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Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : Simon François

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mercredi 7 novembre 2018

L’interview de la semaine : Simon François

Simon François.

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

Aujourd’hui l’interview de Simon François

1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Je n’ai jamais eu l’occasion de participer à un salon en tant qu’auteur, mais je ne pense pas que ça me ferait péter les plombs ! Enfin, j’espère…
Pour ce qui est de mes personnages, je me glisse dans leur tête uniquement quand j’écris les dialogues. Quant au reste, leurs histoires personnelles, leurs façons de se mouvoir ou d’agir, je me contente de les regarder vivre. Je les mets dans le décor que j’ai créé, les observe en train d’interagir avec. Quand tout ça m’apparaît clairement, j’écris la scène.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Mon ordinateur portable me souffle le chiffre 23. Mais bon, pour ce que j’accorde comme crédit aux machines.
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Il y en a beaucoup ! Je rêverais d’aller pêcher la truite avec le vieux Sunderson, de Jim Harrison, ou encore de parler psychanalyse avec Alexander Portnoy. Mais puisqu’on parle de Noir, j’irais volontiers boire une Suze avec Burma, à la terrasse d’un café du IIème. Quelle classe, ce type. Même si je l’ai découvert sous les traits de Guy Marchand, quand j’étais en primaire.
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Me transformer en super sayan. Pour les cheveux jaunes qui brillent, pour voler comme un avion et exploser des planètes.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Le lecteur est indissociable du livre. Pour moi, il le complète par l’investissement personnel qu’il engage dans sa lecture. D’une manière où d’une autre, je pense à lui quand j’écris, même si ce lui est, dans un premier temps, mon moi lecteur. Très clair, n’est-ce pas ? Bon, la réponse est non !
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
J’ai commencé à écrire des histoires quand j’étais tout gamin. Des chansons, aussi. Mais la première envie d’écrire de la littérature, une nouvelle en l’occurrence, je la dois à la ville de Meknès, au Maroc. Son atmosphère, sa musique, son aura. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est là-bas que j’ai eu le déclic.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
Absolument. Le sang se mélange à l’encre d’une manière ou d’une autre. Mais j’évite, dans la mesure du possible, que mon bouquin ait une gueule de transfusion.
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Je ne pense pas que l’anonymat favoriserait la création littéraire. Loin de là. Beaucoup trop d’ego en jeu. Par contre, je pourrais tout à fait publier sous un pseudonyme. Je trouve ça assez cool d’être lu de façon anonyme, tout en étant seul à connaître la vérité. Après, je mettrais sûrement dans la confidence une ou deux personnes de mon entourage proche. Pour me flatter un peu, quand même.
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Je suis passionné du roman noir, du film noir aussi, depuis tout gosse. Je pense que tout ça est directement lié à mon histoire personnelle. J’ai toujours vu le monde avec les lunettes du They Live de John Carpenter. ça ne m’empêche pas pour autant de lire beaucoup d’autres genres, mais quand il s’agit d’écrire, je m’oriente naturellement dans cette voie.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Du café, du temps et du calme. L’inspiration, éventuellement !
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Le protagoniste des livres de Dany Laferrière. La plupart de ses romans sont très autobiographiques, alors je me dis que quand je serai nommé académicien, j’aimerais bien être assis à côté de lui ! Plus sérieusement, je trouve son personnage vraiment touchant, et certains de ses livres m’ont beaucoup apportés en tant qu’écrivain, je crois.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Je n’ai aucune idée de mon taux de déchets, mais j’imagine qu’il est assez élevé. Sur mon premier roman, j’ai passé beaucoup de temps à corriger, enlever, remplacer. Je suis incapable de quantifier tout ça.
Pour ce qui est des brouillons, travaux préparatoires, je serais super intéressé de voir ce que ça peut représenter sur une fresque historique, genre Guerre et Paix. J’ai déjà lu des articles sur ce sujet, ça me parait inconcevable de traiter et ordonner une telle montagne d’informations en y ajoutant de la fiction.
Sinon j’aime beaucoup aussi la narrative non-fiction, le travail d’auteurs comme Adrien Bosc. Je serais assez curieux de me faire une idée, en termes de recherches, du boulot que représentent des œuvres comme les siennes.
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Trophée Anonym’us : Nouvelle N°7 : Faut bien se nourrir

