Trophée anonym’us :

dimanche 17 février 2019

Nouvelle 19 – Retardataire

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Les suicides, c’est toujours pour ma pomme. Voilà une demi-heure qu’on était bloqués dans ce wagon, serrés les uns contre les autres, respirations et sueur mêlées. Le pire, c’est que j’allais encore arriver à la bourre à mon rendez-vous avec Marco. Il allait être furieux. J’aurais beau lui expliquer que je n’y étais pour rien, que c’était de la faute d’un égoïste qui s’était jeté sur les rails, il dirait que je trouvais toujours une bonne excuse. Lui, c’était le type droit, bien réglé, fils d’un conducteur de train, alors mon incapacité à être à l’heure relevait à ses yeux du laxisme et du je-m’en-foutisme. Les gens pensent souvent cela des retardataires. Personne ne sait que c’est une véritable maladie. Enfin, le métro se remit en marche et les voyageurs laissèrent échapper des soupirs de soulagement. Arrivée à la station Chemin Vert, je sautai sur le quai et courus jusqu’au café où m’attendait Marco, rongeant son frein sur une banquette.

— Je suis désolée, dis-je en m’asseyant en face de lui, haletante. Il me considérait avec la même indifférence méprisante qu’une mouette face à une plage.

— Je ne veux même pas savoir ce qu’il t’est arrivé, lâcha-t-il. Cette fois, j’en ai ma claque. Mon cœur se serra. J’étais raide-dingue de Marco et l’idée qu’il puisse me larguer me tétanisait.

— Je t’ai déjà dit que je ne fais pas exprès, répliquai-je. Il y a un connard qui…

— Ça m’est égal. J’ai autre chose à faire que poireauter à t’attendre. Tu vois, cette heure que je viens de passer à cette table, j’aurais pu l’utiliser pour faire n’importe quoi d’autre de plus utile : un footing, du bénévolat, ou même appeler ma mère.

— Laisse-moi une chance. Je t’en prie. Je lui pris la main d’un air suppliant, mais il détourna le regard vers son café qui devait être glacé, depuis le temps.

— Appelle-moi quand tu seras prête à changer, répondit-il en se levant. On se retrouvera quelque part, mais si t’as une seule minute de retard, ce sera terminé pour de bon.

Et ce ne serait pas la première fois que je perdrais un mec à cause de mon retard chronique. C’était comme ça depuis toujours. Adolescente, j’avais été renvoyée de plusieurs bahuts car j’arrivais toujours en plein milieu des cours. J’avais déjà été licenciée quatre fois à cause de mon incapacité à respecter un planning. Cette tare minait ma vie.
Le soir, je me rendis chez mon amie Clémence, une célibataire endurcie dont la vie n’était réglée par aucune organisation familiale rigide et qui supportait mes visites désordonnées.

— Ça n’a pas l’air d’aller, observa-t-elle.

— Marco m’a mis un ultimatum, répondis-je. Soit je suis à l’heure à notre prochain rendez-vous, soit il me quitte pour de bon…

— Mince. Ça te pendait au nez, non ?

— Il a même été drôlement patient. Mes ex n’ont pas attendu aussi longtemps pour me dire d’aller voir ailleurs…

— Faut que tu te prennes en main, ma vieille, lâcha-t-elle. Achète-toi un réveil.

— C’est plus compliqué que ça. J’ai beau faire des efforts et mettre toutes les alarmes du monde, il y a toujours quelque chose qui fait que ça dérape.

— Rien n’est inéluctable. Il y a sans doute des spécialistes de ce genre de problèmes.

— J’ai déjà vu un psychologue. Il m’a conseillé de partir en avance pour arriver à l’heure à la prochaine séance. Soixante-dix euros pour m’entendre dire ça… Je devrais peut-être m’installer en Afrique. Mon beau-frère bosse dans l’humanitaire et il dit que là-bas, tout le monde se fiche des horaires.

— Mais il y a le paludisme et Boko Haram. — Décidément, il n’y a pas de monde idéal, soupirai-je.

— Je connais une excellente voyante, dit Clémence. En un rendez-vous, elle a résolu ma peur panique des tuyaux.

— Tu ne m’en as jamais parlé…

— Regarde, ils sont tous dissimulés sous les faux plafonds ou encastrés dans les murs. Je les ai même fait entourer de mousse pour ne pas entendre le bruit de l’eau qui court dedans. Maintenant qu’elle me le disait, il n’y avait en effet aucune tuyauterie visible dans l’appartement. Les gens ont parfois d’étranges phobies.

— Tiens, voici la carte de la voyante, dit Clémence. Elle trouvera.

Je lus l’inscription sur le rectangle cartonné : Jocelyne Lacanal,voyante et magnétiseuse.


Madame Lacanal ressemblait à une secrétaire de cabinet dentaire. Elle portait un tailleur gris, une broche épinglée sur la poitrine et des cheveux coupés en un parfait carré. La quarantaine, les yeux bleutés. Sans me signaler mes cinquante minutes de retard, elle me guida dans son salon et me fit prendre place dans un fauteuil en osier. La pièce était sobrement décorée, avec des murs blancs et du parquet vitrifié. Seule originalité : une belette empaillée montrait les crocs sur un buffet.

— En quoi puis-je vous être utile ? demanda la voyante.

Sous l’œil mauvais de la belette, j’entrepris de raconter le handicap qui m’affectait depuis la naissance. Les retards répétés, l’incapacité à me soumettre à un emploi du temps et les répercussions sur ma vie personnelle. Madame Lacanal ne fit aucune des habituelles remarques désobligeantes et sortit de sa poche un jeu de tarot dont elle disposa les cartes sur la table, faces cachées.

— Tirez.

Ma main hésitante se porta vers une carte située à l’extrême droite du carré et la retourna. La dame de cœur.

— C’est en rapport avec votre mère, annonça la voyante.

J’aurais préféré que ma mère reste en dehors de tout ça, mais elle avait déjà extirpé un pendule de sa poche et, les yeux fermés, se concentrait sur les mouvements de l’objet.

— L’accouchement de votre mère a été retardé, lâcha-t-elle finalement d’un air d’évidence.

Je restai quelques secondes interdite. Ma mère m’avait en effet parlé de cette mésaventure. Le jour de l’accouchement, un dimanche en pleine période estivale, l’hôpital manquait de personnel et le docteur lui avait administré des médicaments afin de retarder ma venue. Finalement, j’étais née vingt-quatre heures après le moment que la nature avait choisi pour moi : le 8 août à la place du 7…

— C’est pour cela que vous êtes toujours en retard, reprit la femme. Il n’y a qu’une solution pour ce problème : brûler votre extrait d’acte de naissance devant la maternité où votre mère a accouché, précisément à l’heure de votre venue au monde. Si vous réussissez, le rythme biologique reprendra son cours naturel.
Le traitement de Mme Lacanal heurtait ma rationalité mais elle était la seule à m’apporter une explication et une solution concrète. Ça ne coûtait rien de tenter. J’étais née à 5h04 dans une maternité du XIIe arrondissement. Je mis donc le réveil à quatre heures du matin pour avoir de la marge. Quand la sonnerie me tira de mon sommeil, je m’habillai et, sans perdre un instant, allai chercher mon extrait d’acte de naissance dans mon bureau. Évidemment, il ne se trouvait pas là où je croyais l’avoir rangé. Après avoir retourné tous les tiroirs, éparpillé factures, relevés de compte, diplômes et feuilles volantes, je tombai enfin sur le précieux document. Je le glissai dans ma poche mais, bien sûr, j’étais en retard. Plus le temps de partir a pied, je commandai un taxi. Je descendis en bas de l’immeuble, fis les cent pas dans la nuit en attendant son arrivée. Enfin, une BMW se profila et s’immobilisa devant moi. J’ouvris la portière et me précipitai sur la banquette arrière.

— À la maternité du Bien Naître, rue Hérard dans le douzième, annonçai-je. Dépêchez-vous !

— Si c’est pour un accouchement, faut appeler les pompiers, madame, s’inquiéta le chauffeur. J’ai pas envie que vous perdiez les eaux dans ma voiture.

— Je ne suis pas enceinte ! m’énervai-je. Allons-y, je dois y être dans vingt minutes.

Il jeta un œil suspicieux à mon ventre, parût rassuré et démarra. Regardant le paysage défiler par la fenêtre, je me rongeai les ongles en maudissant les feux rouges qui me paraissaient durer une éternité. Était-ce seulement une impression ou ce chauffeur empruntait les itinéraires les plus détournés ? Enfin, la voiture atteignit les boulevards, presque déserts à cette heure-ci, et l’aiguille du compteur frôla les cinquante kilomètres-heure. Je commençais à être optimiste sur mes chances d’arriver à temps quand un scooter surgit de nulle part et, telle une météorite, vint s’écraser sur le pare-choc. Le chauffeur jura en pilant et se précipita au chevet du blessé. Quatre heures cinquante. C’était cuit. Il fallait se rendre à l’évidence : je n’y arriverais pas seule.


Le lendemain, Clémence vint me chercher chez moi avec sa Fiat Punto. Elle avait tout prévu : des couvertures, un thermos de café, un réveil, une lampe-torche, un briquet, une boîte d’allumettes et même un couteau suisse. Nous roulâmes jusqu’à la clinique et attendîmes qu’une place se libère près du portail, juste devant la maternité.

