La pomme d’Alan Turing de Philippe Langenieux-Villard : chapitre 2

Voici donc la suite de notre lecture de…

La Pomme d’Allan Turing

de Philippe Langenieux-Villard

 

C’est parti pour le chapitre 2

JE ME NOYAIS DANS LES EAUX TROUBLES DU PORT. Un lourd poids attaché à mon pied droit m’empêchait de me maintenir à la surface. Dans l’obscurité glaciale, je me débattais contre la coque d’un bateau. J’allais périr. En réalité, on frappait à ma porte. Les coups insistants m’ont délivrée des eaux et de cet épouvantable cauchemar.

Sitôt sortie du lit, j’ai enfilé la robe de chambre que mon fils m’avait offerte pour Noël. J’ai crié que j’arrivais, vérifié que j’étais présentable. Mon salon était en ordre, comme toujours. J’ai ouvert la porte.

Ils étaient trois, avec leurs uniformes de policiers, noirs, repassés et sévères, leurs casquettes à la main. Qu’ils se soient déplacés à plusieurs n’était pas bon signe. Avait-on cambriolé un voisin ? Recherchait-on un homme dangereux ?

– Vous êtes bien Ethel Turing, la mère d’Alan Turing ? m’a demandé l’un d’eux.

J’ai acquiescé.

Et j’ai compris à l’instant même. Nous étions un mardi. Le 8 juin.

À mon âge, la mort n’est plus une surprise. La plupart de mes amies sont fatiguées. Les autres ont déjà disparu. Ma génération s’éteint. J’ai appris à accepter l’absence au monde de ceux qui ont partagé mon existence. La guerre, la maladie, l’âge ont eu raison de nos rires et de nos colères. Nos promesses d’enfant et nos renoncements d’adulte sont loin.

– Nous avons une pénible nouvelle à vous annoncer, a dit le plus petit d’entre eux en évitant mon regard.

Je leur ai fait signe de me suivre dans le salon. Ils sont restés debout.

– Il s’agit de votre fils Alan, a poursuivi le policier. Nous l’avons découvert ce matin, inanimé. Un de ses amis est venu lui rendre visite dans la soirée. Il a tambouriné contre sa porte, en vain. Il s’est inquiété et nous a alertés. Nous nous sommes rendus aussitôt à l’adresse qu’il nous a indiquée, mais il était déjà trop tard.

Mon cœur s’est serré. Ma respiration s’est accélérée. J’ai fermé les yeux. Je me suis tassée dans mon fauteuil, muette. Je n’avais pas la force de poser la moindre question. Tout devenait flou autour de moi. Les trois policiers étaient toujours là, à attendre que je les interroge ou que j’éclate en sanglots.

À quoi bon en savoir davantage ? ai-je d’abord pensé. Leur silence me protégeait, il me tenait compagnie.

– Je l’aime, mon Alan, vous savez, ai-je murmuré.

L’aveu les a gênés. Ils ont hoché la tête comme les chevaux d’un manège.

– Nous comprenons, madame, a rétorqué l’un d’eux. En tout cas, il n’a pas souffert.

Je me suis levée brusquement et je les ai regardés droit dans les yeux :

– Ah bon ! Il n’a pas souffert ? Mais au nom de quoi pouvez-vous m’affirmer cela ? Sa vie n’a été qu’un long supplice. Toute sa vie…

Je me suis rassise.

– Nous comprenons, madame, a soufflé celui qui semblait le plus sympathique.

Le silence s’est prolongé. Puis ils m’ont proposé de passer dans l’après-midi à la morgue pour voir le corps de mon fils.

Ils m’ont laissé une adresse.

Ils ne savaient pas trop comment conclure leur pénible mission.

– Nous sommes désolés, a conclu le petit.

Et ils sont partis.

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La pomme d’Alan Turing  de  Philippe Langenieux-Villard : chapitre 1

Aujourd’hui je vous propose de lire le début de La pomme d’Alan Turing  de  Philippe Langenieux-Villard

Récit romancé du mathématicien et cryptologue de génie Alan Turing (1912-1954), fondateur notamment de la science informatique. L’auteur décrit la psychologie complexe du chercheur britannique, son rôle actif pendant la Seconde Guerre mondiale, son homosexualité qui lui vaudra une condamnation pour perversion sexuelle et son suicide par empoisonnement au cyanure.

Chapitre 1

EN CETTE FIN DE PRINTEMPS CALIFORNIEN, la chaleur accable les élus de la municipalité de Cupertino qui entourent Steve Jobs. La visite du site où sera érigé le futur siège mondial d’Apple est interminable. Au cœur de la Silicon Valley, le terrain de soixante hectares désaffecté depuis le déménagement de Hewlett-Packard devrait abriter en 2015 ce que le patron du géant de l’informatique présente déjà comme « le plus bel immeuble de bureaux du monde ». Rien de moins.

