PREMIÈRES LIGNES # 3

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

J’inaugure aujourd’hui avec vous un nouveau rendez-vous !

Et encore merci à Aurélia

Alors le troisième livre choisi est :

La vie en rose de Marin Ledun

La suite de Salut oh toi mon frère

1

Comme chaque matin, le chien baptisé Kill-Bill s’avance sur le pas de la porte de la cuisine au son des informations nationales du service public radiophonique. Fidèle à ses habitudes, il trottine jusqu’au pot de géraniums sur lequel il pisse, remue deux fois la queue et hume l’air, la mine songeuse. Fourrure impeccable, le poil long et noir de Bigorre sur le dos, brun aux pattes et fourrure blanche sur la poitrine, quarante-sept kilos à la pesée, regard conquérant et filet de bave athlétique aux babines. Grande classe. Le bouvier bernois dans toute sa splendeur vachère et bovine. Derrière lui, Élodie Callac minaude sur France Inter que le soleil se lève à l’instant. Tu parles d’une nouvelle ! Le chien le voit bien, et d’ailleurs, il s’en contrefiche.

Il a d’autres priorités.

Cinq événements successifs attirent son attention. Dans l’ordre – ne vous fiez surtout pas à son air débonnaire, le bouvier est méthodique et précis : le plongeon d’un ragondin paniqué dans le lit de la rivière, en contrebas. La progression furtive d’un lézard sur le mur du garage sous l’œil assassin de Gobbo et Thalabert, les deux chats de la famille. Dans le lointain, le grondement sourd et mécanique du TGV Marseille-Lyon de sept heures moins le quart passant en trombe devant la gare de Tain-l’Hermitage, de l’autre côté du Rhône, à flanc de colline. Comme en écho, le hurlement inhabituel d’une sirène de police dans le centre-ville de Tournon, deux kilomètres plus au sud. Et la soudaine odeur de tartines grillées et beurrées qui lui parvient depuis la maison.

D’un mouvement altier de l’arrière-train, Kill-Bill fait prestement demi-tour et retourne illico à l’intérieur de la cuisine.

— Ah, tu es là, toi ! fait Gus, sourire aux lèvres, en lui fourrant un quignon de pain dans la gueule.

Lui, c’est le numéro six de la fratrie. Affectueusement : le petit dernier. Gustave, dit Gus. Le plus beau, il va sans dire. Qui a longtemps appelé le chien Kill-Boule parce que, tout môme, il pensait que Bill était le prénom du rouquin dans la bande dessinée de Roba et donc Boule celui du cocker. Qui espère qu’il y aura steak-frites et glace à la vanille au menu de la cantine aujourd’hui. Qui termine gentiment sa première année en classe de troisième, après bientôt six ans de bons et loyaux services en tant qu’élève au collège Saint-Julien. Et qui s’inquiète (un peu) en se demandant s’il y a une vie après le brevet.

Touchant et, dans l’ensemble, plutôt détendu.

Kill-Bill se recentre sur sa routine. Il mâchouille sa prise un moment, puis il se dirige vers Camille, la numéro quatre, qui l’envoie promener avec dégoût, avant de se rabattre en bavant sur Antoine, le numéro cinq. Bonne pioche. L’étreinte dure le temps d’une caresse virile. Elle lui rapporte une nouvelle tranche de pain, au beurre demi-sel cette fois, et n’est interrompue que par l’appel au meurtre que pousse Camille quand elle constate que la douche est occupée.

— Sors de là !

— Deux secondes !

— Mon bus est dans vingt minutes…

— Va chier !

— C’est déjà fait !

La subtilité dialectique de l’échange émeut Kill-Bill. Il émet un aboiement joyeux et se précipite dans le couloir pour participer in situ à la joute verbale. Il évite de justesse un coup de pied circulaire mais, porté par son élan, percute de plein fouet la porte de la salle de bain en retour et, la queue basse, file se planquer sous l’escalier en couinant.

Fin de l’épisode canin.

Derrière la porte, c’est moi, Rose Mabille, vingt-deux ans, une licence de lettres classiques et en congé sabbatique jusqu’à nouvel ordre. Je suis la numéro trois d’une famille de six enfants dont les trois derniers, Antoine, Camille et Gus, d’origine colombienne, ont été adoptés. Plus le chien et les chats. Moins mes parents, en vadrouille à l’autre bout du monde, ainsi que mes deux frères aînés, enseignants-chercheurs à la fac de Grenoble, l’un en histoire des idées, l’autre en mathématiques. Assise du bout des fesses sur le rebord de la baignoire, je compte et recompte les quatre brosses à dents plantées dans un verre à moutarde posé sur le lavabo, face à moi. Tee-shirt Guns N’Roses élimé, période « Welcome to the Jungle », culotte aux chevilles et blues du mardi matin.

Le gros blues.

Le genre qui vous pousserait à écouter l’intégrale de Claude François sous la douche, voyez !

Ou à s’enfiler en guise de biscuits apéritif un paquet de mort-aux-rats en matant un documentaire d’Arte sur la joie de vivre de Kurt Cobain, de Whitney Houston et d’Amy Winehouse.

Quand, la semaine dernière, Adélaïde et Charles, nos parents, m’ont annoncé qu’ils partaient pour trois semaines en Polynésie française, sur le coup, pour être franche, j’ai pensé que c’était une bonne idée. Injuste mais cool. Mon père venait d’être recalé pour la troisième année consécutive au concours de notaire, cette fois-ci dès l’épreuve écrite, à la grande joie de ma mère. Il avait le moral dans les chaussettes, s’emmêlait dans les articles du Code civil et parlait de se payer une nouvelle voiture pour se changer les idées – carrément l’angoisse. Le même jour, Adélaïde a pris le taureau par les cornes et appelé son patron. Au terme d’un rendez-vous rondement mené, elle a obtenu au bluff un arrêt maladie pour burn-out, rempli les papiers pour la sécurité sociale, vérifié la date de validité de leurs passeports, acheté deux billets ouverts Lyon-Papeete à l’agence de voyages la plus proche et deux valises qu’elle a aussitôt remplies de maillots de bain, de robes à fleurs et de chemises hawaïennes.

Plus tard, après les pâtes bolognaise mais avant le cake aux fruits confits, j’étais proclamée chargée de famille. Trois semaines, le temps que Charles fasse le point. La nuit même, j’expliquais à mon homme, Richard Personne, lieutenant de police de son état officiant au commissariat de Tournon, pourquoi je désertais temporairement le lit conjugal. Mais pas le conjoint, cela allait de soi.

Vert-Pêche s’est figé – le surnom date de l’époque où je ne connaissais ni son nom ni sa profession et où il n’était qu’un homme-fruit pour moi.

— Tu me charries ?

— Tu peux même venir dormir avec moi. Mes parents nous laissent leur lit.

— Voilà, tu me charries…

Je l’ai embrassé.

— Je savais que tu comprendrais.

Le lendemain, je déposais les deux démissionnaires à l’aéroport Saint-Exupéry avec force baisers, tongs, crème solaire et anti-moustiques. Bon débarras, évitez de revenir avec un septième enfant, gaffe aux poissons-pierres dans les lagons, ia ora na à Kelly Slater et Michel Bourez de ma part et rapportez-moi des disques de heavy metal tahitien, si vous pouvez, mais par pitié, pas de colliers de fleurs.

C’était samedi.

Trois jours plus tard, je suis là, le cul sur la faïence gelée, à verser toutes les larmes de mon corps, un test de grossesse dans une main et un paquet de certitudes qui volent en éclats dans l’autre.

Positif évidemment, le test.