— Maintenant, y’a plus qu’à attendre, dit mon amie. Je vais mettre le réveil. Par précaution, on va veiller à tour de rôle.

Elle sortit de sa sacoche des sandwichs au jambon et m’en tendit un. Les gens qui passaient par là devaient nous prendre pour deux flics en planque. Il ne nous manquait qu’une paire de jumelles et des Talkies-walkies. Non loin de nous, un ballet incessant d’ambulances et de taxis venait déposer des femmes sur le point d’accoucher. Leurs enfants arriveraient peut-être à l’heure et auraient la chance d’être ponctuels toute leur vie. Les prématurés seraient-ils constamment en avance ? Les lumières des immeubles s’éteignaient une à une. Seules les fenêtres de l’hôpital restaient illuminées en permanence. Je finis par m’assoupir, recroquevillée sur le fauteuil. À deux heures du matin, Clémence me réveilla pour que je prenne mon tour de garde. Je me servis une tasse de café et tentai de rester éveillée en mettant la radio en sourdine. Je m’aperçus alors qu’il y avait du mouvement devant le portail. Sous un lampadaire, plusieurs personnes attendaient en regardant leur montre, un papier à la main. Intriguée, je sortis de la voiture, refermai doucement la portière pour ne pas réveiller Clémence, et m’approchai de l’attroupement. Soudain, un chauve rondouillet dégaina un chronomètre de sa poche et une blonde brandit une allumette.

— Cinq, quatre, trois, deux… se mit à compter l’homme.

Hyper concentrée, la femme frotta l’allumette contre le grattoir quand une quinte de toux la fit se plier en deux et le bâtonnet enflammé tomba sur le trottoir mouillé.

— Encore raté, soupira le chauve d’un air blasé.

— Encore raté ? blêmis-je. — Vous êtes là pour votre extrait d’acte de naissance, vous aussi ? demanda-t-il en se tournant vers moi.

— Comment ça « vous aussi » ?

— C’est votre première fois, n’est-ce pas ? Regardez tous ces gens : ils sont là pour la même chose.

Je lorgnai vers la dizaine de personnes prostrées devant les grilles. Un peu à l’écart, un vieil homme sautait de joie en piétinant un petit tas de cendres.

— C’est monsieur Althusser, commenta la femme dont la toux s’était calmée. Il est enfin parvenu à se sauver. Cela faisait plus de dix ans qu’il tentait de brûler son extrait d’acte de naissance, mais il arrivait systématiquement à la bourre. À partir d’aujourd’hui, c’est un homme nouveau. Mais notre tour viendra.

— Qu’est-ce que ça signifie ? balbutiai-je.

— Je m’appelle Cynthia Cromwell, dit la femme en me tendant la main. Je tente de brûler mon acte de naissance depuis huit ans et cinq mois. Enchantée !

— Tout ce qui nous arrive est la faute du docteur Chamoisi, expliqua le chauve. Les mères des gens que vous voyez ici ont toutes été accouchées par ce médecin véreux : il a retardé la naissance de chacun d’entre nous, ce qui explique notre handicap. Si vous patientez un peu, vous le verrez quitter la clinique. Il travaille en horaires décalés et ne devrait pas tarder.

Je le dévisageai d’un air incrédule, mais il était on ne peut plus sérieux.

— C’est complètement dingue ! balbutiai-je. Pourquoi il fait ça ?

— C’est un grand prématuré, à ce qu’il paraît. Et un pervers.

Soudain, une clameur s’éleva.

— Tenez, le voilà !

Un petit homme sortit de la clinique sous les huées des retardataires qui se pressaient contre la grille et pointaient vers lui leurs poings haineux. Avec indifférence, il monta au volant d’une Audi et le portail automatique s’ouvrit lentement. Tandis qu’il quittait le complexe hospitalier, les retardataires se mirent à tambouriner sur la carrosserie et à faire tanguer la voiture aux cris de « Chamoisi pourri ! Ton heure viendra ! ».

— C’est comme ça tous les jours, expliqua Cynthia Cromwell.

La voiture du docteur Chamoisi s’éloigna à toute allure, poursuivie par quelques téméraires. Éberluée, je les observai courser le véhicule sur une centaine de mètres jusqu’à se laisser distancer, comme ils l’étaient dans la vie en général.

— Nous avons monté une petite association, dit Cynthia en me tendant une carte. « Les retardataires de France ». On s’écoute et on se donne des conseils pour faire face à notre handicap, mais on a aussi un grand projet. Si ça vous dit, venez à notre réunion mardi prochain et on vous en dira plus.

À cet instant, Clémence déboula de la voiture en hurlant :

— Laura, je n’ai pas entendu le réveil ! Il est cinq heures dix !

— Il ne faut pas vous décourager, dit le chauve en posant une main réconfortante sur mon épaule.


Le mardi, je me rendis à la réunion de l’association des retardataires de France. Depuis que je savais que d’autres souffraient du même handicap que moi, je me sentais beaucoup moins seule et moins coupable. Il me tardait surtout d’en apprendre davantage sur ce docteur Chamoisi. Le rendez-vous était prévu à dix-neuf heures dans l’appartement du trésorier, mais tout le monde arriva à vingt-et-une heures. Après un tour de table sur les difficultés rencontrées par les uns et les autres durant la semaine (trains ratés, échéances de factures oubliées, conflits en tous genre avec les proches échaudés…), on me dévoila le projet fédérateur qui consistait à se débarrasser du docteur Chamoisi au moyen d’une bombe à retardement placée sous sa voiture. L’attentat était prévu le mardi suivant, tôt le matin. Une pochette contenant tous les extraits d’acte de naissance des retardataires serait accrochée à l’explosif. On espérait faire ainsi d’une pierre deux coups : se venger et libérer les adhérents du sortilège afin qu’ils puissent enfin reprendre une vie normale. Gérard, le président, se ferait passer pour le père d’un nouveau-né et s’introduirait dans le parking pour placer la bombe. Bien sûr, afin de limiter les victimes collatérales, le minuteur serait réglé de façon à ce qu’elle explose à l’extérieur du bâtiment, quand le docteur s’éloignerait de la clinique. J’éprouvais d’abord des réticences à m’associer à cette entreprise criminelle mais, songeant à Marco et aux existences que ce fumier d’obstétricien continuait de dérégler, je finis par me laisser convaincre et glissai finalement mon extrait d’acte de naissance dans la pile destinée à partir en fumée. En sortant de la réunion, j’appelai Marco et lui jurai que j’allais changer grâce à un traitement de choc. Je lui donnai rendez-vous le mardi suivant à huit heures et demie pour prendre le petit déjeuner dans un café situé non loin de la maternité. Si tout se passait comme prévu, je serais à l’heure.


Le jour j, alors qu’il faisait encore nuit, je retrouvai les membres de l’association devant la clinique. Gérard se tenait près du portail, un sac sur le dos et un bouquet de roses dans les bras pour être crédible dans le rôle du jeune papa. Après des embrassades et des encouragements, il respira un bon coup et s’engouffra d’un pas décidé dans la maternité. Un quart d’heure plus tard, il réapparut, rayonnant, le pouce dressé vers le ciel. Une vague d’enthousiasme s’empara du groupe. Tout exploserait dans vingt minutes pétantes. Nous attendîmes en faisant des allers et venues devant les grilles, telles des sentinelles. Les yeux étaient rivés sur les montres et la ronde infinie des grandes trotteuses. L’attente était insoutenable. Enfin, à sept heures cinquante-cinq, la voiture du docteur sortit du parking. Tranquillement, elle roula jusqu’au portail et je pus discerner le visage anguleux de l’obstétricien. Il conduisait avec des lunettes de soleil, sans doute pour ne pas croiser le regard de ceux dont il avait déréglé les vies.

— Plus qu’une minute ! annonça Cynthia.

La barrière se souleva et la voiture sortit de l’enceinte de l’hôpital. En cœur, nous nous mîmes à égrener les secondes, comme avant le passage à la nouvelle année.

— Dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un…

Mais, au lieu de partir en fumée, la voiture poursuivit sa route sur l’avenue. Tout le monde était assommé. Le trésorier de l’association se mit à sangloter sur l’épaule de la secrétaire.

— Je vous avais bien dit que rien ne valait un bon revolver, s’énerva Cynthia.

Alors qu’ils s’écharpaient pour déterminer le meilleur mode opératoire pour la prochaine tentative, je songeais à Marco qui devait déjà m’attendre au café. Même si j’étais en retard, je décidai de me rendre au rendez-vous pour lui faire mes adieux. Je me mis à marcher sur les trottoirs encore déserts à cette heure-ci. J’imaginais Marco en train de rager en regardant sa montre, préparant les mots de la rupture, quand j’aperçus un attroupement avec des camions de pompiers et des voitures de police. La circulation était bloquée et une odeur de brûlé flottait dans l’atmosphère. Une fumée noirâtre s’élevait d’un véhicule carbonisé. D’un coup, je reconnus la voiture du docteur. La bombe avait explosé en retard ! Je me précipitai vers les lieux du drame.