En bras de chemise, le maire de la ville transpire. Un peu plus tôt, Steve Jobs a attaqué Gilbert Wong lorsqu’il s’est étonné de son intention de réintroduire trois mille abricotiers sur la parcelle.

– Vous avez quelque chose contre la végétation ? lui a lancé Steve Jobs.

– Au contraire, s’est repris le maire. J’avais simplement imaginé que vous planteriez plutôt des pommiers…

– Cela aurait été ridicule. Notre force, chez Apple, est de surprendre, a répliqué Steve Jobs.

Aujourd’hui, il est fatigué. Le cancer, contre lequel il est en guerre depuis plusieurs années, est en récidive. Pour combattre cet ennemi intérieur, sa volonté lui est d’un secours insuffisant. Il espère seulement pouvoir échapper quelques heures à la souffrance et profiter de ce moment. Il n’a plus peur de mourir, mais il voudrait inventer encore l’avenir. Ce siège social est l’ultime projet du fondateur génial d’une marque dont l’aventure a démarré dans un garage en 1976.

– Nous avons grandi comme une herbe folle, dit-il, songeur, à sir Norman Foster, l’architecte britannique de renom retenu pour diriger la réalisation du site. Le bâtiment que nous allons construire ici ne doit pas sortir de terre, mais atterrir comme une navette spatiale qui se poserait sur un champ. Et il y aura un verger. J’aime les arbres fruitiers, je préfère la culture utile à la culture décorative…

Le maire acquiesce. Il évite de préciser qu’il faut également prévoir un parking pour accueillir les douze mille futurs collaborateurs. Un bon acheteur est celui qui rêve de son acquisition, non celui qui garde à l’esprit les diverses contraintes afférentes.

La visite se poursuit. Steve Jobs a décidé de prendre son temps. Une hôtesse l’interrompt toutefois pour lui rappeler qu’il doit, dans vingt minutes, tenir une conférence de presse avec le maire. Il s’agit d’annoncer officiellement la décision d’Apple d’acquérir le terrain et d’y bâtir le siège de la firme.

– Oui, oui, je sais, murmure-t-il en hochant la tête.

Il se tourne vers le maire :

– Votre conseil municipal a bien conscience de tous les avantages que représente notre implantation ici ?

– Bien sûr, monsieur Jobs, s’empresse de répondre le premier magistrat. Et la population de Cupertino est d’autant plus heureuse qu’elle bénéficiera ainsi de la wi-fi gratuite.

– Sérieusement ? La commune ne se réjouit-elle pas plus encore des taxes qu’elle va percevoir ? Nous sommes le plus gros contribuable de la ville… Vous savez, monsieur le maire, il n’y a aucune honte à parler d’argent. Tenez, moi, je n’oublie pas qu’en 1976, j’ai vendu mon minibus pour fabriquer l’Apple 1. Cet ordinateur individuel était commercialisé au prix de 666,66 dollars…

Le regard de Steve Jobs est lumineux. Son passé le happe : les discussions infinies entre copains prêts à conquérir l’Amérique ; son ami Steve Wozniak, alors aussi barbu et hippie que lui, dansant autour de leur première machine… Une révolution de l’ordinateur personnel, dont le fonctionnement repose sur une carte mère.

Sous une tente truffée de caméras, de micros, de lumières, se succéderont au pupitre Gilbert Wong, Steve Jobs et Norman Foster. La presse a envoyé le ban et l’arrière-ban de ses rédactions. Chacun sait que la vedette du jour sera ponctuelle, visionnaire, ambitieuse et déterminée. La véritable préoccupation des journalistes concerne en réalité l’état de santé du patron d’Apple. Ses cernes, le grain de sa peau, sa corpulence retiendront plus encore leur attention que la présentation de la maquette du nouveau campus. On est venus – pourquoi le nier ? – voir un homme en fin de vie.

Steve Jobs n’est pas dupe. Il n’ignore rien du monde de l’information, des règles impitoyables du marketing, et de la curiosité humaine. D’ailleurs, il a jusqu’ici su en jouer… Le packaging – l’emballage, la forme, la couleur – des objets qu’il met sur le marché doit attirer davantage encore que l’appareil lui-même.

– L’apparence est primordiale, le laid se vend mal, a-t-il toujours répété à ses équipes.

Le choix du nom et du logo de sa marque avait été le fruit d’une longue réflexion. Il avait d’abord rejeté l’idée d’un simple poisson, clin d’œil à la naissance de sa société un 1er avril :

– Nous ne vendons pas une blague, avait-il tranché.

Sa femme lui avait suggéré de juxtaposer les initiales des deux premiers associés, Jobs et Wozniak : « J.W. »

– Non ! Je ne veux pas rajouter une ligne au dictionnaire des abréviations, s’était-il exclamé. Ce livre, redoutable d’ennui, obstruerait déjà à lui seul la mémoire de mon ordinateur.

