PREMIÈRES LIGNE #114 ; Bestial, Anouk Shutterberg

PREMIÈRES LIGNE #114

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Bestial, Anouk Shutterberg

1

Achères-la-forêt (77)
22 février 2017

Suite in B-Flat Major, HWV 434 : IV Menuet, Haendel Interprétation Khatia Buniatishvili

Il paraît qu’il faut se lever, se laver, sortir du lit tous les jours, reprendre forme humaine. Avoir l’air… L’air de quoi, en fait ? Et pour quoi faire… ?

Pourtant, ce matin, elle a réussi à se lever et s’est réfugiée dans la salle de bains. Sonnée, après une nuit sans fin, elle s’est traînée. Mécaniquement. Puis, comme tous les autres jours, elle s’est saisie de son rasoir et s’est scarifiée légèrement juste au-dessus du genou. Cela passera inaperçu, au cas où, si tant est que sa détresse puisse encore émouvoir les quelques humains qui sont restés à ses côtés… Cette pensée la ferait presque sourire.

Le miroir lui renvoie un visage qu’elle a peine à reconnaître. En dix ans, les sillons se sont creusés, ses lèvres autrefois pulpeuses ont perdu de leur jus. L’absence de sourire, depuis des lustres, a amplifié l’effet de pesanteur aux contours de sa bouche. Un masque de tristesse figé.

Ses yeux sont encore gonflés et rougis d’avoir trop pleuré cette nuit, et, de toute façon, plus personne n’est là pour la prendre dans ses bras et la consoler. Vincent, son mari, a depuis longtemps déserté l’ambiance mortifère qui s’est abattue sur sa famille. Il y a cinq ans, il a jeté l’éponge, fuyant cette dépression qui a happé sa femme dans une non-zone teintée de gris où le soleil s’est définitivement éclipsé.

Soutenue par ce lavabo désuet qui fige le décor de cette salle de bains surannée, Stéphanie avale ses comprimés un par un. Pendant des années, elle a confié son chagrin à l’alcool. Elle s’envoyait des doses de whisky et de vodka dans les veines à peine passé 10 heures du matin.

Puis, miracle. Bancal et maladroit, son couple s’est ressoudé.

Vincent a fait acte de présence, l’a soutenue et rassurée. Il est redevenu le compagnon, l’ami, l’amant qu’elle avait connu dans sa jeunesse. Il l’a raisonnée, prise en main. L’alcool avait alors quitté la scène au profit d’autres couleurs. Du rose, du bleu, du blanc, des cachets multicolores et de toutes formes.

Il fallait qu’elle aille mieux, qu’elle se détende. Enfin, faire le deuil de la perte de cet enfant, bon sang ! Qu’elle digère cette absence et qu’elle surmonte ce vide abyssal qui l’anéantissait.

Le docteur Lefèvre a été très clair. Dépression profonde. De celles que seuls des antidépresseurs et des anxiolytiques puissants pourraient éventuellement vaincre. Sinon, le dernier recours, c’était l’hôpital psychiatrique, et ce serait sans appel. Le médecin a tenté de conclure sur une note plus rassurante. « Vous vous en sortirez avec ce cocktail médicamenteux. Ensuite, quand vous irez mieux, on réduira les pilules, tranquillement, en douceur. »

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