— Il y a des morts ? demandai-je à un policier en priant pour que le docteur n’en ait pas réchappé.

— Le conducteur et un passant, répondit l’homme.

Un jeune type qui n’avait rien demandé à personne et a juste eu le tort d’être là au mauvais moment… À cet instant, mes yeux se posèrent sur une forme recouverte d’un drap blanc et je reconnus la chaussure en daim de Marco qui dépassait du tissu.

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Trophée Anonym’us : L’interview de la semaine : Natacha Nisic

mercredi 13 février 2019

L’interview de la semaine : Natacha Nisic

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.
Aujourd’hui Natacha Nisic



1- Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ? Bande de psychopathes !
J’entre dans leur tête ou eux dans la mienne ; si l’un de mes personnages meurt, il peut ainsi survivre. Plus sérieusement, lors des salons, je suis plutôt côté bar. Peut-être un signe.

2- Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Oh, rien de définitif en ce moment…

3- Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Arturo Bandini.

4- Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Devenir invisible pour ne plus me voir 😉

4 bis :Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

Y en a toujours un qui traine, à commencer par soi-même, donc oui.


5- Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
La lecture et le rêve.


6- Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue
Pas toujours.


7- Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Le top ! Un grand roman anonyme.


8- Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Je n’aime pas le rose.


9- Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Le silence, une petite pièce fermée avec fenêtre, des cigarettes et une robe de chambre.


10- si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Bandini.


11- Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Je ne sais pas. Peut-être la Peau et les Os de Georges Hyvernaud.

Trophée anomym’us : Nouvelle 18 – L’intersection

dimanche 10 février 2019

Nouvelle 18 – L’intersection



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Les rayons éblouissants du soleil envahirent la chambre d’Angèle. Elle adorait être réveillée par les caresses de l’astre. Elle esquissa un sourire. La journée allait être agréable. Profitant de l’instant, elle demeura inerte quelques secondes.

Le réveil scandait fièrement 6 h 15. Elle haussa les épaules. « Allez, sors des draps », dit-elle à voix haute en guise d’encouragement. Elle se leva, ouvrit la fenêtre, huma l’air encore frais du matin. Elle fit ensuite son lit. Une journée ne pouvait décemment pas être entamée si le lit n’était pas mis en ordre. Comme chaque jour à cette heure matinale elle eut une pensée nostalgique pour son époux. Elle ne s’habituerait jamais à ce grand lit. Cela faisait plus de cinq ans qu’il avait quitté ce monde. Elle survivait, depuis, grâce à la présence de Léonie, sa fille unique, et de Louis, son petit-fils.

Fredonnant un vieil air, Angèle descendit l’escalier qui menait au rez-de-chaussée avant de s’exiler dans la cuisine. Elle ouvrit une fenêtre et salua sa voisine qui s’affairait déjà dans son jardin avant que la chaleur ne devienne accablante. Angèle se dirigea vers la cafetière, mais se ravisa. Pas de café, ce matin. Il faisait trop chaud. À la place, elle sortit une bouteille de sirop d’amandes du réfrigérateur. Elle versa un doigt du liquide visqueux et blanc dans un verre avant de l’arroser d’eau fraîche. En portant le verre à ses lèvres, Angèle roula les yeux de plaisir. Cela faisait du bien.

Elle se dirigea ensuite vers la salle de bains. Une douche tiède finirait de la réveiller pour la journée. Angèle s’arrêta face au miroir. L’image que lui renvoyait la glace était celle d’une femme mûre. Cheveux gris, poches sous les yeux, peau abîmée par le temps. L’expression d’une dame qui avait passé sa vie à se tuer au travail. L’image d’une personne qui avait toujours vécu simplement. Juste assez d’argent pour manger. Une épouse et une maman qui n’avait jamais hésité à sacrifier sa vie pour ceux qu’elle aimait.

Lorsqu’elle fut fin prête, elle quitta sa maison. Habitat simple, comme elle. Bâtiment fatigué par les années, comme elle. À quelques pas de là, vivait Léonie. Elles n’avaient pas pu s’éloigner l’une de l’autre ; aussi Angèle s’était-elle débrouillée pour lui dénicher une maison. Elle n’aimait pas tellement son gendre. Ce n’était pas grave, car ce dernier était souvent en voyage pour affaires. Angèle pouvait profiter un maximum de son enfant. En passant devant la porte grande ouverte de sa fille, Angèle annonça qu’elle allait chez le boulanger. « Tu as besoin de quelque chose, ma chérie ? » « Non, maman », hurla Léonie qui devait se trouver de l’autre côté de la maison. Elles avaient de la chance. La vie rurale ne forçait personne à se barricader comme sont obligés de le faire les citadins.

La boulangerie se trouvait au bas de la rue. Chemin faisant, Angèle salua un passant. Bien que ne connaissant pas tout le monde, les habitants avaient pour coutume de s’apostropher poliment lorsqu’ils se croisaient. À l’intersection Angèle sursauta avant de s’arrêter net. Un souffle glacial lui caressa la nuque. Elle se retourna vers la voix qu’elle venait d’entendre, prête à répliquer. Ses poils se hérissèrent lorsqu’elle s’aperçut que seule la brise lui avait emboîté le pas. Elle haussa les épaules. « Tu te fais vieille, ma belle », déplora-t-elle les lèvres mi-closes. Elle s’activa aussi rapidement que ses jambes le lui permettaient. Direction la bonne odeur de pain chaud qui lui chatouillait déjà les narines.

En sortant de la boulangerie, elle s’arrêta un bref instant au seuil de la porte. Elle huma l’air qui commençait à se réchauffer. Elle leva les yeux au ciel. Il était d’un bleu éblouissant. Toutes ses pensées les plus douces convergèrent vers son mari. Il lui manquait tellement. Mais elle savait que de là-haut, il continuait à veiller sur elle. Elle sourit alors qu’une larme coulait sur sa joue. Angèle posa un pied sur le trottoir, s’avançant vers le domicile de Léonie. Elle remontait la chaussée lorsque, soudain, elle s’arrêta exactement à l’endroit où son ouïe s’était jouée d’elle. Angèle ne pouvait se l’expliquer, mais cet événement l’avait perturbée. Elle se posta là quelques secondes, espérant que quelque chose se passerait. Rien. Elle reprit son ascension. Malgré son âge, elle parvenait encore à gravir l’inclinaison de la ruelle.

Quelques minutes plus tard, elle sirotait un verre de sirop d’amandes dans le jardin de sa fille. Décidément, elle adorait cette boisson. Rien n’était plus rafraîchissant. Elles échangèrent quelques mots, s’amusèrent de voir le petit Louis courir maladroitement derrière une mouche affolée par le colosse qui la pourchassait.

La journée s’annonçait comme toutes les autres. Rien ne laissait présager la moindre fausse note. Lorsque les verres furent vidés de leur contenu, Léonie proposa à sa mère de se rendre au centre-ville faire du lèche-vitrines. Angèle accepta avec enthousiasme. Elles adoraient passer du temps ensemble. Les villageois les avaient surnommées « Les indivis ». On ne voyait j’aimais l’une sans l’autre. Certains considéraient leur relation d’un mauvais œil. « Tout de même, c’est étrange, cette fille est mariée, mais passe tout son temps avec sa mère », pouvait-on entendre dans la région. Elles n’en avaient cure. L’époux de Léonie travaillait dans une autre région et ne revenait qu’une fois par mois.

Léonie mit son enfant dans le siège-auto. Il appréciait les balades en voiture. Il était de nature calme. Elle s’installa derrière le volant, boucla sa ceinture et enjoignit sa mère à faire de même. Angèle avait une fâcheuse tendance à oublier ce détail. Elle décocha un clin d’œil complice à sa fille. À lintersection Elle se figea. Ses mains devinrent moites, son teint exsangue.

— Maman ? Tout va bien ? Tu es toute pâle.

Silence.

Le ciel se couvrit soudainement d’épais nuages gris. L’orage prévu en fin de soirée se préparait lentement.

— Ouh-ouh, maman ?, l’interpella Léonie.

Angèle se retourna lentement vers sa fille en demandant si elle avait entendu. Entendre quoi, Léonie ne le saurait jamais. Angèle fixait déjà la route, son esprit absorbé par ses pensées. Elle avait l’impression que quelque chose n’allait pas. C’était la deuxième fois ce matin qu’elle entendait cette phrase. La sénilité l’avait épargnée jusqu’alors. Devenait-elle folle ? Quelqu’un tentait-il de communiquer avec elle ? Elle avait une croyance inconditionnelle en Dieu et le paranormal. Elle était persuadée que les défunts communiquaient parfois avec les vivants. C’était peut-être cela. Il fallait qu’elle tende l’oreille et entende. Mais à l’intersection de quoi, bon sang, se dit-elle. Creuse Son cœur se mit à cogner fort dans sa poitrine. Une goutte de sueur roula le long de sa nuque. Elle ne prononça pas un mot de tout le trajet. Prostrée dans ses pensées, les mains crispées. Avant de quitter la voiture, Léonie s’était assurée qu’Angèle allait bien. Cette dernière accusa son âge et la fatigue qu’il engendrait.