Steve Jobs se replonge dans les quelques notes de son intervention. Il les a bien sûr apprises par cœur. Car l’improvisation, il ne cesse de le répéter, suppose un énorme travail de préparation. Dans dix minutes précises, il prendra la parole, habillé de noir, comme d’habitude. Le respect de rituels, de codes, est le prix à payer pour se forger une image.

Gilbert Wong parcourt discrètement les feuilles de son discours. Sir Norman Foster, qui a pourtant déjà rénové avec succès le Reichstag de Berlin et conçu la tour cornichon de Londres, a les mains moites d’angoisse. Steve Jobs, lui, est serein. Il ne laisse la place ni au hasard, ni à l’imprévu, ni à l’émotion. Être professionnel, c’est être mécanique.

Bientôt, le nom officiel du siège sera dévoilé. Steve Jobs garde en mémoire l’échange qu’il avait eu à ce sujet avec Wozniak, lorsqu’il avait fallu décider d’un nom pour leur marque.

– Bon, bien sûr, le nom a son importance, avait alors concédé Wozniak. Mais tu sais, j’ai rencontré des personnes qui s’appelaient Madeleine et ne pleuraient pas, des Ève très pudiques, des Aimé franchement détestables, des Innocent qui ne l’étaient pas ! s’était-il exclamé en riant.

– Tu ne peux pas comparer le nom que des parents donnent à un nourrisson qui va devenir adulte avec celui que l’on attribue à un objet fini.

Wozniak avait haussé les épaules, comme pour s’incliner devant l’argument de Jobs si soucieux d’avoir toujours le dernier mot.

L’assistance se tait sans même qu’il soit besoin de solliciter son silence : l’arrivée du patron emblématique d’Apple, sous le crépitement des flashes, suffit à interrompre les bavardages.

Télécommande en main, Jobs présente les plans du futur siège. Il a voulu quelque chose de lisse, de circulaire, d’harmonieux. L’image prime sur le bien-être. Aucune fenêtre ne pourra s’ouvrir, afin que ne soient jamais brisées les courbes et l’unité du bâtiment. Puis il en révèle le nom : « Nuage ».

– Il sera léger, puissant, planétaire. Un nuage pourvoit la nature en eau et évolue selon les vents. Il symbolise autant l’utile que l’imprévisible. Dans certaines régions du monde, il est un signe de vie, une promesse d’espoir et de fertilité.

Norman Foster lui succède à la tribune. Il a choisi de raconter plusieurs anecdotes qui révèlent davantage les obsessions de son client que la difficulté de sa tâche. Il conclut son intervention en évoquant les contraintes de son métier :

– C’est à l’architecte d’effacer toutes les contradictions qui naissent de la lutte entre l’esprit et la matière.

Les journalistes sourient.

Après s’être réjoui d’une implantation industrielle qui fera de Cupertino la capitale mondiale de l’intelligence, le maire se tourne vers Steve Jobs et l’interpelle avec un large sourire :

– Vous mériteriez de recevoir la médaille de la ville. Mais que feriez-vous d’un morceau de bronze ? Nous avons eu l’idée d’un cadeau plus personnel et plus original.

Il remet alors à Steve Jobs l’édition originale d’un livre épuisé, intitulé Alan M. Turing. L’ouvrage est paru aux Presses universitaires de Cambridge en 1959, sous la plume d’Ethel Sara Turing, la mère du génial mathématicien britannique.

 

Vous voulez connaître la suite ? Alors à demain….

La pomme d’Alan Turing de Philippe Langenieux-Villard

 La pomme d’Alan Turing de Philippe Langenieux-Villard.  Paru le 3 octobre 2013  aux éditions Héloïse D’Ormesson. 17€ ; (222 p.) ; 21 x 15 cm

Alan Turing est un mathématicien de génie. En 1936, à l’université de Cambridge, il invente une machine, sans conteste l’ancêtre de l’ordinateur. Pacifiste convaincu, c’est pourtant lui qui contribue durant la Seconde Guerre mondiale à décrypter le code Enigma utilisé par les Allemands et réputé inviolable. Cette découverte marque un tournant décisif dans le conflit à l’avantage des Alliés et le transforme en héros.

De la vie tourmentée et follement romanesque de ce scientifique visionnaire, athlète à ses heures et espion de fortune, Philippe Langenieux-Villard s’empare à bras-le-corps. Avec virtuosité, il mêle éléments biographiques et imaginaires, à travers le regard ému d’une mère après la disparition tragique de son fils. Des honneurs militaires au procès honteux, La Pomme d’Alan Turing dessine le parcours extraordinaire et la psychologie complexe de cet homme fragile, en quête d’une reconnaissance qui s’est injustement fait attendre.