Pas prévu non plus, ça serait trop simple – faut croire qu’après vingt-deux ans de famille nombreuse dont vingt-deux de militantisme féministe maternel, je pense encore que les enfants n’arrivent qu’à dos de cigognes alsaciennes.

Pour la première fois de ma vie, je ne sais pas quoi répliquer aux yeux bleu revolver mais paniqués qui me fixent dans le miroir, l’air de dire : « Et maintenant, on fait quoi ? »

— Va chier ! je balance donc à mon reflet.

— C’est déjà fait ! répond donc Camille, toujours dans le couloir.

Je me laisse glisser sur le carrelage et je prie pour qu’un miracle ait lieu, pendant qu’elle tambourine de plus belle. Saint Lemmy, si tu existes, que ta volonté soit faite, que ton Jack Daniel’s vienne et que ce fichu test Clearblue change de couleur ! Quand les cris de ma sœur deviennent vraiment insupportables et juste avant que les premières notes d’« Être une femme» de Michel Sardou deviennent une mélodie complète dans mon cerveau malade, je me relève en ravalant mes larmes, remonte ma culotte et cache le test dans la bretelle de mon soutien-gorge. Je déverrouille alors la porte et fonce, tête baissée, sur Camille.

Qui se tient dans l’encadrement, interdite.

— Tu as pleuré ?

— Bien sûr que non.

Je me redresse. Ma sœur tique. Une lueur dubitative s’allume dans ses yeux.

— Tu ne pleures jamais.

— Si, chaque fois que je relis Le seigneur des anneaux de Tolkien et que je réalise que Gollum, le personnage le plus puissant et le plus complexe de l’histoire, meurt à la fin. C’est une tragédie.

Elle ne se laisse pas démonter pour autant.

— Le petit flic t’a plaquée ?

Richard… J’en avais oublié que ce test de grossesse avait un père et un responsable. Ça ne me soulage pas vraiment, mais je me sens moins seule, d’un coup. J’ai un nom à accoler à l’objet de ma colère.

— Va chier.

— Tu te répètes.

— Et n’oublie pas qu’on a rendez-vous avec ton prof de maths, ce soir.

— Va mourir.

— Avec plaisir.

Je m’efface pour la laisser passer. Elle hausse les épaules, agacée et déçue, me frôle en grimaçant et s’enferme à double tour dans la salle de bain. Je m’écrie à travers la porte que je l’aime.

Elle, de me rétorquer :

— Moi aussi, charogne.

Je souris, enfin. Kill-Bill, qui s’estime lésé, bondit hors de sa cachette et vient me fourrer sa truffe humide contre l’entrecuisse au moment où la sonnerie de mon portable retentit.

Je consulte l’écran.

Vanessa, propriétaire de Popul’Hair, le salon de coiffure où j’officie en tant qu’attachée culturelle tous les lundis et vendredis depuis deux ans – Culture & Coiffure, un concept novateur, égalitaire et exclusif à base de lotions capillaires, de shampoings à prose essentielle, de bigoudis en fleur, de versets sarcastiques et de rimes pauvres ou riches, amateurs de nuques longues, de brosses et punks à chiens acceptés. Vanessa tombe à pic, j’ai besoin d’une oreille attentive.

Le chien m’observe curieusement, la truffe frémissante toujours calée contre mon pubis.

— Quoi ?

Il a cet air étrange du bouvier à qui on ne la fait pas, du style « Tu crois peut-être que je n’ai pas deviné ? ». Comme pour me rappeler que les odeurs, les sécrétions, c’est son domaine d’expertise, après tout.

— Dégage !

Je le repousse, il n’est pas dupe, puis je décroche et je me lance, prête à tout déballer :

— Tu vas rire.

— Ça m’étonnerait, dit-elle. Je viens de me faire cambrioler.

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Un biopic épique, Tolkien

Un biopic épique, Tolkien

Aujourd’hui on parle Film ou Cinéma comme vous préférez.

Un biopic épique, normal c’est celui de Tolkien l’auteur du célébrissime  « Seigneur des anneaux » 

Et oui depuis l’adaptation du livre phares de l’auteur britannique, le nom de J. R. R. Tolkien, est devenu familier au plus grand nombre d’entre nous.

Aussi en juin dernier est sorti un film retraçant la vie de l’homme qui se cache derrière l’auteur.

Le biopic Tolkien, qui revient sur la jeunesse et les années d’apprentissage du célèbre auteur anglais .

La fiche du Film

Genre : Biopic
Réalisateur : Dome Karukoski 
Acteurs : Nicholas Hoult, Lily Collins, Colm Meaney, Derek Jacobi, Anthony Boyle, Patrick Gibson, Tom Glynn-Carney, Graig Ronerts
Pays : Grande-Bretagne
Durée : 1h52
Sortie : 19 juin 2019
Distributeur : Metropolitan FilmExport 

Synopsis : La jeunesse et les années d’apprentissage de J. R. R. Tolkien, du célèbre auteur du Seigneur des anneaux. Orphelin, il trouve l’amitié, l’amour et l’inspiration au sein d’un groupe de camarades de son école. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et menace de détruire cette « communauté ». Ce sont toutes ces expériences qui vont inspirer Tolkien dans l’écriture de ses romans de la Terre du Milieu.

La bande annonce parle d’elle même.

Je ne sais pas vous, mais pour moi  J. R. R. Tolkien (1892-1973) est à l’origine de la fantasy . Le Hobbit (The Hobbit) ou Bilbo le Hobbit paraît le 21 septembre 1937 au Royaume-Uni. C’est la première œuvre publiée qui explore l’univers de la Terre du Milieu, sur laquelle Tolkien travaille depuis une vingtaine d’années

Et m^me si le genre est née au cour de la seconde moitié du XIXe siècle, c’est réellement Tolkien qui lui donne ses lettres de noblesse. Bien avant cela, il y a eu les légendes arthuriennes le roman de chevalerie, la chanson de geste et puis Wagner est sa tétralogie Der Ring des Nibelungen. Bon oui ok là c’est un enfin 4 opéras. Et en parlant d’anneau….

Tolkien commence à écrire pour son plaisir dans les années 1910, élaborant toute une mythologie autour de langues qu’il invente.

Si Le hobbit reste au yeux de tous une histoire pour les enfants, il n’en est rien de sa suite Le Seigneur des anneaux. L’histoire ici est beaucoup plus sombre et ce sont les jeunes adultes qui se retrouvent dans ce récit épique.

Pour moi Tolkien est un auteur majeur Sans lui pas de Donjons et Dragons. Mais si vous savez , ou tout du moins les plus de 50 ans se souviennent de ce jeu de rôle qui a bercé notre adolescence

Sans lui, pas de Game of Thrones.

Bon toutes ses élucubrations n’engagent que moi. Pour autant Tolkien est un auteur majeur même si avant lui Robert E. Howard avait publié Conan le Barbare (titre original : Conan the Barbarian, 1932) Et si à la même époque de la sortie de The Lord of the Rings (1954) etait édité Le Monde de Narnia (titre original : The Chronicles of Narnia, 1950-1956) de C.S. Lewis. CEs deux auteurs ont pas mal de points communs notamment celui d’être amis et catholique pratiquant.

Mais revenant à notre film.

C’est bel et bien les jeunes années de Tolkien que vous allez découvrir. Quand orphelin, il est confié avec son petit frère à une famille de la bonne société qui va l’inscrire dans un collègue bourgeois de Birmingham ou il nouera ses premières amitiés. Ou naîtra la fraternité  T.C.B.S. (la Tea Club Barovian Society) avec ses 3 comparses le poète Geoffrey Smith, Rob Gilson et Christopher Wiseman .

