PREMIÈRES LIGNE #80 La cassure de Martina Cole

PREMIÈRES LIGNE #80

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

La cassure de Martina Cole

Prologue

1992. Grantley.

Melanie Harvey descendait Bayler Street d’un bon pas.

Née à Grantley et désormais étudiante dans cette petite ville de l’Essex, elle se réjouissait du petit air distingué que lui donnait son nouveau statut – ses anciens professeurs n’en seraient pas revenus. Elle adorait cet endroit, elle s’y sentait chez elle, c’est là qu’elle voulait travailler et fonder une famille. Surtout depuis la nouvelle politique urbaine : enfin Grantley se développait et occupait sa place sur la carte du monde.

Tout changeait si vite ! La ceinture verte disparaissait peu à peu, grignotée par les nouvelles constructions, immeubles ou résidences – tous privés, évidemment. On démolissait à tour de bras pour faire place aux banlieusards qui rêvaient de vivre à quarante minutes de Fenchurch Street et de la City. Le lieu flairait encore assez bon la campagne pour que les gens aient envie d’y élever leurs enfants ; tous étaient prêts à casser leur tirelire pour se payer une maisonnette dans les environs.

Chaque matin, Melanie faisait son jogging suivant le même itinéraire, étonnée de la vitesse à laquelle les immeubles sortaient de terre – objectivement, ils ne semblaient pas faits pour durer. Et chaque matin, les ouvriers des chantiers la sifflaient au passage. Mais la jeune fille préférait les ignorer. Fière de ses dix-sept ans et de ses soutifs 95D, elle trouvait tout à fait normal que ces vieux cochons lui manifestent ainsi leur admiration. D’un naturel plutôt arrogant, elle courait d’un air dégagé et toisait le monde du haut de sa belle jeunesse.

Ce matin, elle portait un petit top, un short et une paire de Reebok. Ses cheveux châtain foncé étaient retenus en queue-de-cheval. Dans sa course, elle scrutait les anciens bâtiments en démolition.

Du coin de l’œil, elle aperçut un bulldozer qui se dirigeait lentement vers la dernière bâtisse intacte. Un nuage voila le soleil quelques secondes, ce qui lui permit de mieux observer la scène.

C’est alors qu’elle vit quelque chose bouger sur le toit. Le mouvement, à peine perceptible, attira pourtant son attention. Elle leva les yeux pour mieux voir : hélas, le soleil était revenu, aveuglant, et ses yeux se remplirent de larmes. N’empêche, elle avait bien vu bouger quelque chose, elle en aurait mis sa main à couper.

Le bulldozer reprit son travail, un nuage cacha de nouveau le soleil et soudain Melanie aperçut une petite tête blonde. Elle n’avait fait que l’entrevoir, mais c’était suffisant. Il ne pouvait s’agir que d’un gosse : le parapet surplombant le bâtiment pouvait dissimuler un enfant, un adulte aurait été facilement repérable.

C’est alors qu’il réapparut.

Le conducteur du bulldozer allait attaquer la démolition ! À la grande joie des ouvriers, ravis de la voir déraper sur le sol inégal, Melanie se précipita. À la vitesse à laquelle elle courait, ses baskets blanches soulevaient une nuée de terre et de poussière de brique, et à chaque battement de cœur, ses seins lourds venaient taper contre sa cage thoracique. Elle tenta désespérément d’attirer l’attention du type dans le bulldozer – pas de souci : mi-appréciatif, mi-inquiet, l’ouvrier ne la quittait pas des yeux.

Elle surgit devant lui, le type freina, puis s’arrêta, sidéré de la voir gesticuler comme une détraquée. Elle semblait vouloir attirer son attention sur quelque chose qui était au-dessus de sa tête.

Furieux, le chef de chantier, un dénommé Desmond Rawlings, se précipita dans sa direction et s’exclama d’un ton rageur :

– Putain de merde, mais où vous vous croyez, bordel ?

À bout de souffle, Melanie continuait à pointer le doigt vers le sommet du bâtiment.

– Regardez, il y a quelque chose, ou quelqu’un, là-haut !

Il leva les yeux de façon automatique, mais ne vit rien.

– Tu te fous de ma gueule, mignonne ?

Melanie secoua la tête.