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°7 : Faut bien se nourrir

dimanche 11 novembre 2018

Nouvelle N°7 : Faut bien se nourrir

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Faut bien se nourrir

Ouais… Les néons ce n’est pas la panacée, mais c’est déjà mieux que rien. C’est blafard à souhait et ça ne fait que lutter mollement contre l’obscurité. En plus, j’ai trouvé celui qui hoquette. Un truc à filer une crise d’épilepsie à un môme qu’aurait raté le virage de la génération vidéo. Ce genre de gamin élevé en cocon, sans écran, diverti avec une mallette « 50 jeux pour toute la famille en bois d’arbre non traité », fabriquée à la main par des consanguins alpins. Un loto, un jeu de l’oie, une saloperie de Nain Jaune, pardon : une personne de petite taille bouton-d’or, et surtout une reproduction de roulette miniature pour faire un casino « comme les grands ». Le mioche pas préparé aux vicissitudes de la modernité qui va faire un malaise avec le flash de la photo de classe. Structurellement inapte au selfie.
Bref, je suis dans mon coin sous un bègue lumineux qui se rêve stroboscope, et ça me va très bien. Faut dire que je ne suis pas fan de la lumière. Même si je supporte une exposition artificielle, ce n’est pas pour rien que je suis sorti de mon trou après le coucher du soleil. Déjà, niveau fréquentation, on n’est pas dans les affluences diurnes. Je sais bien que les gens ont tendance à venir squatter les mauvaises chaises de la salle d’attente des urgences à tout moment, mais, là, c’est dimanche soir, l’heure du film. Dans le coin, y a pas plus sacré, sauf la messe ou l’alcoolisme. En plus, merci la désertification médicale des zones rurales, ici ce n’est que le poste avancé du véritable hôpital qui se trouve à plus de quatre-vingts bornes. Une clinique paumée, survivante des regroupements en plateformes médicales. Sans doute une verrue dans le grand plan de la rationalisation des frais de santé. Mais vu l’état des lieux, les instances décisionnaires ont dû décider qu’il valait mieux laisser pourrir que de froisser la poignée de péquenauds du coin en fermant. Jadis on devait sans doute y pratiquer les meilleures saignées de tout le canton et on faisait la nique aux voisins avec la technique avant-gardiste du clystère remollient. Cette époque est révolue et désormais on est passé à la culture du salpêtre mural, au développement fongique des joints de carrelage et à l’affection nosocomiale de bon aloi.
Encore une fois, ça me convient parfaitement. Je n’aime pas la lumière et je n’aime pas les gens.
Ça ne m’empêche pas d’attendre.
D’où je suis j’ai une vue imprenable sur un téléviseur à tube cathodique qui fait souffrir son support. Un faisceau de câbles pendouille du plafond pour apporter la bonne parole à l’écran qui a tendance à tirer sur le vert. Le son est coupé, mais l’indéboulonnable miss météo de la Une s’en passe.
J’ai une furieuse envie de me gratter. Si je m’écoutais, je me décaperais le derme avec une poignée de sable et je poncerais ce qui reste à la toile émeri grain 240. C’est horrible.
C’est venu comme ça. D’abord une plaque rosée, un truc qu’on agace de la pointe de l’ongle entre deux réflexions philosophiques. L’être et le néant, gratte gratte. Où vais-je, où cours-je, dans quel état j’erre ? Gratte gratte. Puis la piquette provençale prend la teinte du Bourgogne de vieille cuvée et la zone s’étend. Sans compter qu’on a perdu le velouté légendaire et que ça commence à faire les grumeaux d’une Chandeleur bâclée. On met un frein aux socratisations et on commence les travaux d’apaisement de l’urtication. Bains et crèmes, les ressources du pauvre démangé. Comme je n’ai jamais eu ça, je dois reconnaître que, pour l’automédication, ma pharmacopée est assez minimaliste en la matière. Pour tout dire, à part une panoplie de protections solaires avec des indices qui ont l’air d’être un relevé de températures en Fahrenheit, je manque cruellement d’adoucissants cutanés et autres produits d’entretien de la couenne.
C’est pour ça que je trahis mes habitudes et que je me retrouve à la nuit tombée dans cette antichambre de la décrépitude médicale.
Pour garder un semblant de continuité de soin, la commune est allée kidnapper un étudiant approximatif dans une faculté croate. Un logement, un repas chaud et la promesse mirifique d’un salaire payé autrement qu’en tubercules ont suffi.
C’est lui qui arrive.
Honnêtement, heureusement que le type vient du sas réservé au personnel et qu’il a revêtu la blouse d’usage. Parce que le doute est permis quant à sa profession exacte. Le gusse trimballe des valises sous les yeux qui font plus penser à un réfugié politique en fin de transit qu’à un copain d’Hippocrate. Il regarde autour de lui, il cherche sans doute la secrétaire censée faire l’accueil ou le tri des patients mais qui s’est éclipsée pour rejoindre son Jules avant le début des festivités cinématographiques. Ça tombe bien, il n’y a que mézigue à trier et je suis assez loin d’être patient. Surtout avec cette poussée de démangeaisons.
Serguei me regarde, il a l’œil morne et usé mais un reste de vocation lui tenaille le marteau à réflexes. Il pourrait fermer la baraque et partir retrouver des pénates plus accueillantes, mais en bon chien de garde il va ronger son sacerdoce. Où la fidélité se niche parfois ? Je vous le demande.
Il a un sifflement admiratif en voyant l’étendue de la tectonique de ma peau. Même si la démarche part d’un bon sentiment, ce n’est pas exactement le type de reconnaissance qu’on recherche. Il me pose une série d’électrodes et allume son moniteur. Le bazar produit une courbe rivalisant avec le relief belge. Serguei a alors un geste d’une technicité rare et balance une torgnole à l’appareil avec le plat de la main. L’objet couine, tente un petit sursaut systolique puis retourne à un mutisme renfrogné.
— Pas marcher, m’explique le transfuge hospitalier.
Il soupire et décroche son stéthoscope. Bon, le truc est suffisamment frais pour me provoquer un bien-être passager quand il le promène sur mon cuir boursouflé, mais l’examen ne paraît pas le satisfaire non plus. Il regarde son bidule, tapote sur la membrane puis soupire derechef. Je ne le connais pas mais il me plaît déjà. Frappé par une inspiration nouvelle, il se saisit d’un brassard pour mesurer la tension et me le passe sur le bras. Je ne veux pas le désobliger, mais je crains qu’il ne s’épuise dans toutes ces tentatives.
— Laissez les examens d’usage, je lui dis. Dites-moi plutôt ce que c’est que ça.
Je lui montre les rugosités de mon épiderme, la teinte lie de vin, la chaleur qui s’en dégage. Si je pouvais lui faire comprendre mon impérieuse envie de me gratter, je crois qu’il sortirait son économe et commencerait à m’éplucher comme un vilain fruit.
Il faut aussi que j’explique que ce n’est pas le matériel de ce brave expatrié des hôpitaux de Dubrovnik qui défaille. Ça fait maintenant une dizaine d’années que je n’ai plus de pouls, plus de tension. Si je vous rajoute mon aversion à la lumière et mon peu de goût pour le pesto, vous aurez sans doute commencé à comprendre. On en reparlera.
— C’est douloureux ? demande mon emblousé.
— À m’en arracher la peau.
— C’est poussée eczéma. Forte.
— Ça se soigne ?
— Sans examen, pas savoir. Faut trouver la cause.
— C’est compliqué les examens pour moi…
— J’ai vu. Je peux calmer démangeaisons un temps. Crème cortisone. Mais juste cacher problème. Plaques partout même sous les vêtements. Donc pas problème d’exposition. Sûrement allergie alimentaire.
Comment vous dire ? L’expatrié croate ne pouvait pas faire un diagnostic plus inadapté. Parce que si Serguei a raison, je ne suis pas dans la merde !
— J’ai un régime… disons… particulier…
— Alors, jeûne.
— C’est une question d’âge ?
— Non. Euh… pas manger… Diète !
— Ah… Faut que j’arrête de manger ?
— Oui quelques jours. Si ça passe, c’est allergie alimentaire. Si ça continue, c’est autre chose.
Le bonhomme pratique une médecine de combat, ça me plaît. Parce que, si j’étais tombé sur un diplômé qui ne jure que par mon taux de phospholipases bifluorées, ça n’aurait pas arrangé mes ballons. J’ai l’hématopoïèse capricieuse. Pour dire la vérité, j’ai le sang qui ne titre pas ses douze degrés et ne rentre pas vraiment dans les canons admis par la faculté. On dit que les voyages forment la jeunesse, ma première et unique virée dans les Carpates a sérieusement transformé ma formule sanguine.
Serguei va chercher sa pâte à tartiner la couenne, un tube de Dèdesone zéro virgule zéro cinq pour cent, et me rédige une ordonnance traduite de sa langue maternelle au sanscrit oriental. Il me recommande dans un bâillement l’abstinence alimentaire avant l’utilisation de la béchamel de corticoïde, pour avoir une chance de remonter aux sources du mal sans masquer les symptômes. Le problème est que ça veut dire en creux que je dois me taper encore deux jours de supplice pour voir si les boursouflures s’atténuent. Il me serre une main molle, oubliant toutes les formalités administratives et s’en retourne cuver ses 72 heures de garde sur un vague lit de camp dans l’arrière-boutique.
Du coup, je me tape encore deux jours à tremper dans ma baignoire d’eau tiède et à distraire mes gratouilles par un séchage au ventilo. Si j’étais sensible des bronches je me serais bien offert une pneumonie. Je complète ce pensum par une diète drastique qui me porte aux limites de la folie assassine.
Il faut que j’explique que mon mode de nutrition n’est pas exactement le régime du commun des mortels. Cela étant un corollaire du fait que je ne suis ni commun ni mortel. Enfin… pour vous, je navigue sur les rives du franchement bizarre, soyons franc.
Précisons qu’il y a une dizaine d’années, lors d’une virée moldave consacrée essentiellement à l’évangélisation sexuelle des autochtones, une charmante habitante de Cahul sur la rivière Prout m’a refilé un truc pas facile à porter. Là où les inconscients ordinaires s’offrent une blennorragie, la dame m’a fait don de la pointe de ses canines d’une tendance plus que prononcée au vampirisme. Pas la forme rigolote que les médecins dissimulent sous le nom de porphyrie. Le package complet avec un état de mort apparente, la disparition de mon reflet, l’aversion solaire, la sensibilité à l’ail et surtout une propension à l’immortalité prononcée. Bien sûr, après une période d’adaptation dont je préfère éviter le souvenir et les errements parce qu’elle s’est accompagnée de colère stérile, de déni handicapant et d’expériences dont je ne suis pas particulièrement fier, j’ai entamé la seconde partie de mon existence qui devrait, si vous avez bien suivi, ne jamais se terminer.