Il tombe amoureux de sa voisine de palier Edith, mais l’entrée en guerre les sépare. 

Et alors ce sera la grande guerre et ses horreurs. Cette 1ère guerre mondiale qui sera la chair et le sang de l’imaginaire de notre auteur.

Il revient de la guerre, épouse Edith

Et puis J.R.R Tolkien intégre Oxford et commence à approfondir sa passion pour les langues anciennes, notamment grâce au professeur spécialiste de l’anglais ancien, le philologue Joseph Wright. 

Là l’aventure littéraire va pouvoir commencer.

Et ses amitié avec ses camarades de Birmingham seront à l’origine Communauté de l’anneau, et son amour pour Edith deviendra celui d’Aragorn pour Arwen.

Alors perso j’ai aimé ce film entre réalité et imaginaire.

Maintenant je comprendrai que vous soyez déçu si vous vous attendais à un film d’aventure et héroïque fantasy. Pour autant Tolkien, le biopic porte en lui une verve épique !

Aussi maintenant nous reste-t-il plus qu’à attendre la grande expo Tolkien à la BNF en octobre prochain dont (Ge) je vous reparlerai bientôt sur Collectif Polar

PREMIÈRES LIGNES #2

PREMIÈRES LIGNES #2

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuit aujourd’hui avec vous un nouveau rendez-vous !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Alors le second livre choisi est :

Crois Le de Patrice Guirao

Chapitre un

Il est pas plus grand qu’un lavabo de pissotière, épais comme une armoire à pharmacie et jaune terreux. Je l’aime bien. Jaune pisseux. Il doit avoir cent vingt ans. Il les a même, peut-être, depuis cent vingt ans.

Debout, pieds nus dans ses savates1 d’un gris avancé, les ongles endeuillés d’une vénérable crasse chèrement acquise au terme de longues semaines d’abstinence d’eau savonneuse, il me regarde. Flottant dans son short colonial d’un sempiternel beige auréolé — c’est une couleur à lui, que je n’ai encore jamais vue ailleurs que sur ce short —, et sa chemisette bleu eau du port après les pluies. Il me sourit. Je ne l’ai pas entendu entrer.

Presque chauve. Six poils en tout. Mais longs.

Trois sous le menton, un sur chaque joue, et le dernier, qui voudrait se faire passer pour un cheveu, planté en plein milieu de la route, sur un crâne désertique fréquenté par un malheureux pou asthmatique. Certainement veuf.

C’est Lying, Paul-Arman-Lying dit Toti. Il me tend une main calleuse aux extrémités d’un beau marron soutenu qui fait naître en moi une soudaine angoisse.

Quels sont les rapports qu’entretient Toti avec le papier toilette ? Pas le temps d’y répondre. La politesse et la bienséance ont raison de mes inquiétudes et je lui serre la paluche en me relevant de mon fauteuil.

– Salut Toti ! Comment va ?

Pour toute réponse j’ai droit à un large sourire de piano fin XIXe-début surréalisme. Une dent oui, deux dents non — et dehors pareil — et un hochement de tête accompagné d’un généreux :

– T’ente et un !

Eh oui, trente et un Toti ! Trente et un ! Nombre fatidique. Tout comme trente, et aussi vingt-huit, plus rarement, et plus rarement encore vingt-neuf.

Cher Toti !

Quand tu le vois comme ça, avec sa dégaine de termite, t’as envie de lui filer cent balles. Et justement, c’est pour ça qu’il est là !

Il vient se faire payer le loyer. Et les trente et un janvier, mars, mai, juillet, août, octobre et décembre, c’est jour de loyer !

Le sourire est toujours large et vient par les commissures des lèvres rejoindre les fentes clignotantes de ses petits yeux furtifs. Il a récupéré sa main et j’avoue que je ne me suis pas fait prier pour la lui rendre, tout en gardant, par-devers moi, entre mes doigts délicats, comme un arrière-goût de moisi un peu aigre — je sais : ça n’existe pas, mais c’est juste pour donner une idée de l’impression que ça laisse quand t’as serré la main de Toti. Il s’empresse de me la tendre à nouveau avec, cette fois, un morceau de sac en papier sur lequel sont griffonnées des colonnes de chiffres, censées justifier la quittance de loyer.

– T’ente et un. Sichendouze f’ancs soichante t’ois, en plus les cha’ges aujou’d’hui.

Tiens !? Ce mois-ci, il me fait une augmentation de six cent douze francs et soixante-trois centimes pour les charges ! J’ai beau faire de terribles efforts pour essayer de comprendre quelles dépenses ont pu, ce mois-ci, engendrer une augmentation de charges, je ne vois pas.

Trente-huit mètres carrés au quatrième et dernier étage, sans ascenseur. Pas de chauffage. Forcément, sous les tropiques ! Pas de clim non plus. Aucun entretien des parties communes. Non je ne vois vraiment pas.

– Toti, c’est quoi cette augmentation des charges ?

– Pas omentation ! Dolla’ !

– Quoi, dollar ?

– Dolla’ monter, cha’ges monter !

Ah mon Toti ! Mon inénarrable bailleur ! Plus je te côtoie et mieux je comprends d’où te vient ta fortune !

Quel rapport peut-il bien y avoir entre l’augmentation du dollar et les charges de ce putain d’immeuble vétuste que nous partageons, tes locataires de misère et moi-même, avec les cafards, les margouillats, les insectes rampants de tout poil et quelques rats faméliques ?

– Comment ça, le dollar monte ! Le dollar monte, c’est son droit ; mais ici, c’est toujours des francs Pacifique Toti ! On est à Tahiti, on ne paye pas en dollars !

– Non pas payer dolla’. Payer f’ancs !

Là, il fait le con.

– Toti arrête ! Tu crois pas que je vais te payer quoi que ce soit en plus ! Toti ? Tu trouves pas qu’il est assez cher comme ça ton loyer ? Soixante-sept mille huit cent vingt-quatre, plus sept mille quatre cent quatorze de charges, plus… Et en plus, regarde, tu t’es encore gouré dans l’addition. T’as encore additionné la date avec le total !!!!???

Le vieux Toti met sa vieille main devant sa vieille bouche, l’air songeur, un rien dubitatif, comme si soudain toutes ses valeurs venaient de s’effondrer et qu’il cherchait à comprendre pourquoi.

Une innocence bafouée. Il en a la larme à l’œil le Toti. Tant d’injustices après tant d’années de sacrifices, c’est trop pour ses vieilles épaules. Il est triste.

– Alo’s, pas sichen douze f’ancs soichante-t’ois… sichen douze f’ancs seu’ment !

– Non Toti, pas question ! En plus tu sais bien que les centimes ça existe plus depuis des lustres !

– Un peu alo’s !

– OK. Je te donne douze francs et pas un franc de plus. En échange, tu n’encaisses pas le chèque avant le 15.

Un rayon de soleil vient d’illuminer les deux petites fentes au travers desquelles Toti scrute le monde depuis des millénaires, et son sourire aux rides filasses éponge les deux gouttes de morve, qui commençaient à couler de ses narines écrasées.

– D’acco’d. Tu donnes douze f ’ancs main’nant. Et d’acco’d le 15.

Et c’est comme ça depuis des dizaines d’années. Sou après sou, franc après franc, million après million.

La Chine est en marche M. Snow !!

Toti possède tout l’immeuble. Quatre étages de béton d’une laideur infâme, mais au beau milieu de l’avenue du Prince-Hinoi. En pleine ville.

