Trophée Anonym’us : L’interview de la semaine : Salvatore Minni

Trophée Anonym’us

mercredi 28 novembre 2018

L’interview de la semaine : Salvatore Minni

Salvatore MinniCette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

 

 

 

Aujourd’hui l’interview de Salvatore Minni

 
 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Lors de salons ou séance de dédicaces en librairie, la remarque que me font de nombreux lecteurs que je rencontre est « C’est fou, vous êtes aussi lumineux que votre roman est sombre! » J’en déduis que, en dehors de l’écriture, c’est mon vrai « moi » qui s’impose. Par contre, comme la plupart des auteurs de thrillers, c’est le côté le plus sombre de ma personnalité qui s’exprime lorsque je tape sur mon clavier…
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Les nombres ne me parlent pas, je l’avoue. J’y suis plutôt allergique. À mon sens, tout est lié, rien n’arrive par hasard. Nous sommes entourés d’ondes que nous ne voyons pas. Ces ondes seront positives ou négatives en fonction de notre état d’esprit. Je suis convaincu qu’une personne positive attirera bonheur, chance et succès. A contrario, une personne négative attirera malheur, maladie et tristesse. Si un malheur nous tombe sur la tête, la question à se poser est «Que puis-je en retirer? Que tente de m’apprendre la vie? » Je suis convaincu que chaque difficulté rencontrée au cours de notre vie a un sens, une finalité, à chacun d’entre nous de s’arrêter un instant et de réfléchir à la question. Résumer l’univers qui nous entoure à un nombre me semble bien trop réducteur. Le sujet est vaste et je pourrais en parler des heures…
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Zeus-Peter Lama (« Lorsque j’étais une oeuvre d’art » d’EE Schmitt), artiste complètement fou qui transforme des humains en oeuvres d’art.
J’aimerais beaucoup discuter avec lui pour comprendre. Comprendre sa folie, son besoin de détruire l’autre, finalement.
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Le pouvoir de l’immortalité. Pas forcément pour moi, mais pour ceux que j’aime. Je voudrais qu’ils soient auprès de moi pour toujours!
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Malheureusement, dans tous les cas, ma mère ne peut plus me lire… Partie rejoindre les étoiles beaucoup trop tôt…
Mais je continuerais à écrire, oui. Est-ce que vous pourriez arrêter de boire ou manger?
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
L’envie, le besoin ont toujours été là, enfouis. Puis, j’ai rencontré une professeure de littérature française qui m’a donné le courage de le faire. Tout est source d’inspiration: mon vécu, celui de mes proches, une conversation dans le métro, la perte d’un être cher, une oeuvre qui m’a particulièrement touché.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
Inévitablement, oui! Même si ces cicatrices sont exacerbées pour les besoins d’un récit sombre, il y a toujours une part de moi, un trait de caractère, un événement vécu. Encore une fois, le tout est évidemment exagéré et tourné en thriller.
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Dans la mesure où je n’écris pas pour être célèbre, oui je continuerais même sous le couvert de l’anonymat. Ce qui compte pour moi, ce sont mes écrits. Ce sont eux les célébrités, eux que je veux mettre en avant, pas mon nom ou mon visage. Bien entendu, lorsqu’on décide de publier à son nom, si le bouquin se vend bien, l’auteur finit par être (re)connu…
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Il ne s’agit pas d’un choix. Je ne me suis pas installé face à mon écran en me disant « bon, écris une histoire qui fait frissonner » C’est en écrivant que je me suis rendu compte que ce que j’écrivais prenait toujours la même tournure: le thriller.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Mon bureau, une tasse de thé vert, une musique de fond (en fonction de mon humeur) et parfois, de l’encens. Cela semble un peu mystique, mais vous avez demandé les conditions « optimales » 😉 Il m’arrive parfois d’écrire dans mon salon, macbook sur les genoux ou dans mon jardin, agréable, mais pas optimal à mes yeux.
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Sans hésitation Dorian Gray. Personnage ô combien fascinant, tout en contradiction. Un homme dont l’intérieur est aussi laid que son apparence est envoûtante.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Le taux de déchets est dérisoire. Je préfère retravailler un passage plutôt que de l’effacer, car si je l’ai écrit à un moment donné, c’est qu’il a sa place dans mon récit. Si je pouvais avoir accès aux brouillons d’une oeuvre, ce serait « Acide sulfurique » d’Amélie Nothomb.
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