La promenade en ville se déroula sans encombre. Angèle avait retrouvé ses esprits et se consacrait à sa fille et son petit-fils. Elle n’achetait que très rarement. Sa fille aussi. Elles n’étaient pas issues d’un milieu aisé. Seul le nécessaire méritait que l’on dépensât des sous. Elles devaient rester prudentes. Les temps étaient durs. Elles appliquaient donc à la lettre l’expression « faire du lèche-vitrines ». Deux ou trois heures s’écoulèrent entre un « léchage » et l’autre. Les deux femmes ne tardèrent pas à retourner au village. Dès treize heures, la douceur agréable du matin laisserait place à une chaleur accablante. Elles en avaient l’habitude. Elles rebroussèrent donc chemin.

Elles devaient encore déjeuner. Pas grand-chose. En cette saison, elles mangeaient léger. Sur la table de sa cuisine, Léonie déposa quelques crudités, un peu de charcuterie et du fromage. Faisant mine de consulter sa montre, Angèle annonça à sa fille qu’il était l’heure de la sieste. À son âge, on était comme les enfants : une sieste était essentielle à l’organisme.

Arrivée chez elle, Angèle fut surprise par l’air frais qui l’enveloppait. Il devait faire 30 degrés à l’extérieur, pourtant des frissons la secouèrent. Une moue interrogative déforma ses lèvres. Étrange sensation se dit-elle avant de se laisser enlacer par les bras que lui tendait son sofa. Un sourire retroussa ses lèvres ravinées par le temps. Le repos, un moment privilégié. Cela faisait du bien à son corps. C’était vital si elle voulait rester en bonne santé. Elle ferma les yeux pour glisser dans les méandres du sommeil. Remonta le plaid jusqu’au menton et se recroquevilla.

À l’intersection…

À peine avait-elle senti son corps s’alourdir que la même voix l’éloignait de Morphée. Une voix rocailleuse. Une voix qui la fit frémir. Les yeux écarquillés et les oreilles aux aguets, elle se contenta de demander qui était là. Son cœur battait dans ses tempes. Sa respiration s’accéléra. Pour seule réponse, le silence. Angèle soupira. Elle se mit sur son côté droit et abaissa les paupières.

Creuse…

Prise d’un soubresaut, la vieille dame se mit en position assise. Elle scruta la pièce du regard. Ses yeux exprimaient la peur, désormais. « Qui est là, bon sang ? Quelle intersection ? Creuser quoi ? Parlez, je vous écoute. » Une fois encore, seul le silence, tenace, lui donna la réplique. Décidément, elle ne parviendrait pas à s’assoupir. Elle était bien trop intriguée par ce qui lui arrivait. Était-elle encore saine d’esprit ? Peut-être devrait-elle voir son médecin.

Compte treize pas…

Angèle fronça les sourcils et ploya la tête. C’était décidé, si cette voix continuait à l’accompagner, elle consulterait. Elle finit par se lever. Se changer les idées. Elle saisit le livret de mots croisés sur la table. Penser à autre chose. Durant le reste de l’après-midi, elle ne fut dérangée par aucune interférence auditive.

Le soleil tirait déjà sa révérence en ce début de soirée. Angèle avait passé une journée plutôt calme, finalement. La voix n’était plus qu’un vieux souvenir. Elle quitta son sofa, saisit le téléphone et composa le numéro de sa fille. Petit rituel quotidien.

Une douche et une préparation culinaire plus tard, Angèle et sa fille étaient attablées. À plusieurs reprises, elle avait tenté d’entretenir Léonie de son problème. À l’accoutumée, elles se disaient tout. Angèle n’avait jamais hésité à se confier à son enfant. Elle sentit néanmoins la confusion l’envahir. Elle ne parvenait pas à se laisser aller aux confidences. Cela attendrait un autre moment. Elle préféra exprimer sa joie de voir son petit-fils si alerte. Elle le trouvait si beau. Il ressemblait tellement à Léonie au même âge. Bien que tout le monde affirmât qu’il était le portrait de son père. « Oh ! On dirait la miniature de ton époux » s’exclamaient leurs connaissances. Bien entendu, Angèle réprimait son envie de réagir.

Le repas englouti, Angèle, installée sur le bord du lit, racontait une histoire à Louis tandis que Léonie débarrassait la table. Au bout de la deuxième page, les paupières de l’enfant devinrent lourdes. Il pénétrait lentement dans le monde enchanté des rêves. À cet âge, ils étaient peuplés d’anges. Ce n’est que vers cinq ou six ans que les monstres viennent gâcher la fête céleste. Mère et fille achevèrent la soirée, lovées dans un fauteuil, livre à la main. Elles ne se quittèrent qu’à 23 heures. Chacune chez elle, les deux femmes se mirent au lit. Angèle savourait ces moments. Ils étaient si précieux. Rien dans la vie ne comptait plus que sa fille et son petit-fils, rien. Elle aurait fait n’importe quoi pour eux.

Il faisait chaleur oppressante. Son matelas était tout humide. Dehors, une chape anthracite avait couvert le ciel. L’orage n’allait pas tarder à arroser le village. Le tonnerre grondait déjà au loin. Soudain, un bruit sourd se fit entendre. Un bruit insistant. Un bruit sinistre. Les sons ressemblaient à des percussions funéraires. Angèle se mit à trembler. « Que se passe-t-il, mon Dieu ? », lâcha-t-elle.

Creuse

Angèle se crispa. Les lieux étaient baignés dans une pénombre troublante. Angoissante. Menaçante. Des gouttes de sueur perlèrent sur son front. Elle ne bougea pas. Sur le qui-vive, elle semblait attendre la suite. Le regard rivé sur le plafond, elle patientait. Rien. Elle n’entendait que son pouls battre dans ses tempes. Soudain, la sirène d’une ambulance déchira la quiétude nocturne. Un frisson lui parcourut l’échine. Un jour, l’ambulance s’arrêterait devant sa porte.

À l’intersection des chemins…

Elle tourna la tête à gauche, à droite.

Personne.

Elle tendit l’oreille pour mieux entendre.

Silence.

Un rire nerveux s’empara d’elle.

Alors que son corps s’agitait sous les secousses hilares :

Entre la première et la quatrième rangée

Elle s’arrêta net. Angèle n’avait plus envie de rire. Elle voulait comprendre. Elle somma l’invisible d’expliciter ses propos.

Compte treize pas…

« Treize pas ? La quatrième rangée ? Mais de quoi, Diable ! Que voulez-vous de moi ? » hurla-t-elle dans le vide.

Entre la première et la quatrième rangée de tombeaux…

L’orage laissa éclater toute sa fureur. Des trombes d’eau s’échappaient du ciel opaque. Le sang de la vieille dame se coagula dans ses veines. Sa respiration s’accéléra. Son cœur se comprima. Malgré les trente degrés qui asphyxiaient sa chambre, elle grelottait. « Des rangées de tombeaux ? Mon Dieu ! » pensa-t-elle.

Soudain, elle fut éblouie par une lumière blanche. Lorsqu’elle regarda du côté de la garde-robe, son corps tout entier se sclérosa. Une silhouette diaphane flottait dans l’air. « Que voulez-vous ? », prononça-t-elle avec difficulté.

À l’intersection des chemins… Entre la première et la quatrième rangée… Creuse… À la fin du deuxième jour, lorsque le troisième jour naît… Un trésor t’attend. En échange, apporte-moi un objet appartenant à ta fille… Riche, tu deviendras…

Angèle ouvrit la bouche, mais n’eut pas le temps de poser sa question. L’entité s’était déjà évaporée. « À la fin du deuxième jour, lorsque le troisième jour naît ? C’est demain à minuit ! Un trésor ? Ce serait tellement bien. Je pourrais enrichir ma fille ! Je ne parviendrai jamais à aller au cimetière seule, à cette heure-là. » Elle ne se rendit pas compte qu’elle monologuait. Elle demeura dubitative un long moment avant de décréter qu’elle irait à cette fameuse intersection. Léonie et elle avaient besoin de ce trésor. Elles avaient toutes les deux tant manqué d’argent.

Le lendemain, comme chaque jour, elle rendit visite à Léonie. Elles passèrent la journée à bavarder dans le jardin. Angèle tut l’épisode ésotérique qu’elle avait vécu la veille. Elle ne raconterait tout à sa fille qu’après avoir suivi les instructions de l’entité. Avant de quitter la maison de Léonie, elle fit un discret détour par sa chambre. Là, elle saisit la nuisette qui traînait sur le lit et sortit à pas de loup.

Il fut rapidement 23 heures. Morte de fatigue, Angèle luttait. Surtout, ne pas dormir.

23 h 30. Elle se prépara, mit la nuisette de sa fille ainsi qu’une pelle à main dans son sac et prit le chemin du cimetière. La soirée était anormalement fraîche pour la saison. Une atmosphère oppressante régnait dans les rues désertes. L’angoisse lui enserrait la gorge à mesure que ses pas s’approchaient de la nécropole. Un regard sur sa montre-bracelet lui indiqua qu’elle devait accélérer la cadence.