Depuis cette période, je peux me goinfrer comme un goret ou passer des semaines sans manger, ça ne m’affole pas le duodénum. L’art de la table à la française, la gastronomie ou même le pantagruélisme débridé me laissent de marbre. Attention je ne boude ni ne chipote, j’ai encore de l’éducation, mais j’ai outrageusement dépassé les affres de la nécessité alimentaire. Mes seuls besoins se limitent désormais à une prise quotidienne de 200 ml par voie veineuse, ou approximativement le double par absorption œsophagienne, de sang humain non filtré. Voilà l’étendue de mon indispensable. Au bout de trois jours de privation, je suis pris de folie meurtrière très préjudiciable au voisinage. Si on atteint la semaine, il paraît qu’on se racornit avant de se transformer en un petit tas souffreteux inapte à la moindre activité. Les témoignages divergent sur cet état ultime. On raconte qu’une réalimentation équivalente au contenu complet d’un individu dans la force de l’âge aurait permis le redémarrage d’un de mes congénères. L’histoire ne dit pas si l’opération s’accompagne ou non de douleurs qui dépassent l’entendement. Dans les premiers temps, en vertu de mon reste d’humanité, j’ai essayé une abstinence vertueuse de quatre jours et je peux vous garantir que je ne souhaite ça à personne.
Ni aux vivants ni aux morts !
Je vois poindre les questions techniques plus ennuyeuses les unes que les autres… Ce que vous savez des vampires est à mi-chemin entre le fantasme de superhéros bas de gamme et le plus gigantesque ramassis d’absurdités. Par exemple, je laisse les chauves-souris à Batman. Outre l’immortalité toute relative, je dois dire que je possède une force peu commune et que mon absence de sommeil peut me permettre d’assumer plusieurs boulots. Bon… Cette histoire de soleil, c’est régulièrement pénible, mais on s’adapte. L’essentiel de l’année je travaille chez moi à écrire des séries de bouquins pour préados. Je prête aussi la main à quelques auteurs de best-sellers afin qu’ils puissent tenir la cadence. Ni fatigue ni baisse de régime, je me fais des périodes d’auto-esclavagisme dans le sous-sol de cette baraque minuscule paumée au milieu de rien. Grosso modo, j’ai bouclé mon planning de l’année au 15 mars, le reste étant consacré à une pratique rigoureuse de la fainéantise littérale. Je ne fais rien en sirotant mon hémoglobine on the rocks.
Cette histoire de sang vous travaille.
C’est compréhensible.
Notre monde est basé sur l’offre et la demande. Des personnes comme moi existent. Nous ne sommes pas beaucoup, mais nous constituons une clientèle fidèle et durable. Il est donc naturel qu’un marché de distribution se soit mis en place. Les Roumains sont les premiers concernés et c’est chez eux qu’on trouve les grossistes. Une entreprise ayant pignon sur rue m’adresse donc des colis de poches sanguines surgelées. C’est un abonnement. Zekö est mon contact. C’est un gamin en costard qui sort de l’université de Bucarest et a préféré s’orienter vers l’exportation haut de gamme plutôt que la filière pornographique comme ses copains de promo. Du coup, il gère une flotte de camions frigorifiques et s’occupe de toute l’Europe de l’Ouest. En tant que client, on a un planning des tournées et tout est organisé pour maintenir un flux continu sans rupture. Je vous l’ai dit, la disette nous rend tatillons, voire légèrement susceptibles…
* * *
La cure préconisée par le zombie des urgences a fonctionné. Les plaques se sont résorbées en deux jours. Ça a été à la fois une excellente nouvelle et un réel problème. Pour la bonne raison que, à la minute où je me suis payé un petit gueuleton de globules, j’ai eu une nouvelle poussée. La crème est efficace, je ne dis pas, mais ça n’augure pas une éternité de tout repos.
Le sang me file des boutons !
J’ai vérifié les dates sur les poches et même la traçabilité des lots. Tout me semblait normal. J’ai quand même appelé Zekö pour gueuler un peu.
— Je ne comprends pas, qu’il dit avec son phrasé des grandes écoles. L’approvisionnement est le même. Notre camion « don du sang » passe dans les villes et les villages, nos partenaires hospitaliers n’ont pas changé.
— Tu m’as pris pour Findus ? Tu me refiles du frelaté ?
— Non, je t’assure. On ne plaisante pas ici avec ce type de produit. Chez nous, c’est historique. Grande famille, grandes responsabilités. On ne peut pas se permettre de couper.
— Ouais… Jusqu’à ce que tu décides que le petit Français, il peut prendre les fonds de cuve.
— Je t’assure. Notre respectabilité passe par un approvisionnement sans distinction.
— Moi je peux t’assurer que si ça continue, je m’approvisionnerai directement à la jugulaire de ton livreur avant de venir boire un cou au siège de ta compagnie.
Pour être sûr, j’ai quand même fait analyser un échantillon dans un labo. Juste histoire de vérifier si on ne m’avait pas refilé du cheval à lasagnes ou de la préparation à boudin. Les résultats ont été formels : rien d’anormal dans la composition sanguine. Pas de traces d’une quelconque infection bactérienne ou d’un déséquilibre suspect.
Zekö m’a fait livrer en urgence une nouvelle série de poches, mais le résultat est resté le même : éruption cutanée, gratte gratte.
C’est là que j’ai commencé à m’inquiéter avec constance et application. Comprenez que ma lampée d’hématies joue directement sur mon humeur. Le sang pour un vampire est son seul et unique besoin. Il ne peut pas se permettre de développer une allergie. Vous êtes irritable si vous cessez de fumer ? Arrêtez complètement, vous allez passer de mauvais quarts d’heures pendant le sevrage, mais vous n’allez pas en mourir. Il est même probable que vous ne tuiez pas les gens qui vous entourent. Moi, je saute deux repas et le facteur a du souci à se faire…
J’ai donc pris le problème à bras le corps.
Dans mon éducation, « à bras le corps », ça signifie se documenter comme un rat de bibliothèque, mais avec une connexion Internet. Le culte de l’écrit, le fantasme de l’encyclopédie universelle. Seulement, un cas comme le mien ça n’existe pas. Nous n’avons pas vraiment de traité exhaustif : « Moi, Vlad D. 587 ans, vampire, allergique ». Sans oublier le fait que, comme à chaque fois qu’on souffre de quelque chose, je vous assure qu’on atterrit forcément sur des articles qui vous indiquent que vous êtes en plein dans le mal du siècle.
Mal de dos ? Mal du siècle.
Fibromyalgie ? Mal du siècle.
Arthrose ? Mal du siècle.
Migraine ? Mal du siècle.
Pervers narcissique ? Mal du siècle. Bon, OK, ça n’a rien à voir, mais je suis tellement tombé dessus quand je faisais mes recherches que je devais le mettre. Ce monde est un grand zoo où des pervers narcissiques bipolaires, lombalgiques et migraineux pourrissent la vie de pauvres Alzheimer fibromyalgiques.
Eh bien ça n’a pas loupé ! On peut gaillardement être allergique à tout. Ça se déclenche n’importe quand et comme la mode ou la chanson populaire, ça s’en va et ça revient. Les vintages se contentent des graminées ou des fruits à coque, les plus dans le vent s’attaquent au lactose, au parabène ou au gluten.
Les industriels ont de surcroit la riche idée de faire trimer leurs ingénieurs afin que les gens puissent s’enfiler dans le cornet une masse invraisemblable de saloperies. De la peinture pour bateau dans le lait pour bébé à la décoction pétrolière dans le soda. Mais cette connaissance déprimante me permettait seulement de constater que mon éternité risquait de tourner court, tant l’espèce humaine semblait hâter le pas vers le gouffre.
C’est à ce moment que j’ai eu une illumination. Dans mon cas on évite de parler d’épiphanie, ça offense les archevêques.
Il fallait que je radicalise mon mode d’approvisionnement !
J’ai eu l’idée quand un pauvre forçat de la distribution aux particuliers s’est gouré d’impasse et est venu garer sa petite camionnette sur mes graviers. Il tentait avec une énergie débordante de refiler des plats surgelés en usant de la technique du pied dans la porte. Un catalogue fourni de la tomate provençale aux escargots beurrés, un bagou de bateleur et sa petite tablette numérique pour prendre les commandes et arnaquer la vieille esseulée ou le chômeur en fin de droit. Il m’a déplu à l’instant où je l’ai vu. D’ailleurs il ne m’a pas fallu dix minutes pour le convertir en fût et le mettre en perce dans ma cave. Ça faisait longtemps que je n’avais pas bu une carotide fraîche et je dois avouer que l’ironie de me déguster le représentant en surgelés en smoothie m’a fait ma journée.
Vous le croirez ou non, le type cultivait à son échelle une certaine forme de dérision. Sur le siège passager de son véhicule, j’ai découvert des tracts pour la foire EcoBio qui avait lieu le mois suivant. Le chantre du prêt-à-bouffer en plastique avait même sa carte de l’amicale « Végétalisme et santé ». Mon livreur effectuait un grand écart permanent entre ses convictions et les nécessités d’un job alimentaire. Sans jeu de mots, j’étais capable de comprendre une telle démarche.
Vous savez quoi ? Le fluide vital de ce gaillard impromptu ne m’a pas déclenché de crise. Pas le moindre bubon irritant, pas la plus petite rougeur. Peau de bébé et homéostasie. Je l’ai fait durer… Ses cinq litres de jeunesse m’ont tenu 20 jours en me rationnant.
Juste le temps de repeindre et de réaménager son estafette. Je peux désormais y accueillir jusqu’à cinq corps. Mais c’est rare que je prélève autant sur une seule manifestation.
Je fais la tournée des foires et des salons à tendance hippie. Je plante mon food truck en bordure et je délivre des plats surgelés garantis sans additifs. Je discute boulgour, quinoa, lentille corail et huile de chanvre avec des couples lithothérapeutes lavés au shampooing sec et des célibataires froissés en lin non traité. Quand le soleil décline et que j’ai de la place dans mes frigos, je fais le plein avec ceux qui naviguent à l’extérieur de la meute.
Je peux l’avouer, je ne suis pas fier de prélever ainsi dans le cheptel de ceux qui sauveront peut-être la planète.
Mais que voulez-vous…
Il faut bien se nourrir.
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Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : David Patsouris

Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : David Patsouris

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jeudi 1 novembre 2018

L’interview de la semaine : David Patsouris

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.
 
 
Aujourd’hui l’interview de David Patsouris
 
 
David Patsouris.
 
 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Non, pas du tout. J’ai trois enfants et je n’ai pas envie de me comporter avec eux comme se comportent mes personnages de roman. Quand j’écris, je suis dedans, à l’intérieur de l’histoire, du rythme et des mots de mes personnages, mais quand je n’écris plus, je suis moi. Je me concentre assez vite et je coupe assez vite aussi. Je peux me remettre dans le texte en une minute et m’en sortir en quelques secondes. Et heureusement !Donc, pour répondre directement, certains, peut-être, moi, non, du tout.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Je crois qu’il se trompe. La bonne réponse à cette question, c’est 37. Et ça me semble évident. 
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Dave Klein, le héros de « White jazz » de James Ellroy, le dernier roman du quatuor de Los Angeles,écrit à la première personne, un livre que beaucoup trouvent illisible mais qui me semble être le sommetd’Ellroy. Dave Klein est très méchant. C’est un vrai fils de pute mais j’ai lu et relu tant de fois « Whitejazz » que j’aimerais bien boire une bière avec lui. Je sais pas de quoi on parlerait. Lui est un fliccorrompu jusqu’à la moëlle et moi un gentil père de famille. Y aurait peut-être des blancs dans laconversation. Peut-être qu’il quitterait la table du rade au bout de cinq minutes, je ne sais pas. Je luidemanderai comment il a réussi à trouver cette écriture si fascinante, sin incroyablement sensitive. Je lequestionnerait sur la fin duroman : as-tu bel et bien retrouvé Glenda après toutes ces années ? Que t’a-t-elle dit quand elle t’a revu ? Pourquoi n’as tu pas écrit tout ça ? Pourquoi m’as tu laissé en rade à la fin de « White jazz » ? Ouais, je crois qu’il m’enverrait bouler et qu’il se barrerait…
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Ceux de Spiderman. Mon fils, qui adore Peter Parker, serait sur le cul.Mes deux filles aussi.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Je n’écris ni pour ma mère ni pour les autres. Donc j’imagine que oui. J’ai longtemps écrit pour absolument personne et je crois que ça continue ainsi. J’écris des trucs qui me plaisent. Des choses qui me font décoller, qui m’emmènent ailleurs, qui me perdent un peu. J’ai publié deux romans aux éditions du Rouergue. Aucun n’a eu de succès. Ces deux livres ont eu très peu de lecteurs et je crois que ça ne merend pas malade. Voir le livre édité, avec ton nom et le titre et les pages remplies de tes phrases te faittriquer quelques semaines la première fois, quelques jours la deuxième fois mais finalement tu passesrapidement à autre chose. Je ne relis pas ces livres. Je ne reste pas des heures à regarder le bouquin. Jene m’astique pas dessus. Le vrai kiff n’arrive qu’en écrivant. Le vrai plaisir, c’est l’écriture. Qu’on soit lu ou pas.
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
J’avais écrit un poème sur un oiseau lyre quand j’avais sept ou huit ans et puis plus rien. J’ai refait des phrases à dix-sept ans, le soir où j’ai appris que mon grand-père paternel n’en avait plus que pour quelques semaines. Et je ne me suis jamais arrêté.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
L’écriture-souffrance n’a jamais été mon truc. J’écris parce que ça me fait kiffer. Sans plaisir, putain, mais autant faire autre chose ! Après, j’ai toujours pensé, comme Louis Calaferte le disait si bien, que passer une bonne partie de sa vie devant un écran (ou une feuille blanche) à raconter des trucs n’était pas forcément très sain. Ce besoin traduit fatalement un manque quelque part. Ça comble peut-être un truc dans ta tête. Y a des choses qui ressortent. Des fois, tu le vois même pas. Des fois, tu ne t’en rends même pas compte. Souvent, le texte est plus intelligent que toi. Incroyable, non ?
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Il se publie environ cent livres de tous genres par jour en France. Sans signature, il y en aurait beaucoup moins, c’est évident. Tant de gens publient un livre pour se montrer, pour exister, pour, non pas écrire,mais être regardé comme un auteur. La vanité est (trop) souvent un moteur bien plus puissant que l’écriture elle-même… Tant de personnes ne veulent juste que leur nom sur la couverture d’un livre. Si les éditeurs ne publiaient que les livres sincères, véritablement sincères, et les livres écrits, véritablement écrits, combien en resteraient-ils dans les rayons des librairies ? Pour ma part, encore une fois, mon truc, c’est de faire des phrases. Même pas de fabriquer des histoires (j’ai du mal à construire des intrigues qui tiennent à peu près la route), juste de faire des phrases. Je passe ma vie à ça (je suis journaliste de presse écrite). Alors si je n’écris plus, qu’est-ce que je vais faire ? Bref, publier anonymement ne poserait aucun problème.
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Je suis tombé amoureux du noir le jour où j’ai lu les premières pages de « Lune sanglante » de James Ellroy, conseillé par un copain. C’était le premier roman noir que je lisais. J’avais vingt ans et des brouettes. Et j’ai immédiatement cessé d’écrire de la poésie ou de vouloir écrire, comme on dit, de la blanche.J’ai dévoré les romans noirs et j’ai adoré et, forcément, j’en ai écrit. Le roman noir est un cadre incroyablement rigide et plastique en même temps : il t’oblige à raconter un truc, à bâtir une intrigue et te permet de parler de tout, d’aller dans tous les genres : le mélo, la comédie, le social, l’action, etc. Surtout, il te fait voyager comme aucun autre genre. Dans la vie réelle, je n’ai jamais tué personne. Sur mon ordinateur si. Vivre d’autres vies que la sienne n’est pas donné à tout le monde. C’est ce que me permet le roman noir.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Être seul devant mon ordi avec du temps devant moi et de la bonne musique (enfin bonne, celle que j’aime quoi!).
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Poulou. C’est un surfeur bien gauchiste accusé à tort du meurtre d’un directeur de cabinet dans « Ainsi débute la chasse », mon deuxième roman publié en 2017 au Rouergue Noir. Il est aussi le personnage principal de mon troisième roman, que je suis en train d’achever. Ce livre raconte la même histoire que le précédent, mais du point de vue de Poulou, et non plus, comme dans « la chasse », de Charly, qui, lui, est un vrai tueur. Ce troisième livre, un roman noir évidemment, est une comédie, enfin, veut faire rire. Et j’adore Poulou. C’est un type chouette, sincère, poissard mais toujours positif, incroyablement positif, positif jusqu’à l’aveuglement. Il surfe hyper bien et il sort avec La Belle Alex, une bombasse qui passe son temps à le tromper et qui veut un enfant de lui. Il n’a pas une vie facile mais avoir un pote comme lui rend forcément la vie plus belle. Quelque part, c’est mon pote puisque j’écris son histoire. À part lui, ce serait la vraie classe d’être l’ami de John Fante (enfin, de Bandini ou de Molise, ses doubles dans ses livres). On boirait des coups chez lui en parlant de Stupide, de la vie, de la mort, des femmes, des enfants et de l’écriture.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Je jette peu. Même si avec les ordinateurs aujourd’hui, finalement, on ne s’en rend plus trop compte. Si je dois virer un passage où une image me plaît, je la garde pour plus tard. Je suis radin. Et puis l’écriture à l’os tant louée aujourd’hui, décharnée, sans mots, sans adjectifs, sans rien finalement, me casse les couilles. Je retravaille le texte jusqu’à ce qu’il corresponde exactement à ce que je voulais. Mais je ne prends ni hache ni massicot et ça ressemble quand même souvent pas mal au premiers mots écrits sur l’ordi. Ce qui ne m’empêche pas d’écouter ce que me dit, par exemple, mon éditrice au Rouergue, Nathalie Démoulin. Je n’obtempère pas toujours mais des fois, si. Quant aux bouillons auxquels j’aimerais avoir accès, je ne sais pas, ceux d’Ellroy, de Manchette, de Robin Cook, de Pierre Siniac, d’Hervé Le Corre, d’Hugues Pagan ou d’Hammett pourquoi pas.
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Trophée Anonym’us : Nouvelle N°6 -Histoire d’Oreille