 

 

L’auteur : Philippe Langenieux-Villard est conseiller général et maire d’Allevard. Les Éditions Héloïse d’Ormesson ont publié Le Livreur, son premier roman, en 2008 et Les Frères Rattaire. L’affaire des oubliés de 1914-1918, en 2010.

 

 

 

« J’aurais bien voulu qu’il y ait un roman, qu’il y ait un film sur Alan Turing, parce qu’il est à la fois le héros de la guerre et le héros de la paix, puisqu’il est le père des ordinateurs. » disait Michel Serres, le 15 novembre 2009, sur les antennes de France Info

Et ben voilà…

L’incroyable histoire d’un génie persécuté, fondateur de l’informatique.

Dans cette biographie romancée d’Alan Turing (1912-1954), Philippe Langenieux-Villard revient sur le parcours de ce mathématicien et cryptologue de génie, inventeur de l’ordinateur. Après Cambridge, Alan, jeune homme introverti et passionné de mathématiques, obtient un poste à l’université de Princeton où il se distingue par son invention d’un calculateur. Préoccupé par la montée du fascisme en Europe, il renonce à la carrière qui s’offre à lui aux Etats-Unis et retourne dans son Angleterre natale. Pendant la guerre, il devient une figure incontournable du renseignement : il casse le code des messages cryptés d’Enigma, machine utilisée par les Allemands pour transmettre des informations sensibles, et permet aux Alliés de sauver des milliers de vie. Au-delà de l’homme de sciences, c’est également la psychologie complexe de Turing que l’auteur explore à travers ses relations intimes, tant avec sa mère qu’avec les hommes qu’il a aimés. Son égocentrisme cache une profonde fragilité, à une époque où l’homosexualité masculine était encore considérée comme un crime. Turing fut d’ailleurs reconnu coupable d’homosexualité en 1952 par le tribunal de Manchester et condamné à la castration chimique. C’est certainement l’un des éléments qui permet d’expliquer le suicide (il croqua dans une pomme préalablement plongée dans du cyanure) à 42 ans de ce génie torturé, en quête d’une reconnaissance qui s’est injustement fait attendre.

Oscillant entre le récit chronologique et le regard ému que porte sa mère après sa disparition, l’auteur trace d’une écriture alerte et précise le parcours de ce scientifique hors pair.

Voilà, j’espère que la présentation de ce titre vous a donné envie de le lire.

Sinon sur Alan Turing, j’ai lu aussi
L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin, dont voici mon avis 
Et
Indécence manifeste de David Lagercrantz. Mon petit avis ICI 

Je vous propose de retrouver les premiers chapitres de ce livre dans les prochains articles à paraître.

A très vite donc ….

Reflex de Maud Mayeras

 Le livre : Reflex de Maud Mayeras. Paru le 05/10/2013 chez Anne Carrière. 21€.  Rééditer en poche  le 12 mars 2015 chez Pocket. 7€80 ; (476 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : Iris, photographe de l’Identité Judiciaire, shoote comme d’autres boivent. Pour apaiser la douleur. Pour oublier la mort de son fils, Swan, sauvagement assassiné onze ans auparavant. Lorsque la canicule assèche la ville, lorsqu’elle détrempe les corps et échauffe les esprits, alors, les monstres se révèlent.

Extrait :
« Perdre un enfant est une maladie que l’on a peur de contracter. C’est une contagion dont on évite soigneusement les infectés. On change de trottoir, on les fuit à toutes jambes. De ces gens-là, je suis la peste et le choléra. Je suis leur faucheuse, leur cancer, leur 22 long rifle. »

L’auteur : Maud Mayeras vit à Limoges.Elle est née le 6 octobre 1981.
Son premier thriller Hématome, paru aux éditions Calmann-Lévy dans la collection Suspense en 2006, a pour sujet principal la dénonciation des violences faites aux femmes. Il avait été très remarqué lors de sa sortie : finaliste Prix Polar SNCF 2006, Prix des Limbes Pourpres 2006 et Prix Griffe Noire du meilleur thriller de poche 2008.
Sept ans plus tard, Maud Mayeras publie son second thriller, Reflex (2013), aux éditions Anne Carrière, réédité chez Pocket en 2015. Elle reçoit pour cet ouvrage le prix du meilleur polar francophone 2014 au salon de Montigny-lès-Cormeilles. Maud Mayeras vit aujourd’hui à Limoges.

Résumé et avis :

Reflex de Maud Mayeras : un roman qui m’a mise KO.