Malgré ses jambes usées par le temps, elle parvint à l’entrée à temps. Arrivée à destination, Angèle leva les yeux vers l’énorme portail de fer noir. Impressionnant. Effrayant presque. Lorsqu’elle le poussa, les gonds grincèrent tel le hurlement d’un chacal. Sursaut. Mains moites. Palpitations. Il fallait encore qu’elle trouvât l’endroit exact. Se remémorant les indications de la veille, elle avançait. Reculait. Comptait. Elle fut elle-même étonnée par son sang-froid.

Quand elle estima être au bon endroit, sa montre affichait 23 h 55. Angèle s’agenouilla sur le sol humide. Au-dessus d’elle, les nuages s’étaient entassés. Il ne pleuvait pas, mais des éclairs illuminaient la scène par intermittence. Angèle posa son sac à même le sol, sortit sa pelle et se mit à creuser à minuit précis. Elle n’eut pas besoin de fouiller profondément. Une boîte apparut rapidement. « Mon Dieu, merci ! » souffla-t-elle en posant la boîte à côté de son sac. Du revers d’une main, elle essuya les gouttelettes de sueur sur son front.

La nuisette…

Angèle saisit la nuisette qu’elle avait subtilisée à sa fille, l’introduisit dans le trou qu’elle avait creusé et le referma. Hilare, elle ouvrit finalement la boîte. Elle bondit de joie en apercevant ce qu’elle contenait. Des pierreries, des pièces d’or, de vieux billets. « Oh ! Merci ! », dit-elle à l’attention du vide. Des larmes de joie lui ravinèrent le visage. Elle quitta les lieux, non sans faire un détour par la tombe de l’amour de sa vie. Elle ne s’attarda pas. Il se faisait tard et cet endroit lui filait la chair de poule. Impatiente d’annoncer l’incroyable nouvelle à sa fille, elle rebroussa chemin aussi vite que son âge le permît. Avec ce que contenait cette boîte, elles allaient enfin mener la grande vie.

Arrivée chez elle, elle décrocha le téléphone et composa le numéro de sa fille. Il était une heure et quart du matin. Ce n’était pas grave, cette nouvelle ne pouvait pas attendre ! Au bout de dix sonneries, elle raccrocha. Léonie devait dormir à poings fermés à cette heure de la nuit. Déçue de devoir attendre le lendemain, Angèle alla se coucher.

Le jour suivant, elle se leva très tôt. En ouvrant la fenêtre de la cuisine, une chaleur moite s’engouffra dans la pièce. Le ciel n’avait pas dit son dernier mot. Les nuages gris laissait présager une journée maussade. Elle dressait la table pour le petit-déjeuner lorsqu’une voisine frappa à sa porte. Angèle saisit la boîte qui était sur la table et la dissimula dans le frigo tout en hurlant : « J’arrive ! » et alla ouvrir la porte.
— Bonjour, dit-elle d’un ton enjoué.

— Dis, que se passe-t-il chez ta fille ?

— Que veux-tu dire ?

— Le petit Louis n’a pas arrêté de pleurer toute la nuit. J’ai frappé à la porte, mais ça ne répond pas.

— Bizarre… J’ai les clefs, j’y vais tout de suite.

La voisine tourna les talons et continua son chemin. L’inquiétude s’empara d’Angèle. Ce comportement ne ressemblait pas à son petit-fils. Il était tellement facile à vivre. Il était peut-être malade. Elle se dirigea vers la console qui trônait dans le vestibule, empoigna le trousseau de clefs qu’elle y avait déposé la veille. Elle quitta la maison et se dirigea vers celle de sa fille. Elle avait une sensation étrange. Une oppression inexplicable. Son corps tremblait comme s’il voulait l’avertir d’un malheur. « Pourvu qu’il ne soit rien arrivé au petit », pria-t-elle.

Une fois devant la porte, elle introduisit fébrilement la clef dans la serrure et entra. Un éclair déchira le ciel. Angèle sursauta. La pluie dégoulinait déjà sur les façades. L’averse était violente. Une bourrasque emporta les feuilles mortes dans une danse macabre. Personne ne répondit à ses appels. Ni Léonie, ni Louis. « Ils doivent être dans la salle de bains », dit-elle à voix haute. Les larmes que versait le ciel martelaient les vitres des fenêtres. Angèle gravit lentement les escaliers menant à l’étage. Personne dans la salle de bains. Le silence qui régnait lui sembla soudain menaçant. Sa poitrine se comprima. Ses mains se crispèrent. Sa respiration s’accéléra. Vacillante, Angèle se dirigea alors vers la chambre de Louis, ouvrit la porte et fut soulagée du sourire qu’il lui décocha. « Où est maman ? » questionna-t-elle. Le petit garçon haussa les épaules. « Reste là, mon petit. Grand-mère arrive. ».

Elle quitta la petite chambre. L’oxygène commençait à lui manquer. Sa tête devint lourde. Tout se mit à tourner. Elle avait du mal à respirer. « Reprends-toi ! », s’encouragea-t-elle. Pas de crise d’angoisse maintenant. « Reste calme. »

Ses pas la menèrent mollement dans la chambre de Léonie. Celle-ci tournait le dos à sa mère. « Bonjour » dit Angèle d’une voix fluette. « Réveille-toi, ma chérie. » Aucune réaction. Angèle fit le tour du lit pour lui faire face. Lorsqu’elle découvrit le visage de Léonie, elle mit une main sur la bouche. La mine de Léonie était lactescente et sans vie. Angèle secoua le corps déjà froid de toutes ses forces. Rien n’y fit. Elle s’écroula. Les larmes se mirent à couler. Sa détresse était plus profonde que tous les océans de la Terre.

À l’intersection des chemins… En échange, apporte-moi un objet appartenant à ta fille…

À ce moment précis, elle comprit : elle avait échangé la richesse contre la vie de sa propre fille.

Son sang se glaça instantanément lorsqu’un rire venu d’outre-tombe fit vibrer la pièce de sa malveillance. 

Trophé anonym’us, L’interview de la semaine : Tom Noti

mercredi 6 février 2019

L’interview de la semaine : Tom Noti

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

Aujourd’hui l’interview de Tom Noti

1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?

Bande de psychopathes !

Personnellement, les personnages de mes romans sont des types plutôt taciturnes, mélancoliques, parfois amnésiques, souvent malheureux, ils plaquent leur famille, ne veulent pas d’enfants voire détestent les gosses, ils fuient leurs amis et s’entourent de solitude, ils se cherchent beaucoup. L’un de mes personnages est aussi une femme… bref, tout ça pour dire que ma famille supporterait moyen l’idée que j’endosse ces rôles-là…

2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?

Ma réponse est d’abord que Douglas Adams était trop intelligent pour être heureux et cherchait sans doute beaucoup trop pour pouvoir trouver. Je le préfère dans sa collaboration aux délires des Monty Pithon et je conserve leur folie commune comme réponse définitive aux interrogations sur le sens de la vie.

3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?

Le premier qui me vient à l’esprit est Henry Wilt (des romans de Tom Sharpe) qui me fait tellement rire mais qui m’angoisse aussi tellement qu’une soirée avec lui me suffirait, je pense.

Sinon, les révoltés que j’aurais aimé apaiser le temps d’un verre : Antigone, Tom Joad (Les raisins de la colère de Steinbeck) et l’incommensurable Arturo Bandini (des romans de John Fante) quoique, à bien y réfléchir, j’aurais aussi pu passer plusieurs soirées avec ce dernier.

4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?

Voler ! Pour voler…

5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

Très sincèrement, non. Je (ou on) m’enfermerais (t) et je me raconterais des histoires dans ma tête pour moi tout seul. Elles seraient parfaites, sans fautes, sans relectures, sans corrections, sans tout ce temps nécessaire pour rendre « lisibles » les histoires écrites. Ainsi, je pourrais m’en raconter 10 fois plus et surtout, je les trouverais à chaque fois géniales !

6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?

Il me semble avoir toujours écrit, au moins dans ma tête…

Mais l’élément déclencheur est chez moi, mon 5e élément à moi, c’est-à-dire mon dernier garçon. Un jour, il m’a demandé si le métier que j’exerçais était mon grand rêve d’enfant. J’ai dû lui avouer que non, que c’était écrire mon grand rêve ! Et là, il m’a répondu : « Tu nous dit qu’il faut suivre ses grands rêves et toi, tu ne l’as pas fait ! Alors pourquoi tu ne le fais pas ? Tu n’es pas encore trop vieux ! » Mon premier manuscrit a été édité quelques mois plus tard.

7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?

Oui, je crois davantage à l’encre de tes blessures que l’encre de tes yeux, même si…

Question bien pourrie au demeurant…

8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?

Oh oui ! Comme les paquets de cigarettes neutres ! Ce serait génial ! Franchement, plus de souci d’égo, de pseudo, d’image, de patronyme bankable ou pas… Juste les mots et les lecteurs choisissent sans interférences. Oui, oui, bonne idée ! J’adhère immédiatement.

9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?

Je ne suis pas un auteur de roman noir. J’aimerais bien mais je tire toujours davantage vers le gris… Je suis très fan des auteurs du noir, très admiratif, j’en lis beaucoup. (Si je commence à en citer ici, je vais me faire des ennemis.) Quand au monde pas si rose que voulez-vous que je vous dise ? On s’en sort comme on peut… Perso, même si je suis pessimiste par nature, je reste optimiste par raison (Philippe Noiret)

10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?

