PREMIÈRES LIGNE #130 La chambre Close de Sjöwall et Wahlöö

PREMIÈRES LIGNE #130

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

La chambre close : le roman d’un crime de Maj Sjöwall et Per Wahlöö

Une femme commet un braquage au cours duquel un homme est tué accidentellement. Dans le même temps, deux dangereux pilleurs de banques écument stockholm, et mettent la police sur les dents. Martin Beck quant à lui, reprenant le travail après une longue convalescence, se heurte à une affaire bizarre : un vieil invalide nécessiteux est retrouvé mort dans une pièce sordide soigneusement fermée de l’intérieur. Il a une balle dans le ventre. La police veut conclure à un suicide, mais dans ce cas où est passé le pistolet ? Un pistolet qui, justement, semble avoir servi au braquage… À partir d’un classique mystère de chambre close se dessine progressivement une affaire complexe, à la résolution parfaitement amorale.

1

Au moment où elle sortit de la bouche de métro de Wollmar Yxkullsgatan, 14 heures sonnaient à l’église de Maria. Elle s’arrêta pour allumer une cigarette, avant de se diriger à grands pas vers la place de Mariatorget.

La vibration de l’air, propageant le bruit des cloches, lui rappela les tristes dimanches de son enfance. Elle était née et avait grandi à quelques pâtés de maisons de cette église, où elle avait été baptisée et fait sa communion voilà près de douze ans. Tout ce dont elle se souvenait, ainsi que des cours de catéchisme, c’était d’avoir demandé au pasteur ce qu’avait voulu dire Strindberg lorsqu’il avait parlé du « soprano splénétique » des cloches de l’église de Maria, mais elle ne se rappelait pas ce qu’il lui avait répondu.

Le soleil lui brûlait le dos et, après avoir traversé Sankt Paulsgatan, elle ralentit l’allure afin de ne pas être en sueur. Elle comprit soudain combien elle était nerveuse et regretta de ne pas avoir pris un calmant avant de partir de chez elle.

Une fois arrivée au milieu de la place, elle trempa son mouchoir dans l’eau de la fontaine avant d’aller s’asseoir sur un banc, à l’ombre des arbres. Elle ôta ses lunettes, se frotta rapidement le visage avec son mouchoir humide, essuya ses verres avec un pan de sa chemise bleu clair puis remit les lunettes. Ensuite elle enleva son chapeau de toile bleu à larges bords, souleva ses cheveux blonds qui lui tombaient si bas dans le cou qu’ils effleuraient les pattes d’épaules de la chemise et s’essuya la nuque. Enfin, elle remit son chapeau, le baissa sur son front et resta assise là, absolument immobile, son mouchoir roulé en boule entre ses mains.

Au bout d’un moment elle étala le mouchoir sur le banc, à côté d’elle, et s’essuya les mains sur son jean. Elle regarda sa montre, qui indiquait 14 h 10, et s’accorda trois minutes pour se calmer avant de continuer, puisqu’il le fallait.

Lorsque sonna le quart, elle souleva le rabat du sac de toile vert posé sur ses genoux, prit le mouchoir maintenant tout à fait sec et le laissa tomber à l’intérieur sans se donner la peine de le plier. Puis elle se leva, passa la sangle du sac sur son épaule droite et se remit en marche.

Tout en se dirigeant vers Hornsgatan elle sentit qu’elle se détendait et s’efforça de se persuader que tout irait bien.

C’était le dernier jour de juin, un vendredi, et, pour bien des gens, les vacances venaient de commencer. Hornsgatan était très animée, tant sur les trottoirs que sur la chaussée. Au débouché de la place, elle tourna à gauche et se trouva alors à l’ombre des immeubles.

Elle espérait avoir bien fait de choisir ce jour-là. Elle avait soigneusement pesé le pour et le contre et elle était bien consciente qu’il lui faudrait peut-être remettre l’exécution de ses projets à la semaine suivante. Ce ne serait pas bien grave, dans ce cas, mais elle préférait être soulagée de la tension nerveuse de l’attente.

Elle arriva plus tôt qu’elle ne l’avait pensé et s’arrêta du côté de la rue qui était à l’ombre, tout en observant la grande baie vitrée, en face. Le soleil s’y réfléchissait, mais elle était de temps en temps masquée par la circulation très dense de la rue. Elle put cependant constater que les rideaux étaient tirés.

Elle fit lentement les cent pas sur le trottoir en faisant semblant de regarder les vitrines, et, bien qu’il y eût une grande pendule un peu plus loin dans la rue, devant un magasin d’horlogerie, elle ne cessait de consulter sa montre-bracelet. Tout en surveillant du coin de l’œil la porte d’en face.

À 14 h 55 elle se dirigea vers le passage clouté situé au carrefour et, quatre minutes plus tard, elle se trouva devant l’entrée de la banque.

Avant de pousser la porte et d’entrer, elle souleva le rabat de son sac.

Du regard elle fit le tour de ce local, qui abritait une agence d’une grande banque. Il était en longueur, et la porte et l’unique baie occupaient l’un des murs de la largeur. À droite, un comptoir courait sur toute la longueur. À gauche, se trouvaient quatre pupitres fixés au mur et, plus au fond, une table basse de forme ronde et deux tabourets recouverts d’un tissu à carreaux rouges. Tout au bout partait un escalier très raide qui descendait en colimaçon vers ce qui devait être la salle des coffres et la chambre forte.

Il n’y avait qu’un client devant elle, un homme en train de ranger des billets et des papiers dans sa serviette.

Derrière le comptoir étaient assises deux employées et, un peu plus loin, un homme consultait un fichier.

Elle se dirigea vers l’un des pupitres et chercha un stylo dans le compartiment extérieur de son sac, tout en observant du coin de l’œil le client pousser la porte de la rue et sortir. Elle prit un imprimé et se mit à dessiner dessus. Mais elle n’eut pas longtemps à attendre avant de voir le directeur de l’agence aller verrouiller la porte d’entrée. Puis il se baissa pour soulever le taquet qui retenait la porte intérieure et, tandis que celle-ci se refermait avec un petit soupir, regagna sa place derrière le comptoir.

Elle sortit alors son mouchoir de son sac, le prit dans sa main droite et fit semblant de se moucher tout en avançant vers le comptoir, l’imprimé à la main.

Une fois arrivée devant la caisse, elle laissa tomber l’imprimé dans son sac, en sortit un filet en nylon qu’elle posa sur le comptoir, puis saisit le pistolet et le pointa vers la caissière en disant, le mouchoir devant la bouche :

C’est un hold-up. Le pistolet est chargé et, si vous bronchez, je tire. Mettez tout l’argent que vous avez dans ce filet.

La femme qui se trouvait en face d’elle la regarda avec de grands yeux, prit lentement le filet et le posa devant elle. L’autre femme, qui était en train de se peigner, assise sur une chaise, s’arrêta dans son geste et laissa retomber ses mains. Elle ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais n’émit pas le moindre son. L’homme, qui se tenait toujours derrière son bureau, esquissa un geste rapide, mais elle braqua aussitôt le pistolet dans sa direction et cria :

Ne bougez pas ! Les mains en l’air, tout le monde !

Puis elle agita le canon de son arme en direction de la femme, apparemment paralysée, qu’elle avait devant elle, et reprit :

Qu’est-ce que vous attendez ? J’ai dit tout l’argent !

La caissière commença alors à mettre les liasses de billets dans le filet et, une fois qu’elle eut terminé, le posa à nouveau sur le comptoir. De derrière son bureau l’homme dit soudain :

Vous ne vous en tirerez pas comme cela. La police va…

Taisez-vous ! s’écria-t-elle.

Puis elle jeta le mouchoir dans son sac resté ouvert et prit le filet, dont le poids lui parut très prometteur. Elle braqua ensuite son pistolet, à tour de rôle, vers les trois employés tout en se dirigeant lentement vers la porte, à reculons.

Soudain, venant de l’escalier situé au fond de la pièce, quelqu’un se jeta sur elle. C’était un grand homme blond, en pantalon blanc très bien repassé et blazer bleu aux boutons bien astiqués et portant un grand blason brodé en fils d’or sur la poitrine.

Un claquement très sec retentit dans la pièce et se répercuta d’un mur à l’autre et, tout en sentant son bras projeté malgré elle vers le plafond, elle vit l’homme au blason doré faire un bond en arrière. Elle eut le temps de noter que ses chaussures étaient neuves, qu’elles étaient blanches et avaient d’épaisses semelles en caoutchouc rouge rayé, mais ce n’est que lorsque sa tête alla cogner sur le dallage, avec un affreux bruit sourd, qu’elle comprit qu’elle l’avait tué.

Elle jeta son pistolet dans son sac, lança un regard affolé aux trois personnes mortes de peur qui se tenaient derrière le comptoir et se précipita vers la porte. Elle ouvrit celle-ci, après s’être un peu énervée sur le verrou, et, avant de se retrouver dans la rue, elle eut le temps de se dire : « Du calme, il faut que je marche tout à fait normalement. » Mais, une fois sur le trottoir, elle se mit à courir à moitié vers la première rue transversale.

Elle ne vit pas vraiment les gens autour d’elle, sentant seulement qu’elle heurtait plusieurs d’entre eux au passage, tandis que la détonation continuait à retentir dans ses oreilles.

Elle tourna le coin de la rue et se mit alors à courir vraiment, le filet à la main et son sac lui cognant contre la hanche. Elle ouvrit brutalement la porte de l’immeuble dans lequel elle avait habité étant enfant, enfila jusqu’au bout le couloir bien connu qui donnait sur la cour et, une fois parvenue là, ralentit l’allure et se mit à marcher normalement. Au fond de la cour, elle pénétra dans un autre immeuble qu’elle traversa également et se retrouva dans une nouvelle arrière-cour. Là, elle descendit l’escalier très raide menant à la cave et s’assit sur la dernière marche.

Elle essaya alors de mettre le filet de nylon noir dans son sac, par-dessus le pistolet, mais il n’y tenait pas. Elle ôta donc son chapeau, ses lunettes, ainsi que sa perruque blonde, et fourra le tout à la place. Elle était maintenant brune, les cheveux courts. Elle se leva, déboutonna sa chemise, l’enleva et la mit également dans le sac. Dessous, elle portait un maillot de coton noir à manches courtes. Elle passa la sangle de son sac sur son épaule gauche, prit le filet à la main et regagna la cour. Elle traversa plusieurs autres immeubles et plusieurs cours et enjamba deux murets avant de se retrouver dans la rue, à l’autre extrémité du pâté de maisons.