Il en a un autre plus grand à Fare Ute, avec des entrepôts, qu’il loue également. Pendant de longues années, il a cultivé des légumes sur des terres accrochées au flanc de la montagne où même les chèvres ne se seraient pas aventurées. Carotte après carotte, tomate après tomate, taro après taro, chou après chou, il a rempli sa marmite.

La mienne pour l’instant est comme moi : sans fond.

Pas brillantes les finances. Juste de quoi m’offrir ce bureau miteux avec sur la porte la plaque :

AL DORSEY

Détective privé – Filatures – Enquêtes

Surveillance – Recherches – Renseignements

Protection

La totale, quoi. La plupart du temps c’est plutôt : Surveillance et Filatures et pas trop : Recherches et Enquêtes, mais bon, bon an mal an, ça roule.

J’ai mis également une plaque à l’extérieur devant l’immeuble, mais ils ont posé un panneau de stationnement interdit juste devant. Comme ça, ça reste discret !

Mon vrai nom c’est : Édouard Tudieu de la Valière mais, pour un privé, ça le fait pas. Alors j’ai pris un nom d’emprunt : Al Dorsey, comme le Dorsey de l’orchestre de Sinatra dans les années 40. Ça sonne quand même plus américain que Tudieu de la Valière !! Faut ce qu’il faut.

Toti prend son chèque, qu’il froisse dans une poche de son short, entre une rondelle, un joint de robinet et trois boulons huileux ramassés sur la chaussée. Il se cure le nez d’un ongle expert. Toujours souriant, il me tourne le dos et passe la porte restée ouverte qu’il claque derrière lui tout en marmonnant quelques pensées profondes, qui semblent le réjouir au plus haut degré, mais dont je ne saisis malheureusement pas le sens à cause de la sonnerie du téléphone.

C’est Lyao-ly Ma fiancée. Baldwin, notre chien a disparu. Lyao-ly ne l’a pas vu de la matinée. D’habitude il passe son temps à côté d’elle, mais là, depuis ce matin, pas le moindre signe de vie.

– Tu es allée voir chez Marc ? Des fois, il va à côté, chez Marc. Il aime bien se vautrer dans ses hibiscus.

Visiblement ce n’est pas une bonne piste. Si j’en crois le ton de Lyao-ly, j’ai encore dit une connerie. C’est évident qu’avant de m’appeler elle a cherché partout dans le quartier et c’est vraiment en dernier ressort qu’elle m’appelle.

– Excuse-moi chérie. Qu’est-ce que je peux faire ?

Qu’est-ce que je peux faire, qu’est-ce que je peux faire !! Est-ce qu’elle en sait quelque chose, ma chérie, de ce que je peux faire ? Est-ce que c’est elle la détective ? Est-ce que j’ai seulement un cœur, pour poser une telle question ? Que faut-il qu’il arrive à la maison pour que je daigne m’occuper des miens ?

– Enfin, c’est pas si grave. Il va revenir Baldwin. Il a dû aller courir la chienne en chaleur. D’ici quelques heures, il sera de retour. Il ne faut pas t’en faire.

Ah ! C’est sûr qu’en étant comme moi on ne risque pas de s’en faire. Avec une telle attitude, notre chien peut bien crever dans son coin, baigné dans son sang, écrasé par un flot continu de voitures et de 4×4 sur la RDO2 sans que personne ne s’en inquiète.

Il faut absolument faire quelque chose, avant que ma Lyao-ly ne se vide sur place de toutes les larmes de son corps. Avec la chaleur qu’il fait, c’est pas bon pour la santé

– D’accord, je m’en occupe. Ne t’inquiète plus. Je t’aime… Oui, le chien aussi. À tout à l’heure…

Non je ne raccroche pas. J’écoute. Un message pour moi ce matin. Très bien. Elle a oublié. Forcément avec cette histoire de chien… Un rendez-vous à 11 heures. Très bien aussi, il est moins dix. Super ! Mais non l’essentiel c’est que je sois prévenu. Bien sûr que je ne lui en veux pas, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi l’appel est arrivé à la maison et pas au bureau ? Comment ? Maryse ? Que vient faire Maryse… Mais oui, Lyao-ly attendait un coup de fil de Maryse, son agent de Los Angeles qui comme je le sais pertinemment appelle toujours au bureau, de peur de déranger Lyao-ly avec le décalage horaire et Lyao-ly a fait faire le renvoi du numéro à la maison ce matin en oubliant de m’en avertir. Voilà tout.

– Il est 11 heures chérie. On frappe à la porte. Je crois que mon rendez-vous est là. Je te laisse… Comment ? Baldwin ! C’est Baldwin qui vient de rentrer et qui aboie ! Génial ! Tu vois, fallait pas t’inquiéter. Je te laisse.

Voilà une affaire rondement menée.

– Entrez !

C’est encore Toti accompagné d’un gros homme essoufflé et transpirant. Toti brandit un rectangle de caoutchouc vieux d’un siècle, ressemblant vaguement à un morceau de pneu, en se lamentant dans une langue sino-franco-kāina3 que seuls quelques initiés peuvent comprendre. Il est bouleversé. Anéanti sous le poids de la fatalité. Ébranlé par tant d’injustice. Il s’adresse à moi, implorant comme un banni devant ses juges. C’est sa savate gauche. Il l’a explosée en descendant les escaliers et il est revenu me demander un trombone pour la réparer. Va, pour un trombone. Deux, même ! Pour si, en cas… Toti semble aller mieux. Il se saisit des trombones comme si sa vie en avait dépendu. Il va même de mieux en mieux. Le geste de l’habitude aidant, il a remis sa savate en état en un rien de temps. Il se redresse, un large sourire aux lèvres.

– E’tatique t’e plaît. Un…, deux ? Pou’ l’aut’e pied ! Pas qu’è tombe !

Comment lui refuser ses deux élastiques pour sécuriser sa savate droite ! Il les récupère, le geste gourmand, et se retire hilare en me laissant le gros homme sur le pas de la porte.

– Me’ci, Al. Me’ci.

Je lui fais un signe de la main pour le saluer et quelque peu dubitatif je m’adresse à l’homme debout qui n’a pas bougé depuis son arrivée avec Toti.

– Bonjour. Vous étiez avec Toti ?

Il avance d’un pas.

– Non. Je vous ai appelé tout à l’heure. J’ai eu votre secrétaire…

Le rendez-vous. C’est lui mon rendez-vous. Le premier depuis plus de trois semaines. Enfin du boulot. En tout cas je l’espère.

– Ah oui. Vous aviez rendez-vous à 11 heures ? C’est ça ?

– Oui. Votre secrétaire m’a dit de passer à 11 heures. Je suis arrivé en même temps que l’autre monsieur tout à l’heure et je suis entré avec lui.

– Oui oui, bien sûr. Asseyez-vous. Monsieur…?

– Levret. Noël Levret.

Il me tend la main. Je la lui serre. Jusque-là rien d’anormal.

– Asseyez-vous monsieur Levret. Prenez un siège. Justement je vous attendais. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

L’homme s’est installé dans le fauteuil Louis XIII que m’a donné la maman de Lyao-ly quand j’ai ouvert l’agence. Dieu seul sait comment ce fauteuil a atterri à Tahiti. En général le mobilier local est plutôt : bois de caisse découpé à la tronçonneuse, incrusté de formica. La classe quoi. D’ailleurs mon bureau n’échappe pas à la règle. Il est couleur locale, à l’exception du fauteuil. Le sol, d’un généreux Gerflex gris laiteux, accueille, en plus des cafards, un bureau monobloc en bois des îles avec trois tiroirs, une banquette qui sert parfois de couchage, deux armoires d’un marron éclatant, récupérées lors d’une vente aux enchères de la DCAN4, une table basse et deux autres petits fauteuils mi-crapaud, mi-grenouille, mais d’une agréable facture. Aux murs, les guirlandes de peinture verdâtre et ocre masquent de délicates lézardes, qui se perdent dans les méandres des auréoles du plafond. À droite, au fond, juste avant le coin cafetière-frigo, une rangée d’étagères habitées par mes livres préférés et mes dossiers en cours.