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°6 -Histoire d’Oreille

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dimanche 4 novembre 2018 :

Nouvelle N°6 : Histoire d’Oreille

Img une histoire d'oreille

Histoire d’Oreille

— C’est vraiment horrible ce qu’il leur fait, à ces pauv’ filles ! maronna la serveuse du bar à l’intention du pianiste de l’hôtel.
— Horrible.
— Avec Marcelline, tu sais, on n’est pas tranquilles à la fin du service…
Bien que l’idée lui traversât l’esprit, le jazzman ne proposa pas à Gerda de la raccompagner, sous la lune, dans les rues de Paris. La pause était terminée. Il laissa la jeune femme à ses peurs, et aux verres à whisky qu’elle essuyait un peu plus nerveusement depuis l’arrivée de ces clients-là. Le musicien se dirigea silencieusement, les bras le long du corps, vers le quart de queue qui attendait l’or de ses mains au fond de la salle quasi déserte. Deux mondes, deux musiques.
— Si ça s’trouve, je lui ai déjà parlé sans l’savoir, ruminait la barmaid.
L’horloge du comptoir battait correctement la mesure : vingt heures tapantes ; c’était l’heure à laquelle le restaurant de l’hôtel s’emplissait de la foule mondaine. Yoav Adelstein, le premier à être descendu, la scrutait à mesure qu’elle s’installait à table et qu’elle envahissait l’espace sonore. Des dizaines de couples, apprêtés et fringants, se pressaient derrière le maître d’hôtel jusqu’à la table affectée à leur numéro de chambre. Sur leur passage, les serveurs suspendaient la course des seaux à champagne, les plateaux d’argent valsaient au-dessus des têtes, les tables s’animaient les unes après les autres d’une joie factice. Les papillons des menus se posaient dans les mains, interrompant le rire des mirliflores qui commençait à éclater, ci et là, sous l’effet des premières coupes. Deux mondes, deux danses.
Les clients de l’hôtel étaient des médecins de toute nationalité, de tout âge, renommés dans leur spécialité. Cardiologues, orthopédistes, dermatologues : tous participaient, pendant la journée, au plus grand congrès de chirurgie organisé depuis la guerre. Mais s’ils avaient troqué le calot blanc et le sarrau chirurgical contre un trilby et un costume chic de facture française ou italienne, aucun ne semblait plus détendu qu’à l’hôpital. L’ambiance était faussement légère : on avait retrouvé, le matin même, un nouveau corps de femme mutilé non loin de l’hôtel. Le troisième en quinze jours, le troisième depuis l’arrivée des congressistes, quinze jours auparavant. En toute discrétion, le Quai des Orfèvres était déjà venu deux fois interroger le personnel de l’hôtel. Et Gerda avait entendu la rumeur en ville affirmer que seul un praticien pouvait amputer aussi proprement une gorge de ses cordes vocales, que les différentes entailles trahissaient un savoir-faire clinique. Personne ici n’évoquait le fait divers aussi ouvertement que la serveuse, mais il était présent dans tous les esprits et une méfiance naturelle rôdait entre les murs de l’hôtel qui abritait peut-être le Coupeur de mou.
Yoav Adelstein aussi était docteur : il avait terminé ses études de médecine juste après la Libération. Lui aussi avait eu un temps ce désir de réparer les vivants, mais pour des raisons bien différentes de celles qui animaient la plupart de ces hommes-là. Il avait ainsi sa place dans la congrégation sans être véritablement des leurs.
Son apparence, en premier lieu, trahissait sa singularité. Elle attirait l’attention, inquiétait même, dans ces circonstances : la simplicité — pour ne pas dire l’indigence — de sa tenue vestimentaire détonnait à tel point dans le cénacle que le personnel de l’hôtel exigeait qu’il montrât son accréditation dès lors qu’il souhaitait accéder au bar ou au salon dans son vieux complet années 30. Ce rituel était un peu contraignant, mais l’homme avait refusé d’accrocher à son vieux veston une nouvelle étoile de David, aussi honorifique fût-elle. Il préférait encore montrer patte blanche. Deux mondes, deux visages.
Vingt heures trente, l’immense salle s’emplissait encore. Les langues se mêlaient au tintement des couverts en argent ; bientôt les conversations des uns et des autres se fondirent dans l’inanité sonore que les notes lointaines de Duke Ellington peinaient à émouvoir. Seuls les éclats de voix stridents de Gerda, la barmaid, fendaient parfois la salle jusqu’aux oreilles de Yoav seul à sa table. Mais le spectacle continuait, et l’homme n’en perdait pas une miette, tout en désossant la caille rôtie de ses doigts habiles. Le pianiste pouvait entendre entre ses accords la succion régulière des petits os : un supplice de plus pour son oreille sensible.
Enfin arriva la 118, qui était l’objet de toute l’attention du médecin. Sur les indications du maître d’hôtel, le couple prit place près de la fenêtre, à quelques dizaines de centimètres de lui. Yoav n’eut aucun mal à reconnaître la femme bien qu’elle portât ce soir-là une perruque d’épais cheveux flamboyants qui dissimulait sa mutilation. Il sentit un léger courant d’air et l’excitation naître sur sa peau en la regardant s’asseoir si près de lui. Ou bien était-ce le fantôme de sa femme, Judith, qui avait pris l’habitude de le frôler quand il pensait plus intensément à elle ?
La femme à la perruque lui tournait le dos de trois quarts, mais elle n’avait jamais été si proche… S’il n’avait pas perdu l’odorat pendant la guerre, Yoav aurait pu sentir son parfum d’ambre et de jasmin mêlé au Pento des cheveux de son époux.
Tous les soirs, depuis son arrivée, il l’avait observée dîner en compagnie de ce dernier ou avec des amis, il avait découvert ses goûts d’émigrée polonaise, relevé le moindre de ses gestes en société, la moindre de ses habitudes ici. Elle regagnerait sûrement seule la chambre 118, comme après chaque souper. C’était du moins ce qu’il espérait.
Bientôt le légiste Karl Jurgen et sa maîtresse, une Berlinoise au tempérament autoritaire qui avait officié un temps pour l’administration nazie, les rejoignirent à la table. La conversation entre les hommes s’engagea rapidement dans le bloc opératoire. Yoav s’amusa d’entendre le chirurgien français et le médecin allemand rivaliser d’autorité, d’instrumentation technique et de scènes répugnantes. Deux mondes, mais un seul vainqueur ; le temps n’avait pas encore cautérisé les plaies de la guerre. Il remarqua aussi que les femmes se détournaient de la vision des chairs découpées comme si le sang risquait d’éclabousser leur nouvelle toilette. Même la Berlinoise que Yoav imaginait parfaitement insensible, avait lâché le bras de son amant à l’évocation d’une dissection artérielle, et les avait priés de l’excuser pour ce soir.
Marisa se retrouvait seule dans la ligne de mire de Yoav.
Et tandis que les hommes n’en finissaient pas de scier des membranes, d’extraire et de peser des organes, la femme du chirurgien s’était légèrement déplacée. L’épaisseur rousse des cheveux synthétiques cachait à présent le beau visage dont Yoav avait étudié chaque détail. Comme elle le faisait parfois, la femme jetait son ennui avec un peu de son pain par la fenêtre entrouverte du restaurant. Un geste que l’ancien déporté toujours hanté par la faim avait du mal à saisir, d’autant qu’il n’avait vu aucun oiseau dans la cour.
Alerté par un souffle invisible, le mari finit par laisser tomber le masque et interroger l’air songeur de sa femme : ­
— Que se passe-t-il, mon amour ?
— Rien… Je pense seulement à toutes ces femmes égorgées.
— Ne t’en fais pas : toutes ont la moitié de ton âge, crut-il la rassurer, en glissant son pouce sous la pulpe carmin de sa lèvre. Il y déposa un léger baiser qui incisa profondément le cœur de Yoav.
Judith aurait pu être assise là, à la place de Marisa. Mais, injuste loterie de la vie, c’est cette femme polonaise qui recevait le baiser d’un autre. Yoav effleura en rêve les lèvres d’un autre temps, mais il en avait aussi perdu le goût. Alors il essuya la graisse de ses doigts sur la serviette et s’encouragea mentalement à passer à l’acte le soir même. Il le devait à Judith.
Il attendit fiévreusement la fondante au kirsch et les petits babas au rhum qu’il avala sans plaisir. Il attendit que les hommes se fussent donné rendez-vous au fumoir pour un dernier cognac. Il attendit le dernier morceau de Paul Bley qui marquait en toute discrétion la fin du service.