Elle entra dans un magasin d’alimentation, acheta deux litres de lait, qu’elle mit dans son sac à provisions avec, par-dessus, le filet de nylon noir.

Puis elle se dirigea vers Slussen et prit le métro pour rentrer chez elle.

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PREMIÈRES LIGNE #128, La faim et la soif, Michaël Koudero

PREMIÈRES LIGNE #128

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Le livre en cause

La faim et la soif, Michaël Koudero

I

MATHILDE ET OCTAVIAN


1

D’ABORD, LE DÉCOR.

Lignes pures et perspectives tranchantes.

Cœur vivant, la cuisine se composait d’un mobilier blanc articulé autour d’une table de travail. Crédence en verre, hotte en inox et accessoires design. Des trajectoires de soleil fusaient sur les matières pour se répandre en halos généreux.

En retrait, deux piliers structuraient l’espace et ouvraient sur la partie séjour. Belle hauteur sous plafond, moulures, cheminée et parquet en point de Hongrie. Tradition et modernité se complétaient dans cet intérieur niché au quatrième étage, rue Louis-le-Grand, à deux pas de la place Vendôme.

Par les trois fenêtres, le soleil surchauffait les lieux. Son mètre quatre-vingt-huit et ses quatre-vingt-douze kilos accusaient le coup. Il poissait sous sa combinaison intégrale blanche et son masque à cartouche. Le réveil de l’été lui rappelait combien il préférait septembre et la douceur de son arrière-saison.

Cinq pas le placèrent à hauteur d’un canapé d’angle aux formes travaillées. Le coin-repas dans son dos, ses iris bleu pétrole se concentrèrent sur le salon.

Un réflexe devenu nécessité. Il devait prendre le pouls des lieux. S’imprégner des détails pour cerner le sang et la tragédie.

Une étagère en verre épousait un pan de mur. Dans les niches se serraient des ouvrages consacrés au troisième art et à ses dignes représentants. De Michel-Ange à Picasso, sans oublier Dalí. Une collection de romans – de la littérature blanche –, quelques bibelots d’un goût douteux et cette statue en terre cuite : trois personnages aux ventres ronds, grimés d’une peinture noire.

Pas de télévision. Seul un cadre numérique, à l’éclairage intense, diffusait en boucle des clichés de vie. La victime posait aux côtés de ses petits-enfants : une fille et un garçon – deux adolescents boutonneux. Anniversaires, Noël, voyages : chacune des photographies scellait les sourires radieux d’une famille multigénérationnelle, unie.

Il resta de marbre, enfila une paire de gants en latex et sortit de sa poche son appareil compact Nikon.

Mode automatique. Le vif du sujet.

Il immortalisait la zone sous tous les angles. Les crépitements résonnaient, s’intensifiaient, écorchaient le silence. Sa focale se resserrait sur les meubles, s’élargissait sur les sols, zoomait sur les détails.

Sur la table basse Airborne en verre et acier noir, des courbes de sang séché. Les arabesques, couleur marron, lui firent penser au vernis que l’on utilise pour teindre le bois. Il retrouva ces particules d’horreur sur les chandeliers posés sur la table, comme sur ce trousseau de clefs laissé à l’abandon.

D’un clic, il figea la scène à tout jamais.

D’autres stigmates imprégnaient le canapé. Il souleva le tapis. Constata que le liquide avait traversé les tissus pour se répandre sur le parquet : nouvelle

pression sur le détonateur.

Son inspection se concentra sur le mur, où des éclats de cervelle et des esquilles d’os éclaboussaient la surface en un chœur sinistre. À maintes reprises, il battit son bras dans l’air pour repousser les mouches bleues qui s’appropriaient le territoire, secondées par une armée de vers et de larves.

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PREMIÈRES LIGNE #127, Âmes battues, Isabelle Villain

PREMIÈRES LIGNE #127

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

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Le livre en cause

Âmes battues, Isabelle Villain

Âmes battues
Un claquement métallique puis le bruit sourd d’un corps s’effondrant sur le sol. Un geste qui aurait pu ruiner une carrière prometteuse. Un souvenir qui, à n’en pas douter, hantera longtemps le commandant Rebecca de Lost.
Traumatisée par l’issue de sa dernière enquête, réintégrée à la tête de son groupe au 36 quai des Orfèvres, elle est chargée d’élucider le meurtre d’une prostituée. S’agit-il d’un crime commis par son souteneur ou un client ?
Les enquêteurs de la Crim’ se retrouvent confrontés à un psychopathe diaboliquement intelligent dont l’ambition est de battre la police à son propre jeu et dont l’unique choix est d’aller jusqu’au bout de sa manipulation. La partie était perdue d’avance. Lui le savait, les flics pas encore.
Des bas-fonds de Paris aux tréfonds de l’âme humaine, Isabelle Massare-Villain propose une nouvelle intrigue où la violence psychologique prend le pas sur la violence physique.

1

26 mars 2012.

Un claquement métallique, puis le bruit sourd d’un corps s’effondrant sur le sol.

La vie de Rebecca a basculé en une fraction de seconde, et pas une seule journée ne s’écoule sans que les images de cet après-midi du 26 janvier reviennent la hanter : le visage de son adjoint, le capitaine Antoine Atlan, à terre, la suppliant de ne pas appuyer sur la détente ; son agresseur, une arme pointée sur elle, lui récitant mécaniquement les raisons pour lesquelles il venait d’assassiner de sang-froid six personnes pour venger la mort de sa propre femme. Il avait tout planifié pendant des mois et ne semblait éprouver aucun remords. Elle peut encore ressentir, même après toutes ces semaines, cette sensation de bras ankylosé. Ils s’étaient tenus là, à quelques mètres l’un de l’autre, face à face, arme contre arme, durant d’interminables minutes. Rebecca était tout à fait consciente, à cet instant, de l’issue vers laquelle ce psychopathe cherchait à l’entraîner. En vain… Elle s’était engouffrée, les yeux fermés, dans le piège tendu et avait tiré. Poussée dans ses derniers retranchements, elle avait craqué. Elle avait réalisé un peu plus tard que gagner la partie n’avait pas été suffisant. Il était parti volontairement à l’abattoir, le chargeur totalement vide. Il était parvenu en quelques secondes à lui retirer toute lucidité, à la transformer en une femme meurtrie et meurtrière, plaçant sa vengeance au-dessus de tout le reste, quitte à mettre sa carrière en danger. Avait-il mérité ce sort ? Rebecca n’était pas en droit de se poser la question. Elle était commandant à la brigade criminelle et son devoir aurait été de procéder à son interpellation et de laisser la justice faire son travail. Elle avait commis une terrible faute, et le commissaire divisionnaire Pecorelli avait été dans l’obligation de saisir le parquet de Paris. L’IGPN{1}, la police des polices, était entrée en action pour mener l’enquête et avait suspendu Rebecca à titre provisoire. Son équipe criait haut et fort qu’elle ne méritait pas cette sanction. Ce n’était pas à eux d’en juger. En attendant, ils tentaient tous de faire face de leur mieux.

La cloche de l’église Sainte-Anne se met à résonner sur la place d’Armes. Il est 10 heures. Rebecca termine son petit déjeuner, assise à la terrasse de l’hôtel. Elle a remonté sa longue chevelure rousse en un chignon approximatif et protégé ses yeux verts avec des lunettes de soleil. La nuit a été agitée, une nouvelle fois. Son teint clair, d’ordinaire toujours rose et frais, est un peu chiffonné.

Une dizaine de colombes d’un blanc nacré se disputent les dernières miettes de pain abandonnées par les clients. Le temps est printanier, la température douce et le ciel bleu azur. L’île de Porquerolles appartient encore pour quelques semaines à ses 350 habitants. Rebecca a découvert par hasard il y a onze ans ce petit coin de paradis situé au large de Toulon au cours d’une escapade en bateau. Elle est tombée amoureuse au premier regard de ces criques cristallines et de ces chemins bordés d’oliviers et de pins parasols. Depuis, elle essaye d’y séjourner une fois par an, ne serait-ce qu’un long week-end, pour se ressourcer et se vider la tête. Ne penser à rien. Alors débarquer ici, après l’épreuve qu’elle venait de traverser, était une évidence.

Rebecca consulte son portable. La batterie est toujours pleine. Le nombre de barres de réseau à son maximum. Rien. Aucun appel.

L’inspection générale des services doit rendre ses conclusions dans les jours à venir, mais elle ignore la sanction qu’elle va encourir : simple blâme, mise à pied temporaire, définitive ou bien mutation à la circulation. La faute est avérée. Elle l’a intégrée, mais son groupe s’est montré solidaire et les circonstances plaident en sa faveur. Rebecca a rangé sa naïveté au placard depuis pas mal d’années. Les excellents résultats de son équipe créent de la jalousie au sein de la Crim’. En tant que femme, elle se retrouve souvent en première ligne, mais elle a sa conscience pour elle et l’appui de sa hiérarchie. Il ne lui reste plus qu’à patienter encore quelques heures, un jour ou deux, tout au plus.

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PREMIÈRES LIGNE #126 : Une dernier ballon pour la route, Benjamin Dierstein

PREMIÈRES LIGNE #126

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

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Le livre en cause

Un dernier ballon pour la route, Benjamin Dierstein

La première chose que j’ai vue en sortant de la voiture, c’est deux gosses tout sales qui jouaient avec une vieille pelle rouillée et un cadavre de chien. J’avais à peine foutu les pieds dehors qu’ils me lançaient déjà des cailloux en me traitant de fils de pute. Le plus grand des deux faisait un bon mètre quarante de long comme de large, et le plus petit avait les dents si pourries qu’on aurait dit qu’il avait passé la nuit à grignoter une tronçonneuse. Ils avaient à peine dix ans et la peau déjà burinée par le soleil, les eaux stagnantes et la pollution, comme tous ces gamins de hippies que j’avais côtoyés quand j’avais leur âge. 