Pour ce qui est des dossiers en cours, c’est peut-être un bien grand mot. En fait, il y a une chemise cartonnée. Une seule et vide. Mais en cours.

Le père Levret est maintenant bien calé dans le fauteuil. Il a cessé de s’éponger le front et le cou avec son mouchoir en coton. Un mouchoir comme on n’en fait plus. Format nappe de pique-nique. Il a refermé son col, un col blanc, large de deux pouces, et c’est comme ça que je me suis aperçu que Noël Levret avait un lien direct avec les ordres. On n’est pas détective pour rien ! C’est un métier.

C’est vrai qu’il porte aussi une soutane et que, pour la déduction, dans ce cas de figure, ça aide.

– Je vous écoute monsieur Levret.

Un curé dans mon bureau ! Mais qu’est-ce qu’un curé peut bien attendre d’un détective privé ?


1 Expression caractéristique de Polynésie française, désigne les tongs, les samaras.

2 Route de dégagement ouest : voie rapide qui relie Papeete à Punaauia.

3 Kāina (mot originaire des Tuamotu) : sauvage ; par ext. : local, indigène.

4 Direction des constructions et armes navales, devenue par la suite DCN.

PREMIÈRES LIGNES #1

PREMIÈRES LIGNES #1

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

J’inaugure aujourd’hui avec vous un nouveau rendez-vous !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Alors le premier livre choisi est :

Salut à toi ô mon frère de Marin Ledun

« Gus, un braqueur ? Faut vraiment avoir de la bouillie à la place du cerveau. »

Salut à toi ô mon frèrLa fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, et six enfants dont trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d’une fantaisie bien peu militaire.Jusqu’à ce 20 mars 2017 où Gus, le petit dernier, manque à l’appel. L’incurable gentil a disparu et est accusé du braquage d’un bureau de tabac de Tournon. Branle-bas de combat ! Il faut faire grappe, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour innocenter Gus, lui ô notre frère.Marin Ledun signe ici un roman noir atypique, où la critique sociale rejoint l’humour au sein de cette famille délicieusement anticonformiste.

PREMIÈRES LIGNES #1

1

La trappe du grenier se soulève en grinçant, libérant une avalanche de hurlements et de bruits de cavalcades. La voix de Camille s’élève en trémolos dans l’espace exigu de ma chambre, rauque et engageante comme un lundi matin.

— Rose, c’est toi qui m’as encore piqué mon tee-shirt bleu, tu sais, celui avec des paillettes ?

Le réveil est brutal. En dessous, ça grouille. Dans tous les sens du terme et dans toute la maison. Ça s’agite en grand nombre. En quinconce. C’est rempli d’une masse confuse et en mouvement.

C’est « plein de », tout court. Dixit le Larousse illustré.

Huit au total.

Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l’on ajoute les deux chats. Et douze si l’on compte la petite voix de l’oreiller qui me susurre en ce moment même, par ordre décroissant : de dire à ma sœur cadette que je l’aime d’un amour vrai et sincère, de l’étrangler, de la jeter en bas de l’escalier, puis de refermer cette maudite trappe, de tirer une commode dessus pour la bloquer et, enfin, de me rendormir. Mais on est lundi, tout le monde est sur le pont, alors forcément, huit à la douzaine, réunis dans une seule maison, quatre chambres, une salle de bains, un lavabo et un unique W.-C., ça grouille, au propre comme au figuré. À en juger par le volume sonore en provenance du reste de la maison, il est quelque chose comme six heures trente-cinq ou quarante-cinq du matin, je ne sais pas encore exactement, mes yeux peinent à s’accommoder à la lumière. Je distingue vaguement la forme d’un trois sur le cadran du réveil, entre le six et le cinq, mais pour être sûre, il faudra attendre le premier café ou la Saint-Glinglin.

J’opte pour la seconde hypothèse.

— Rose a entendu, Camille, mais elle est occupée pour le moment et jusqu’à nouvel ordre.

Et je lui tourne le dos, en signe de fermeté. Évidemment, elle insiste. Ma sœur est peu sensible à la sémantique du dos tourné.

— Mon tee-shirt !

Je m’apprête à répondre que je suis gothique, que j’écoute du Marilyn Manson et du Korn, lis Les Fleurs du Mal de Baudelaire et porte uniquement des fringues noires, à la rigueur cloutées, mais jamais à paillettes, quand le buste de ma mère, Adélaïde, apparaît derrière elle dans l’ouverture – oui, ma mère se prénomme Adélaïde, c’est la classe, non ? Avec sa blouse d’infirmière, ses cheveux attachés en chignon et la douceur couleur caramel de sa voix, ça lui donne l’air d’un ange.

— Coucou mes belles, je suis rentrée !

— Mon tee-shirt.

— Salut, maman. Ta nuit s’est bien passée ?

— Je suis cre-vée ! Quel tee-shirt ? On a eu une appendicite péritonite, un accouchement et une explosion de fistule. En même temps ! Vous vous rendez compte !

Pour l’angélisme et le caramel, vous repasserez. Je proteste mollement :

— Maman, s’il te plaît…

— Mon tee-shirt !

— Il faudra que tu me racontes l’explosion de fistule, déclare mon père qui se faufile et dépose un baiser sonore sur les lèvres de ma mère, avant de disparaître en criant : Bonjour, Rose, bien dormi ?

Une autre voix masculine, grave, celle de l’aîné de mes quatre frères, en bas – forcément, plus de place dans l’escalier.

— Qui ça, une explosion de fistule ?

Il tente de grimper, Camille le repousse sèchement.

— Salut sœurette !

— Bonjour, Ferdinand. Maman, est-il obligatoire que toute la famille vienne dans ma chambre pour me réveiller ?

— Mon tee-shirt !

Adélaïde bat en retraite. Je repousse la couette à regret, m’extirpe hors du lit et enfile un débardeur arborant une tête de mort coiffée d’un nœud églantine, pour marquer le coup. Mignonne, allons voir si la Rose qui ce matin avait déclose sa robe d’ébène au soleil, a point perdu cette vesprée, les plis de sa robe basanée, et son teint au vôtre pareil

Camille ne lâche pas l’affaire.

— Mon tee-shirt, Rose.

Ses joues virent au rouge. Avec le bleu et les paillettes, ça risque de jurer. Je lui en fais la remarque. Elle ne goûte pas mon humour et passe du vermillon au bleu Majorelle.

— C’est beaucoup mieux, je dis.

— Va te faire foutre, Rose ! résume-t-elle avant de disparaître, verte de rage.

Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel y passent, je suis impressionnée. Ne manquent que la musique techno et les constipés de la Manif pour tous pour organiser un défilé LGBT dans ma chambre.

Camille, de reprendre plus loin, dans les entrailles de la maison, à l’adresse du reste de la troupe :

— Quelqu’un a vu mon tee-shirt ?

— Maman, y a Antoine qui monopolise les chiottes !