La femme ajusta discrètement sa perruque et les bretelles croisées de sa rockabilly marine avant de prendre congé. La serveuse aussi, épuisée par ses heures de travail décuplées en l’absence de sa collègue Marcelline, s’apprêtait à pousser la porte du restaurant : elle serra plus fort la boucle de son manteau, et salua de sa voix de crécelle le musicien à l’autre bout de la salle. Ce dernier abandonna le piano et quitta silencieusement la salle presque déserte.
*
Il attendit qu’elle fût parfaitement seule, dans sa robe décolletée au dos, que sa taille étranglée eût porté ses talons hauts dans le dédale rouge et velouté de l’hôtel. Il la suivit à pas de loup. Dans les escaliers, puis au premier étage, jusqu’à l’angle du couloir qui menait à la chambre. Lorsqu’elle fut devant la plaque de laiton de la 118, il attendit que la grosse clé se tournât avec obstination dans la serrure, que la main frêle et impatiente poussât la porte capitonnée.
*
Avec sa bicyclette, il avait devancé la serveuse dans la nuit parisienne, puis il l’avait guettée, dissimulé sous une porte-cochère, dans l’étroite rue de la Lune qu’elle empruntait chaque soir pour rentrer chez elle. Le battage des talons pressés sur les pavés du IIème arrondissement et le souffle court de la jeune femme avaient fait croître son désir de manière fulgurante.
*
Marisa avait poussé la porte de la 118. Il n’eut alors pas d’autres choix que de la bousculer pour entrer derrière elle avant de refermer la porte sur leurs deux corps. Un cri de surprise fusa de la gorge de la jeune femme qui lui faisait face, vite étouffé par les doigts virils dont elle pouvait encore sentir les effluves de volaille. Dans un mouvement de recul, la tête de Marisa heurta le mur tapissé de la chambre. La perruque de feu glissa à l’arrière de son crâne, dévoilant son infirmité ainsi que ses petits cheveux bruns, plaqués sous un filet de résille.
— N’ayez pas peur, Madame, je ne vous ferai aucun mal.
L’apostrophe la rassura plus que la promesse de ne pas lui faire de mal : appelait-on Madame celle qu’on était sur le point de violenter ? Quand il eut la certitude qu’elle ne recommencerait pas à hurler, l’homme libéra complètement son visage. Doucement, la terreur se mut en curiosité. Que pouvait lui vouloir cet individu, à l’allure dépenaillée, dont elle avait déjà remarqué le regard et la présence dans l’hôtel ?
L’index plaqué sur sa propre bouche pour enjoindre la femme à garder le silence, il chercha frénétiquement dans les poches de sa vieille redingote un petit paquet qu’il lui tendit d’une main tremblante… Pour Judith.
Le visage de Marisa chavira au souvenir de celle avec qui elle avait enduré les pires violences à Ravensbrück. Yoav recula d’un pas, comme pour laisser place à cet indicible passé entre eux. Marisa y retrouva Judith, et un album de souffrances pas si lointaines lui revint, les yeux rivés sur le petit paquet : les heures debout dans le froid glacial qui paralysait les membres, les privations, la rage de la gardienne qui les persécutait nuit et jour. La hargne qui sortait de sa gueule les jours où elle ne tolérait pas le moindre bruit à la sortie du block. Was hat sie GESAGT ? Was habe ich GEHÖRT ? Pour protéger Judith, pour lui éviter une mort certaine ce jour-là, Marisa n’avait rien répondu à la chienne enragée. Celle-ci lui avait alors empoigné l’oreille, creusant dans la chair avec ses ongles jusqu’à l’os du crâne. SAG ES MIR ! Et le geste insensé qui avait suivi, qui arrachait encore chaque nuit Marisa au sommeil. Elle pouvait encore sentir la brûlure vive de la peau et celle du cartilage déchiré dans le sang, elle libérait parfois en rêve le cri de douleur, étouffé jusque-là par la gardienne qui continuait de lui cracher sa fureur au visage. Et tout cela, sous les yeux de Judith, impuissante. Judith, sa camarade française de châlit, qui n’avait pas survécu longtemps — elle l’apprenait ce soir — à la déportation. Chacune y avait laissé sa peau. On peut mourir des mois, des années, après avoir été tué.
Ce fut au tour de Marisa de trembler. Le paquet qu’elle ouvrit délicatement contenait une reconstitution de son oreille gauche, une épithèse de pavillon que Yoav Adelstein avait spécialement conçue pour elle en élastomère de silicone. Le docteur avait dû poursuivre de nombreuses investigations sur la physionomie de la jeune femme, et il lui avait fallu près de trois ans de travail dans le sillon du Professeur Brånemark pour mettre au point une prothèse et une méthode d’implant osseux efficace. Aujourd’hui enfin, il pouvait réparer quelque chose de ce monde meurtri, à la mémoire de Judith.
La perruque rousse s’échoua au sol. Marisa tomba en larmes dans les bras du médecin juif.
*
Rue de la Lune, Gerda avait senti trop tard la silhouette massive et silencieuse dans son dos. Elle n’eut pas le temps de crier sous la lame effilée, elle dut abandonner sa gorge à l’assassin qui avait l’habileté d’un chirurgien sans en avoir la fonction. Dans son tout dernier souffle, elle put reconnaître avec effroi le pianiste de l’hôtel.
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Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : Ahmed Tiab

Trophée Anonym’us

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mercredi 24 octobre 2018

L’interview de la semaine : Ahmed Tiab

Ahmed-TIAB

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

Aujourd’hui l’interview de Ahmed Tiab

 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Non ! Il est parfois agaçant de voir certaines “attitudes” dans les salons.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Gné??!!!
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Heu…Gérard Depardieu (ça compte?)
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Penser comme une femme. Juste pour voir.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Oui.
6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
L’ennui.
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
Doit-on vérifier si on n’a pas les doigts qui puent avant de se mettre à écrire?
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Plus. Oui.
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
J’ai pas choisi. Choisir c’est réfléchir.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
Un bon cafard.
11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
Un personnage de Milo Manara.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
N’ayant pas une âme de collectionneur, j’en sais fichtre rien.
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Trophée Anonym’us : Nouvelle N°5 – Beauté épinglée

dimanche 28 octobre 2018

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Nouvelle N°5 – Beauté épinglée

img beauté épinglée
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L’homme contemplait le corps pâle et immobile. Elle n’avait pas encore seize ans, et pourtant, l’on pressentait la beauté qu’elle pourrait devenir. L’on devinait de fines veines bleutées courant sur la peau si blanche qu’elle en paraissait presque translucide. Le visage de l’adolescente, nu de tout artifice hormis un anneau fin perçant l’arcade sourcilière, semblait sorti tout droit d’un tableau peint par l’un de ces maîtres italiens des temps anciens. Une beauté pure et épurée.
Un semblant de rictus, à peine esquissé, paraissait étirer ses lèvres pleines en un salut moqueur et fuyant. L’homme imagina l’adolescente ouvrant les yeux en grand, entre stupeur et révolte, et son cœur se serra. Elle ne pourrait plus jamais s’enfuir. Elle était à sa merci. Il avança la main comme pour caresser les cheveux courts et soyeux, aussi noirs qu’une nuit sans lune, mais suspendit son geste, brusquement gêné. Il n’avait pas l’habitude de se sentir aussi démuni et impuissant…
Quels pouvoirs détenait-il ici-bas ? Que pouvait-il changer au cours du temps, quelles marques laisserait-il quand il serait parti ?
— Nous sommes si peu de choses, murmura-t-il, brusquement las. Nous sommes réduits à si peu… À rien, en fait. Nous ne sommes rien. Et toi, jeune fille : quels sont tes rêves, tes espoirs, tes…