La deuxième chose que j’ai vue en m’avançant vers eux, c’est les trois pitbulls attachés à une carcasse de 205, déchaînés comme une mer de tempête force douze, et qui aboyaient à l’unisson en me faisant comprendre que j’allais passer un sale quart d’heure si jamais les mioches s’amusaient à défaire le nœud de leurs laisses. 13 Je me suis approché d’eux en brandissant ma vieille matraque de collection, et les chiards ont détalé dans la maison en moins de deux dès qu’ils ont vu le gourdin. Je les ai suivis lentement, en faisant attention à ne pas foutre mes panards dans un piège à ours ou une boîte de conserve gangrenée. La cour de la ferme tenait plus de la déchetterie que du jardin à la française, parsemée de caravanes à l’abandon, de pneus usés, de sacs d’ordures et de cadavres de bières à n’en plus finir. La bâtisse qui courait le long de cette décharge était une vieille longère décrépite, occupée selon les gens du coin par une communauté de zonards que la ville avait relogés ici, faute de savoir quoi en foutre. Personne dans la région ne voulait de cette bande d’apaches, qui selon les voisins passaient leur temps à picoler, à se chicaner et à se mettre sur la gueule dès qu’ils avaient un peu trop forcé sur la Valstar. Tous les agriculteurs du coin avaient quitté le pays bien avant qu’ils arrivent, forcés de revendre leurs champs aux grandes enseignes qui pullulaient tout autour. D’où j’étais, je pouvais sentir les effluves des poubelles du McDo le plus proche, cette étrange combinaison de produits toxiques et de steaks périmés que les jeunes d’aujourd’hui considèrent comme une odeur appétissante.

Les deux gosses étaient à peine rentrés que quatre loubards avec des gueules impossibles et une bonne femme en haillons sont sortis de la maison. Ils avaient l’expression abrupte de ces gens de la campagne faméliques, le regard pincé à force de plisser les yeux. Malgré les années, j’ai reconnu Jérôme Hinault en moins de deux : cheveux rasés sur les côtés, bras bardés de tatouages, pipe à opium au coin du bec. Il avait les mêmes traits qu’à l’époque, rendus encore plus 14 grossiers par l’alcool, comme s’il était devenu une sorte de caricature de lui-même. Le type qui se tenait derrière lui avait un fusil à la main et la mâchoire qui pendouillait.

 – Keski veut, l’môssieur ?

Il faisait chaud et, tout en recrachant la fumée de ma Gitane dans l’air lourd et immobile, j’ai cherché au fond de leurs yeux une trace d’empathie, mais je n’y ai croisé rien d’autre que l’abîme.

– Je cherche une fillette et sa maman.

– N’y a pas d’fillette ici.

– J’peux vous montrer une photo ?

– N’y a pas d’fillette ici, qu’on vous dit. Pourquoi qui vient nous emmerder, l’môssieur ?

 Au moment où j’ai plongé la main dans ma veste pour sortir le cliché de Romane et Marilou, le type au fusil a pointé son arme dans ma direction. Je me suis avancé malgré tout vers Hinault en espérant qu’il me reconnaîtrait, mais en voyant ses yeux brillants comme un feu qui meurt, j’ai su que ça ne serait pas le cas.

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Première ligne # 125 : Avec la permission de Gandhi de Abir Mukherjee

PREMIÈRES LIGNE #125

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Le livre en cause

Avec la permission de Gandhi de Abir Mukherjee

21 décembre 1921
1

Un cadavre dans un funérarium n’a rien d’inhabituel. Il est rare en revanche d’en voir un y entrer par ses propres moyens. Cette énigme mérite d’être savourée, mais le temps me manque, attendu que je suis en train de courir pour sauver ma peau.

Un coup de feu retentit et une balle passe près de moi sans rien atteindre de plus menaçant que du linge qui sèche sur un toit. Mes poursuivants – des collègues de la Force de Police impériale – tirent à l’aveugle dans la nuit. Cela ne veut pas dire qu’ils ne pourraient pas avoir plus de chance avec leur prochaine rafale, et même si je n’ai pas peur de la mort, atteint d’une balle dans le dos en tentant de s’enfuir n’est pas exactement l’épitaphe que je souhaite sur ma tombe.

Alors je cours, embrumé d’opium, sur les toits de Chinatown endormi, je glisse sur les tuiles disjointes qui vont s’écraser sur le sol et je me hisse d’un toit à l’autre avant de me réfugier enfin dans un espace minuscule sous le rebord d’un mur bas entre deux bâtiments.

Les policiers se rapprochent et j’essaie de calmer ma respiration tandis qu’ils s’interpellent dans l’obscurité qui avale leurs voix. Ils se sont apparemment séparés et sont peut-être à une certaine distance l’un de l’autre. Tant mieux. Ils avancent donc sans plus de repères que moi, et pour le moment le mieux que j’ai à faire est de rester immobile et silencieux.

Ma capture mènerait à des questions plutôt embarrassantes auxquelles je préfère ne pas devoir répondre sur ce que je faisais à Tangra au milieu de la nuit, puant l’opium et couvert du sang de quelqu’un d’autre. Reste aussi la question secondaire de la lame en forme de faucille que je tiens à la main. Sa présence serait aussi difficile à expliquer.

Ma sueur et le sang se sont évaporés et je frissonne. Décembre est froid, du moins selon les critères de Calcutta.

Des bribes de conversation me parviennent. On dirait que le cœur n’y est pas. Je ne peux pas le reprocher aux policiers. Ils ont autant de chances de dégringoler d’un toit que de trébucher contre moi ; et compte tenu des événements de ces derniers mois je doute que leur moral soit au beau fixe. À quoi bon risquer de se casser le cou en poursuivant des

ombres si personne ne doit les en remercier ? Je veux qu’ils fassent demi-tour, mais ils s’obstinent à frapper dans le noir avec la crosse de leur fusil ou leur lathi1 comme des aveugles qui traversent une rue.

La présence rythmique se rapproche. J’envisage les choix se présentent, du moins je le ferais s’il en existait un. Fuir est hors de question – le type est armé et paraît si proche à présent que même dans le noir il n’aurait guère de difficulté à me tirer dessus. Me battre contre lui est voué à l’échec. J’ai la lame, mais je peux difficilement m’en servir contre un collègue, et de toute façon, avec trois autres policiers à proximité, mes chances de les éviter se ratatinent plus vite qu’un coquelicot au crépuscule.

Le son des coups change et le mince béton au-dessus de ma tête sonne creux. L’homme doit se trouver directement au-dessus de moi. Il remarque lui aussi le changement de son et s’arrête. Il frappe le rebord avec son fusil et saute à terre. Je ferme les yeux en attente de l’inévitable, mais une voix s’élève. Une voix que je reconnais.

« C’est bon, les gars. Ça suffit. On rentre. »

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PREMIÈRES LIGNE #124 : Le crépuscule des éléphant, Guillaume Ramezi

PREMIÈRES LIGNE #124

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Le crépuscule des éléphants, Guillaume Ramezi

À tous ceux qui se battent au quotidien
pour changer les choses.

Quand l’éléphant trébuche,
ce sont les fourmis qui en pâtissent

Proverbe africain

PROLOGUE

Esmond Martin n’avait pas bu une goutte depuis des années. Ce soir-là, lorsqu’il rentra à la nuit tombée dans sa modeste demeure des faubourgs de Libreville, il jeta sa sacoche tachée de sang au pied du porte-manteau et, sans même prendre la peine de se laver les mains, sortit l’antique bouteille de Glenmorangie vingt ans d’âge qui croupissait dans le buffet. Il s’en servit une grande rasade et vida le verre d’un seul trait. Le liquide épais et tiède, réchauffé par la moiteur de l’été gabonais, lui brûla à peine la gorge, réveillant vaguement de vieux démons enfouis depuis qu’il s’était épris de ce pays et de ses merveilles. D’une certaine façon, ces dernières avaient été sa bouée de sauvetage, alors il investissait toute son énergie pour les défendre depuis vingt ans. Aujourd’hui pourtant, il avait l’impression que toutes ces années avaient été vaines. Vingt ans qu’il écumait les forêts pour localiser les troupeaux. Vingt ans qu’il fréquentait à longueur d’année les écoles, de la capitale jusqu’aux plus petits villages, pour leur apprendre, leur prouver qu’ils devaient protéger leur faune. Vingt ans qu’il soutenait les ONG désireuses d’informer le grand public occidental. Vingt ans qu’il frappait aux portes des gouvernements successifs pour les convaincre qu’ils auraient plus à gagner, à long terme, dans le développement d’un véritable écotourisme que dans la déforestation massive.

En fin d’après-midi, quand Bonaventure l’avait appelé, c’est un ranger en pleurs qui lui avait demandé de venir le rejoindre. Esmond Martin avait sauté dans sa Jeep et s’était précipité à sa rencontre. Il avait eu l’occasion de voir des horreurs depuis tout ce temps, mais ce qu’il avait découvert en arrivant dépassait l’entendement. Il en avait compté trente-quatre au total. Trente-quatre cadavres à qui il ne manquait que les défenses. Trente-quatre éléphants massacrés pour leur ivoire. Parmi eux, il y avait même des éléphanteaux. Certains si jeunes que le précieux matériau devait à peine poindre au coin de leurs bouches. Ils avaient été exterminés quand même, juste pour le plaisir sans doute. Au moins, les fois précédentes, avaient-ils laissé la vie sauve à ceux ne présentant aucun intérêt et les rangers avaient pu les récupérer pour les confier à la réserve. C’était le quatrième carnage en un mois et cette fois, l’ampleur était phénoménale. Ils étaient face à une attaque d’envergure.

Les brigades d’intervention avaient bien repéré quelques groupes de braconniers qui avaient franchi la frontière récemment, mais sans jamais parvenir à les prendre sur le fait. Sur le chemin du retour, après plusieurs coups de téléphone désespérés, Esmond avait réussi à obtenir un rendez-vous avec le Premier ministre pour le lendemain matin. Il devait absolument le convaincre de déployer l’armée autour des zones d’habitations principales des derniers troupeaux d’éléphants présents dans la région.

Un bruit dans la ruelle à l’arrière de la maison le sortit de ses réflexions. Il tendit l’oreille. Après quelques secondes pendant lesquelles il ne perçut rien de plus, il reporta son attention sur son verre et se resservit. Il n’entendit pas la porte de la cuisine s’ouvrir et, lorsque la machette s’abattit sur sa nuque, il n’eut pas le temps de réagir. Il était déjà trop tard. Une poignée d’autres coups précis et haineux plut sur son crâne et le haut de son corps, le privant même d’une dernière pensée pour ses protégés.

En à peine deux minutes, Esmond Martin, l’ultime rempart préservant les éléphants gabonais de la barbarie venait de céder.

