Trophée Anonym’us, les mots sans les noms ! La Solution du KiaEkriKoi

Trophée Anonym’us, les mots sans les noms ! La Solution du KiaEkriKoi

La réponse du KIAEKRIKOI, 
par ordre alphabétique d’auteurs.
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Sophie Aubard


Nouvelle 20 – Un air de famille

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Solene Bakowski


Nouvelle N°12 – Nos chers voisins

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Katia Campagne


Nouvelle N° 10 – Quand la terre mourra

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Céline Denjean


Nouvelle 17 – Rédemption

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Sandrine Destombes


Nouvelle 21 – Faute Grave

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Pascale Dietrich


Nouvelle 18 – L’intersection

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Eric Yann Dupuis


Nouvelle N°4 – Le spectre de la vérité

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Sacha Erbel


Nouvelle N°2 – Plus fort que Superman

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Nick Gardel


Nouvelle N°7 : Faut bien se nourrir

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Fred Gevart


Nouvelle 16 : Marie Martine – De la neige en été

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Fredérique Hoy


Nouvelle N°6 : Histoire d’Oreille

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Stéphanie Lepage


Nouvelle N°5 – Beauté épinglée


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Guy Masavi


Nouvelle N°8 : Tout ce qui est humain

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Salvatore Minni


Nouvelle 14 – Béton armé

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Natacha Nisic


Nouvelle N°3 – Dans la bouche

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Tom Noti 


Nouvelle N° 11 – The Champion

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David Patsouris


Nouvelle N°14 – Elle a peur, peut-être

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Laurence Simao


Nouvelle N°13 – Trois âmes pour seule arme

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Simon François


Nouvelle N°15 – Contrechamp

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Ahmed Tiab 


Nouvelle N°9 : Un soir d’orage

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Balthazar Tropp 


Nouvelle N° 1 – Autoportrait

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Trophée Anomym’us, L’interview de la semaine : Nick Gardel

mercredi 16 janvier 2019

L’interview de la semaine : Nick Gardel

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.



Aujourd’hui l’interview de Nick Gardel !



1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?Bande de psychopathes !

Pour ma part, ma psychopathologie est plus en amont. Mes personnages sont une grande part de moi. J’aime le son de l’os qui craque, j’aime l’orteil sur la table basse, j’aime la porte de placard.

2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?

42 est plus qu’une réponse, c’est un mode de vie. Dans « La vie, l’amour, les vaches » (qui déjà est un titre ultime), un personnage utilise la phrase la plus aboutie de la création pour clore une dispute. « Je te hais, je te hais, je te hais tellement. Si la haine était un peuple, je serais la Chine ! »

3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?

Sans aucune hésitation Arsène Lupin. Juste pour qu’il me confirme qu’il déteste ce bouffon sautillant à fausse barbe que fut Georges Descrières.

4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?

A chaque fois que j’imagine un super pouvoir, je pense surtout aux défauts qui l’accompagnent. Trouver les points d’intérêt scénaristiques. Comme cette blague du type dans le désert qui veut être blanc, avoir de l’eau et voir des culs et se retrouve en cuvette de chiotte. C’est le principe même des nouvelles du recueil « AZAZEL » d’Isaac Asimov. J’adore. Je me souviens d’un exercice de physique qui nous demandait de calculer la distance d’arrêt que mettrait Superman, pied au sol, pour stopper un camion lancé à pleine vitesse. C’était 27 kms si je me souviens bien.

5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

Réponse facile. Je n’ai déjà aucun lecteur. L’acte d’écrire est totalement déconnecté du lecteur. C’est un acte solitaire sans être masturbatoire. Je raconte un truc du mieux que je peux. Je joue avec les mots pour me faire marrer ou pour me dire que je suis un être humain pas trop dégueu. Si des lecteurs adhèrent c’est un bonus, mais absolument pas un initiateur.

6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?

Une phrase qui me trottait en tête. Plutôt le début d’un dialogue (si tu ouvres encore ta gueule, je fous mon poing dedans). Le défi de me dire que j’en étais capable.

7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?

Forcément. Je ne suis qu’une plaie d’égo, un handicapé social trop radin pour déléguer à un psy le pouvoir de faire de l’argent avec mes déviances. C’est une question qui rejoint la corrélation auteur/personnage, tous mes personnages sont moi, aucun ne l’est vraiment.

8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?

Difficile question. Sans signature j’écrirais toujours, mais j’adore être lu et qu’on sache que c’est moi qui ai accouché de cette merveille littéraire d’une portée universelle.

9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?