***

Espèce de gros dégueulasse ! C’est ça, vas-y, mate-moi autant que tu le veux, et va crever en enfer ! C’est pas parce que je ne peux pas bouger qu’il faut que tu te sentes si fort. Mate-moi tant que tu le peux, car je te garantis que ça ne va pas durer. Attends que je puisse me défendre et t’exploser ta sale gueule de pervers !
Toute ma vie, j’ai dû en affronter, des gros lards comme toi, des frustrés du slip et des soumis à leur bonne femme. T’es pas le premier, mon gros, mais je jure que tu seras le dernier, et tu le sentiras passer !
Mais quelle journée de merde ! Ça aurait pourtant dû être ma journée, celle où je ne me serais enfin occupée de moi, et de moi seule. À partir de quel moment ça a foiré ? Justine devait m’attendre devant le pub avec les autres, et on allait s’en payer une bonne tranche.
Il faut juste… que… je puisse… me souvenir de…

***

L’homme soupira et remit son masque en place. La jeune fille pâle et immobile accaparait toute son attention.
Dans un coin de la pièce, son assistant attendait la fin du rituel pour intervenir auprès du légiste. Il savait que le médecin avait besoin de ce moment de communion avant de poursuivre le lent travail de déshumanisation entamé par la mort brutale. Cherchait-il à conjurer le triste sort ? À faire revivre, même pour un éphémère instant, ce qui n’était plus, tel un démiurge en bout de course ?
Sarah, quinze ans, tuée par son père pour un simple piercing au sourcil. Il l’aurait poussée dans un accès de rage, la gamine tombant comme une masse, sa tête heurtant le coin d’un meuble en bois massif. Le crâne enfoncé près de la tempe témoignait de la violence du choc. Le père avait avoué, en larmes et le visage plein de morve, avant de se rétracter et d’accuser sa fille de l’avoir provoqué.
L’assistant haussa les épaules, désabusé. Il était temps de se mettre au travail et de faire parler le corps.

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Trophée Anonym’us, l’interview de la semaine : Sandrine Destombes

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L’interview de la semaine : Sandrine Destombes

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.


 

Aujourd’hui l’interview de 
Sandrine Destombes


Sandrine Destombes.

1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?

Bande de psychopathes !

Absolument pas ! Je suis sage comme une image. En revanche, j’observe mes petits camarades et je prends des notes. On ne sait jamais. Avoir des dossiers sur ses confrères, ça peut toujours servir...

 

2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?

Life is a bitch, then you die !

 

3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?

Ilya Kalinine, des Camut & Hug, à la condition qu’il se fasse teindre les cheveux en brun.

 

4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?

Métamorphe comme Mystic. Ça ouvre le champs des possibles !

 

5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)

Je passerais peut-être à l’enregistrement vocal. Sérieux, quitte à pas être lu(e), pas la peine de perdre du temps à taper tous les mots.

 

6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?

Un trop plein de temps. Sensation nouvelle et étrange pour moi qu’il m’a fallu combler.

 

7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?

Forcément. Détourné, ou déguisé, mais forcément !

 

8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?

Autant, peut-être pas, mais cela donnerait une chance à tout le monde. Quant à écrire sous l’anonymat, je pense que j’y prendrais un certain plaisir !

 

9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?

Une forme de catharsis, j’imagine…

 

10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?

Le soleil, l’espace et le calme (bref, les vacances !)

 

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?

Rocco Schiavone, le personnage récurrent d’Antonio Manzini. J’aime tout chez lui !

 

12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?

Pas beaucoup de déchets. Je fais déjà dans le minimalisme. Si je retirais des mots, la phrase deviendrait bancale.

Je n’aimerais pas avoir accès aux brouillons des autres. Où serait la magie si on connaît les ficelles.

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Trophée Anonym’us : Nouvelle N°4 – Le spectre de la vérité

 

 