Le crépuscule des éléphants
Au Gabon, le danger est omniprésent. Des meurtres atroces ont été commis… Andreas ne se fie pas aux autorités locales corrompues jusqu’à la moelle.
Lorsque Camille, capitaine de police à Paris, reçoit son appel de détresse, elle n’hésite pas à se mettre en danger pour le rejoindre. La jeune femme va se retrouver au coeur d’un trafic d’ivoire international qui ne laisse aucune chance aux éléphants et leurs défenseurs.
À qui profite réellement ce commerce ? Qui en tire les ficelles ? À qui peut-on réellement se fier ?
Guillaume Ramezi met en lumière un commerce illégal et pourtant toujours d’actualité dans un thriller à la fois angoissant et touchant.

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PREMIÈRES LIGNE #123, Oskal de Guillaume Coquery

PREMIÈRES LIGNE #123

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Oskal de Guillaume Coquery

PROLOGUE

Besançon 2010

Le commandant Jarier inspira. Il devait se calmer, retrouver le contrôle et composer son numéro. Il allait encore se prendre une réflexion cinglante, c’était certain.

– Allo ! Monsieur le préfet, c’est Jarier.

L’homme ne répondit pas de suite, il l’entendit soupirer, et ce n’était pas de l’admiration.

– Oui qu’y a-t-il ? Je vous ai dit de ne pas m’appeler, vous êtes con ou quoi ?

Le commandant se mit à bredouiller, c’était la première fois que le préfet Bergeron le traitait de con ! Imbécile, idiot, abruti, ça, il y avait eu droit, mais con, c’était inédit !

Le policier esquissa un sourire. Ce qu’il avait à lui dire était de nature à ébranler cet homme charismatique. Il allait se le prendre dans la gueule… Il savoura l’instant.

– Nous avons un problème.

Il s’en voulut immédiatement. Ce n’était pas la phrase qu’il avait préparée ! Il se mordit la lèvre. Il aurait dû lui dire : « VOUS avez un problème », mais, envahi par son mauvais stress, ce n’était pas ce qui était sorti ! Il apprécia tout de même l’effet. La réponse cinglante, habituelle, ne vint pas. Il avait marqué un tout petit point. Ce serait sa victoire temporaire, minuscule certes, mais face à lui, il savait se contenter de peu.

– Je vous écoute Commandant.

Ah ! Il lui donnait du commandant, maintenant !

Le haut fonctionnaire n’était pas né de la dernière pluie, si le flic lui téléphonait, ce n’était pas pour rien. S’il entamait la conversation, en lui disant que lui, préfet de la République, avait un problème commun avec cet idiot, c’est qu’il y avait bien quelque chose. Il serait désagréable un peu plus tard, voilà tout.

– La joggeuse qui a disparu il y a deux semaines, Séverine Bonaud…

Le commandant Jarier marqua une pause, pensant être interrompu, il n’attendit pas trop longtemps. Il ne fallait pas lui laisser trop d’ouvertures. 

– Comme vous le savez sans doute, on a trouvé une trace de sang sur un arbre, à l’endroit où elle est montée dans le 4×4.

– Non, je l’ignorais. C’est le parquet qui suit ce genre d’affaires, je ne m’intéresse pas à ces histoires.

– Vous devriez, monsieur le préfet, L’ADN a été décodé, j’ai reçu cet après-midi les résultats, il s’agit d’un homme. Il est inconnu du FNAEG.1

– Et alors, en quoi cela me concerne ?

– Le technicien qui a traité le dossier m’a appelé, il y a une correspondance partielle, avec un ADN du fichier central.

– Ce qui signifie ? Arrêtez avec vos devinettes, je n’ai pas le temps.

– Il s’agit d’un lien direct, fils, frère ou père.

– Cela veut dire que vous avez décelé une relation avec un individu déjà fiché ?

– Oui, c’est bien cela, mais le technicien n’a pas le niveau de sécurité suffisant pour entrer dans la base.

– Et donc ?

PROLOGUE

Besançon 2010

Le commandant Jarier inspira. Il devait se calmer, retrouver le contrôle et composer son numéro. Il allait encore se prendre une réflexion cinglante, c’était certain.

– Allo ! Monsieur le préfet, c’est Jarier.

L’homme ne répondit pas de suite, il l’entendit soupirer, et ce n’était pas de l’admiration.

– Oui qu’y a-t-il ? Je vous ai dit de ne pas m’appeler, vous êtes con ou quoi ?

Le commandant se mit à bredouiller, c’était la première fois que le préfet Bergeron le traitait de con ! Imbécile, idiot, abruti, ça, il y avait eu droit, mais con, c’était inédit !

Le policier esquissa un sourire. Ce qu’il avait à lui dire était de nature à ébranler cet homme charismatique. Il allait se le prendre dans la gueule… Il savoura l’instant.

– Nous avons un problème.

Il s’en voulut immédiatement. Ce n’était pas la phrase qu’il avait préparée ! Il se mordit la lèvre. Il aurait dû lui dire : « VOUS avez un problème », mais, envahi par son mauvais stress, ce n’était pas ce qui était sorti ! Il apprécia tout de même l’effet. La réponse cinglante, habituelle, ne vint pas. Il avait marqué un tout petit point. Ce serait sa victoire temporaire, minuscule certes, mais face à lui, il savait se contenter de peu.

– Je vous écoute Commandant.

Ah ! Il lui donnait du commandant, maintenant !

Le haut fonctionnaire n’était pas né de la dernière pluie, si le flic lui téléphonait, ce n’était pas pour rien. S’il entamait la conversation, en lui disant que lui, préfet de la République, avait un problème commun avec cet idiot, c’est qu’il y avait bien quelque chose. Il serait désagréable un peu plus tard, voilà tout.

– La joggeuse qui a disparu il y a deux semaines, Séverine Bonaud…

Le commandant Jarier marqua une pause, pensant être interrompu, il n’attendit pas trop longtemps. Il ne fallait pas lui laisser trop d’ouvertures. 

– Comme vous le savez sans doute, on a trouvé une trace de sang sur un arbre, à l’endroit où elle est montée dans le 4×4.

– Non, je l’ignorais. C’est le parquet qui suit ce genre d’affaires, je ne m’intéresse pas à ces histoires.

– Vous devriez, monsieur le préfet, L’ADN a été décodé, j’ai reçu cet après-midi les résultats, il s’agit d’un homme. Il est inconnu du FNAEG.1

– Et alors, en quoi cela me concerne ?

– Le technicien qui a traité le dossier m’a appelé, il y a une correspondance partielle, avec un ADN du fichier central.

– Ce qui signifie ? Arrêtez avec vos devinettes, je n’ai pas le temps.

– Il s’agit d’un lien direct, fils, frère ou père.

– Cela veut dire que vous avez décelé une relation avec un individu déjà fiché ?

– Oui, c’est bien cela, mais le technicien n’a pas le niveau de sécurité suffisant pour entrer dans la base.

– Et donc ?

– Moi non plus, je n’ai pas l’accréditation. J’ai dû demander au commissaire divisionnaire Karpof, c’est lui qui m’a dit de vous appeler pour que vous soyez au courant.

– Où est le problème, bon sang ?

– Vous vous souvenez, lorsque les colis piégés étaient arrivés à la préfecture ? On avait prélevé l’ADN de tout le personnel préfectoral, pour pouvoir isoler l’empreinte génétique du terroriste ? C’est dans ce fichier que l’on a trouvé une correspondance.

– Vous voulez dire que l’auteur de l’enlèvement de cette bonne femme est parent avec un de mes employés ?

– C’est tout à fait ça, monsieur le préfet.

– Qui donc ?

– Euh, c’est un peu embarrassant, comme ça…

– Dépêchez-vous de balancer le morceau, triple idiot.

– Vous ! Monsieur le préfet.

L’homme ne dit rien. Jarier n’osait intervenir… Au bout d’un long moment, le haut fonctionnaire reprit la parole. Toute animosité avait disparu. Il se recentra sur l’essentiel, le seul sujet digne d’intérêt… lui !

– Écoutez-moi bien, Jarier, je n’ai plus que mon fils, et je suis sûr… non, je suis certain qu’il n’est pour rien dans cette affaire. Vous allez vous débrouiller comme vous voulez, mais vous me faites supprimer de votre foutu fichier. Je n’y suis pas et je n’y ai jamais été… Me suis-je bien fait comprendre ? 

– Mais, je ne sais pas si l’on peut le fai…

– Taisez-vous ! Je vous ai dit de trouver une solution. Vous dégotez un hacker, surtout choisissez en un bon, et tout est possible. Au besoin, faites vous aider par Karpof ! Ce n’est que de l’informatique, on peut tout faire. Les seuls freins sont le temps et l’argent, il se trouve que j’ai les deux. Vous m’avez compris ? Je ne suis pas… dans… ce… fi… chier !

 Martela-t-il, en détachant chaque syllabe, assénée comme autant de coups de masse dans le cortex de son subordonné. Avant que le flic n’ait eu le loisir d’ajouter quoi que ce soit, le préfet avait raccroché.

OSKAL
Été 2010, dans un bois proche de Besançon, une joggeuse disparaît. Elle ne sera jamais retrouvée et, étrangement, l’affaire sera vite classée.
2018, à proximité de Toulouse, une danseuse de cirque est découverte morte.
Pour le jeune capitaine Damien Sergent et ses coéquipiers, cette affaire a toutes les apparences d’un suicide… jusqu’à ce que certains éléments les conduisent à Besançon.
Sur place, certaines personnes ont tout intérêt à ce que le passé ne soit pas déterré…
Entre manipulation, influence et souvenirs douloureux, l’équipe de Damien Sergent évolue désormais en terrain hostile.

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malecturotheque.wordpress.com/2022/07/31/premieres-lignes-331/

PREMIÈRES LIGNE #120 : Un outrage mortel de Louise Penny

PREMIÈRES LIGNE #120

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Une enquête de l’inspecteur-chef Armand Gamache 

Un outrage mortel  de Louise Penny.

Quittant sa retraite de Three Pines, Armand Gamache accepte de reprendre du service à titre de commandant de l’école de police de la Sûreté. À cette occasion, on lui offre une curiosité : une carte centenaire découverte derrière un mur, dans la salle à manger du bistro du village. Il n’en faut pas plus pour mettre l’ex-enquêteur sur la piste d’un passé qu’il préférerait sans doute oublier. C’est alors qu’entrent en scène quatre étudiants de l’école de police et un professeur… retrouvé assassiné. Dans la table de nuit de la victime, une copie de la carte de Gamache fait peser de lourds soupçons sur ce dernier. D’autant que son comportement avec une recrue au profil inquiétant désarçonne tout le monde, y compris le fidèle Beauvoir.
Le commandant a ses secrets, mais les outrages du passé ne sont-ils pas plus dangereux lorsqu’on veut les occulter ? Avec Un outrage mortel, l’icône Louise Penny livre, selon The Washing- ton Post, son meilleur roman.