Poésie enchanteresse des matins familiaux. Je mets la radio, la matinale de France Inter s’ouvre un vieux tube de Goldman, « Un matin, ça ne sert, à rien ! ». Pitié ! Je change aussi sec. France Info, 20 mars 2017, premier jour du printemps, youpi ! Clic. Nouvelle fréquence, je tombe sur le titre phare d’un certain Kendji Girac : « Ce matin j’étaislà, demain je n’y serai pas, je suis le vent du destin, qui me porte au loin, jamais seul, toujours ensemble, une famille qui nous ressemble… » Des odes poétiques de la Pléiade à la subtilité des textes de la saison 3 de The Voice. Décidément… Je bascule sur le dernier album de Slipknot. Y a moins de risques de cancer du côlon avec le métal nu, c’est scientifiquement prouvé. Je retrouve goût à la vie.

— Miaou !

— Vous voilà, vous !

Comme chaque jour, les chats se faufilent par la trappe pour fuir la fureur et les cris. Le plus sauvage des deux, Thalabert, bondit sur l’oreiller encore tiède et s’allonge en ronronnant, suivi de Gobbolino-chat-de-sorcière, appelé ainsi à cause des reflets charbon de son pelage et de la blancheur de sa patte avant gauche, surnommé plus tard Gobbo, en raison d’une déformation de la colonne vertébrale due à un accident de la route et d’une vague ressemblance avec le Bossu du Rialto. La bosse, plus la démarche nonchalante et son air de ne pas y toucher, tout cela donne à Gobbo un genre de crooner italien des années quatre-vingt qui ne me déplaît pas vraiment.

— On peut être une famille nombreuse, aimer les félins, les bons vins et avoir le goût de l’art vénitien, non ? a expliqué maman, un jour, à un collègue de l’hôpital qui demandait s’il s’agissait d’une référence à Renzo Gobbo, le joueur et entraîneur de foot italien.

— Je ne vois pas le rapport.

— Ça ne m’étonne pas, a-t-elle rétorqué, sur un ton chargé de sous-entendus.

Le mélange style Renaissance côtes-du-rhône Venise-la-Sérénissime chats, je peux comprendre, mais le coup de la famille nombreuse m’échappe un peu, j’avoue. D’autant qu’à ma connaissance, ma mère n’a jamais mis les pieds en Italie. Elle est comme ça, bizarre et créative. Elle établit constamment des associations d’idées originales, dans le seul but, répète-t-elle à l’envi, de « voir ce que ça donne ». Pour être franche, la plupart du temps, on ne voit pas trop. Mais une infirmière qui se prénomme Adélaïde, mère de six enfants, deux chats, un chien, et qui a décidé de passer sa vie, il y a près de vingt-six ans, avec un Normand qui s’appelle Charles Mabille, ça n’excuse rien, je sais, mais ça explique sans doute beaucoup de choses – zut, voilà que je me mets à « associer » comme elle, il va falloir que je me surveille, c’est peut-être héréditaire.

Gobbo vient se frotter contre mes mollets. Je me penche pour lui caresser le sommet du crâne. Vexé, il détale comme s’il avait lu dans mes yeux mon intention de toucher sa bosse. Je traverse la pièce à tâtons et me ruine le genou gauche sur ma chaise. J’allume portable et lampe de bureau, presque en même temps, un record. Sept messages en attente, l’ampoule a claqué. La barbe ! Le radio-réveil indique 6 h 58. Cette fois-ci, je vois très nettement les trois chiffres. Je mesure leur logique implacable. Dans une heure, je dois faire l’ouverture du salon de coiffure Popul’Hair – le jeu de mots a précédé mon embauche, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.

Et puis j’ai faim.

J’abandonne les chats à leur sort enviable, me dirige vers le carré de lumière de la trappe et jette un œil prudent. Camille a disparu. Antoine, l’avant-dernier de mes frères, m’accueille au pied de l’échelle, l’air maussade.

— Tu devrais pas être déjà au boulot ? je demande.

Il en convient d’un hochement de tête et marmonne que, justement, c’est bien le problème, une seule toilette pour huit, c’est pas une vie, on lui vole tout le temps son tour, on le bouscule, on le déplace, on le vire à grands coups de pompes dans le cul, et même quand il arrive malgré tout à se faire une place sur le trône, c’est pour se faire destituer dans la seconde qui suit sous prétexte qu’il y a plus urgent. Il n’est pas royaliste, Antoine, mais le coup de la révolution sanitaire permanente, non merci ! Alors lui, il a jamais le temps d’aller à la selle avant le travail, et son patron, eh bien, il l’emmerde avec ses temps de pause, du coup…

— C’est le cas de le dire.

— Hein ?

— C’est pas légal ! je corrige.

Antoine rit jaune :

— Si tu savais comme il s’en fout.

— On a le droit de pisser, même dans la boulangerie, je surenchéris.

Il lève un sourcil dubitatif au ciel.

— Mouais…

— Pas de pause ?

— Pas de pause.

— Question d’hygiène ?

Antoine secoue la tête d’un air désolé.

— Question de rendement.

Je compatis en silence, le temps de le rejoindre au sol.

— Il te paie combien, le mari de la boulangère ?

Mon frère dessine un zéro dans l’espace avec son doigt. Je manque de m’étouffer.

— Quoi ?

— Deux mois de salaire impayés.

— C’est un scandale ! je m’insurge. Tu bosses là-bas depuis combien de temps ?

Sa voix se grippe. Du feulement syndicaliste de chien battu luttant pour son droit à l’urinoir, on glisse à l’inaudible fataliste. Il enfile son casque de moto et murmure :

— Deux mois.

— Tu en as parlé aux parents ?

Il réajuste la sangle de son casque. Je note que ses mains tremblent.

— Je veux pas les embêter avec ça. C’est juste un peu de retard.

Il lorgne par-dessus mon épaule et ajoute :

— Faut que j’y aille.

J’ai à peine le temps de m’écarter pour laisser passer un premier wagon de quatre conduit par mon père, flanqué du chien qui aboie comme s’il n’allait jamais les revoir.

— Bonne journée, ma chérie.

— Glande pas trop.

— ‘lut !

Direction la gare pour les aînés, Ferdinand et Pacôme, qui repartent pour une semaine de cours à la fac, et lycée pour Camille, qui a finalement opté pour un chemisier en soie blanche à boutons or du plus mauvais goût.

— Tu ne perds rien pour attendre, persifle-t-elle en me frôlant volontairement.

La porte se referme sur un clin d’œil venimeux. Je déglutis. Le scooter et le break démarrent en simultané. Le silence s’abat sur la baraque. Je compte mentalement, comme chaque lundi matin. Quatre dont mon père, Antoine parti pour se faire exploiter une journée de plus, les deux chats sur le lit, le chien couché devant l’entrée jusqu’à leur retour, ce soir, la vie est dure, Adélaïde au lit jusqu’à midi pour récupérer de sa nuit de garde à l’hôpital, et moi.

Dix.

Il m’en manque un.

Je recompte sur mes doigts, pour être sûre. Résultat identique. Je cherche, en apnée, mon cerveau manque d’oxygène. J’ai une peur panique des chiffres ronds – diagnostiquée l’année de mes dix ans, justement, et confirmée récemment pour mes vingt. L’identité du coupable met quelques secondes à se frayer un chemin jusqu’à mon esprit affamé.

Gus.

Le petit dernier. Gustave pour l’état civil. Gus pour tous les autres.

Où il est, celui-là ?

Je fonce vers la cuisine. Personne. Le désordre qui règne sur les lieux évoque la grande salle de bal du Titanic, juste après que le paquebot s’est redressé à la perpendiculaire de la surface de l’océan, puis remis d’aplomb une fois coupé en deux. À bâbord, tout est impeccable, table vide, armoire fermée, casseroles et spatules fixées au mur. Par contre, toute la saleté s’est accumulée à tribord, côté évier et gazinière. Je consulte l’agenda des tâches ménagères sur le frigo. Je vois le nom de mon petit frère dans la colonne « nettoyer le plan de travail ».