Le matin très tôt, chez moi, quand tout le monde dort, avec vue sur les montagnes et un café ou alors la fin de journée sur la terrasse d’un bar rempli de siciliens bruyants avec vue sur la mer.

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?

Cornélien ! Mais celui qui me vient d’emblée c’est Rob, le disquaire de High Fidelity de Nick Hornby. Ce type soulève une montagne existentielle chez moi en passant ses journées à élaborer la liste des 10 plus grands albums de musique rock de tous les temps. Si quelqu’un me pose cette question, je crois que je perds complètement pied (sachant que depuis que j’ai lu ce livre, il y a 20 ans environ, il n’y a pas un jour où, en écoutant une chanson, je ne me la question.) Obsessionnel. Donc, oui, je pourrais passer des soirées avec Rob et des semaines de vacances aussi !

12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?

Je dirais grosso modo que mon taux de rebus (et parfois ce sont les éditeurs qui sont rebutés) est de 40%…

Si je pouvais avoir accès aux brouillons d’une œuvre ce serait celle de RJ Ellory et notamment Mauvaise étoile avec les errements des deux protagonistes car il m’a fallu une carte des US pour suivre leurs chemins parallèles puis moins… Et aussi Vendetta du même auteur car je suis dingue de la structure complexe qu’il a utilisée.

Trophée Anonym’us : Nouvelle 17 – Rédemption

dimanche 3 février 2019

Nouvelle 17 – Rédemption

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Mathias approche encore la tête et scrute entre les deux pans du rideau, par l’infime interstice. Peine perdue, il ne voit rien, qu’une lumière intense. En revanche, depuis les coulisses, il sent la fièvre électrique qui anime déjà le public.

— CHERS PARIEURS, JE DÉCLARE LE 6ème JEU DE LA MORT, OUVERT !, braille soudain Joe, l’animateur.

Un déluge d’applaudissements et d’acclamations s’élève dans la salle survoltée. Par-dessus la cacophonie ambiante, certains « À mort ! » ou « Bravo ! » se détachent.

— Et, maintenant, je vous demande d’accueillir chaleureusement notre premier spadassin… j’ai nommé Baroud !

L’homme, un quinquagénaire corpulent et chauve, entre alors en scène sous les ovations. Il salue plusieurs fois le public, lève les mains en signe de victoire, sous l’œil amusé de l’animateur.

— Chers parieurs, merci beaucoup pour cet accueil… MERCI !, répète Joe en brandissant une fiche tout droit sortie de la pochette de sa chemise.

La meute se calme peu à peu et un silence tendu gagne enfin les rangs.

— Merci… Maintenant, je vous demande d’être attentifs à sa présentation !… Baroud. 50 ans. Ancien cadre supérieur dans un grand groupe agroalimentaire. Licencié il y a six mois. Baroud est un joueur compulsif. Criblé de dettes, il doit désormais la somme de 650.000 euros. Baroud est marié et père de deux jeunes filles de 16 et 18 ans. Baroud dit participer au 6ème jeu de la mort pour éviter la banqueroute personnelle et sauver son mariage ! Il affirme être prêt à aller jusqu’au bout parce qu’il n’a désormais plus rien à perdre ! ON L’APPLAUDIT ENCORE !

De nouveau, sifflets, quolibets ou ovations se répandent en ondes enflammées. Mathias sent son palpitant s’accélérer. Son tour ne va pas tarder.

— S’il vous plaît, messieurs, dames… S’il vous plaît, un peu de silence !… Voici maintenant notre deuxième spadassin. J’ai nommé : Hadès ! (Mathias, subitement, trouve le surnom qu’il a choisi ridicule et arrogant.)

Ça trépigne dans les tribunes, ça gueule, ça s’époumone. Le rideau s’ouvre et Mathias est propulsé sur la scène comme un gladiateur dans l’arène. « Ouais !!! Vas-y petit, tu vas gagner ! », entend-il mais, à sa grande stupéfaction, il découvre qu’une paroi sans tain enceint le plateau. Les parieurs demeurent invisibles. Joe lui réserve une entrée triomphante en lui prenant la main et en la dressant bien haut. Une liesse sans visage fait désormais vibrer la scène.

— Hadès ! 25 ans. Maçon depuis ses 17 ans. Sans emploi. Hadès a perdu l’an dernier sa femme et sa petite fille dans l’incendie de sa maison. Incendie électrique dû à une mauvaise installation de chauffage qu’il avait lui-même posé ! Hadès dit participer au 6ème jeu de la mort PAR RÉDEMPTION, ce sont ses mots ! Il aborde le jeu sur la modalité du « quitte ou double » : une seconde chance pour une nouvelle vie… ou la mort ! ON L’APPLAUDIT BIEN FORT !

Mathias est estomaqué par le tapage qui suit sa présentation, le souffle et l’énergie des parieurs transpercent le miroir sans tain. Il a l’impression d’être traversé par un fluide d’adrénaline pure. Ses mains poissent de sueur et son cœur s’emballe sous le tonnerre d’ovations. Joe, lui, continue d’embraser la foule par de grands gestes, mettant tour à tour en avant Baroud et Hadès. Derrière le miroir, ça beugle, ça fait des olas, ça exulte ! Puis, Joe en appelle au calme.

— Chers parieurs, à l’issue du décompte, vous disposerez de cinq minutes exactement pour engager vos mises à l’aide du boîtier scellé à votre siège… Pour rappel, chacun des trois rounds sera précédé d’un nouveau temps de pari. Baroud ? Hadès ? Qui remportera le duel ? En 1, 2 ou 3 rounds ? Attention, début des paris dans : CINQ…

— QUATRE, TROIS, DEUX, UN, ZÉRO !!!, braille la foule.

Mathias a les jambes en coton, c’est la peur qui l’a saisi à la gorge et qui l’étrangle. Joe demande aux joueurs de rentrer dans le cube en verre anti-balles et de s’installer sur leurs sièges. Mathias s’assoit en vis-à-vis de son adversaire. Quelques instants plus tard, le voilà chevilles cadenassées aux pieds de sa chaise scellée au sol. Face à lui, Baroud subit le même sort. Entre les deux joueurs, une simple paroi de verre pare-balles et, comme dans les guichets sécurisés, une goulotte contenant six révolvers, luisants, noirs, minutieusement alignés. Les joueurs se toisent désormais, chacun tentant de masquer son stress. Bientôt, Joe reprend :

— Fin des cinq minutes de paris dans 10, 9…

Mathias sent l’angoisse augmenter à mesure que les chiffres décroissent.

— Nous y voilà !, s’égosille Joe. Parieurs, est-ce que vous êtes prêts ?!

— OUIIII !!!

— Alors, c’est parti !

Un gong magistral retentit, suivi d’un silence marbré de chuchotements. Là, d’un geste excessivement théâtral, Joe plonge la main dans la poche de son blazer et exhibe un jeu de cartes, sous la rumeur du public fasciné.

— Le moment est venu de donner un joker à chacun de nos spadassins. Pour rappel, je tiens ici 52 cartes dont 43 sont blanches, donc nulles. Restent neuf jokers : quatre cartes « PASSE » permettant au joueur de passer son tour, quatre cartes « TWIST » permettant d’échanger l’ordre du jeu et la dernière enfin – joker royal – qui est frappée du mot « SHOOT » et permet de faire jouer l’adversaire à sa place ! Afin d’assurer une équité parfaite, chaque joueur piochera sa carte dans un jeu distinct. Hadès ? Baroud ? Vous êtes prêts ?

Mathias combat tout espoir de bonne pioche. Il a tué les deux amours de sa vie. Il le sait : son tango avec la mort est sa seule planche de salut. Il a accepté l’idée de mourir, ce soir, à 25 ans à peine. S’il en réchappe, alors, il s’agira d’un miracle… Joe a franchi le mur de verre pour rejoindre Baroud, et la tension monte encore d’un cran sur le plateau. L’homme qui transpire abondamment, approche une main tremblante du tas de cartes étalé sur la console. Il hésite, en touche plusieurs, et finit par en piocher une. Son visage s’illumine quand il la découvre. Est-il bien servi ou s’agit-il d’une feinte ? Mathias ne saurait le dire.

— Suspense !, commente Joe, tout à son rôle.

Puis, il contourne le cube de verre et rejoint Mathias, côté opposé. Il étale alors un jeu neuf de 52 cartes. Mathias ne marque aucune hésitation et pioche la première carte qui lui tombe sous la main. Il l’observe à la dérobée. Pas de chance, elle est blanche. Il sourit pourtant à Baroud. Hors de question de se trahir. Dans le public, un brouhaha spéculatif s’élève tandis que Joe se replace au centre du plateau.

— Chers parieurs, début du premier round ! La cagnotte, à l’issue des mises de ce premier tour est de 125.000 euros pour le spadassin gagnant ! Afin d’éviter toute triche, je vous rappelle que vous êtes invisibles, inutile donc de faire des gestes. Par ailleurs, nous allons couper le son des tribunes afin qu’aucun de vous ne puisse communiquer avec son poulain ! Bien sûr de votre côté, vous continuerez de m’entendre. Attention : 3, 2, 1, zéro !

