand je sentis mon portable vibrer dans la poche de ma chemise, tout près du cœur, je dus me résoudre à abandonner mon assiette pour sortir.

— Estíbaliz ? Qu’est-ce qui se passe ?

Mon équipière n’était pas du genre à me déranger pendant mes congés, et encore moins ce jour-là, où toute la ville était en ébullition.

Le vacarme de la fanfare, suivie d’une foule de fêtards bondissant et chantant, m’empêcha d’abord d’entendre ce qu’Estíbaliz essayait de me dire.

— Unai, il faut que tu viennes à la Vieille Cathédrale.

Le ton de sa voix, cette nuance à la fois désemparée et pressante, n’était pas habituel non plus chez cette fille qui avait plus de nerfs que moi – et ce n’est pas peu dire.

Je compris aussitôt qu’il était arrivé quelque chose de grave.

Je tentai de m’éloigner du raffut qui enveloppait la ville et dirigeai machinalement mes pas vers le parc de la Florida.

— Qu’est-ce qui se passe ? demandai-je, essayant d’éliminer la dernière gorgée de rioja que je n’aurais pas dû boire.

— Tu ne vas pas le croire, c’est exactement comme il y a vingt ans.

— De quoi tu parles, Esti ?

— Des archéologues qui restaurent la cathédrale ont découvert deux corps nus dans la crypte. Un garçon et une fille, les mains posées sur les joues l’un de l’autre. Ça te rappelle quelque chose ? Viens tout de suite, Unai.

Elle raccrocha.

Ce n’est pas possible, pensai-je.

Ce n’est pas possible.

Les derniers mots d’Esti résonnant dans ma tête, et sans même prendre congé de mes amis, je me dirigeai vers la place de la Virgen Blanca. Je dépassai la porte de mon immeuble et montai jusqu’à la Correría, l’une des rues les plus anciennes de la ville médiévale. Elle était bondée, comme tout le centre-ville. Il me fallut plus d’un quart d’heure pour atteindre la place de la Burullería, à l’arrière de la cathédrale, où j’étais censé retrouver Estíbaliz.

La place se nommait ainsi car elle accueillait au XVe siècle le marché des burulleros, les « tisserands », qui firent de la ville un passage obligé sur les routes commerciales de la Péninsule. J’avançai sur le sol pavé, sous le regard préoccupé de la statue d’un Ken Follett qui semblait anticiper la sinistre trame qui se tissait déjà autour de nous.

Estíbaliz Ruiz de Gauna, inspectrice comme moi à la criminelle, m’attendait, pendue au téléphone, arpentant la place de long en large tel un lézard. Les cheveux roux au carré, elle affichait un petit mètre soixante qui avait bien failli lui interdire l’entrée dans la police – moyennant quoi Vitoria y aurait perdu l’une de ses enquêtrices les plus brillantes et les plus têtues.

L’un comme l’autre étions sacrément doués pour résoudre des affaires, un peu moins pour suivre les règles. Après quelques avertissements pour indiscipline, nous avions appris à nous couvrir. Quant à suivre les règles, eh bien… on y travaillait.

On y travaillait.

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PREMIÈRES LIGNE #105 : Dernière fenêtre sur l’aurore, David Coulon

PREMIÈRES LIGNE #105

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Dernière fenêtre sur l’aurore David Coulon