PREMIÈRES LIGNE #120 : Un outrage mortel de Louise Penny

1

Assis dans la petite pièce, Armand Gamache referma le dossier avec soin, appuya dessus comme pour y emprisonner les mots.

Il n’était pas très épais, ce dossier. À peine quelques pages. Semblable à tous ceux qui l’entouraient sur les lattes antiques du plancher de son bureau. Et pourtant, différent des autres.

Armand Gamache examina les vies ténues qui reposaient à ses pieds. Attendant qu’il décide de leur sort.

Il était là depuis un moment. À revoir les dossiers. À considérer les minuscules points collés dans le coin supérieur droit des onglets. Rouges pour les refus, verts pour les acceptations.

Ces points étaient l’œuvre de son prédécesseur, pas la sienne.

Armand posa le dossier par terre et se pencha vers l’avant dans son fauteuil confortable, les coudes sur les genoux. Ses grandes mains jointes, ses doigts entremêlés. Il se faisait l’effet de voyager à bord d’un vol transcontinental et de contempler les champs en contrebas. Certains fertiles, d’autres en jachère, mais riches de promesses. Et d’autres stériles. Une mince couche de terre arable masquant à peine le roc.

Mais comment les distinguer entre eux ?

Il avait lu et analysé chacun des dossiers, tenté d’aller au-delà des maigres informations qu’ils renfermaient. Il s’interrogeait sur ces vies, sur les décisions de son prédécesseur.

Pendant des années, des décennies, à titre de directeur de la section des homicides de la Sûreté du Québec, il avait eu pour tâche de creuser. De recueillir des preuves. D’interroger des faits, de se méfier des intuitions. D’user de son jugement, sans jamais juger.

Et voilà qu’il était à la fois juge et jury. Qu’il avait le premier et le dernier mot.

Et Armand Gamache s’aperçut, sans grande surprise, que ce rôle lui convenait. Lui plaisait même. Le pouvoir, bien sûr. Il avait l’honnêteté de l’admettre. Mais ce qu’il appréciait par-dessus tout, c’était la possibilité qu’il avait désormais de façonner l’avenir au lieu de simplement réagir au présent.

Et, à ses pieds, se déployait l’avenir.

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PREMIÈRES LIGNE #119 : Âmes animales, J.R. dos Santos

PREMIÈRES LIGNE #119

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

 Âmes animales, J.R. dos Santos

Le roi du thriller bien informé s’attaque au grand sujet du moment : l’intelligence animale.
Un corps est retrouvé flottant dans l’un des réservoirs de l’Oceanário de Lisbonne. Tous les indices convergent vers la culpabilité de Maria Flor, qui est arrêtée. Un seul homme peut l’aider : son mari, Tomás Noronha.
Pour prouver son innocence, Tomás doit trouver le véritable auteur du crime. Cela le conduit au projet secret de la victime – et aux mystères du tableau le plus ésotérique de Jérôme Bosch Le Jardin des délices. Au bout de la quête se cache l’un des plus merveilleux secrets de la Nature : l’intelligence, les émotions et la conscience des animaux.

Avec Âmes animales, le maître du polar scientifique est de retour avec une aventure qui pointe la bestialité des hommes et révèle l’intelligence animale. S’appuyant sur les dernières recherches scientifiques en éthologie, José Rodrigues dos Santos nous oblige à regarder la face la plus sombre de l’humanité.

PROLOGUE

Les yeux pâles d’Ana étaient si bleus qu’on aurait dit la planète en modèle réduit. La petite attendait dans la première file, les doigts de la main gauche enroulés dans ses mèches châtain clair, son autre main serrant le billet avec force comme si elle craignait que le vent ne l’emporte. Un immense tumulte l’entourait ; c’étaient ses camarades de classe qui s’agitaient, tout excités. Ils étaient partis de bonne heure de Leiria afin de rejoindre Lisbonne pour cette visite tant attendue, mais Ana restait à l’écart du chahut, le regard toujours rivé sur les portes closes devant elle, l’esprit en proie à un tourbillon d’émotions. Elle craignait ces portes, voulant tout à la fois qu’elles s’ouvrent et qu’elles ne s’ouvrent jamais, terrorisée et fascinée par ce qu’elle allait trouver derrière.

— Allons, les enfants ! Du calme, tonna la professeure Arlete en consultant sa montre. Il est dix heures moins deux minutes, ils vont ouvrir.

Les mots de l’enseignante avaient pour but de calmer les écoliers, mais ils eurent l’effet inverse. L’imminence de l’ouverture des portes accrut l’impatience des enfants et, aussi incroyable que cela puisse paraître, le brouhaha ne fit que s’intensifier. L’excitation était à son comble et finit par gagner Ana qui, s’efforçant pourtant de contenir le mélange de peur et de curiosité qui l’habitait, ne put se réfréner et se mit à sautiller.

— Les requins ? Maîtresse, les requins ?

— Du calme, du calme…

— Est-ce qu’ils vont nous manger, maîtresse ? Ils vont nous manger ?

— Allez, les enfants, on se calme !

— C’est vrai qu’il y a des poulpes géants ? Maîtresse, est-ce que les poulpes vont nous attraper et nous broyer ?

Ils assaillaient l’enseignante de questions, criant ou riant, ne tenant pas en place, et elle commença à se sentir exaspérée.

— Écoutez, ou vous vous calmez, ou…

Le vacarme devint tout d’un coup infernal et la professeure Arlete, sentant qu’il se passait quelque chose dans son dos, se retourna, vit la porte s’ouvrir et deux employés s’installer de chaque côté pour contrôler les billets. Cela suffit pour que les enfants se mettent à courir et se déversent dans le bâtiment tel un tsunami.

Comme ses camarades, Ana avait déjà vu à la télévision ou sur Internet des images de la grande structure emblématique de la partie est de la capitale, mais rien ne l’avait préparée à ce qu’elle vit. L’Oceanário de Lisbonne était l’un des aquariums marins les plus grands et les plus modernes au monde, et sa splendeur le rendait presque intimidant lorsque, plongeant dans le couloir, on débouchait sur un immense hall entouré d’une gigantesque baie vitrée.

L’aquarium principal.

C’était comme si vous entriez dans une ville noyée au fond de l’océan, entourée de tous les animaux étranges que celui-ci peut contenir. Des poissons

e toutes les couleurs et de toutes les formes se détachaient derrière le grand vitrage, certains solitaires et d’autres en banc, certains gigantesques comme les thons, d’autres minuscules comme les poissons-clowns, ou encore étranges tels les poissons-lunes, mais aussi des raies manta et des tortues, des poulpes avec leurs tentacules ondulantes, des algues dansant dans les profondeurs entre des anémones jaunes et des coraux multicolores. Pourtant, le plus impressionnant au milieu de ce monde bleu et étrangement silencieux, c’étaient les figures minces et menaçantes qui zigzaguaient au cœur de cette vaste masse d’eau, prédateurs chassant leurs proies, véritables assassins des profondeurs.

— Les requins ! hurlèrent presque à l’unisson les enfants dès qu’ils firent face à cette vision aux dimensions gigantesques. Oh la la ! Regardez les requins !

C’étaient justement les requins qui, de tous les animaux marins, effrayaient le plus Ana. En les voyant si près face à elle, à peine séparés par une baie vitrée qui, en plus, lui paraissait fragile, la petite fille fut prise de panique et se mit à courir. Elle voulait faire demi-tour et ressortir par où elle venait d’entrer, mais le flot de ses camarades de classe qui continuaient de se précipiter dans l’Oceanário l’obligea à prendre des passages sur le côté ; elle franchit une porte et courut le long des couloirs, s’enfonçant dans le bâtiment, l’aquarium central toujours tout autour d’elle, comme si les requins la pourchassaient. Ana accéléra encore ; tout ce qu’elle voulait, c’était sortir de là, partir le plus vite possible, fuir ce lieu de cauchemar et échapper aux horribles monstres marins qui menaçaient de traverser la baie vitrée pour l’engloutir, comme elle les avait vus dévorer tant de gens dans les films qui l’empêchaient de dormir.

Elle déboucha sur un bassin secondaire, visiblement bien séparé de l’aquarium principal ; elle sentit qu’elle était enfin hors de danger et qu’elle pouvait s’arrêter de courir. L’endroit où elle avait trouvé refuge était isolé ; aucun risque de voir arriver les requins. Elle s’adossa à la balustrade, essoufflée, les yeux rivés au sol et les poumons en feu, se remettant de sa frayeur et de sa course. Maudits requins ! Ici, au moins, elle en était libérée. Elle respira profondément, soulagée, et, retrouvant son calme, leva la tête. Elle était seule. Elle entendait les cris de ses camarades de classe, mais leurs voix étaient distantes, perdues quelque part au loin. Elle se força à reprendre sa respiration et, enfin rassurée, regarda autour d’elle.

(…)

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PREMIÈRES LIGNE #118 : Les mécaniques du crime, Sylvain Larue

PREMIÈRES LIGNE #118

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Les mécaniques du crime, Sylvain Larue

Prologue
De la jeunesse de l’Amour
et de ses faits les moins probes

Ayant repoussé les draps d’un geste doux, il sortit du lit sans faire un bruit. Il n’avait plus sommeil, et le peu de lumière filtrant à travers les jalousies des volets aurait suffi à l’empêcher de se rendormir. Il savait que le jour venait tout juste de se lever, l’heure exacte importait peu. Debout dans la ruelle, il attendit que ses yeux s’habituent à la pénombre. Enfin, il put la contempler. Étendue sur le ventre, ses longs cheveux masquant à moitié son visage, Patrizia dormait profondément, les paupières agitées de légers frémissements qui semblaient indiquer qu’elle se trouvait au beau milieu d’un rêve. Il se demandait souvent où son esprit vagabondait durant les heures noires, mais elle semblait ne jamais se remémorer ses songes sitôt levée. À part sa tête et sa main gauche, tout le reste de son corps demeurait caché sous les épaisseurs de draps et de couverture. Il n’avait aucun besoin de se forcer pour imaginer ce qui lui était dissimulé. Il en connaissait la moindre courbe. En pensant à ses formes nues, il ressentit aussitôt un vif désir et songea un instant à l’éveiller pour le lui faire partager. Il repoussa vite cette envie. Elle dormait trop bien, et il avait à faire. Il serait toujours temps, à un moment ou à un autre de la journée, de rattraper cette occasion manquée.