Il n’y a de véritable humour que l’humour noir. Les blagues pour enfants sages n’en sont pas. Le noir est le plus grand terrain de jeu qui soit.

10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?

Tout le temps. Le fichier en cours reste ouvert sur l’ordinateur et je le complète ou le corrige en passant, ou en m’y mettant sérieusement.

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?

Certains de mes personnages sont mes potes. Mais dans la littérature qui a pignon sur rue, j’irai bien boire une bière avec Isidore Bautrelet de l’Aiguille Creuse ou encore R. Daneel des romans d’Asimov et pourquoi pas Yerruldegger si on pouvait éviter le thé salé au beurre et le Bodog de marmotte.

12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?

Véritablement aucune idée. En général j’écris assez juste en premier jet. Mais le premier jet est déjà l’aboutissement d’un malaxage des mots, d’une recherche dans la phrase. Ça influe forcément sur le taux de déchet. Il m’arrive de supprimer des pans entiers ou, au contraire, de rajouter des chapitres pour préciser des motivations.

L’exquis cadavre exquis, épisode final

L’exquis cadavre exquis, épisode 68

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Episode 68 et dernier chapitre

by Nick Gardel

L’amour mon cul

Le premier cube s’abîma dans le liquide bouillant. Un tour de cuillère créa un vortex qui découpa la mousse compacte. Le second sucre prit le même chemin, mais déjà l’attention n’y était plus. Le juge Favre touillait distraitement son café, l’œil dans le vague. Il attendait.

Les épaules carrées de Max plongèrent le bistrot dans une semi-obscurité quand il passa la porte.

Ils étaient seuls dans ce boui-boui qui était depuis longtemps leur point de ralliement. Le juge fit néanmoins signe au journaliste, mais reprit rapidement son air las.

— Pas la forme des grands jours, on dirait… commenta le journaliste.

— Quand tu passes ta journée à patauger dans un merdier sans nom…

— J’avais cru comprendre que ça se décantait, pourtant.

—Tu te fous de moi ? Même mon expresso est plus clair que ce bourbier. On s’ébat dans l’hémoglobine et les pressions de la moitié des ministères. Toute la chaine de commandement est court-circuitée et devine qui va servir de fusible !

— D’habitude c’est plutôt les flics qui morflent, monsieur le juge…

— Avec la médiatisation du double attentat sur Rémini, elle est quasiment intouchable, idem pour Sebastián.

— Il s’agirait surtout de leur foutre la paix…

— Et la mienne de paix ? Ils s’en tirent bien de toute façon. Ils passent leur temps à s’entre-dévorer la couenne maintenant. Les petits oiseaux et les violons. Écœurant. Tout se barre à vau-l’eau.

— Sans compter que tu as Norek qui est resté sur le carreau.

—Et que Lebel nous joue les pleureuses. Dépression post-traumatique, le gars n’est plus étanche. Les eaux de Versailles, les sanglots des grandes épopées. Hors-service aussi.

— Encore les ravages de la passion, rigola Max. En fait toute cette histoire est une vaste histoire d’amour.

— L’amour mon cul !

— Tu es vulgaire monsieur le juge.

— Je t’en foutrai de l’amour ! C’est surtout une histoire de dinguerie. Les Longchamps et ceux qui gravitent autour. La galaxie des tarés ! Lalande, complètement à la masse, son demi-frère, Blanchard, encore plus barge. Et dans la famille « fondu du bulbe », je demande la mère ! Celle-là, elle s’enfile maintenant les cachetons comme des Smarties, par boîte entière. Complètement ravagée. Elle confond tout, elle mélange tout et la plupart du temps, elle bave ! Camille, Carole, son beau-frère, son mari, toute la palanquée de cadavres qui viennent assaisonner ce plat pourri. En tout cas, ceux qu’on a retrouvés ! Parce que les placards sont garnis de squelettes. Du coup, il ne reste que bibi pour éponger le purin.

— Tes supérieurs se réveillent ?

— Eux et leurs copains ! Le moindre péteux avec un portefeuille prend son téléphone, histoire de voir s’il ne pourrait pas, au cas où, s’en servir pour me briser les noix. Des ministres se trouvent tout à coup vachement intéressés par l’enquête de Camille… L’intérieur, les affaires étrangères, même l’autre tanche de l’agriculture…

— Ça ne devrait pas t’étonner. Avec les infos contenues dans son dossier y avait de quoi mettre en bascule pas mal de monde…

— On va surtout faire tourner les chaises et quand la musique sera arrêtée, tout le monde aura retrouvé un strapontin… Remaniement et retraite, pas plus, pas moins. Les services secrets chapeautent le ménage.