J’ai eu la chance de rencontrer Maud Mayéras, il y a quelques années lors de la sortie de son premier bouquin. Elle avait fait une très brève apparition au Salon Saint Maur en poche. C’est une autre auteur, Laura Sadowski, pour ne pas la citer, qui m’a alors conseillé Hématome. « Toi qui aime les nouvelles plumes, les premiers romans, il faut que tu découvres Maud Mayéras. Elle est hallucinante et son polar est tout aussi poignant. »

J’ai donc suivi le conseille et effectivement, ce premier polar était déjà choc. (d’ailleurs, il faudra qu’un jour je vous en parle…je sais pas où je vais trouver le temps mais il va falloir) Alors pensez , j’attendais avec anxiété le deuxième. Et il m’a fallu être patiente, 7ans 1/2, avant de pouvoir lire à nouveau Maud Mayeras. Et puis Reflex est sorti, je me suis précipitée dessus.

Iris Baudry est photographe de l’identité judiciaire. Disponible nuit et jour, elle est appelée sur des
scènes de crime pour immortaliser les corps martyrisés des victimes. Iris est discrète, obsessionnelle, déterminée. Elle shoote en rafale des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné, onze ans auparavant.Mais une nouvelle affaire va la ramener au cœur de son cauchemar : dans cette ville maudite où son fils a disparu, là où son croquemitaine de mère garde quelques hideux secrets enfouis dans sa démence, là ou sévit un tueur en série dont la façon d’écorcher ses victimes en imagesLJT1XSVDrappelle une autre.La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va s’enflammer à nouveau dans l’objectif de son reflex.

Et je l’ai dévoré. Et puis plus rien. Ce roman m’a mise KO.

Du coup voici un livre que je n’arrive pas à chroniquer. Et pourtant je l’ai adoré.

Je me suis dit, attends un peu…Que le choc soit passé….prends un peu de recul. Tout cela va se décanter. Et, si cela se trouve, tu le trouveras moins génial dans quelques semaines. Mais bon, il faut se rendre à l’évidence, cela fait 3 mois que je l’ai lu et il est toujours bien là, toujours aussi présent. Presque, me hantant.

Pour autant je n’arrive pas à trouver de mots pour le décrire. et surtout pour vous parler de mon ressenti. C’est trop puissant pour moi. Ou peut être que c’est un « Reflex », un reflex de conservation. J’ai sans doute peur de vous révéler trop de choses, de dévoiler trop d’intime, tellement ce titre m’a chavirée. Peur de me mettre à nu. Je repousse le moment où je vais vous laisser rentrer dans mon cerveau et dans mon être le plus profond. Ce polar m’a pris aux entrailles. C’est, comment dire?  Viscéral. Venimeux. Sombre bien sur. Mais alors c’est bon, oui c’est bon et on se demande pourquoi toute cette noirceur nous fait « triper ».

Car c’est un pur moment de lecture que m’a offert, que nous offre, Maud Mayeras. Les phrases sont courtes, simples, précises, concises je dirais même. Le style est direct, fort, brut voir brutal.

Les personnages sont bouleversants de vérité . Pas forcément attachants. D’ailleurs je ne me suis pas identifiée à Iris, elle m’était même étrangère. C’est là aussi, que l’auteur est douée, car même sans empathie; je me suis laissée malmenée par le bouquin. C’est avec énergie que ce titre vous renverse, vous jette à terre. Maud Mayeras mêle les différentes histoires de ses héros de façon à ce qu’elles s’entrechoquent, que le passé et le présent se bousculent puis se rejoignent. Tout cela pour encore et encore dénoncer les violences qui sont faites aux femmes.

Fred_Coiffe2Car c’est bien là qu’est le sujet du livre. C’est là qu’est le nœud du problème. L’auteur se place du coté des victimes même si celles ci parfois deviennent bourreaux. Elles restent des victimes au yeux de leur créatrice. Car aujourd’hui, comme hier, les femmes ont toujours été et sont encore malheureusement victime de violences.

Alors merci Maud pour ce magnifique roman noir qui restera pour moi un formidable plaidoyer.

Citations, extraits – Reflex – Maud Mayeras 
  • (…) »Je n’aime pas l’autorité. Cette forme de toute-puissance qu’une voix seule peut exercer sur vous. Ces mots simples qui vous tordent le ventre et que vous n’avez pas envie d’écouter. Ces ordres que vous suivez malgré vous, parce que vous n’avez jamais su faire autrement. « (…)
  • (…) »Je n’aime pas les retrouvailles. Ces moments de silence que vous avez toujours fantasmés, gâchés par la gêne et la promiscuité. Ces instants que vous avez tant attendus et qui, lorsqu’ils arrivent enfin, vous font l’effet d’une bière tiède que vous n’avez plus vraiment envie de boire, ni de partager »(…)
  • (…) »Je n’aime pas les surprises, votre quotidien rôdé qu’on décide de sortir des rails. Ce que l’on n’attend pas n’arrive jamais au bon moment. Je n’aime pas les surprises, et dans le fond, vous non plus.(…)
  • (…) »Je n’aime pas le souffle des fantômes. Souvent prisonniers des murs que je visite, ils caressent mes épaules. Ils m’invitent à rester. Ils tirent sur mes manches et mendient mon temps. »(…)