Prologue


Un bunker.
Enfoui dans le sol, sous des kilomètres de ronces.
Je l’avais découvert il y a fort longtemps. Mais je ne m’en suis pas servi tout de suite.
En descendant dans ce bunker, on trouve un long couloir sombre. Si un rai de lumière arrive à se frayer un
chemin sous les ronces du dessus, on peut voir des tracés rougeâtres sur les murs humides. “666”.
“Satanis”. “Lilith”. Des inscriptions tachées de sang.
Une pièce, tout au fond. Avec de l’oxygène. De l’air presque pur. Une pièce. Vide.
Il suffira d’y passer quelques week-ends. Accrocher des clous suffisamment solides pour supporter le poids
d’un homme. Pour supporter des mouvements, des tentatives de fuite.
Une idée.
Qui germe comme ça. Mais quand ça germe, c’est qu’il y a des racines. Le vide, peut-être.
Penser à ce qu’on pourrait y faire. Sauter sur l’occasion, ou presque, lorsque je rencontre la fille. Aurore.
Lorsque je perds ma femme.
Longer le couloir sombre ne me fait plus peur pour les mêmes raisons. Ce ne sont plus les inscriptions
satanistes qui ralentissent ma lente progression dans le boyau. Plutôt l’odeur, au loin. Des fragrances de
merde et de mort. De la pisse, aussi. Un soupçon de sang. Une odeur aigre.
Je les ai attachés, tous les quatre. Les uns après les autres.
Tous menottés. Bracelets avec pointes. Ils sont habillés. Ils se font dessus en permanence. Ça doit coller.
Ça doit irriter. Ça doit être moite. Eczémateux.
Je leur apporte à manger tous les soirs. De la bonne chair fraîche, comme ils aiment.
Comme ils aimaient plutôt. Dans une autre vie.
Je les torture aussi, un peu. Un cutter qui tranche un téton. Qui tranche une paupière. Ils n’ont que ce
qu’ils méritent.
J’en ai tué deux.
Parfois, je me demande ce qui m’a pris.
Tu deviens fou, me disait-elle

Première partie

C’est un lit pour faire l’amour.
Un lit à une place, certes, mais un lit sensuel, attirant. Un lit où deux corps ne penseraient qu’à se serrer,
s’étreindre, jouir à n’en plus finir. Un lit aux draps orangés, légèrement dentelés, dont la corolle s’évanouit à
terre. Près de la dentelle, un mince filet de sang. C’est un lit pour faire l’amour, mais c’est un cadavre qui y
sommeille. Une jeune fille. Dix-huit ans, d’après les calculs du flic. Et d’après sa carte d’identité, trouvée
dans son sac, qui confirme ce que la mathématique visuelle avait supposé.
Un filet rougeâtre s’épanche de son cou violé par une lame tranchante. Ses lèvres n’ont pas encore bleui,
ses yeux ne sont pas encore fermés. Le crime est récent. Le corps est encore chaud. On dirait presque que la
fille rougit face à l’inspecteur. Qu’elle rougit de se montrer nue devant lui, la gorge nettement coupée, les
yeux grands ouverts, peut-être encore figés sur le visage du meurtrier.
La jeune fille est sublime. Était. Bernard Longbey a beau approcher deux doigts de sa carotide, il a beau
écouter son cœur, le verdict est irrémédiable. Elle est morte.
Les flashs crépitent derrière lui, presque au ralenti. Il n’a pas entendu ses collègues entrer. Les photos ont
commencé. Les relevés d’empreintes aussi. L’identité judiciaire est venue immédiatement. Même pas besoin
de la contacter. Le médecin légiste ne tardera pas lui non plus, emportant puis disséquant le corps.
— Qu’est-ce que tu fous là, Longbey ?
Rien d’agressif dans cette voix. Bernard a l’habitude qu’on lui pose la même question depuis des mois.
Qu’est-ce que tu fais ici, t’es pas de service. Il se retourne, détachant ses yeux des minces poignets de la fille.
Pat est face à lui. Patrick Bellec, jeune flic aussi ambitieux que beau gosse. La trentaine, brun, une force de la
nature. Tout le contraire de Bernard, en apparence tout du moins. Bernard a trente-cinq ans à peine, mais il
est décrépit. Sale. Vieux. Au bout du rouleau.
— J’ai entendu l’appel radio. J’étais à côté. Je suis venu.
— T’arrives toujours pas à dormir ?
— Comme tu vois…
— Tu la connais ?
Un temps d’arrêt. Réfléchir. Regarder les yeux de la fille. Des yeux trop bleus.
— Non, jamais vue. Tu sais qui c’est ?
— Jernin est en train d’interroger le concierge. Pour l’instant, on sait juste qu’elle s’appelle Aurore
Boischel. 18 ans et quelques. Étudiante, bien sûr.
— Bien sûr ?
— T’as pas vu où on est ? Résidence Les Magnolias. Un truc réservé aux étudiants. Des studios à cinq
cents euros. Autant dire que les charmants bambins qui viennent ici ne sont pas des fils de prolos. T’as fait le
tour du propriétaire ?
— Non, je viens d’arriver.
Deux policiers sont postés à l’entrée du studio, empêchant les autres étudiants de pénétrer dans la chambre.