Sur le plateau, un silence brutal s’installe. Les deux joueurs se retrouvent isolés, coupés de cette foule chauffée à blanc. Le duel peut commencer.

— Baroud, Hadès, c’est parti !

Les écrans numériques intégrés à la console devant eux s’allument. Six cases apparaissent : calcul, orthographe, histoire, géographie, énigme, lancer de dés.

— Pour ce premier round, c’est Baroud qui va choisir le thème de l’épreuve puisqu’à l’heure actuelle, il est le favori au regard des paris !

Baroud semble rassuré par sa position. Si le public mise majoritairement sur lui, ce n’est pas pour rien !

— Baroud, vous avez dix secondes pour choisir un thème.

Mathias balaie l’écran des yeux, paniqué. Il n’a aucune chance !

— Cher public, comme vous pouvez le voir sur l’écran géant, Baroud a choisi CALCUL ! Le gagnant sera celui qui trouvera le bon résultat ou celui s’approchant le plus. En cas d’égalité, c’est la rapidité qui prévaudra. Attention, c’est parti !

Sur l’écran, une formule s’affiche : 19 759 + 1472 – 427 x 3 + 104 – 27 x 2 = ? Mathias tente d’endiguer la vague de stress qui monte en lui. Les chiffres dansent devant ses yeux, c’est peine perdue. Il décide d’essayer de se rapprocher du résultat en arrondissant : 20 000 + 1500 – 1275 + 100 – 50. Il calcule laborieusement et totalise 20 275 qu’il tape sur l’écran, puis valide. Face à lui, Baroud semble replié dans sa bulle. Visage impassible, ses lèvres frémissent comme il compte dans sa tête. Puis, il rouvre les yeux et tape son résultat. Le chrono s’arrête et Joe repend vie :

— TOP ! Qu’on rallume les micros des gradins !

Immédiatement, une cacophonie sans précédent gagne le plateau. Les parieurs sont en délire. Leurs cris crèvent la scène.

— Hadès a répondu en premier : 20 275 ! Baroud a répondu en second : 20 540 ! La bonne réponse est… (Joe attend, augmentant ainsi la fièvre ambiante) : 20 540 ! BAROUD REMPORTE L’ÉPREUVE !

Explosion dans la salle ! Les perdants vomissent leurs insultes. Les gagnants braillent leur joie. Joe peine à ramener tout le monde au calme. Et Mathias sent la nausée lui brûler la trachée.

— Chers parieurs, on se tait !

Joe se tourne vers Mathias dont le visage s’affiche sur l’écran géant, et le silence du public se fait soudainement parfait.

— Hadès, vous avez échoué, lance solennellement Joe. Trois choix s’offrent à vous : forfait, joker ou tir.

Malgré sa terreur, Mathias ne fléchit pas :

— TIR !, éructe-t-il.

Autour de lui, les gradins semblent crépiter d’une excitation toute animale. Joe laisse filer les secondes, puis d’un geste autoritaire, intime le silence. La salle entière retient son souffle.

— Hadès, vous avez décidé de tirer… Vous devez désormais choisir un des révolvers situés dans la goulotte devant vous… L’un d’eux est chargé… Avez-vous rendez-vous avec la mort ce soir ?… Nous le saurons dans un instant.

Une sueur glacée descend le long de son dos. Mathias regarde tour à tour les révolvers alignés devant lui. Une chance sur six. Il approche sa main, hésite, opte mentalement pour l’un et en saisit finalement un autre. L’arme est lourde, froide et la terreur qui dévore Mathias à cet instant précis, le fait trembler. Un silence de mort enveloppe ses gestes. Il approche l’arme de sa tête, expulse un long filet d’air et plante ses yeux dans ceux de Baroud face à lui. L’homme déglutit péniblement et finit par détourner le regard.

— Hadès : bonne chance à vous, murmure Joe dans le micro.

Mathias serre les dents, se concentre et visualise l’image de sa femme et de sa fille sur la plage. Puis, tac !, il presse la gâchette… Un instant se meurt… Et soudain, la foule invisible communie dans une allégresse hystérique ! Le jeu va continuer ! Joe reprend son micro. Les minutes qui suivent sont un magma de vibrations sonores qui pulsent aux oreilles de Mathias. Sonné, celui-ci tente de retrouver un rythme cardiaque normal. Il vient de faire son premier pas sur son chemin de rédemption…

***

Le deuxième round s’ouvre après les cinq minutes réglementaires de paris. Dans la goulotte entre les deux joueurs, le nombre de révolvers est descendu à quatre. Le gong résonne, annonçant la reprise du duel.

— On m’indique que la somme en jeu pour un de nos spadassins s’élève maintenant à 478.000 euros ! ÉNORME pour un second round !, braille Joe. Et c’est Hadès qui va choisir le thème de cette nouvelle épreuve ! En effet, après sa démonstration de force, il a pris la première place dans les paris !

Mathias balaie les thèmes restants sur son écran. Fidèle à sa démarche rédemptrice, il sélectionne « lancer de dés ». Face à lui, Baroud lui décoche un regard surpris. Comment peut-on remettre sa vie entre les mains du hasard ?!

Joe distribue deux dés à chacun des joueurs. Contrairement au round précédent, le son des tribunes n’est pas coupé puisque le public n’a aucun moyen de venir en aide aux candidats.

— Hadès, en tant que favori, je vous demande de lancer un premier dé !

Mathias s’exécute sous les murmures du public. Le dé roule sur la console, la rumeur s’intensifie, et un deux apparaît. Les parieurs sont divisés, certains laissent éclater leur joie, d’autres, leur dépit.

— DEUX ! Petit score pour ce premier jet ! Mais rien n’est fait ! Baroud, à vous !!!

Baroud semble en confiance, il a toutes ses chances. Il jette son dé, suit le tournoiement des chiffres et lève le poing bien haut quand le dé s’arrête sur le cinq. Dans les tribunes, c’est la cohue.

— CINQ ! BRAAAVO !!!

Mathias accuse le coup sans broncher. Il se sent comme le Christ sur le chemin du calvaire, direction le Mont Golgotha… Mort et rédemption dansent une valse funeste.

— Hadès, c’est à vous ! Si vous faites trois ou moins, Baroud sera forcément gagnant !

La salle se tait. Mathias sent de nouveau la terreur se lover contre lui comme une amante maléfique et indomptable. Il lance son dé d’une main malhabile et ce dernier glisse plus qu’il ne roule. Le couperet tombe sur le un. Mathias sent ses boyaux se tordre tandis que les parieurs beuglent comme des porcs qu’on saigne. Baroud, lui, laisse échapper un glapissement de joie. Il lève le poing plusieurs fois vers la foule en délire tandis que Joe remue la tête, d’un air grave, tout en faisant quelques pas sur le plateau.

— AÏE, AÏE, AÏE, AÏE !!!, finit-il par lâcher au micro. Le sort semble s’acharner sur vous, Hadès !

La cohue va decrescendo jusqu’à atteindre un silence touffu, vibrant d’excitation.

— Hadès… Vous avez échoué… Trois choix s’offrent maintenant à vous : forfait, joker ou… tir.

Mathias voudrait combattre la mort avec panache mais sa gorge est nouée et son ventre dur comme du bois. Sa voix tremble quand il répond :

— Tir.

De nouveau, ça exulte, ça hurle et ça se défoule. Joe affiche une mine médusée et respectueuse.

— ON DIRAIT BIEN QUE NOTRE SPADASSIN EST PRÊT À DÉFIER LA MORT CE SOIR !!! Allez, on l’encourage bien fort !

Mathias se coupe mentalement du tohu-bohu. Il fixe les quatre flingues qui luisent – menaçants – sous la lumière d’un spot. Les secondes filent et, bientôt, le silence est total, la foule suspendue à ses gestes. Mathias choisit le révolver de droite et le plaque contre sa tempe.

— Nous approchons du moment fatidique, chuchote Joe dans le micro. Hadès rejoindra-t-il les trois candidats qui ont déjà laissé leurs peaux sur ce plateau ?

Mathias bloque sa respiration, ferme les yeux et se rappelle Marion et Alice. Il revoit cette photo prise sur une plage de l’île de Ré, un an et demi plus tôt. Marion, les cheveux soulevés par le vent, Alice lovée dans un drap de bain trop grand pour elle. Leurs rires étaient des éclats purs de soleil. Mathias sourit, il est prêt à les rejoindre. Il appuie sur la détente. Un instant file, suspendu, hors du temps, puis :

— EXTRAORDINAIRE !!!, s’époumone Joe. Hadès est le premier concurrent à défier la mort deux fois d’affilée et à la vaincre !

Les parois sans tain semblent enfler et vibrer sous le souffle des parieurs. Une ivresse totale s’est emparée de tous. Le dernier round promet d’être intense.

***

Le gong puissant retentit. Dans la goulotte entre les joueurs, le nombre de révolvers est descendu à deux et la tension est à son comble. Joe énonce que la somme en jeu atteint un record : 1.251.620 euros attendent le gagnant.