W3 – Le Sourire des pendus de Jérôme Camut et Nathalie Hug

W3 - Le Sourire des pendus de Jérôme Camut et Nathalie Hug

W3 – Le Sourire des pendus  – Jérôme Camut et Nathalie Hug. Paru le 15 mai 2013 chez Telemaque collection Thriller. 21€, (750 p.) ; 22 x 15 cm

 Réédité au livre de poche le 28 mai 2014. 9,10€ ; (883 p.) ; 18 x 11 cm

Extrait : 
– Tu imagines un peu le tableau? râla-t-elle. Il fait beau, c’est le mois de juin et pendant que je le jeune se baigne, monsieur ressert un Ricard à madame qui bouquine du Tabachnik, et puis non, finalement, l’eau de la piscine est trop froide, le Ricard dégueulasse et le livre trop glauque, alors ils changent d’idées et vont se pendre dans le salon? Ça ne tient pas la route.

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Le sourire des pendus

Lara Mendès, jeune chroniqueuse télé, enquête sur le marché du sexe et ses déviances. Elle disparaît sur un parking d’autoroute…

Désemparés par la lenteur de l’enquête, ses proches reçoivent le soutien de Léon Castel, fondateur d’une association de victimes.

Sa fille Sookie, policière hors norme, a enquêté sur une triple pendaison qui semble liée à cette affaire.

Qui a enlevé Lara ? Pourquoi ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits s’affichent depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Réseaux criminels ou tueurs isolés ?

Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3.

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 Les auteurs :
 Il y a Jérôme Camut, il y a Nathalie Hug, et il y a l’entité CamHug.
Jérôme Camut est un auteur de fantasy et fantastique. Il est né à : Rueil-Malmaison (Ile-de-France) , le 10/09/1968. Nathalie Hug, née à Nancy en 1970, n écrivain et scénariste français. Depuis 2004, elle écrit en solo et en association avec Jérôme Camut.
 Extrait
 : « … souviens-toi que dans le monde, plus de 40 millions de gosses sont prostitués, et calcule le nombre de cinglés de clients que ça fait ! L’offre et la demande, tu connais, non ? »
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tc3a9lc3a9chargement-20Nathalie Hug et Jérôme Camut sont les auteurs de la tétralogie : Prédation, Stigmate, Instinct et Rémanence. Avec W3 et sa galerie de personnages radicalement originaux, ils appuient une fois encore là où ça fait mal, proposant un type de thriller inattendu et inédit.

 Un Camhug comme on les aime.

Le sourire des pendus est le premier opus de la trilogie W3. Ce titre m’a tout de suite fait penser « au rire du pendu » . Ce sourire prononcé d’une personne lorsqu’elle est dans une situation dramatique.Quand elle est dans la dénégation de celle ci ou encore quand elle cherche à dédramatiser la réalité. Je me suis dit : whaou, cela promet. C’est ainsi que j’ai débuté la lecture de ce pavé de 750 pages .J’ai lu les 500 premières pages d’une traite, sans discontinuité. J’ai été happée par cette intrigue complexes. L’histoire est construite autour de plusieurs intrigues qui s’entremêlent. tc3a9lc3a9chargement-21Avec ce titre, les Camhug retrouve la puissance évocatrice de leurs premiers romans qui a fait leur succès. Leur force narrative, l’énergie qui émane de chaque chapitre court, leur styles vif et concis, leur écriture au cordeau, ciselée au scalpel, nous entraînent sur un rythme effrénés dans cette histoire haletante et passionnante. J’ai aussi aimé la galerie de personnages qui nous été présentés, tous mieux campés les uns que les autres. On n’en retrouve même quelques uns qui arrivent tout droit de leur précédents romans. Un clin d’œil fort sympathique des auteurs. Et puis j’ai ralenti le rythme de ma lecture. J’ai d’ailleurs lu les 150 dernières pages au rythme d’un escargot. J’avais pas envie de quitter trop vite les héros ou devrais je dire victimes de cette histoire. Car c’est là la vrai originalité de ce polar. Ses héros sont toutes des victimes ou des proches de ces victimes. C’est leur point de vue que nous offrent les auteurs. Et à travers le parcourt de ses anti-héros, Jérôme et Nathalie nous offrent une photographie instantanée de notre société actuelle. Une société souvent à la dérive où pouvoir et argent ont force de loi. Si le thème principale de cette histoire est la prostitution, le marché du sexe et ses déviances, elle posent aussi un œil critique sur notre société à travers la justice et les médias, l’injustice et la désinformation. Nous étions prévenus : « Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3 »

Pour lire le début c’est iciw3_ldp_webw3_2

 Bientôt je vous parle du 2e tome ! Attention encore plus fort !