– Non, je suis sûre qu’il y a quelqu’un sur le toit. Allez-y, vous verrez bien.

Le conducteur de l’engin sortit de sa cabine.

– Alors, Des, c’est quoi ce foutoir ?

Desmond haussa les épaules, son corps lourd ruisselait de sueur. Il faisait froid, ce matin, et il avait enfilé un pull sous sa veste de chef de chantier, comme le signalait l’inscription qu’il avait dans le dos.

– Va savoir. Cette fille prétend qu’il y a quelqu’un là-haut.

Il pointa le doigt en l’air. Tous les ouvriers regardèrent vers le toit du bâtiment.

– Je vois que dalle, moi.

– N’empêche, il y a quelqu’un. Je l’ai vu, de mes yeux.

La voix de Melanie était moins assurée. C’est vrai que, de là où elle était, elle non plus ne voyait plus rien.

– Je courais dans la rue quand, tout à coup, là-haut, j’ai vu une petite tête blonde. Il vaudrait mieux aller faire un tour quand même, histoire de vérifier.

Des poussa un énorme soupir. Il en avait ras le cul, de ce bordel. Les entrepreneurs étaient nuls, tout allait de travers et le chantier avait pris un retard de plusieurs semaines. Aucun croquis ne correspondait à rien et le chargement d’acier était à la bourre, comme d’hab’. Et pour tout arranger, voilà qu’une imbécile de gonzesse venait lui raconter qu’il y avait un môme sur le bâtiment qu’il s’apprêtait à foutre par terre.

Les ouvriers, ravis de l’intermède, s’étaient précipités pour faire cercle autour du petit groupe. Melanie, elle, se sentait de plus en plus embarrassée. Et si elle avait été victime d’une illusion d’optique ?

– Je suis certaine d’avoir vu quelque chose…

Un type râblé, teint mat et yeux verts, se proposa.

– Bon, allez, Des, je vais y jeter un œil. Prends bien soin de la mignonne, hein ?

Des acquiesça en soupirant. Il aurait donné cher pour être chez son bookmaker1, une liasse de billets dans une main et une bière dans l’autre. Le type aux yeux verts disparut dans la structure de l’édifice. Des jeta un œil furtif sur les roberts de la nana, qui lui adressa un regard cynique.

– Tu m’as bien matée, sale pervers ?

Les autres types se marrèrent, non sans devoir réprimer l’envie d’imiter leur collègue.

Soudain, leurs rires s’éteignirent et, comme un seul homme, ils tournèrent les yeux vers le toit du bâtiment. Melanie craignait de s’être trompée, tout en espérant le contraire – les gars rigoleraient beaucoup moins s’il y avait bien quelqu’un.

En tout cas, elle aurait fait ce qu’il fallait. C’était déjà une consolation.

*

Regina Carlton se hissa avec difficulté hors du lit et repoussa le type qui dormait auprès d’elle. Il grogna et, en se retournant, lâcha un gros pet bien sonore.

Avec une moue, Regina soupira.

– Putain de merde, mais où je l’ai dégotté, celui-là ?

Sa question restant sans réponse, elle regarda autour d’elle d’un air las. Le sol était jonché de vêtements épars, l’atmosphère empestait le linge et la vaisselle sales. Elle s’alluma une Benson & Hedges, en prit une bonne bouffée et avala la fumée à fond. Illico, la nicotine lui monta au cerveau et Regina poussa un nouveau soupir, de joie cette fois.

En grattant son ventre avachi, elle quitta la pièce et se traîna d’un pas désœuvré dans l’entrée, puis, de là, vers la cuisine. Une fois la bouilloire allumée, elle fouilla dans les restes qui couvraient la table et en dégagea un flacon de pilules. Elle l’ouvrit, en sortit deux cachets bleus qu’elle avala avec une gorgée d’eau et alluma une nouvelle cigarette au mégot de la précédente. L’eau bouillait, elle se fit un café, renifla le lait d’un air dubitatif, le reposa et avala son café noir.

De retour dans le vestibule, elle ouvrit la porte de la chambre où dormaient ses enfants.

Michaela, cinq ans, était encore endormie, ses cheveux châtain doré déployés sur une taie d’oreiller douteuse. Hannah, dix mois et toujours au berceau, était déjà réveillée. Sa couche trempée dégageait une odeur d’ammoniac tellement âcre que sa mère sentit ses yeux la piquer.