— C’est parti, chers parieurs, pour notre ultime round de ce 6ème jeu de la mort ! On m’indique que Baroud a repris la tête des mises du soir – que de revirements ! – et c’est donc à lui de définir le thème de la dernière épreuve. Baroud, vous avez dix secondes.

Baroud affiche une sorte de rictus étrange. Son regard est presque halluciné quand il fait son choix…

— ÉNIGME ! Choix très audacieux pour un dernier round, Baroud !, s’exclame Joe.

Énigme ?! Mathias a le sentiment qu’un gouffre s’ouvre sous ses pieds. Il se sent totalement incapable de se concentrer et de réfléchir, il est bien trop nerveux.

— Chers parieurs, nous allons donc de nouveau couper le son des tribunes pour éviter toute triche !

Et Joe entreprend le décompte avec le public. À zéro, le plateau est subitement plongé dans un silence parfait qui ajoute à la tension ambiante. Les duellistes se fixent avec anxiété.

— Hadès, Baroud… TOP DÉPART !!!

L’énigme apparaît en même temps sur les écrans des joueurs et sur l’écran mural géant. Mathias lit : « Trois Russes ont un frère, mais celui-ci n’a pas de frère. Expliquez ». Mathias sent son cœur bondir dans sa poitrine : il sait ! Dans un même élan, Baroud et lui se jettent sur leurs écrans. Aussi vite que ses mains le lui permettent, Mathias écrit : « les Russes sont des femmes » et valide. Il relève la tête quasiment en même temps que son adversaire. Mathias en est certain, il a validé une fraction de seconde plus tôt ! Et là, il tient la bonne réponse !!! Inespéré !!! Son chemin de croix s’achèverait-il ?

— VOILÀ ! Nos deux spadassins ont répondu ! Nous pouvons désormais rétablir la liaison phonique avec les parieurs.

Ces derniers en profitent pour se faire entendre. Entre les « ALLEZ BAROUD ! », les « À MORT ! » et les « HADÈÈÈÈS !!! », les tribunes sont à bout de souffle. En bon Monsieur Loyal, Maître de son cirque moderne, Joe exhorte la foule. Souffle sur les braises ardentes du spectacle. Enfièvre la salle. Et galvanise les parieurs par ses braillements et ses grands gestes. Quand il estime que c’en est assez, il ramène l’arène au calme et se tourne vers l’écran géant.

— Et la bonne réponse était : les Russes sont des femmes !

L’écran se transforme en stroboscope avec la réponse qui clignote comme une enseigne publicitaire.

— ET INCROYABLE : NOS DEUX ADVERSAIRES L’ONT TROUVÉE !!!

Un tsunami d’acclamations balaye le plateau. Joe laisse filer les secondes. Il fait des grands « oui » de la tête pour marquer son ébahissement. Une minute plus tard, le public s’apaise enfin et Joe peut reprendre la parole :

— Le moment est venu de départager nos spadassins ! QUI A ÉTÉ LE PLUS RAPIDE ???

Les spéculations s’élèvent de toute part, derrière les vitres sans tain.

— C’est… HADÈS ! Chers parieurs, on l’applaudit !!!

Mathias peine à y croire. La tête lui tourne. Il est aux portes de la rédemption. Baroud aura-t-il le courage d’aller au bout ? – à ce stade-là, ce serait de l’inconscience, le seul qui s’y était risqué s’est fait péter le caisson, lors de la première édition du jeu… Joe bataille en vain pour ramener la foule au calme et c’est finalement le gros plan de Baroud sur l’écran géant qui fait taire l’assemblée. Tous les visages invisibles doivent désormais être braqués sur lui.

— Baroud, vous avez échoué, énonce Joe avec gravité… Trois choix s’offrent désormais à vous : forfait, joker… ou tir.

Un ange passe, puis :

— JOKER !, triomphe Baroud.

Et la carte frappée de « SHOOT » se matérialise sur l’écran géant. La paroi sans tain menace alors d’exploser sous le martèlement des parieurs des premiers rangs et le souffle surpuissant d’un concert de hurlements. Mathias, lui, sent de nouveau la bile lui brûler la trachée. Non, ce n’est pas fini… Il devra aller au bout du chemin de croix, au sommet du mont Golgotha, sous l’œil vengeur du Ciel. Tel est le prix de la rédemption qu’il est venu chercher… Et il l’aura, mort ou vivant…

Mathias prend subitement conscience que la foule s’est tue. C’est l’acmé.

— Hadès, vous avez échoué. Trois choix s’offrent à vous : forfait, joker ou… tir.

Mathias ne trouve pas la force de répondre. Alors, il avance sa main vers les deux révolvers côte à côte dans la goulotte. Gauche ? Droite ? Une chance sur deux. D’une main tremblotante, il prend celui de gauche. Le plaque sur sa tempe. Puis, ferme les yeux. Une fois encore, il se concentre sur l’image de Marion et Alice. Revoit leurs doux visages qui sourient à la vie et croquent le bonheur. Entend même l’éclat de rire cristallin de sa fille. Capte aussi l’œillade mutine que lui lance Marion. Et sent la mort qui le nargue et le frôle pour la troisième fois. Les larmes roulent sur ses joues. Dans un instant, il connaîtra le visage de la Rédemption.

— L’heure est grave, murmure Joe… Hadès a fait son choix… Un choix extrême… Un choix fidèle à sa quête, souvenez-vous : Hadès cherche la rédemption.

Et, comme l’assistance est en apnée totale, Mathias respire un grand coup et appuie sur la détente…

Trophée Anonym’us, L’interview de la semaine : Sophie Aubard

mercredi 30 janvier 2019

L’interview de la semaine : Sophie Aubard


Sophie Aubard

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

Aujourd’hui l’interview de Sophie Aubard

1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?

Bande de psychopathes !

Non, les personnages restent dans les livres, et heureusement ! J’ai fait peu de salons, mais j’ai toujours rencontré de joyeux drilles qui ne se prenaient pas au sérieux, ce sont d’ailleurs devenus des amis.

Je me mets dans la peau des personnages le temps de l’écriture, certains virent très mal… et ça me fait bien rire !

2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?

42

3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?

Simone Weil. Pas une once de haine dans cette femme, aucune compromission non plus. Je suis admirative.

4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?

Endormir mon prochain. Quel bonheur de plonger les barbants ou les méchants dans les bras de Morphée. Imaginez une réunion où en endort tous les participants. Pendant ce somme, on peut lire, écouter de la musique, modifier le power point. Et au réveil conclure « Merci untel. Prochaine réunion le 10 pour suivre l’avancée du projet ». Tentant non ?

5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

J’ai commencé à écrire sans autre lecteur que ma pomme. Je continuerai tant que la thérapie ne sera pas terminée !

6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?

Une cascade de douleurs et puis le retour du bonheur.

7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?

Les bleus profonds sont ceux de l’âme et du cœur. Ils ne laissent aucune trace, mais ne cicatrisent jamais. Alors, oui j’y trempe ma plume.

8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?

Autant de livres seraient certainement publiés, combien connaitraient le même succès ? Je pourrais publier sans nom, mon ego n’en souffrirait pas si le lecteur est satisfait.

9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?

Il n’y a pas d’ombre sans lumière.

10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?

Une belle histoire. Aucun rituel ou besoin particulier.

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?

San Antonio pour les cours de français et d’humanisme.

12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?

Je ne tiens pas de statistiques. Je peux supprimer des pages, des chapitres entiers tant que je ne suis pas satisfaite, et encore, je ne le suis jamais à 100 %. J’aimerais avoir accès aux brouillons de Frédéric Fajardie « La nuit des chats bottés », il a dû bien rire, et le résultat est juste parfait.

Trophée Anonym’us, L’interview de la semaine : Laurence Simao

mercredi 23 janvier 2019

L’interview de la semaine : Laurence Simao

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.



Aujourd’hui l’interview de Laurence Simao



1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?Bande de psychopathes !

On va dire : Non Applicable pour la partie salon ;o)Et non, je préfère les regarder agir, ils vivent très bien leur vie tout seuls.

2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?

133. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?Alors là, oui, beaucoup, presque tous d’ailleurs.

4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?

Rendre les gens heureux. Ca ne demande pas d’explications je pense. Disons que ça simplifierait bien les choses.

5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

C’est le cas donc OUI !


6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?

Je suis avant tout une lectrice donc certainement par défi j’imagine.

7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?

Intéressant. C’est possible mais pas systématique fort heureusement.

8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?

J’imagine que beaucoup d’auteurs écrivent pour être reconnus. Peu le font sous un pseudo donc la réponse serait plutôt non.La question ne se pose pas pour moi car je n’ai jamais publié.

9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?

Le bonheur des autres n’intéresse pas grand monde, si ? Me concernant, il s’agit davantage de participer à des concours de nouvelles et le noir me semblait être un challenge intéressant.

10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?

Avoir l’envie déjà. Etre au calme, tranquille et certainement aussi avec la pression d’un délai à respecter.

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?

Sans aucune hésitation, Elizabeth Bennett.

12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?

J’écris en traitement de texte et en corrigeant (sans arrêt) au fur et à mesure donc c’est difficilement quantifiable.Nous rêvions juste de liberté d’Henri Loevenbruck mais aussi les nouvelles de Wallace Stegner par exemple.

Cace Stegner par exemple.