PREMIÈRES LIGNE #81 : Le carnaval des ombres, R.J. Ellory

PREMIÈRES LIGNE #81

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Le carnaval des ombres, R.J. Ellory

À tous ceux qui ont posé des questions 
sans jamais craindre les réponses…

CONFIDENTIEL

ÉVALUATION D’APTITUDE PSYCHOLOGIQUE 19-409

SUJET : MT-051027-096N

DATE : Lundi 4 août 1958 – 15 h 38

Transcription agent spécial Paul Erickson

Q. Vous comprenez pourquoi vous êtes ici, agent spécial Travis ?

R. Oui, monsieur.

Q. Asseyez-vous, ou peut-être préférez-vous le canapé ?

R. La chaise fera l’affaire.

Q. Très bien. Alors commençons par quelques informations personnelles. Quel âge avez-vous ?

R. Trente et un ans.

Q. Marié ?

R. Non.

Q. Fiancé ?

R. Non.

Q. Sexuellement ou sentimentalement impliqué avec une personne du sexe opposé ?

R. Non.

Q. Très bien. Parlez-moi de votre passé, votre enfance.

R. Le fait que ma mère a tué mon père. C’est de ça que vous voulez que je parle ?

Q. Nous devons aborder cette question, bien entendu, mais nous ne sommes pas obligés de commencer par ça.

R. Eh bien, si nous devons en parler, autant le faire. Je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit d’autre de grande importance.

Q. Très bien. Alors commençons par ça. Vous aviez quinze ans à l’époque, exact ?

R. Oui, monsieur.

Q. Dites-moi ce qu’il s’est passé, du mieux que vous vous souvenez…

COMPTE RENDU

D’après les observations initiales, le sujet est émotionnellement détaché. Là où on attendrait une réaction et une activité émotionnelles significatives, il semble y en avoir peu. Une telle dissociation n’est pas rare lorsqu’un traumatisme psychologique sévère a été vécu au cours de la jeunesse. Les réponses du sujet semblent quelque peu préparées et formelles, comme s’il avait bâti une stratégie grâce à laquelle il parvient à gérer ses émotions. S’écarter de cette construction mentale serait risqué et exposerait le sujet à des interprétations alternatives et des réactions imprévisibles. C’est un territoire inconnu, il doit donc – pour le sujet – être évité. Inversement, il a peut-être simplement adopté une attitude dont il estime qu’elle est la plus appropriée à de tels entretiens, présentant de la sorte une personnalité aussi professionnelle que possible. Travis dénote une incapacité à communiquer et à compatir avec autrui, mais il ne voit pas ça comme un manquement, assurément pas dans ses fonctions professionnelles. Ce n’est pas rare chez les orphelins, catégorie dans laquelle le sujet pourrait être plus ou moins rangé.

Pour ce qui est de son éventuelle promotion en tant qu’agent de terrain en chef, il me semble que son détachement et sa distance émotionnelle pourraient ne pas entraver son travail, mais plutôt le simplifier. Une implication émotionnelle avec des suspects sous le coup d’une enquête s’est dans de nombreux cas avérée un obstacle, et je sais que le chef de section Gale cherche à éviter d’utiliser des agents de terrain qui ont manifesté une incapacité à demeurer totalement objectifs.

L’autorisation est accordée pour le service actif conformément à la note interne du lundi 4 août 1958 (Référence : Évaluation d’aptitude psychologique 19-409).

RAPPORT DE SITUATION

RÉFÉRENCE : MT-051027-096N

ÉMETTEUR : Agent spécial Raymond Carvalho

DESTINATAIRE : Agent spécial superviseur Tom Bishop

OBJET : Mandat (Éval. psy. 19-409)

L’agent spécial Michael Travis se voit accorder l’autorisation pour le service actif.

RAPPORT DE SITUATION

RÉFÉRENCE : MT-051027-096N

ÉMETTEUR : Agent spécial superviseur Tom Bishop

DESTINATAIRE : Agent spécial Raymond Carvalho

Bien reçu. S’il vous plaît soumettez copies de toutes les transcriptions d’entretiens au bureau de l’agent spécial adjoint Monroe, ainsi qu’au chef de section Gale et au directeur exécutif adjoint Bradley Warren.

COMMUNICATION INTERROMPUE LE 04/08/58 À 17 H 42 PAR L’AGENT SPÉCIAL SUPERVISEUR TOM BISHOP

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« C’est une affaire inhabituelle, agent Travis, et nous ne savons pas trop à quoi nous sommes confrontés, pour être honnête. »

L’agent spécial superviseur du FBI Tom Bishop se tenait dans l’embrasure de la porte de son bureau. Il était appuyé au montant, une cigarette non allumée dans une main, une enveloppe en papier kraft vierge dans l’autre.

« Vous faites maintenant partie du club depuis un peu plus de huit ans, Travis, il est temps qu’on vous jette aux lions. »

Bishop s’assit à son bureau. Il posa l’enveloppe et alluma sa cigarette.