En revanche, le lit où aurait dû se trouver le petit Jamie, deux ans, était vide. Regina fronça les sourcils, retourna dans la salle de séjour, qu’elle parcourut d’un regard circulaire, et revint dans la cuisine. Elle la fouilla des yeux, sans oublier de regarder sous la table.

– Il va voir comment je vais le massacrer, ce petit connard, dit-elle d’une voix plus rageuse qu’apeurée.

Elle retourna dans la salle de séjour et, tirant un voilage jauni par la fumée de tabac, balaya du regard l’espace qui se trouvait devant l’immeuble.

Rien, pas de Jamie.

Son café terminé, enfin boostée par les cachets de Driminal, Regina retourna dans sa chambre, enfila un jean et un sweat Bart Simpson. Elle s’attacha les cheveux en arrière et se contempla dans le miroir de sa coiffeuse.

Elle avait les yeux caves et cernés, ses pommettes se noyaient dans un visage bouffi par les excès : trop d’alcool, trop de drogues, trop de cul. Et voilà le résultat. Elle avait en revanche un corps maigrichon où tout s’avachissait, depuis les seins jusqu’à la peau des avant-bras.

Regina avait vingt-cinq ans.

Elle avança vers le lit et réveilla d’une bourrade le mec endormi.

– Vas-y, dégage ! réagit-il. Tu vois pas que je pionce, merde ?

Elle baissa vers lui des yeux indifférents, ce type ne l’agaçait même pas. Allumant une nouvelle cigarette, elle se dirigea vers la chambre des filles et, sans même soulever le dessus-de-lit, réveilla Michaela d’une bonne claque sur les fesses.

– Hé, ma puce ! Occupe-toi d’Hannah et fais-la déjeuner.

Michaela se redressa d’un bond. Sa mère continua :

– T’as pas vu Jamie ?

La gamine secoua la tête.

Regina sortit de l’appartement et dévala les quatre étages jusqu’à la rue. En passant au deuxième, elle croisa une vieille aux traits déformés par une moue d’exaspération.

– V’zavez pas vu mon Jamie ? demanda-t-elle d’une voix râpeuse à la vieille sorcière.

Un quart d’heure plus tard, même Regina commençait à se faire du souci : pas de doute, son gamin avait disparu. Manquait plus que ça ! La police allait fourrer le nez dans son chaos quotidien. Avec tout ce qu’elle avait déjà sur le poil !

– Putain, quel chieur, ce môme ! Un faiseur de merdes, comme son père.

Elle retourna à l’appartement sans attendre et entreprit de le débarrasser de tout objet compromettant. Fallait pouvoir appeler les flics sans crainte.

Mais, d’abord, elle téléphona à son travailleur social : elle aurait besoin de toute l’aide qu’elle pourrait trouver.

Dix minutes plus tard, l’agent Black débarquait en compagnie d’une policière, l’agent Hart. Ils froncèrent les narines en pénétrant dans l’appartement, agressés par l’odeur d’urine et de sueur rance qui leur sauta à la gorge.

Regina leur lança un sourire acide, elle était prête à la bagarre.

Un coup d’œil à l’appartement minable leur suffit à se décider ; pas question d’y rester, encore moins de s’asseoir.

– Bonjour, je me présente : agent Joanna Hart, et voici mon collègue, Richard Black. D’après nos informations, votre petit garçon aurait disparu ?

– M’enfin, c’est moi qui vous ai appelés, que je sache ?

La voix de Regina laissait percer une bonne dose de mépris, mitigée de frayeur. Hart le décela immédiatement.

– Allons, allons, nous ne sommes pas venus en ennemis. Si votre petit garçon a vraiment disparu, inutile de prolonger les préliminaires, croyez pas ?

Ses paroles eurent un effet immédiat, Regina se détendit.

– C’est un vrai petit vagabond, ce mioche. Il a beau être petit, il est malin comme un singe. Franchement, c’est avec moi qu’il devrait être, croyez pas ? Je suis sa maman, quand même. J’ai cherché partout, mais rien, que dalle. Pas de doute, il a bel et bien disparu.