Six fourmis blanches de Sandrine Collette

Six fourmis blanches de Sandrine Collette : la puissance et la subtilité d’un très beau texte.


9782207124369,0-2479832Le livre : Six fourmis blanches de Sandrine Collette. 
Paru le 22 janvier 2015 chez Denoël ; Sueurs froides. 19,90 € ; (300 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv : Six fourmis blanches

Le mal rôde toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper ?

Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant.

À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches…

Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

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Extrait 1 : Quelle horrible impression, celle de nos propres limites: jamais, dans la vie ordinaire, nous n’avons besoin d’aller aux frontières de ce dont nous sommes capables, à l’extrême de nos forces. Le sentiment d’arriver au bout nous est étranger. Nous nous croyons invincibles, quand nous n’avons simplement pas à utiliser nos réserves. Nous sommes des protégés, des assistés qui s’ignorent. Des faibles. (..) Devant l’immensité des éléments, dans des situations extrêmes, nous ne sommes plus rien.
Extrait 2 : Et je vois se lever dans ses entrailles les brûlures du mal, qui donne à son visage épais des reflets dangereux, des rictus incontrôlables. Cette force qui gronde en lui, c’est celle du diable, qui grandit, qui pousse les parois, et le déforme et le dévore. Sa silhouette trop grande et tordue, musculeuse, ses gestes hachés, son regard de possédé ; tout souligne la métamorphose hideuse de ce gamin qui se croit investi du don de Dieu, et qui vomit à chaque mot les démons qui l’habitent.


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L’auteur : Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage sa vie entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan. Des noeuds d’acier, son premier roman, paru chez Denoël en 2013, a rencontré un vif succès critique et public. Il a reçu le Grand Prix de Littérature policière.

Résumé et petit avis :

Six fourmis blanches de Sandrine Collette : la puissance et la subtilité d’un très beau texte.

Lou est partie pour trois jours en trek en montagne en Albanie, avec son 750_dsc04309 (large)_vignettecompagnon Elias, et trois autres personnes ayant comme eux gagné ce séjour. Mais l’un d’entre eux meurt et ils se perdent dans une tempête. Mathias, lui est le  » sacrificateur  » de sa vallée. Une vallée sauvage, reculée, où les superstitions ont la vie dure, comme l’ai la vie des habitants de ces contrées. Une vie rythmée par les saisons en montagne et son climat rude. Et l’on va suivre tout au long de ces 300 pages, Lou et Mathias qui devront composer leur vie avec cette montagne, belle, majestueuse mais parfois dangereuse et inhospitalière. Et en suivant ces chapitres alternés, nous allons nous aussi être pris au piège de la beauté et de grandeur que ce lieu qui sait se faire féerique et Montagne-chien-couche-agneaudiabolique à la fois.

Alors…Que dire de Sandrine Collette, si ce n’est que cette femme est un génie. Une fois encore elle nous emporte avec son écriture tout en finesse, avec sa puissance d’évocation.    Elle nous embarque tranquillement, d’abord. Elle prends son temps, on se laisse bercer par la beauté de la nature par sa force, par sa magie. Et puis, ça s’accélère. Car on le sait, à tout moment, tout peut basculer chez Sandrine Collette. Et là c’est encore plus fort et on se laisse emporter. Superbe, sublime.

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L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin : chapitre 6

Suite et fin de nos lectures de L’homme qui en savait trop de Laurent Alexandre et David Angevin.

Ce chapitre 6 clôt notre immersion dans ce fabuleux bouquin.

L'homme qui en savait trop

Alan Turing, mathématicien anglais est considéré comme le fondateur de l’informatique.
Mathématicien et logicien anglais, Alan Turing (1912-1954) est célèbre pour avoir déchiffré les messages codés allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (opération Enigma). Il a, selon Churchill, sauvé l’Angleterre. Père de l’informatique et de l’intelligence artificielle, il s’intéressa également au rapport entre la biologie et la logique.
Histoire stupéfiante du père de l’informatique, condamné au secret pour ses travaux dans les services secrets et pour son homosexualité.

Bon allez je vous laisse découvrir ce sixième chapitre

6.

Le lieutenant O’Ryan alluma une nouvelle cigarette pour tuer le temps. Il attendait depuis une heure devant la porte d’un colonel des services secrets britanniques. Sa formation était achevée. Il avait subi trois semaines d’entraînement physique avec des centaines d’autres hommes triés sur le volet. On l’avait jaugé, évalué psychologiquement, testé sous toutes les coutures dans un camp militaire isolé au fin fond du Yorkshire. Il avait été jugé apte à rejoindre le MI6, la branche du SIS (Secret Intelligence Service) chargée des activités d’espionnage à l’extérieur du pays. Terminé la surveillance des cocos à la sortie des usines de Liverpool et de Manchester, fini l’interception du courrier, les intrusions chez les particuliers et les interrogatoires de sous-fifres. Dans quelques jours, il serait nommé capitaine, assigné au MI6. John O’Ryan allait voir du pays au service de Sa Majesté.