À tâtons, il saisit son pantalon et l’enfila, avant de faire de même avec une chemise propre qu’il avait posée, la veille, sur le dossier d’une vieille chaise. Il quitta la chambre sans craindre le contact de la brique au sol avec la plante de ses pieds nus. Jamais il ne tombait malade. Jamais il n’avait eu à souffrir du moindre coryza, et désormais habitué à l’air pur et salutaire des sommets, il ne craignait pas même les températures les moins chaleureuses. Patrizia, pourtant née dans ces alpestres hauteurs, ne supportait pas le froid aussi bien que lui. Alors tous les soirs, une hache à la main, dans le bûcher attenant à la maison, il fendait du bois pour alimenter les cheminées de leur demeure, un exercice qui, il devait l’admettre, lui faisait beaucoup de bien. Quand il rapportait les lourdes bûches dans la cuisine, elle le regardait avec un sourire radieux qui le touchait au plus profond de son cœur. La dernière pièce de bois rangée, elle s’approchait, effleurait de la paume les muscles de sa poitrine, puis ses bras que l’effort récent rendait durs comme l’acier, avant de l’embrasser avec voracité. Presque immanquablement, il la soulevait de terre sans difficulté et l’asseyait sur la table pour la prendre. La frénésie de leurs sens comblés­ les laissait haletants mais ravis, d’autant qu’il faisait de son mieux pour ne jamais exulter trop tôt, ou du moins pas avant elle. C’était à la fois une façon de lui prouver son amour, mais aussi une satisfaction virile et égoïste de l’entendre atteindre l’extase à grands cris avant de se libérer à son tour… Il ne lui disait pas ce détail. Même dans une histoire aussi fusionnelle que la leur, certaines choses se devaient de rester tues.

Il n’avait pas faim, mais dans la cuisine il vida en quelques gorgées une chope de bière avant de descendre à la cave. Nul visiteur n’aurait pu voir ce qu’il y faisait, la maison étant bien isolée ; de toute façon, il ne fréquentait guère les habitants du patelin, mais il préférait travailler sous terre, à la lueur plus ou moins faible de quelques chandelles, voilà tout. Le bougeoir de la cheminée dans la main gauche, il fit jouer la trappe de bois de la droite et descendit sans se précipiter les marches raides de l’échelle qui le conduisait au sous-sol. Avant de refermer derrière lui, il se servit de la flamme pour allumer une à une les bougies des cinq lanternes disposées aux murs dans la petite salle. Il en avait fait provision assez récemment, en assommant la bonne d’un curé lors d’un de ses derniers voyages. Il était parvenu à rentrer dans le presbytère en l’absence de tout témoin, et il avait frappé d’une redoutable manchette à la nuque la vieille domestique qui faisait mijoter une soupe, la retenant serrée contre lui pour éviter qu’elle ne s’effondre au sol avec un trop grand fracas. Avant de s’enfuir avec son butin, il avait constaté que la femme n’était pas morte, juste inconsciente, et il s’en était félicité : un meurtre était toujours synonyme d’enquête poussée, bien davantage qu’une simple agression perpétrée à mains nues. Il était reparti de là avec une cargaison importante : une caisse contenant cinq cents bougies de cire blanche, d’excellente facture, et qui sentaient fort bon en flambant. Il n’avait pas toujours eu cette chance – la qualité de ses larcins en matière de luminaire variait souvent. Un jour, dans une chapelle pourtant cossue d’Autriche, il avait dérobé des bougies qui, une fois enflammées, dégageaient une odeur de charogne de porc infecte. Il avait dû se débarrasser d’elles en les jetant, de nuit, sur le talus d’un chemin de forêt où les sangliers pullulaient. Pendant plusieurs minutes, à l’abri dans sa charrette, fusil en main même s’il était hors d’atteinte des bêtes, il s’était amusé du spectacle cannibale des laies, des ragots et des marcassins, attirés par l’aubaine, en train de dévorer les puants morceaux de suif.

La pièce devint rapidement lumineuse et claire. C’était de loin l’endroit dont il raffolait le plus, si on omettait la chambre à coucher où dormait sa bien-aimée. C’était, en tout cas, le lieu qu’il avait aménagé à sa convenance, où il pouvait s’adonner à tous ses talents d’artisan, et il n’en manquait pas. À chaque mur son rôle : l’établi du ponant recelait les rouages et autres mécanismes, celui du levant les éléments d’ébénisterie, le sud servait de bibliothèque, pauvre en nombre de livres, riche en connaissances. Au nord se trouvait une armoire solitaire, en bois de chêne clair, fermant à clé. C’était la partie la plus secrète de l’atelier. La plus dangereuse aussi. Par superstition, chaque fois qu’il devait l’ouvrir, il touchait du bout de l’index le sein de la déesse Fortune gravée sur la paroi de la porte du meuble. La surface du mamelon s’en trouvait désormais nettement polie, détail qui n’avait pas échappé à Patrizia, qui lui en faisait régulièrement de tendres commentaires moqueurs.

– Je me demande vraiment si c’est pour favoriser la chance, ou juste parce que tu es un vilain pervers qui adore les tétons des femmes.

Il se contentait de sourire sans la détromper, car les deux faits relevaient de la plus stricte vérité, et il ne voyait nulle raison de s’en excuser.

Sa crainte était fondée, cependant, partant du principe qu’il vaut mieux prévenir que guérir. En effet, l’armoire servait à l’entrepôt de produits chimiques. Certains étaient d’une parfaite innocuité pris de façon séparée. Les associer les rendait redoutables. Ainsi, chaque partie était soigneusement délimitée et isolée, histoire d’empêcher toute miscibilité indésirable.

Il n’était pas l’heure d’y toucher. Pour l’instant, seul comptait le mécanisme. D’un tiroir, il sortit un assortiment de minuscules tournevis qui, entre ses mains puissantes, paraissaient plus petits encore, mais qu’il maniait avec la précision d’un spécialiste… ce qu’il était.

Quand il était enfant, à Plzen, il avait grandi dans l’atelier d’horlogerie de son père Libor, destiné comme fils aîné à prendre sa suite, et il fallait l’admettre, il avait la patience et le talent pour cela. Observateur, adroit, à sept ans, il était parvenu à réparer les rouages d’une montre hors d’usage deux fois plus vite que son père, lequel en avait conçu une vive fierté. Le seul gros défaut du garçonnet était son absolue désobéissance : il ne suivait que sa propre volonté, et tant mieux si cela coïncidait avec celle de ses parents. Toutes les règles, il les enfreignait, se riant des punitions, des gifles et autres menaces. Il n’était pas un délinquant pour autant, il n’en ressentait pas le besoin. C’était une chance. Sa rétivité envers les lois l’aurait conduit plus d’une fois en prison, tout enfant qu’il était…

Ce n’était, hélas, que partie remise.

PREMIÈRES LIGNE #117 : Cinabre, Nicolas Druart

PREMIÈRES LIGNE #117

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes. (ou parfois le lundi)

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Cinabre, Nicolas Druart

Prologue

Son hilarité résonnait en cascade dans le boyau de velours bordeaux. La bouche grande ouverte, expulsant les gémissements de l’aliénation, l’homme en robe de chambre titubait le long d’un dédale de couloirs sombres, illuminés par des lanternes suspendues au plafond, qui répandaient des cônes rougeâtres sur les formes géométriques de la moquette. L’éclairage tamisé fluctuait par endroits, était absent à d’autres, immergeant des zones entières du corridor dans une pénombre angoissante. Les lieux étaient déserts, les portes des chambres qui jalonnaient l’étage, fermées, silencieuses. Abandonnées. En proie à un fou rire incontrôlable, l’homme avançait plié en deux, la main en appui contre le revêtement molletonné des murs grenat.

Des larmes affluèrent – de joie ou de désespoir, il l’ignorait. Voûté comme si une chape de folie enserrait ses épaules, il chancelait dans l’obscurité, tel un marin ivre sur le pont d’un bateau pris dans la tempête.

Le sol tanguait ; les parois s’éloignaient, se rapprochaient. Désorienté, l’homme ferma les yeux. Les rouvrit. Tout était flou dans son esprit. Sa vision brouillée distordait les motifs qui ornaient les murs et la moquette : les losanges s’arrondissaient, les lignes ondulaient. Le couloir dans sa totalité semblait se contracter, se relâcher, tel un appendice moquetté qui respirait.

La ceinture du peignoir dénouée et les attributs valdinguant allègrement, il tourna à l’angle du corridor dans le plus simple appareil, puis déboucha dans un nouvel étau de velours. Il s’immobilisa un instant, sidéré, avant de glousser de plus belle.

Chambre 802.

Il était revenu à son point de départ. Il avait marché pendant une durée indéterminée sans croiser une seule sortie de secours ni la moindre cage d’escalier, pas même les ascenseurs qui l’avaient élevé jusqu’à ce niveau vertigineux. L’architecte de cet établissement labyrinthique était assurément un fou. Ou un génie. Les murs bougeaient, l’homme au peignoir en était désormais persuadé. Et ils murmuraient, aussi. Il pouvait les entendre, tel un sifflement étouffé qui bourdonnait dans ses tympans.

L’hôtel était vivant.

Il se dirigea vers la porte de sa chambre, restée ouverte. Entra dans la salle de bains en se cognant au mobilier. Se posta devant le grand miroir encastré dans le carrelage mural.

Une ombre se tenait à la place de son reflet, silhouette oblongue, ténébreuse, drapée dans une ample tenue noire flottante. Effaré, il la contempla quelques secondes avant que le bras de celle-ci traverse la glace. Elle lui tendit un couteau. Alors qu’il s’en saisissait, il s’assit sur le rebord de la baignoire en souriant plus largement encore. À trop s’esclaffer, ses abdominaux et les muscles de son visage le faisaient souffrir.

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PREMIÈRES LIGNE #116 : L’habit ne fait pas le moine, Margot et Jean Le Moal

PREMIÈRES LIGNE #116

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Le livre en cause

Bretzel et Beurre Salé – Tome 3 : L’Habit ne fait pas le moine

Margot et Jean Le Moal

1.