« Nous pensons que ça devrait tomber sous le coup du Code US, titre 28, section 540A0, crime violent à l’encontre d’un voyageur d’un autre État… mais nous ne sommes sûrs de rien. On a affaire à un meurtre, ça, c’est sûr. Cependant, tout ce qu’on a pour le moment, c’est un shérif de campagne avec un cadavre sur les bras, et il a besoin de notre aide. »

Michael Travis remua sur sa chaise. Il avait un peu mal au cou. Il n’avait pas bien dormi, peut-être à cause de la nature invasive de la rencontre de la veille avec le psychologue du Bureau. Il tentait de ne pas penser à son passé et n’avait certainement aucune envie d’en parler, surtout avec des inconnus. La conversation avec le psychologue l’avait forcé à se remémorer des choses dont il aurait grandement préféré qu’elles demeurent en sommeil. Néanmoins, son numéro dépourvu d’humour, voire d’humanité, avait de toute évidence satisfait l’examinateur car il savait qu’on lui avait accordé une autorisation pour cette mission. Quoi qu’il en soit, le souvenir de l’exécution de sa mère, la mort ­d’Esther Faulkner et d’autres événements semblables de son passé l’avaient perturbé, et – parmi les sensations et les pensées et conclusions depuis longtemps oubliées – il y avait une chose qui ne l’avait pas quitté. La crainte qu’il soit peut-être le fils de son père et que la propension à la violence de celui-ci soit dans son sang, comme un relais héréditaire, pour ainsi dire, et que le témoin ait été transmis.

Par ailleurs, Travis avait de nouveau fait ce rêve qui l’avait tourmenté pendant des années : l’ombre d’un inconnu, un champ aride et craquelé, un rire de corbeau. Rien d’autre.

Malgré son état d’esprit actuel, il savait le chemin qu’il avait parcouru. Il avait trente et un ans, possédait un appartement à Olathe, juste à la périphérie de Kansas City, comptait huit années de service loyal et exemplaire au sein du FBI, et il était sur le point de se voir confier sa première mission en tant que responsable. Même s’il savait qu’une telle chose était inévitable, elle n’en représentait pas moins un défi de taille.

« C’est, littéralement, la foire en ville, poursuivit Tom Bi

shop. Elle s’appelle Seneca Falls, à ne pas confondre avec Seneca sur la route 63 près de la frontière de l’État. C’est une petite ville en bordure des collines Flint, située entre El Dorado et Eureka, juste à l’est de la I-35. Vous en avez entendu parler ?

– Non, monsieur, jamais.

– Oh, au fait, vous pouvez laisser tomber le “monsieur” maintenant, puisqu’ils ont jugé opportun de vous attribuer le rang d’agent spécial senior pour cette mission. »

La poitrine de Travis se gonfla.

« Vraiment ?

– Oh, allez… vous saviez que ça arriverait un jour ou l’autre. » Bishop sourit. Ils se serrèrent la main. « Bienvenue dans les toilettes des cadres, agent spécial senior Travis. »

Ce dernier sourit à son tour. « Il paraît que vous avez de véritables serviettes, ici, monsieur. »

Bishop prit un ton pince-sans-rire.

« Juste une rumeur calomnieuse, Travis, je vous assure. Il va falloir faire vos preuves, évidemment. Vous devez toujours gagner vos galons sur la ligne de front, mais je crois que personne ne doute de votre capacité à mener une enquête de cette nature, aussi étrange soit-elle.

– Étrange ?

– Comme j’ai dit, c’est la foire, Michael, et ce n’est pas une façon de parler. Nous avons un authentique cirque ambulant avec des bohémiens, des monstres de foire et ainsi de suite, et pour le moment il semblerait que l’un d’eux puisse être responsable de la mort d’un homme. D’après le peu que nous savons, la victime semble venir de l’étranger. Mais nous ne sommes sûrs de rien. Nous avons reçu des informations très lacunaires de la part de la police locale, mais étant donné que les forains venaient de ­l’Oklahoma et que dès leur arrivée un mort a été découvert, nous traitons ça comme une potentielle affaire fédérale. Ce n’en est peut-être pas une. Ça pourrait complètement être autre chose. Tout ce qu’on sait, c’est que les gens du coin pataugent et qu’ils nous ont demandé de les aider.

– Vous avez parlé du Code US, section 540A0, crime violent à l’encontre d’un voyageur d’un autre État, mais ce que vous me dites suggère que ça pourrait être un crime violent commis par un voyageur d’un autre État.

– Eh bien, c’est une possibilité. Ce type n’avait peut-être rien à voir avec le cirque, mais le shérif de Seneca Falls affirme qu’il y a tout un tas d’étrangers là-bas, et que le gars pouvait être l’un d’eux. S’il a été tué par l’un des siens, alors ça devient une affaire fédérale.

– Je vois. Il s’agit donc en premier lieu de déterminer les faits. Et si je conclus que ni la victime ni le coupable n’ont franchi les frontières de l’État, ce ne sera sûrement plus une affaire fédérale ? »

Bishop haussa les épaules.

« Nous prendrons cette décision quand nous aurons suffisamment d’informations. Je sais que le chef Gale estime qu’une fois que le Bureau a mis le nez dans quelque chose, il ne devrait pas laisser la question irrésolue. Un peu comme si les pompiers se rendaient sur le site d’un feu puis décidaient de ne pas l’éteindre, si vous voyez ce que je veux dire. Même s’il s’avère que l’affaire n’est pas du ressort fédéral, le chef Gale pourrait décider de la mener à son terme pour des questions de relations publiques.

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