L’agent Hart eut un élan de pitié pour cette pauvre femme. Elles n’en étaient pas à leur première rencontre. Combien de fois l’avait-elle vue ivre, droguée, agressive ?

– D’accord, j’ai pas été élue maman de l’année, mais c’est mes mômes, d’accord ? Et moi, mes gosses, je les aime, continua Regina.

L’agent Black renifla et secoua tristement la tête.

– Ben oui, ça crève les yeux.

En une fraction de seconde, Regina avait bondi sur lui. Hart s’interposa vivement entre les deux adversaires.

– Bon, Richard, va donc faire un tour chez les voisins pendant que je m’occupe de Miss Carlton, OK ?

Le ton était ferme et sans réplique. Sans se presser, son collègue tourna les talons et quitta la pièce.

– Tu parles d’un branleur. Et encore, il se permet de me juger, ce connard. Mais pour qui il se prend, ce débile ?

Regina tirait nerveusement sur sa cigarette, sans même prendre le temps d’avaler la fumée. L’agent Hart lui sourit.

– Alors, imaginez ce que c’est de travailler avec lui !

Elle avait parlé à voix basse, d’un ton de conspiratrice, cherchant désespérément à établir une connivence avec la jeune femme.

– Oh, laissez tomber, pas la peine de jouer à ça avec moi. Vous me la ferez pas, ni vous ni vos collègues. Je sais très bien ce que vous croyez, je la connais, votre façon de penser. Vous oubliez vos conneries et vous retrouvez mon gamin, point barre.

Regina avait peur et ça se voyait.

Une forte exclamation venant du couloir évita à la policière d’avoir à répondre.

– Bonjour mon trésor, c’est moi, Bobby.

La voix était haut perchée, efféminée. Un homme de grande taille pénétra dans la pièce. Il avait les cheveux longs, teints en noir et aux racines apparentes, et des yeux bleus souriant dans un visage ouvert. Il ouvrit grand les bras, Regina s’y précipita en sanglotant. L’agent Hart les observa un moment, contente de voir arriver quelqu’un susceptible de lui venir en aide.

– Il est de la famille ?

Regina lui fit face en reniflant.

– Bien mieux que ça, chérie, c’est mon travailleur social.

Le type lui tendit une main flasque.

– Robert Bateman, ma grande. Assistant social de ces dames.

Hart poussa un gros soupir. Il ne manquait plus que ça.

Black revint dans l’appartement et lança d’une voix forte :

– Un petit garçon répondant au nom de Jamie a été retrouvé sur un chantier, de l’autre côté de la ville. Un petit blond aux yeux bleus, en parfaite santé.

Regina se détendit.

– Oui, ça a l’air d’être ça. C’est bien mon gosse.

Bien que son visage soit resté impassible, sa voix trahissait son soulagement.

– Comment a-t-il échoué là-bas ? demanda l’agent Hart d’un ton soupçonneux.

Black haussa les épaules.

– Et comment je le saurais ? En tout cas, on l’a emmené à l’hôpital pour les tests de contrôle.

– Oh, Bobby, tu m’emmènes, s’te plaît ?

Le visage de l’assistant social se fendit d’un large sourire.

– Bien sûr, Regi. Et les deux autres, qu’est-ce que t’en fais ?

Michaela se tenait debout sur le seuil de la porte avec Hannah, changée et sentant bon, dans les bras.

– Pas de problème. Mon copain dort dans la chambre, il les surveillera.

Robert roula ses yeux bleus vers le plafond.

– Les petites le connaissent, ma grande, ou c’est juste un oiseau de passage ?

Regina ferma les yeux un instant.

– Elles le connaissent un peu. Bon, alors, on y va ?

Le ton était définitif.

Cinq minutes plus tard, ils étaient partis.

Michaela enfournait une cuillerée de céréales Weetabix dans la bouche d’Hannah lorsque le type sortit enfin de la chambre. Il était nu, le sexe en demi-érection, taraudé par une sacrée envie de pisser.

Il examina les deux petites assises dans cette cuisine cradingue et leur lança d’un ton acide :

– Putain, mais qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ?

Rejetant sa belle chevelure dorée en arrière, Michaela répondit sur le même ton :

– Je pourrais te poser la même question, mon vieux.

