PREMIÈRES LIGNE #131 Peine Capitale, Isabelle Villain

PREMIÈRES LIGNE #131

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Peine capitale, Isabelle Villain

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23 novembre 2011.

Elle se sent désespérément seule. Depuis quand est-elle coincée ici ? Elle n’en a pas la moindre idée. La notion du temps est un élément très abstrait lorsqu’on est enfermé. Trois jours, peut-être quatre ? Son mari a bien évidemment signalé sa disparition, et la police s’est certainement lancée à sa recherche, mais dans quelle direction ? La dernière chose dont elle se souvient remonte pour elle à une éternité.

En premier lieu, remettre de l’ordre dans ses idées. Cet effort pour creuser au plus profond d’elle-même se révèle être un véritable calvaire.

Mais au bout de quelques minutes d’intense concentration, certains flashs, un peu comme des éclairs lumineux, lui reviennent en mémoire : ce soir-là, elle était rentrée de l’hôpital beaucoup plus tard que d’habitude, vers 23 heures. Il y avait eu un gigantesque carambolage sur le périphérique entre la porte de Choisy et la porte d’Ivry. Des dizaines de véhicules s’étaient encastrés les uns dans les autres, et le SAMU avait dénombré plusieurs blessés graves dont deux hommes en état de mort cérébrale. Le service d’accueil des urgences de la Pitié-Salpêtrière, qui jusque-là était exceptionnellement désert, s’était retrouvé encombré d’une multitude de brancards. Elle pouvait encore entendre le bruit des roues sur le sol et les cris des blessés. En arrivant chez elle, totalement vidée, elle avait pris une douche et englouti un plat de pâtes sur lequel elle avait râpé quelques copeaux de parmesan frais.

Le simple fait de repenser à cette assiette la fait frissonner. Son estomac contracté se rappelle à son bon souvenir. Depuis quand n’a-t-elle rien avalé ? Ne pas y penser. Ne surtout pas se laisser distraire. Revenir à son emploi du temps pour tenter de comprendre ce qui a bien pu lui arriver : une promenade dans la rue avec Flesh, son chien, un bon gros caniche gris au regard triste. Cette sortie nocturne était habituellement le job de son mari, mais Stéphane était en déplacement ce soir-là. Elle était allée chercher la laisse. Son chien avait pigé en un quart de seconde que l’heure de la récréation avait sonné. Malgré ses treize ans et un début d’arthrose, il s’était mis à faire des bonds en sautant sur ses deux pattes postérieures et en couinant légèrement. Elle avait enfilé un jogging, un gros pull en cachemire et son manteau puis avait descendu à pied les trois étages.

À cet instant, en caressant délicatement ses jambes, elle sent sous ses doigts le contact du coton molletonné. Elle porte toujours le même survêtement, et n’a donc, en toute logique, jamais regagné son domicile.

Elle ferme les yeux pour essayer de retrouver toute sa concentration. Elle est épuisée, mais ce travail de mémoire lui semble important : il faisait nuit noire et un petit crachin humide lui effleurait le visage. Elle marchait tranquillement dans la rue, puis plus rien, le néant. Une sensation de brouillard intense, un mal de tête lancinant et une odeur d’éther ou peut-être de chloroforme dans la bouche.

Mais pourquoi elle ? Que peut bien lui vouloir son kidnappeur ? Cela n’a aucun sens. Sa famille ne roule pas sur l’or.

Soudain, son visage se contracte. Elle grimace. Elle ressent de violentes douleurs dans les bras et le bas du dos. Il l’a très certainement frappée. Mais l’a-t-il violée ? Elle n’en garde pas le moindre souvenir.

Durant les premières heures de sa captivité, pleine d’espoir et de détermination, elle a tenté de se représenter l’endroit dans lequel elle est retenue prisonnière. En rampant le long des parois, elle a calculé que la pièce ne doit pas mesurer plus d’une dizaine de mètres carrés, tout au plus. Des murs humides, criblés de petites brèches. De la pierre poreuse. La cave d’une très vieille maison certainement.

Peine capitale
Elle marchait tranquillement dans la rue puis le trou noir. Une sensation de brouillard intense, un mal de tête lancinant et une odeur d’éther ou peut-être de chloroforme dans la bouche. Mais pourquoi elle ? Que pouvait bien lui vouloir son kidnappeur ? Cela n’avait aucun sens.
À partir d’un cadavre découvert dans un lac du bois de Boulogne, le commandant Rebecca de Lost, chef de groupe au 36, quai des Orfèvres, s’engage dans une enquête tortueuse. Le corps est demeuré trop longtemps dans l’eau, les chairs sont trop gonflées pour permettre son identification… Les policiers de la célébrissime Crim se lancent dans des investigations en vue d’élucider une série de crimes. Quel est ou quels sont les liens entre ces assassinats ? Qui est ou quels sont ces criminels morbides ?