Je prononce son nom à voix haute pour la première fois de la journée :

— Gus ?

Je traverse le salon, longe le couloir et inspecte chacune des chambres, à commencer par celle qu’il partage avec Antoine. Son lit est fait. Ce qui, dans le cas de Gus, signifie qu’il n’a pas été défait. J’en déduis qu’il n’a pas dormi là. Aïe. Je comprends mieux l’attitude fuyante d’Antoine, tout à l’heure. Son réquisitoire contre les chiottes uniques n’était-il qu’une diversion ? Je ne m’inquiète pas encore vraiment, mais je sens déjà dans ma gorge cette petite boule caractéristique, vous savez, celle qui se forme quand vous vous apprêtez à prendre l’avion et que vous réalisez soudain que si ça se trouve, c’est précisément ce vol-là qui fera la une des journaux le lendemain, après s’être abîmé en mer sur un territoire grand comme le Sahara, parce que le pilote est suicidaire ou kamikaze, voire probablement les deux.

Je poursuis néanmoins mes investigations à l’extérieur. Je note que ça caille sec pour un début de printemps.

Rien dans le jardin. Ni sous l’auvent ni dans la cabane à outils. Le septuagénaire qui nous sert de voisin officiel côté route, spécialisé dans l’élevage de nains de jardin, reluque ma poitrine d’un drôle d’air. Je rentre après lui avoir demandé si c’est la tête de mort, le nœud rose sur le crâne, les dysfonctionnements de sa prostate ou mon 90B qui le défrisent. J’avoue, j’ai un peu exagéré mes mensurations, j’ai jamais été une adepte fervente des Chiffres et des lettres, mais je reconnais parfaitement le « O » faussement outré que dessine sa bouche quand je referme la porte.

— Gus ? j’appelle, un soupçon trop dans les aigus.

À ce stade-là, j’ai arrêté de croire qu’il cherchait à sécher les cours.

Je vérifie à nouveau dans sa chambre, dans l’armoire et sous le lit, où je trouve, mal dissimulées entre deux lattes du sommier, les pages déchirées d’une revue pornographique – c’est peut-être parce que c’est mon petit frère et que sa disparition momentanée m’attendrit, mais je trouve ça touchant et délicieusement désuet, ce papier glacé, à l’heure où tous les adolescents de son âge se rincent l’œil sur Youporn depuis leur portable. Par contre, la fille sur la couverture a une tête qui ne me revient pas. Je rafle le magazine pour le balancer aux ordures, question de principe. J’enchaîne avec les tiroirs de la commode, même si je sais que c’est parfaitement stupide.

Je crie :

— Gus ?

Pas de réponse. La porte de la suite parentale est entrebâillée, je passe la tête. Ma mère n’a même pas pris le temps de se déshabiller. Elle repose sur le ventre, les bras en croix, au milieu du canapé-lit, chignon détaché, cheveux étalés en rosace. J’entre et m’assois sur le couvre-lit, à côté d’elle.

— C’est toi, Rose ? souffle-t-elle, les yeux clos.

Je tâche de prendre le ton le plus neutre possible pour ne pas l’effrayer :

— Tu vas rire, maman, je ne trouve pas Gus.

Ses yeux s’ouvrent illico en grand. Oups ! Je regrette aussitôt l’emploi du « tu vas rire » – on ne se méfie jamais assez du pouvoir antiparastasique de l’antiphrase. Ma mère bondit sur ses deux pieds. Sixième sens maternel ou réflexe d’infirmière en poste aux urgences depuis près de vingt ans, je l’ignore, mais alors que la seconde d’avant, elle ressemblait à une trotskiste ayant appelé à battre la droite un soir d’élection présidentielle, la voilà sur le qui-vive, prête à partir en salle d’opération pour un triple pontage. J’avais déjà entendu parler de ce type de métamorphoses subites par mon père, je croyais à une légende, mais en vrai, c’est impressionnant à voir. J’en reste baba. Je le lui dis, elle écarte ma remarque admirative d’un geste de la main.

— Où est ton frère ?

Je minimise :

— Il est peut-être parti en scooter avec Antoine.

Adélaïde ne tombe pas non plus dans le panneau de la fausse piste.

— Dis-moi ce que tu sais, déclare-t-elle sur un ton qui ne souffre aucune échappatoire.

La sonnerie du téléphone me sauve in extremis. Je me précipite sur le combiné. Je reconnais Gus. La boule dans ma gorge se désagrège aussitôt. Onze. Nombre premier. Adjectif numéral cardinal correct. L’un des animateurs de l’émission préférée de ma grand-mère, Des chiffres et des lettres, me souffle dans sa barbichette que le compte est bon.

Je souris à ma mère.

— C’est lui. Puis à Gus : Tu es où ?

Crachotements dans l’appareil, j’entends des personnes aboyer derrière lui.

— Rose, c’est pas moi, je te jure ! s’écrie Gus, des sanglots dans la voix. Je n’y suis pour rien !

— Comment ça, tu n’y es pour rien ? De quoi est-ce que tu parles ?

Les sept messages en attente sur mon portable me reviennent à l’esprit. L’air de rien, je sens la boule se reformer et venir me chatouiller les amygdales. Ma mère n’a pas non plus apprécié l’expression : « Comment ça, tu n’y es pour rien ? » Adélaïde est aussi télépathe. Elle tient ça de sa propre mère, prétend-elle. Qui elle-même… Elle devine d’expérience le « c’est pas moi, je te jure » que je suis pourtant la seule à avoir entendu. Elle m’ordonne de lui passer le téléphone séance tenante.

Je proteste :

— Je ne suis pas une balance.

Elle me fixe en tendant la main. Je ne lis dans ses yeux aucun doute quant à l’issue de notre confrontation.

— Fais-moi rire, dit-elle sans rire.

Merde, même l’antiphrase, elle la manie mieux que moi.

— Et d’abord, depuis quand tu t’intéresses au porno, ajoute-t-elle en louchant du côté du magazine que j’ai oublié de jeter.

L’art du détail qui tue. Trop forte. Échec et mat. Je m’apprête à abandonner mon roi, pantelante et jambes en coton, quand la sonnette d’entrée retentit. Ma mère se précipite pour ouvrir la porte. Je soupire de soulagement. Saint Kasparov, priez pour nous.

Je déglutis et chuchote à l’adresse de Gus :

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

— C’est pas moi…

Je n’écoute pas la suite. Je ne vois plus que le type qui se tient sur le palier, tirant une carte de la poche de sa veste et la présentant à ma mère. Le teint hâlé, la trentaine, le sourcil droit arqué en forme d’accent circonflexe et des yeux vert pêche – je jure que ça existe, comme couleur, le beau gosse devant moi vient de l’inventer, vert comme une pêche pas assez mûre, juste ce qu’il faut de craquant et de fermeté pour ne pas s’en mettre plein les doigts.

J’oublie sur-le-champ Gus à l’autre bout du fil, les « c’est pas moi », la boule dans la gorge, Venise, le salon de coiffure et les figures de style.

Je cligne des yeux, le type m’a aperçue et sourit dans ma direction. Je tombe amoureuse. Je ne suis plus que guimauve. Des cascades de confettis à l’effigie d’Alice Cooper se déversent du ciel. Les altos de Freddie Mercury psalmodiant Bohemian Rhapsody en fond sonore. Ma mère me refile la carte de monsieur Vert-Pêche. Je la saisis sans cesser de le dévorer du regard. Ses lèvres remuent, mais Freddie chante trop fort et je n’entends pas tout de suite ce qu’il dit.