Un si joli panorama

Mercredi 3 septembre

Les nuages du début de journée s’étaient évaporés et le soleil dardait ses rayons sur la côte. En ce début de mois de septembre, le beau temps faisait de la résistance, à la grande joie des touristes qui avaient attendu la fin des congés d’été pour profiter tranquillement de ce petit bout de paradis finistérien. Sur les plages, les adeptes de la bronzette utile pouvaient enfin dévorer leur roman sans craindre l’apparition soudaine d’un ballon ou d’un frisbee, suivie d’un « Scusez-moi ! » dans les meilleurs cas ou d’un « Vous pouvez m’le renvoyer ? » nettement plus agaçant.

Si les amateurs de paddle, planche à voile ou kitesurf avaient vu leurs rangs diminuer, la campagne et les landes envoûtaient les nouveaux vacanciers. Les longues promenades en bord de mer sur le GR34, célèbre sentier des douaniers, ravissaient les yeux et remplissaient les poumons de ce fameux bon air iodé qui aiderait à mieux passer l’hiver. Découvrir au détour d’un petit chemin un de ces mégalithes érigés sept mille ans plus tôt offrait un côté excitant aux balades plus forestières. Menhirs, dolmens et cairns entretenaient toujours mystères et fantasmes.

Les bars et les restaurants continuaient à afficher complet, les souvenirs à se vendre aussi facilement qu’un pangolin au marché de Wuhan, et le beurre à se baratter pour la confection des kouign-amanns, des sablés et de tout plat digne de ce nom. Les mouettes, elles, planaient au-dessus de cette agitation saisonnière et voyaient défiler les mois sans l’angoisse de la rentrée : la nature leur fournirait toujours de quoi se nourrir. Seuls quelques goélands plus audacieux regrettaient les cornets de frites dans lesquels ils ne pourraient plus plonger en piqué au grand dam de leur propriétaire. Bref, ceux qui savaient saisir les bons moments de la vie appréciaient ces jours de repos à Locmaria.

À deux kilomètres de la côte, un promontoire offrait un panorama splendide sur l’océan qui scintillait sous les rayons du soleil. Immobile au milieu des arbustes et autres herbes folles desséchées par la chaleur estivale, un homme fixait la mer, la mine réjouie. Puis il scruta une nouvelle fois le terrain en friche qu’il venait d’arpenter. Certes il y avait ces quelques cailloux qu’il faudrait retirer, mais il avait déjà négocié avec un entrepreneur qui n’en ferait qu’une bouchée.

Tout promeneur y aurait vu les ruines d’anciens édifices religieux : des murs affaissés dont les pierres taillées avaient roulé sur le sol, des arches gothiques lézardées que le vent et la pluie n’avaient pas encore totalement mises à terre. Étonnamment, comme épargnée par le destin, une chapelle tenait presque debout, laissant la lumière l’éclairer à travers sa toiture, effondrée depuis longtemps. Il s’agissait des restes de l’abbaye de Locmaria, abandonnée depuis le XVIIIe siècle. Si nombre d’abbayes avaient été restaurées, celle-ci n’avait pas eu cette chance et avait perdu de sa gloire passée. Aucun mécène, public ou privé, n’avait jugé nécessaire de réhabiliter le monastère et son église. La Bretagne en possédait de nombreuses, et la renommée de l’abbaye de Locmaria était maintenant à des années-lumière de celles de Beauport ou de Landévennec. Cependant, le visiteur romantique aimait y flâner le soir, quand les rayons du soleil couchant nimbaient de leurs derniers feux les pierres qui s’élevaient vers le ciel en une prière muette.

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PREMIÈRES LIGNE #115 : Les sarments d’Hippocrate, Sylvie M. Jema

PREMIÈRES LIGNE #115

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Le livre en cause

Les sarments d’Hippocrate, Sylvie M. Jema

1

COMPTE BIEN LES JOURS, ORDURE : TA FIN EST PROCHE… TOUT FINIT TOUJOURS PAR SE PAYER.

Mêmes lettres découpées collées avec soin sur un papier bistre un peu gaufré… Même enveloppe grise avec l’adresse tapée à la machine… Même ton… Mêmes menaces… Le professeur Desseauve froissa d’un geste rageur lettre et enveloppe, et jeta le tout violemment au fond du tiroir où s’entassaient déjà les autres courriers similaires qui arrivaient avec une régularité de métronome, un jour sur deux, depuis bientôt deux mois. Assis à son bureau, il passa une main lasse dans sa chevelure blonde que l’âge n’avait pas dégarnie et poussa un profond soupir. Pour la millième fois au moins, il pensa à l’auteur de ces lettres anonymes… Il n’était pas inquiet, simplement agacé par cette ponctualité maniaque et la lâcheté du procédé. De quel côté chercher ce mystérieux correspondant ?…

À cinquante-sept ans, patron du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital, directeur de l’école de sages-femmes, adjoint au maire, membre du Conseil de l’Ordre des médecins et de plusieurs autres instances professionnelles ou honorifiques, il savait que, grande figure locale, sa réussite lui avait apporté nombre d’opposants et d’ennemis. Fallait-il chercher parmi eux ?… Ou bien se tourner du côté « vie privée » ?… Il haussa les épaules : non… Bien sûr, il avait des aventures épisodiques… Jamais assez longues pour que d’éventuels maris jaloux aient le temps d’en prendre ombrage… Suffisamment répétées et discrètes pour que Geneviève, sa femme, en vingt-cinq ans de mariage, s’y soit habituée…

Il eut un nouveau soupir. En fait, cette histoire l’irritait au plus haut point. Il lui semblait avoir entendu dire qu’une des internes du service avait un membre de sa famille inspecteur de police. Il faudrait voir ça… Il resta songeur un instant, puis, refermant d’un coup sec le tiroir aux lettres, se leva et, essayant de vider son esprit de toute pensée importune, partit faire la visite dans l’unité de gynécologie.

L’unité de gynécologie était le secteur le plus éloigné du bureau du professeur Desseauve. Arpentant les couloirs d’une démarche lente et posée, héritée de ses ancêtres paysans, les mains croisées derrière le dos en un geste habituel et machinal, Desseauve répondait, sans y prêter attention, aux bonjours respectueux qu’on lui adressait au passage. Les odeurs si caractéristiques, les mille bruits du fonctionnement quotidien du service, le ballet incessant des blouses blanches ou roses dans les couloirs le rassuraient : ici était son domaine ; ici il était à sa place, chez lui…

Un sourire de fierté éclaira brièvement son visage – laissant muettes de surprise, devant ce qu’elles prenaient pour un signe inhabituel d’amabilité, les deux sages-femmes qui venaient de le saluer. Il y en avait eu, du chemin parcouru, depuis son enfance rude dans ce petit village de Creuse où ses parents étaient agriculteurs, en passant par ses études à Paris, jusqu’à ce poste de chef de service dans un hôpital d’une grande ville normande ! Du chemin parcouru, beaucoup de travail, des épreuves surmontées et de gros sacrifices… Il fronça les sourcils, en proie à quelque souvenir désagréable et, tout aussi soudainement, esquissa un discret sourire de contentement : ses enfants – ses « sarments », comme il se plaisait à les appeler –, partis avec de meilleures armes que lui, iraient plus loin encore ! Surtout Clara, la première de ses filles, qui avait brillamment réussi son concours de première année de médecine et entamait, à dix-neuf ans, la suite de ses études avec enthousiasme et détermination…

Penser à la préférée parmi ses enfants l’avait remis de bonne humeur et c’est presque avec cordialité qu’il salua la surveillante de gynécologie :

– Bonjour, madame Cavelier, sommes-nous prêts pour la visite ?

– Bonjour, monsieur. Absolument : nous vous attendions.

Le rituel était immuable : si, dans chaque unité, les internes et les chefs de clinique assuraient une visite et une contre-visite quotidiennes, la Visite – avec un grand V –, celle réalisée par le grand patron, ou par son adjoint, le professeur Buissonnet, entouré de l’habituel aréopage au grand complet, se déroulait le matin à 10 heures. Pour sa part, le professeur Desseauve passait le mardi en gynécologie et le jeudi en « suites de couches », les visites du mercredi à l’unité « césariennes » et du vendredi au « SIG » – surveillance intensive de grossesse – étant assurées par son adjoint.

Aussi, ce mardi matin, le bureau des infirmières et le couloir de gynécologie étaient-ils remplis de ceux qui souhaitaient ou qui devaient suivre la Visite. Cyprien Desseauve jeta un rapide coup d’œil circulaire, notant avec satisfaction que nul ne manquait à l’appel. Entourant le chariot qui contenait les dossiers des hospitalisées, il y avait là : Marthe Cavelier, l’infirmière surveillante du service – grande femme brune, mince, le port élégant, d’une humanité sans faille et d’un professionnalisme rigoureux –, Marc Tobati – jeune chef de clinique prometteur, à la sulfureuse réputation de Don Juan –, Cécile Brandoni, l’interne – ses courts cheveux roux et ses grands yeux verts faisaient caresser à Desseauve l’idée de remplacer Bénédicte, sa maîtresse actuelle –, les cinq externes en stage dans l’unité – dont les visages, aussi pâles que leurs blouses, disaient assez leur peur d’avoir à répondre aux questions du patron en cours de visite –, les trois infirmières de service ce matin, deux élèves infirmières et trois stagiaires de troisième année de médecine. Au bas mot, seize personnes qui, suivant le chef de service et le chariot – avec autant de déférence et d’appréhension que s’il se fût agi d’une statue de la Vierge –, allaient processionner, avec lenteur, à petits pas, de chambre en chambre, d’un bout à l’autre du couloir…

La visite s’ébranla, en bon ordre hiérarchique, et la procession s’arrêta à la première station. Extirpant un dossier du fond du chariot, la surveillante le tendit à Desseauve, puis, son cahier bien en main, prête à recueillir la moindre des précieuses consignes qui tomberaient des lèvres du patron, elle attendit sans impatience qu’il prenne la parole.

– Quel est l’externe qui s’occupe de cette patiente ?

– C’est moi, monsieur.

Une jeune brunette s’avança gauchement, ne sachant trop quelle contenance adopter.

– Très bien… Voyons votre observation, mademoiselle… ?

– Fontaine, monsieur. Laurence Fontaine.