— On ne va pas y gagner en clarté…

Le journaliste fit le tour du comptoir désert, laissa couler un filet doré depuis la tireuse et se servit un demi moussu.

— En fait, seule la meurtrière de Camille s’en tire, reprit-il après sa première gorgée.

— Rien n’est moins sûr… La fantômette a été exfiltrée par ses employeurs mais le véhicule n’est jamais arrivé à destination. La version officielle sera celle d’une banale perte de contrôle et d’un tragique accident routier. C’est toujours ça de pris pour les statistiques. Trois morts carbonisés dans l’estafette.

— Ça sent le pipeau à pleins poumons… El Condor pasa à la flûte de pan…

— Dans ce milieu, la seule certitude qu’on peut avoir c’est justement de ne pas en avoir.

— Philosophe, Monsieur le juge !

— Philosophe et emmerdé. Parce que, si tu fais le compte, il ne reste plus personne à charger pour le merdier. Il y aurait bien toi… Mais honnêtement, je ne vois pas comment.

— C’est toujours un plaisir…

— N’empêche, à ta place j’éviterais les velléités de publication dans un avenir proche et je choisirais cette période pour prendre des vacances. Toi et ta fille par exemple… Les tropiques, c’est bien les tropiques. Le turquoise et les palmiers, ça détend.

— J’ai pas exactement les moyens de me payer une cavale à l’autre bout du globe…

— Le coffre de Lalande a révélé un certain nombre d’enveloppes garnies. Je suis presque certain que le compte n’en a pas été fait avec toute la rigueur nécessaire. Tu sais combien la République peut être distraite parfois.

Favre fit glisser un fourreau de Kraft sur la table ronde. Il regarda Max qui souriait. L’affaire était entendue.

— J’imagine que tu vas continuer la brasse coulée dans la merde, dit le journaliste.

— Pour le moment, mon sort est en délibération. Je fais mon benêt qui ne comprend rien. On s’interroge encore pour savoir si je suis aussi con que j’en ai l’air. Dans l’absolu tout le monde se demande si je suis plus utile ici ou perdu dans un tribunal de province à instruire les ravages de l’alcoolisme.

— Ça laisse de la marge.

— La marge, c’est ce qui fait tenir les pages du cahier, dit le juge en quittant le bar.

 

* * *

Un rayon de soleil vient lui caresser l’épaule. Elle ouvre les yeux et regarde les courbes de celle qui dort encore à côté d’elle. Ses côtes lui font mal, surtout dans la position malcommode qu’elle est forcée de garder. Son bras est tendu et glisse sous le traversin jusqu’à la tête du lit. Son poignet est enserré dans un bracelet capitonné relié à un anneau dans le mur. Elle ne tire pas dessus. Elle comprend la raison de sa présence. Ce n’est pas de la résignation, c’est un gage pour celle qui s’étire maintenant à ses côtés.

Carole se tourne vers elle et plonge ses yeux dans les siens.

— Bien dormi ?

— Et toi ?

La jeune femme se redresse et lui caresse le visage. Le geste s’attarde sur son cou pour finalement venir effleurer sa poitrine bandée. Amanda retient sa respiration, anticipant la douleur.

— Tu as mal ? demande Carole.

— Un peu… Faut dire que je n’ai pas exactement la convalescence appropriée… Tu y as été fort tout de même. J’en reviens pas, où est-ce que tu as été chercher un lance-roquette ?

— Je le réservais à Lalande, mais finalement, je me suis dit qu’il pouvait aussi servir pour l’assassin de ma sœur.

Amanda déglutit. Elle tente de trouver des réponses dans les yeux de cette femme qui ressemble tant à Camille.

— …et puis il fallait bien ça pour en finir avec tes employeurs habituels, non ?

— Tu sais, ils ne sont jamais satisfaits. Surtout pas par les apparences. Ils me chercheront sans doute.

— Ça nous laisse un peu de temps au moins.

Carole saute du lit et se dirige vers la fenêtre. Son corps nu joue avec le soleil. Elle est belle. Le bracelet d’Amanda fait un cliquetis quand elle tente de changer de position.

— Ça nous met à égalité, reprend Carole. Moi aussi je suis morte après tout. Et puis tu étais si mignonne dans la carcasse de cette camionnette. Je n’ai pas eu le courage de te mettre une balle dans la tête.

Elle revient et chevauche la prisonnière qui renonce à se redresser.

— Il ne faut pas toujours tout expliquer.

De sa main libre, Amanda empaume le sein de la jeune femme qui lui plante un baiser sur les lèvres.

Il faudra du temps.

Elles en ont.