*

Imbu de sa juste autorité, l’agent Black pénétra dans l’hôpital de Grantley d’un pas assuré. Après avoir traversé les urgences, il grimpa les cinq étages qui menaient au service de médecine infantile. L’agent Hart se tenait devant la porte d’un bureau, un gobelet de café à la main. Elle lui sourit.

– Alors, quoi de neuf ?

– J’ai deux témoins qui affirment avoir vu Regina Carlton et son fils sur le chantier, à six heures et demie ce matin. Le premier est une femme, elle fait le ménage à l’usine Kortone Separates. Elle gare sa voiture près du chantier et finit le trajet à pied avec une copine. Le second est un homme qui passe par là en allant chercher son journal. Ils l’auraient vue se débarrasser du môme.

Joanna Hart fronça les sourcils.

– Dans ce cas, pourquoi nous aurait-elle appelés ?

Black leva les épaules.

– Elle a peut-être cru qu’il était mort, puisqu’ils allaient démolir le bâtiment où on l’a retrouvé.

– Bon Dieu ! On ferait mieux de prendre contact avec la PJ.

– C’est fait. Ils ne vont pas tarder. On verra bien comment elle s’en sortira, cette traînée.

Devant son air réjoui, Joanna comprit sa vieille animosité. Black eut un haussement d’épaules.

– Tentative de meurtre, hein ?

– Tout dépend de son état au moment des faits. Impossible de l’inculper tant qu’on n’a pas tous les éléments.

Black secoua la tête d’un air apitoyé.

– Tu ne veux pas piger, décidément. Cette fille est tellement saturée de substances chimiques qu’elle pourrait devenir la première femme OGM de l’histoire ! Mais toi, ça ne te dérange pas, tu continues à la défendre. On ne les compte plus, les fois où il a fallu se rendre chez elle pour cause de bagarre, de tapage nocturne ou d’état d’ivresse… Mais ton grand cœur lui laisse encore le bénéfice du doute !

Il partit d’un rire incrédule qui résonna jusqu’au fond du couloir.

– Mais, bonne mère, cette fille a trois gosses ! Et ce matin, on en a retrouvé un à moitié mort, enfoui sous un tas de gravats. Comment tu peux défendre un truc pareil ? Faut l’enfermer, cette tarée, ma grande. Et si ça ne tenait qu’à moi, je balancerais même la clé !

– Alors ça, mon cher, je n’en doute pas.

Surgissant derrière eux, Robert Bateman leur lança, d’une voix étonnement ferme :

– Croyez-moi, cette fille sort d’un milieu bien pire que celui où vivent ses enfants, et malgré tout, elle tente de s’en sortir. Regina a beau être comme elle est, elle les adore, ses mômes. À sa façon, bien sûr.

L’agent Black secoua la tête, une fois de plus.

– Allez donc prêcher ça aux convertis. En ce qui me concerne, c’est un vrai bâton merdeux, cette fille, et ses mômes seraient bien mieux ailleurs. Elle tapine, elle est camée et elle les laisse croupir dans des situations plus que dangereuses. Ça schlingue, chez elle…

– On ne peut quand même pas enfermer les gens parce que leur appartement est sale, fit Joanna d’une voix agacée.

– … son appart’ pue et ses gosses traînaillent toute la journée. Chaque fois qu’on va chez elle, on les trouve soit au lit, soit en pyjama. La vie qu’elle mène à ces pauvres mioches est un vrai cauchemar.

Robert Bateman poussa un profond soupir.

– Dites donc, vous commencez vos sermons de bonne heure. On s’est levé du pied gauche, c’est ça ?

Dans le couloir, un bruit de talons résonna soudain, ils tournèrent tous la tête : l’inspecteur Kate Burrows les salua d’un sourire nonchalant.

– Alors, c’est quoi cette histoire ?

Puis elle ferma les yeux : ils répondaient tous en même temps. En leur intimant d’un geste de baisser le volume, elle ajouta d’un ton impératif :

– Un seul à la fois, si vous voulez bien.

Devant leurs regards irrités, Kate soupira. La journée avait mal démarré, et aucun doute, ça ne s’arrangeait pas.

Bien au contraire.

1– Dans les îles Britanniques, le bookmaker (ou bookie) prend les paris sur tout : les courses, les élections, tous les événements à venir…

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