Desseauve ouvrit le dossier qu’il avait en main, en sortit l’observation qu’il parcourut d’un œil critique. Une observation bien faite, visant à apprendre la « démarche médicale » à son rédacteur, devait comporter un interrogatoire précis (sur les antécédents familiaux et personnels, et tous les événements médicaux, chirurgicaux, survenus jusqu’à ce jour), une « histoire de la maladie » qui avait conduit la patiente jusqu’ici, le compte rendu de l’examen clinique qui avait été fait avec rigueur et méthode, et une conclusion diagnostique avec une éventuelle proposition thérapeutique. Cyprien Desseauve releva les yeux et fixa l’externe sans aménité.

– Dites-moi, mademoiselle Fontaine, êtes-vous adepte des digests ?

Le visage de Laurence Fontaine passa du blanc au rouge, puis du rouge au blanc avec une surprenante vivacité.

– Des digests, monsieur ?

– Des résumés, si vous préférez : votre observation est incomplète, bâclée, mal écrite. Si vous faites médecine dans la perspective d’une profession et pas simplement pour vous caser avec un bon parti, vous avez du pain sur la planche !

Joignant le geste à la parole, il déchira théâtralement l’observation, la laissa tomber à terre avec mépris et conclut :

– Vous êtes dispensée de visite, mademoiselle. Occupez donc ce temps à faire une observation digne de ce nom que vous viendrez me présenter ensuite.

Laissant Laurence Fontaine livide et pétrifiée, la procession s’engouffra dans la chambre, en ressortit quelques minutes plus tard et se dirigea vers la deuxième station où le rituel se répéta :

– Quel est l’externe qui s’occupe de cette patiente ?

– Aucun, monsieur. Ils n’ont pas eu le temps. Cette patiente a été opérée cette nuit en urgence. J’ai fait moi-même l’observation.

Le professeur Desseauve fixa Cécile Brandoni, qui venait de parler tranquillement.

– Croyez-vous que ce soit un service à leur rendre, Brandoni ?

– Non, monsieur, bien sûr. Mais il fallait que l’observation soit faite pour ce matin… et Tobati était d’accord.

Cyprien Desseauve eut le temps de noter le bref regard de complicité échangé par l’interne et le chef de clinique. Il en ressentit un curieux déplaisir : ce jeune coq n’allait tout de même pas chasser sur des terres qu’il s’était implicitement réservées !

– L’avis de M. Tobati m’indiffère, mademoiselle Brandoni, laissa-t-il tomber froidement, et votre travail ne consiste pas à faire ce que les externes n’ont pas fait.

Cécile Brandoni le regarda avec calme.

– Rédiger cette observation n’a en rien gêné mon travail, monsieur. Quant aux externes, ils ont des semaines devant eux pour en faire d’autres… Je ne pense pas que ce soit bien grave.

Cette fille ne manquait pas de cran. Son insolence renforça l’attrait que ressentait Desseauve. Ce fut toutefois d’un ton sec qu’il répliqua :

– C’est à moi d’en juger, Brandoni, veuillez vous en souvenir.

Tournant les talons, le patron entra dans la chambre, suivi du groupe des assistants.

À la troisième chambre, le déroulement se modifia : la patiente hospitalisée était une patiente « privée » de Desseauve, et seuls ce dernier, la surveillante et le chef entrèrent.

– Bonjour, madame Chichemont ! Comment va, ce matin ?

– Pas trop fort, docteur… Quand enlève-t-on tout ça ?

Elle désigna du menton la perfusion qui s’écoulait lentement jusqu’à son bras gauche.

– Demain, si tout va bien.

– Et puis… je me sens toute drôle… Toute vide, là, sans mon utérus… C’est tout léger…

– Allons, allons, madame Chichemont ! Vous n’allez pas vous envoler !… Et puis, à votre âge, il ne vous servait plus à grand-chose, cet utérus, hein ?… Allez, vous verrez, ça sera beaucoup mieux comme ça !…

Et la visite se poursuivit, dans le plus strict respect du rituel, jusqu’à la chambre numéro 20, après laquelle les participants s’égaillèrent avec un réel soulagement. Cécile envisageait, elle aussi, d’aller faire une petite pause bien méritée lorsque la voix du patron l’arrêta :

– Brandoni, je vous attends dans mon bureau en fin de matinée.

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PREMIÈRES LIGNE #114 ; Bestial, Anouk Shutterberg

PREMIÈRES LIGNE #114

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Le livre en cause

Bestial, Anouk Shutterberg

1

Achères-la-forêt (77)
22 février 2017

Suite in B-Flat Major, HWV 434 : IV Menuet, Haendel Interprétation Khatia Buniatishvili

Il paraît qu’il faut se lever, se laver, sortir du lit tous les jours, reprendre forme humaine. Avoir l’air… L’air de quoi, en fait ? Et pour quoi faire… ?

Pourtant, ce matin, elle a réussi à se lever et s’est réfugiée dans la salle de bains. Sonnée, après une nuit sans fin, elle s’est traînée. Mécaniquement. Puis, comme tous les autres jours, elle s’est saisie de son rasoir et s’est scarifiée légèrement juste au-dessus du genou. Cela passera inaperçu, au cas où, si tant est que sa détresse puisse encore émouvoir les quelques humains qui sont restés à ses côtés… Cette pensée la ferait presque sourire.

Le miroir lui renvoie un visage qu’elle a peine à reconnaître. En dix ans, les sillons se sont creusés, ses lèvres autrefois pulpeuses ont perdu de leur jus. L’absence de sourire, depuis des lustres, a amplifié l’effet de pesanteur aux contours de sa bouche. Un masque de tristesse figé.

Ses yeux sont encore gonflés et rougis d’avoir trop pleuré cette nuit, et, de toute façon, plus personne n’est là pour la prendre dans ses bras et la consoler. Vincent, son mari, a depuis longtemps déserté l’ambiance mortifère qui s’est abattue sur sa famille. Il y a cinq ans, il a jeté l’éponge, fuyant cette dépression qui a happé sa femme dans une non-zone teintée de gris où le soleil s’est définitivement éclipsé.

Soutenue par ce lavabo désuet qui fige le décor de cette salle de bains surannée, Stéphanie avale ses comprimés un par un. Pendant des années, elle a confié son chagrin à l’alcool. Elle s’envoyait des doses de whisky et de vodka dans les veines à peine passé 10 heures du matin.

Puis, miracle. Bancal et maladroit, son couple s’est ressoudé.

Vincent a fait acte de présence, l’a soutenue et rassurée. Il est redevenu le compagnon, l’ami, l’amant qu’elle avait connu dans sa jeunesse. Il l’a raisonnée, prise en main. L’alcool avait alors quitté la scène au profit d’autres couleurs. Du rose, du bleu, du blanc, des cachets multicolores et de toutes formes.

Il fallait qu’elle aille mieux, qu’elle se détende. Enfin, faire le deuil de la perte de cet enfant, bon sang ! Qu’elle digère cette absence et qu’elle surmonte ce vide abyssal qui l’anéantissait.

Le docteur Lefèvre a été très clair. Dépression profonde. De celles que seuls des antidépresseurs et des anxiolytiques puissants pourraient éventuellement vaincre. Sinon, le dernier recours, c’était l’hôpital psychiatrique, et ce serait sans appel. Le médecin a tenté de conclure sur une note plus rassurante. « Vous vous en sortirez avec ce cocktail médicamenteux. Ensuite, quand vous irez mieux, on réduira les pilules, tranquillement, en douceur. »

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PREMIÈRES LIGNE #113 : Juillet noir, Amélie de Lima

PREMIÈRES LIGNE #113

Bonjour, ravie de vous retrouver pour un nouveau rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque.

Le concept est très simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.

Je poursuis aujourd’hui avec vous ce nouveau rendez-vous hebdomadaire !

Et merci à Aurélia pour ce challenge.

Le livre en cause

Juillet noir, Amélie de Lima

Prologue

Juillet 1979.

L’homme lui assénait de violents coups de reins, une main gantée sur sa bouche et l’autre enfoncée dans sa taille. La victime ne réagissait pas : face plaquée contre la paroi en PVC, yeux grands ouverts, bras ballants. Son corps s’agitait d’avant en arrière, dans un rythme impétueux que seul son bourreau maîtrisait.

Poupée de chiffon.

Elle sentait le souffle chaud de son agresseur dans sa nuque et, chaque fois qu’il lui empoignait les cheveux pour coller sa peau moite contre la sienne, un haut-le-cœur s’emparait d’elle.

Il sentait la transpiration, mêlée à une odeur désagréable d’eau de toilette bon marché et de tabac froid qui émanait de ses gants.

Au bout de quelques minutes, une éternité, l’homme termina sa besogne en silence ; la relâcha. Elle tomba de tout son poids sur le sol encrassé. Ses muscles, son cerveau, son corps tout entier ne lui répondaient plus. Elle était là, allongée sur le sol poisseux en position fœtale, comme si elle attendait quelque chose ou au contraire, qu’elle n’attendait plus rien.

La sentence.

L’achèvement incertain.

Elle ferma les yeux pour ne rien voir, pour éviter l’horreur qui se profilait. Parce qu’elle le savait, cet inconnu détenait à lui seul le pouvoir sur sa mort, sa vie.

Elle sentit un violent coup de pied dans ses côtes mais ne bougea pas. Ne cria pas.

À quatre pattes, elle ouvrit les yeux, les roula discrètement vers le haut.

Elle n’opposa aucune résistance lorsqu’il l’agrippa par les cheveux une nouvelle fois et qu’il enfonça sa tête dans la latrine souillée. Quelques secondes, le temps d’imprégner sa figure et ses cheveux d’excréments. Et il la relâcha dans la foulée.

Il cracha au ras de son visage. Puis il s’éclipsa, laissant la porte ouverte derrière lui.

Plaie béante dans sa chair de poupée.

Un silence complet envahit les lieux ; et l’obscurité.

La femme aux cheveux blondsattendit sans bouger, mit un temps fou avant de réagir. Avant de se rendre compte que son agresseur était bel et bien parti et qu’il l’avait laissée en vie.

Sauveur factice.

Elle s’agenouilla sur le carrelage et chercha sa lampe torche à tâtons. Elle la ralluma.

Puis elle se releva avec difficulté, s’appuyant contre les parois pour se hisser. Retrouver un semblant de dignité. Elle gémit de douleur, mais elle ne pleura pas. Aucun son ne sortait de sa bouche grande ouverte, inerte, où la peur grouillait toujours.

Une pression insidieuse s’accrocha sur son cœur et dans ses poumons, l’air lui manqua subitement. L’angoisse la submergeait.

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