La porte du bureau s’ouvrit enfin. Un jeune soldat le conduisit jusqu’au bureau du colonel Duncan.

— Le lieutenant O’Ryan, mon colonel, gueula-t-il.

O’Ryan se mit au garde-à-vous devant le bureau du militaire, un grand type sec aux cheveux blancs, plongé dans la lecture d’un rapport.

— Le ministre français de l’Intérieur vient de déclarer : « Le communisme, voilà l’ennemi », dit Duncan sans lever la tête de son rapport. D’ordinaire j’exècre les Français, mais il faut admettre que c’est bien envoyé ! Qu’en pensez-vous, O’Brian ?

— O’Ryan, mon colonel.

Le colonel releva les yeux et le dévisagea comme on observe un demeuré.

— Qu’est-ce que vous faites debout ? Asseyez-vous, nom de Dieu, vous n’êtes plus un troufion…

— Merci, mon colonel.

Duncan alluma une pipe et se leva pour se servir une tasse de thé.

— Un darjeeling, O’Ryan ?

— Avec plaisir, mon colonel.

— Je l’ai rapporté moi-même du Bengale-Occidental, c’est un nectar qui a poussé en altitude, sur les contreforts de l’Himalaya.

Il porta la tasse en porcelaine à ses lèvres. Les arômes musqués du thé noir lui procurèrent un bien-être immédiat.

— Une merveille, en effet, mon colonel.

— Quelle différence faites-vous entre les communistes, les socialistes, les bolcheviks, les trotskistes, les anarchistes ?

— Il s’agit de métastases du même cancer installé à Moscou, mon colonel.

Duncan esquissa un sourire.

— Vous me plaisez, O’Ryan ! J’ai lu votre dossier, et j’ai été impressionné par vos états de service. C’est grâce à des hommes comme vous que notre grand pays échappera à la contagion révolutionnaire.

— Merci, mon colonel.

— Je vous ai choisi pour intégrer une section, disons, particulière du SIS. Une section qui requiert des aptitudes que peu d’agents possèdent, à savoir la discrétion d’un caméléon, la fidélité absolue au pays, la haine des rouges, et l’absence totale de scrupules. Vous possédez bien toutes ces qualités, O’Ryan ?

— Je le crois, mon colonel.

— Les membres de ma section n’ont pas de place ni de temps pour une vie de famille. C’est une vie solitaire, et votre main droite sera le plus souvent votre unique fiancée. Un problème avec ça ?

— Non, mon colonel.

— Vous combattrez le fléau communiste à la source, partout où il prolifère, aussi bien en Europe qu’en Asie. Stopper le mal par tous les moyens avant qu’il ne soit trop tard, voilà la priorité de l’ensemble des gouvernements démocratiques. Il s’agit d’une épidémie planétaire qui réclame une guerre anticommuniste globale, et donc une collaboration efficace. Le SIS travaille main dans la main avec les services secrets des autres pays.

— Y compris l’Allemagne, mon colonel ?

— Les Allemands sont des détraqués, O’Ryan. Mais nous préférons un anticommuniste comme Hitler qu’une dictature du prolétariat. Ce serait un moindre mal. Si les nazis accèdent au pouvoir, ce qui est souhaitable, l’Allemagne formera une digue qui empêchera l’Europe de sombrer dans le chaos.

— Sans doute, mon colonel.

— Vous embarquez dans deux jours à Southampton pour l’Amérique, reprit Duncan en allant ouvrir la fenêtre. J’entretiens d’excellentes relations avec M. John Edgar Hoover, le directeur du Federal Bureau of Investigation, une agence américaine de renseignements très performante avec laquelle nous collaborons étroitement.

Duncan ralluma sa pipe et observa le paysage. Des soldats couraient au loin en crachant des petits nuages de vapeur. O’Ryan s’autorisa à allumer une cigarette.

— Vous verrez, Hoover déteste les communistes, reprit Duncan en refermant la fenêtre. Plus encore que les fameux gangsters de Chicago ! Nous avons beaucoup à apprendre des nouvelles méthodes américaines. Observez, O’Ryan, nouez des contacts avec nos amis yankees. Et rapportez-moi une caisse de chocolat au lait Hershey’s, ma femme adore ça.

— Vous pouvez compter sur moi, mon colonel.

— Une dernière chose… Officiellement, vous n’existez pas. À partir de cet instant, je ne sais même plus qui vous êtes…

 

Voilà l’histoire est close.

J’espère que ces lectures des premiers chapitres vous aura envie de poursuivre celle-ci.

Aussi…

Si vous le souhaitez vous pourrez connaître ICI mon petit avis sur ce titre sur le blog Collectif Polar