C’est alors que sept détails atteignent simultanément mes rétines, se transforment en signaux électriques dopés aux stéroïdes anabolisants, piquent un sprint usain-boltien dans les couloirs de mes nerfs optiques jusqu’à mon cortex visuel.

Par ordre chronologique.

Un : je tiens toujours le magazine porno de Gus dans la main qui tient le téléphone.

Deux : le sourire amusé de Vert-Pêche ne s’adresse pas du tout à moi, mais audit magazine porno et, plus précisément, à la fille aux gros seins qui ne me revient pas et dont le string doré tient lieu de couverture pour l’hiver.

Trois : le sourire amusé de Vert-Pêche n’est pas du tout amusé, mais exprime plus certainement une profonde perplexité teintée de surprise – aucune concupiscence, ça j’en mettrais ma main à couper, de préférence celle qui tient ledit magazine porno susmentionné.

Quatre : un flic en uniforme armé sort d’une voiture de la police nationale et vient rejoindre ses jumeaux qui trépignent au second plan, derrière Vert-Pêche, et qui eux aussi ont aperçu String-Doré. Quatre paires de rétines opèrent désormais des allers-retours stroboscopiques entre son 95 bonnet E – sale garce ! – et le crâne à nœud rose de mon débardeur.

Cinq : la mention Lieutenant Richard Personne, sanglée d’une écharpe tricolore et du mot POLICE, écrit en lettres majuscules et en rouge sang, inscrite sur la carte de Vert-Pêche que je tiens dans ma main gauche.

Six : Vert-Pêche s’appelle Personne.

Sept : Personne est flic.

Anéantie, j’en lâche le magazine porno. Tous les protagonistes masculins de cette tragédie suivent sa courbe descendante jusque sur le paillasson, avant que le chien se jette dessus, langue pendante et queue haute, et disparaisse dans les profondeurs abyssales de sa niche pour se vautrer dans le stupre. Les hommes, tous les mêmes !

Reprenant ses esprits, monsieur Personne en profite pour glisser dans les mains de ma mère une ordonnance du juge et enfoncer le clou.

Il s’éclaircit la voix et demande :

— Lieutenant Personne, Direction centrale de la police judiciaire, brigade des stupéfiants, je suis bien au domicile de Gustave Mabille-Pons ?

— Je ne vois pas de qui vous voulez parler, répond ma mère du tac au tac.

La parade ne manque pas de panache, mais elle est désespérée. Personne n’est (pas) dupe. Il hausse d’ailleurs l’accent circonflexe qui lui sert de sourcil droit et pointe du doigt le téléphone que je tiens encore dans la main. Je réalise que mon frère est là, au bout du fil, et qu’il a tout entendu. Le lien de causalité entre son pathétique « c’est pas moi, je te jure » et les mots « police » et « stupéfiants » s’établit de lui-même.

Je porte le combiné à mon oreille, sous le regard horrifié d’Adélaïde, pour hurler à Gus de courir se planquer.

Évidemment, il a déjà raccroché.

Premières lignes , notre nouveau rendez-vous

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque. 

Il y avait longtemps que nous nous étions pas parlé.

Et bien voilà avec « Premières lignes » je serai à nouveau présente sur la toile.

Car souvenez vous au début de notre blog, je vous faisais lire les premiers chapitres d’un bouquin.

Là le challenge est encore plus simple.

Juste vous présenter les premières ligne

Cela permet ainsi de se faire une idée sur le livre que nous pourrions lire . J’aime assez le principe.

PREMIÈRES LIGNES

Le concept est donc simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

J’inaugure aujourd’hui un nouveau rendez-vous !

Premières lignes est un rendez-vous littéraire instauré par le blog Ma lecturothèque.Le principe est très simple. Le dimanche, un livre est présenté à travers ses premières lignes. Il n’existe aucune contrainte quant au choix du livre, qu’on l’ai déjà lu ou que l’on prévoit de le faire. Il suffit de faire un choix !C’est Aurélia qui l’a mis en place sur Ma lecturothèque et qui s’occupe de gérer les liens des participants. L’intérêt, c’est de présenter un livre au choix, à travers ses premières lignes… Il n’y a aucune contrainte quant au choix du livre, qu’on l’ai lu ou qu’on prévoit de le faire, il suffit de porter notre choix sur lui…

Trophée Anonym’us : Remise du Trophée au vainqueur, Balthazar Tropp

samedi 20 avril 2019

Remise du Trophée au vainqueur, Balthazar Tropp

C’est sous un soleil radieux qu’Eric Maravalias à eu le plaisir de donner à Balthazar Tropp,
 le Trophée Anonym’us les mots sans les noms 2019

et de partager avec lui un verre et un agréable repas.

Balthazar Tropp livre quelques petites indiscrétions.
Avec un roman en projet, nous espérons avoir l’occasion de croiser à nouveau sa plume ! 


Trophée Anonymus 2019 : Le podium

Trophée 2019 – Le podium


Trophée Anonym’us, les mots sans les noms 2019
Buste en argile – Pièce unique façonnée par Eric Maravelias

Enfin les résultats du Trophée 2019 !
Après une aventure qui vous tient en haleine depuis septembre à raison d’une nouvelle et d’une interview chaque semaine, une aventure relayée par de nombreux blogs qui, sans faiblir, ont eux aussi partagé les nouvelles des 22 auteurs de la Team  vous allez enfin découvrir le podium 2018.
Nous remercions plus particulièrement les blogs Les livres d’ElieLila sur sa terrasse,le site de Jean Marcel, celui de Libres Ecritures, qui nous accompagnent depuis plusieurs années, voire, pour quelques uns d’entre-eux, depuis le début de cette aventure il y a maintenant cinq ans. Grâce à Dominique Terrier (Alias Jean Marcel ou vice-versa) les recueils des nouvelles publiées tout au long des cinq années de ce trophée sont également présents sur le site Atramenta sur la page dédiée au trophée  qu’il en soit vivement remercié.
Nous remercions aussi chaleureusement les 21 auteurs qui ont osé se frotter à l’art difficile de la nouvelle et soumettre aux membres du jury cette dernière de façon anonyme. Merci à eux d’avoir joué le jeu. Cette année encore, nous avons été heureux de découvrir des nouvelles d’une grande diversité et d’une grande richesse que le jury a eu bien du mal à départager.
Enfin ce Trophée ne serait rien sans l’enthousiasme du jury, que nous remercions pour la qualité des échanges, même s’ils furent râpeux, parfois… et la bonne humeur communicative tout au long du Trophée. 

Pour cette cinquième édition du Trophée
 le gagnant est …

Balthazar Troppavec la nouvelle Autoportrait

Pour mieux connaitre l’auteur petit retour sur son Interview et sur sa page auteur sur Babelio

A la seconde place 

Katia Campagneavec la nouvelle Quand la terre mourra


Pour mieux connaitre l’auteur petit retour sur son Interview et sur sa page auteur sur Babelio


A la troisième place 

Nick GardelAvec la nouvelle Il faut bien se nourrir

Pour mieux connaitre l’auteur petit retour sur son Interview et sur sa page auteur sur Babelio

Enfin, en quatrième et  cinquième places mais quasi ex aequo… 


Une histoire d’Oreille de Frédérique Hoy son interview etsa page auteur sur babelio
Rédemptionde Céline Denjean son interview etsa page auteur sur babelio

Encore un grand merci à tous !