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

• Lady Butterfly & Co
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PREMIÈRES LIGNE #127, Âmes battues, Isabelle Villain

PREMIÈRES LIGNE #127

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Âmes battues, Isabelle Villain

Âmes battues
Un claquement métallique puis le bruit sourd d’un corps s’effondrant sur le sol. Un geste qui aurait pu ruiner une carrière prometteuse. Un souvenir qui, à n’en pas douter, hantera longtemps le commandant Rebecca de Lost.
Traumatisée par l’issue de sa dernière enquête, réintégrée à la tête de son groupe au 36 quai des Orfèvres, elle est chargée d’élucider le meurtre d’une prostituée. S’agit-il d’un crime commis par son souteneur ou un client ?
Les enquêteurs de la Crim’ se retrouvent confrontés à un psychopathe diaboliquement intelligent dont l’ambition est de battre la police à son propre jeu et dont l’unique choix est d’aller jusqu’au bout de sa manipulation. La partie était perdue d’avance. Lui le savait, les flics pas encore.
Des bas-fonds de Paris aux tréfonds de l’âme humaine, Isabelle Massare-Villain propose une nouvelle intrigue où la violence psychologique prend le pas sur la violence physique.

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26 mars 2012.

Un claquement métallique, puis le bruit sourd d’un corps s’effondrant sur le sol.

La vie de Rebecca a basculé en une fraction de seconde, et pas une seule journée ne s’écoule sans que les images de cet après-midi du 26 janvier reviennent la hanter : le visage de son adjoint, le capitaine Antoine Atlan, à terre, la suppliant de ne pas appuyer sur la détente ; son agresseur, une arme pointée sur elle, lui récitant mécaniquement les raisons pour lesquelles il venait d’assassiner de sang-froid six personnes pour venger la mort de sa propre femme. Il avait tout planifié pendant des mois et ne semblait éprouver aucun remords. Elle peut encore ressentir, même après toutes ces semaines, cette sensation de bras ankylosé. Ils s’étaient tenus là, à quelques mètres l’un de l’autre, face à face, arme contre arme, durant d’interminables minutes. Rebecca était tout à fait consciente, à cet instant, de l’issue vers laquelle ce psychopathe cherchait à l’entraîner. En vain… Elle s’était engouffrée, les yeux fermés, dans le piège tendu et avait tiré. Poussée dans ses derniers retranchements, elle avait craqué. Elle avait réalisé un peu plus tard que gagner la partie n’avait pas été suffisant. Il était parti volontairement à l’abattoir, le chargeur totalement vide. Il était parvenu en quelques secondes à lui retirer toute lucidité, à la transformer en une femme meurtrie et meurtrière, plaçant sa vengeance au-dessus de tout le reste, quitte à mettre sa carrière en danger. Avait-il mérité ce sort ? Rebecca n’était pas en droit de se poser la question. Elle était commandant à la brigade criminelle et son devoir aurait été de procéder à son interpellation et de laisser la justice faire son travail. Elle avait commis une terrible faute, et le commissaire divisionnaire Pecorelli avait été dans l’obligation de saisir le parquet de Paris. L’IGPN{1}, la police des polices, était entrée en action pour mener l’enquête et avait suspendu Rebecca à titre provisoire. Son équipe criait haut et fort qu’elle ne méritait pas cette sanction. Ce n’était pas à eux d’en juger. En attendant, ils tentaient tous de faire face de leur mieux.

La cloche de l’église Sainte-Anne se met à résonner sur la place d’Armes. Il est 10 heures. Rebecca termine son petit déjeuner, assise à la terrasse de l’hôtel. Elle a remonté sa longue chevelure rousse en un chignon approximatif et protégé ses yeux verts avec des lunettes de soleil. La nuit a été agitée, une nouvelle fois. Son teint clair, d’ordinaire toujours rose et frais, est un peu chiffonné.

Une dizaine de colombes d’un blanc nacré se disputent les dernières miettes de pain abandonnées par les clients. Le temps est printanier, la température douce et le ciel bleu azur. L’île de Porquerolles appartient encore pour quelques semaines à ses 350 habitants. Rebecca a découvert par hasard il y a onze ans ce petit coin de paradis situé au large de Toulon au cours d’une escapade en bateau. Elle est tombée amoureuse au premier regard de ces criques cristallines et de ces chemins bordés d’oliviers et de pins parasols. Depuis, elle essaye d’y séjourner une fois par an, ne serait-ce qu’un long week-end, pour se ressourcer et se vider la tête. Ne penser à rien. Alors débarquer ici, après l’épreuve qu’elle venait de traverser, était une évidence.

Rebecca consulte son portable. La batterie est toujours pleine. Le nombre de barres de réseau à son maximum. Rien. Aucun appel.

L’inspection générale des services doit rendre ses conclusions dans les jours à venir, mais elle ignore la sanction qu’elle va encourir : simple blâme, mise à pied temporaire, définitive ou bien mutation à la circulation. La faute est avérée. Elle l’a intégrée, mais son groupe s’est montré solidaire et les circonstances plaident en sa faveur. Rebecca a rangé sa naïveté au placard depuis pas mal d’années. Les excellents résultats de son équipe créent de la jalousie au sein de la Crim’. En tant que femme, elle se retrouve souvent en première ligne, mais elle a sa conscience pour elle et l’appui de sa hiérarchie. Il ne lui reste plus qu’à patienter encore quelques heures, un jour ou deux, tout au plus.

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• Aliehobbies
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