PREMIÈRES LIGNE # 102 : La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac

PREMIÈRES LIGNE #102

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac

Derrière les murs se cachent les plus sombres des secrets…
Un appel au cœur de la nuit. Des gyrophares qui tournoient dans l’obscurité. Une vieille bâtisse à l’abandon. Quand la commandant Virginie Sevran arrive sur les lieux, les techniciens de l’identité judiciaire sont déjà à l’œuvre à l’intérieur. Ils font face à l’insoutenable. À la noirceur de l’âme humaine. Au cadavre d’une gamine dissimulé derrière une cloison que le nouveau propriétaire tentait d’abattre.
Là, au milieu de la campagne francilienne, le silence est oppressant. L’angoisse monte. Et, bientôt, les murs confient deux autres corps aux policiers. Deux autres enfants… Rapidement, la sidération laisse place à une enquête éprouvante. Certainement la plus sordide de toutes celles auxquelles la commandant et son binôme, Pierre Biolet, ont été confrontés durant leurs carrières. Une seule certitude, personne ne ressortira indemne de cette affaire…


Pio Achenza

La vieille bâtisse rongée par le salpêtre fut arrachée à l’obscurité par les phares d’une Opel Corsa en fin de course. De ses yeux rougis de fatigue, le nouveau propriétaire l’observa, les mains toujours sur le volant, en pensant aux mois d’efforts et de sacrifices qu’il faudrait encore avant d’y habiter. Puis il se saisit du sandwich et de la canette de bière posés sur le siège passager, sortit de son véhicule et pénétra dans la maison ouverte aux quatre vents.

Sans porter la moindre attention aux pièces du rez-de-chaussée, Pio Achenza grimpa l’escalier pour se diriger vers une des chambres de l’étage. Là, il alluma un projecteur de chantier, quitta sa lourde parka kaki. D’un geste brusque, il la jeta sur une chaise en osier éventrée qui vacilla sous son poids, puis remonta les manches de sa chemise à carreaux jusqu’aux coudes, faisant apparaître deux bras puissants parcourus de veines saillantes. Il fit un tour sur lui-même, mit en marche un petit poste de radio, se saisit d’une masse. Après une profonde inspiration, la démolition du mur commença.

Les mots de sa femme résonnaient encore en lui. Elle lui avait enjoint de se consacrer au chantier pour que la famille s’installe au plus vite dans cette masure isolée qu’ils venaient d’acheter pour une somme dérisoire. Avec trois enfants et un quatrième en route, leur appartement était devenu vraiment trop petit. Et l’ambiance à la maison, électrique.

En réalité, il se serait bien passé d’une nouvelle bouche à nourrir, mais Maria avait refusé toute discussion quant aux options qui s’offraient à eux : « Bien obligés de faire avec ! » L’air maussade avec lequel elle avait assené ça lui avait laissé un goût amer qu’il espéra atténuer grâce à une rasade de bière. Il culpabilisait à l’idée que l’annonce de cette grossesse ait pu l’attrister, et, en donnant de vifs coups dans la cloison qui se fendillait déjà, il prit conscience qu’il était en colère. Une rogne sèche. Piquante. Dont les remous profonds le faisaient redoubler de vigueur.

Il tapait de plus en plus violemment pendant que Maria occupait toutes ses pensées. Des râles rauques s’échappaient de sa gorge tandis qu’il concentrait toute son énergie dans sa masse. Une large fissure courut dans le plâtre, puis un morceau de brique tomba au sol dans un nuage de poussière. À bout de souffle, il s’interrompit un instant. Au fond, ce n’était pas sa femme et son sale caractère qui créaient son trouble. C’était le chemin que prenait sa vie. Cette trajectoire impossible à maîtriser. Il était inquiet.

Subitement, la journée de boulot pesait sur ses bras. Il aurait peut-être pu reporter les travaux au lendemain, après tout, on n’était plus à un jour près. Maria serait déçue du retard pris, mais il avait désormais l’habitude de ses reproches incessants. Pio chancelait de fatigue en observant le mur ; d’ailleurs, sa vue se brouillait. Plusieurs fois il cligna des yeux, tant il lui semblait que l’espace autour de lui ondulait.

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