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dimanche 21 octobre 2018

Nouvelle N°4 – Le spectre de la vérité

img le spectre de la vérité

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Retour de noces
Quatre heures du matin, par cette nuit noire, la lune n’arrivait pas à percer à travers ce ciel hyper chargé. Alexandre revenait de Picardie, où il avait assisté au mariage de sa cousine, et rentrait difficilement dans le Pas-de-Calais. Même s’il n’avait pas abusé, la journée fut longue… très longue. Et les verres s’étaient enchaînés… Malgré ses yeux embrumés, ses paupières qui battaient la chamade, il tentait de se concentrer pour combattre la fatigue. Il n’avait aucune envie de détériorer la vieille 205 de sa mère sur cette route sinueuse. À l’approche de la côte de Doullens, connaissant bien le secteur, il bifurqua, tiraillé par une envie pressante. Dans un virage, après un bosquet, un spectre lumineux à l’allure humaine apparut soudain au beau milieu de la chaussée. Par réflexe, il donna un coup de volant et là, dans les faisceaux de ses phares, apparut un homme sur le bas-côté. Trop tard. Le temps de réagir et de freiner, il l’avait déjà percuté de plein fouet. Il sentit ses roues lui passer sur le corps.
Le premier
Alex, désemparé, descendit de son véhicule en quatrième vitesse, et découvrit juste en dessous de son pare-chocs arrière, la silhouette ensanglantée qui gisait sur le sol. Il se retourna pour observer les environs. Aucune présence. Sans doute une hallucination due à l’absorption d’alcool. Il s’approcha de la victime, un jeune homme de son âge. Deux doigts dans le sillon de son cou lui confirmèrent qu’il avait succombé à l’impact dévastateur. Mais que faisait-il là, en pleine cambrousse ? Personne dans les parages, ni phares de voiture. Il s’est sans doute égaré… et je viens de le tuer. Un frisson glacial lui parcourut l’échine dorsale. Tout s’embrouilla dans sa tête à la vitesse grand « V ». S’il avait le malheur d’appeler les gendarmes, nul doute qu’ils le placeraient en cellule de dégrisement avant de lui notifier sa garde-à-vue… Il commençait à réfléchir aux alternatives qui s’offraient à lui quand il réalisa que l’urgence était de retirer le corps inerte. Il traîna la dépouille par les pieds, l’attrapa sous les aisselles et la hissa dans le coffre. Il dut s’y reprendre en trois fois et le recroqueviller en chien de fusil pour réussir à fermer le hayon. Dix minutes plus tard, à la lumière de son portable, Alex scrutait le sol à la recherche d’éventuels débris, quand une Mini Austin à la vitesse excessive déboula et vint s’encastrer dans l’arrière de la 205.
Le second
À voir descendre et tituber le conducteur, au visage rubicond, Alexandre comprit de suite à qui il avait affaire. Un mec bourré, c’est bien ma veine ! Malgré son taux d’alcool excessif, l’indésirable avait encore les yeux en face des trous, au point de remarquer, en constatant les dégâts occasionnés, que quatre doigts sortaient de l’interstice du hayon vrillé.
— C’est quoi, ça ? l’interrogea-t-il en vacillant.
— Laissez tomber, c’est un pote qui roupille… Pour tout vous dire, on revient d’un mariage et il a abusé de la Vodka, rétorqua Alex sans s’étaler.
— Pour un type qui a picolé, je le trouve bien froid, insista-t-il en touchant la main du cadavre.
À force de tirer sur le coffre, il finit par l’ouvrir et hurla à la vue du corps couvert de sang. Alex l’attrapa par les épaules pour l’éloigner de la 205 mais ce dernier revint à la charge en s’agitant. Si énervé qu’il le griffa avec sa montre au niveau de la joue. Excédé et se sentant acculé, Alexandre s’empara de la manivelle à portée de main. Son bras se leva instinctivement et lui assena un coup sur la tempe.
Tu vas fermer ta grande gueule ! Tu vas la fermer ! réitéra Alex en frappant une nouvelle fois. Affaissé, un genou à terre, l’individu avait baissé d’intensité mais gémissait encore. Un dernier coup d’estocade eut raison du biturin qui s’effondra sur l’asphalte. Il venait de tuer un deuxième homme en à peine vingt minutes.
Maquillage
Le tout était de savoir ce qu’il allait faire de ces corps ?
Impossible de les mettre dans mon coffre cette fois, analysa-t-il en essuyant le sang sur l’extrémité de la manivelle.
Accro aux séries policières et fan de la première heure des « Experts », il se mit à échafauder un plan. Le genre de truc improbable mais qui pouvait s’avérer payant quand on connaissait comme lui le secteur, réputé dangereux. Inutile de gamberger plus longtemps, je vais maquiller cette sordide affaire en une simple sortie de route. Tout le monde n’y verra que du feu.
Alex tracta tout d’abord l’alcoolique et le positionna au volant de son propre véhicule, en n’oubliant pas de lui fracasser plusieurs fois la tête contre le montant du parebrise, histoire de laisser du résiné et un peu de matière visqueuse. Il sortit ensuite sa première victime et l’installa côté passager, en se débarrassant des deux sacs en cuir noir qui s’y trouvaient. Un coup de chiffon sur les portières, le tableau de bord, et toutes parties susceptibles d’avoir été touchées, puis il observa la scène quelques instants en repassant le film dans sa tête. Il manœuvra ensuite la 205 en la positionnant à l’arrière de la Mini Austin. Pour finaliser son plan machiavélique, il libéra le levier de vitesse, et la poussa pare-chocs contre pare-chocs dans le vide.
Il descendit la pente sur environ dix mètres de dénivelé et put constater les dégâts occasionnés. La tôle froissée sur l’avant du véhicule en charpie, agrémentée du parebrise entièrement éclaté, masqueraient incontestablement toutes preuves de leur accrochage.
Remonté dans le virage, il contrôla la zone de manière à ne rien laisser de son passage. À la lumière de son portable, il recouvrit les traces de sang en saupoudrant le bitume de terre. L’occasion de retrouver les deux sacs oubliés sur le bas-côté. Tant pis, je les balancerai dans une poubelle, pensa-t-il, la trouille au ventre. Ses doigts commençaient à trembler et il chancelait au moment de regagner la 205. Le contrecoup sans doute. Il est grand temps de te casser d’ici. Magne-toi ! se persuadait-il en accélérant pied au plancher. Un dernier regard à la volée dans son rétroviseur et il crut apercevoir la silhouette humaine éclairée tel un fantôme qui déambulait sur la chaussée, comme pour lui dire adieu…
L’affaire
Alertés par un agriculteur, les gendarmes procédèrent aux premières constatations. À l’odeur d’alcool persistante dans l’habitacle, l’hypothèse d’une sortie de route fut retenue. L’adjudant-chef manipulait le passager quand soudain son visage se figea. Les lividités cadavériques ne correspondaient pas avec la position du passager, buste penché sur l’avant et tête sur le tableau de bord. Le sang aurait dû se fixer sur les tissus du torse et plus particulièrement sur l’abdomen et le devant des jambes.
— Cet homme n’est donc pas mort dans cette voiture !
Le procureur de la République avisé des faits, ouvrit une information judiciaire et confia l’affaire au SDPJ d’Amiens. Les enquêteurs sollicitèrent les renforts de la gendarmerie pour ratisser la zone délimitée aux abords du virage en épingle.
Au vu du nombre d’indices probants, le capitaine Leroy du SDPJ étaya une théorie.
— Imaginons le conducteur ivre, qui quitte la Nationale pour satisfaire un besoin urgent. Arrivé ici, dans le noir le plus abyssal, il percute le second individu en train de faire du stop sur le bas-côté… Le choc est si brutal que le chauffeur le blesse sérieusement, si on en croit la flaque de sang qu’il a essayé de dissimuler avec de la terre. Le conducteur perd les pédales, sans doute à cause de son taux d’alcool, ce qui le réfrène à appeler les secours. Tiraillé par sa conscience, il décide tout de même de conduire sa victime à l’hôpital alors qu’elle est décédée entre-temps. Désemparé, il démarre en trombes, fait une fausse manœuvre et rate le virage. Fatal…
La théorie du capitaine semblait corroborer avec l’ensemble des indices recueillis. Affaire bouclée et investigations terminées. L’identité judiciaire s’activait à ranger son matériel quand un gendarme hurla si fort qu’il faillit en perdre ses cordes vocales.
— Venez voir, ici ! Il y a un autre corps… une jeune fille…
Les deux victimes
En fin de matinée, une fois le réveil effectif, la bouche pâteuse et un troupeau de bisons qui lui fracassait la tête, Alexandre se rua dans la grange pour évaluer les dégâts sur la 205. Sa mère handicapée ne risquait pas de s’aventurer jusque-là avec ses béquilles. Une fois l’expertise faite de la voiture, il put s’estimer heureux. Quelques pièces à récupérer dans différentes casses automobiles pour brouiller les pistes et rien ne pourra m’arriver. Rassuré, il se dirigeait vers la sortie de la grange quand il aperçut les deux sacs en cuir noir sur la banquette arrière.
Ils m’étaient sortis de la tête ceux-là ! frissonna-t-il en réalisant qu’ils constituaient l’unique lien avec la tragédie de la veille.
Avant de s’en débarrasser, sa curiosité l’incita à les ouvrir. Leur contenu le laissa pantois… En dessous de plusieurs combinaisons noires, de cagoules et d’armes air soft, se trouvaient une quantité astronomique de billets en petites coupures.
Je comprends mieux son état… Cet abruti venait d’arroser son braquage ! analysa amèrement le jeune homme. Les médias ont certainement dû en parler, en déduisit-il en rejoignant le domicile. Il se jeta sur le journal en évidence sur la table de salon. L’affaire y faisait les gros titres.
Un vol à main armée d’une rare violence
Hier soir, aux alentours de 23h30, dans la rue Mangin à Amiens, deux convoyeurs de fonds qui devaient ravitailler un distributeur à billets ont été retrouvés égorgés dans le sas bancaire de la Société Générale. Selon les enquêteurs du SDPJ d’Amiens et après le visionnage des vidéosurveillances, il s’agirait d’un braquage commis par trois individus cagoulés. La police judiciaire ne comprend pas pourquoi les malfrats ont assassiné aussi sauvagement les deux employés de la Bricks alors qu’ils n’opposaient aucune résistance…
Le fait de repenser aux évènements de la nuit dernière l’obligea à se remémorer les circonstances de son accident. L’apparition de « cette forme humaine »… Et ce type qui sortait de nulle part… Son attitude l’avait intrigué… Il ferma les yeux en essayant de revoir la scène. Le bref moment où il l’avait aperçu dans le faisceau furtif de ses phares… Ça y est, je me rappelle ! Il regardait ses mains ! Il les observait avec le visage blafard et le regard empli d’effroi… Ses bras tendus, ses paumes tournées face à lui, ouvertes, bien en évidence… Je me souviens maintenant pour quelles raisons il semblait terrorisé. Elles étaient couvertes de sang !
L’inconnue
Le capitaine se dirigea vers le talus surplombant le virage en épingle, suivi de près par le légiste et quelques collègues. Arrivés en toute hâte, ils stoppèrent leur progression à la vue cauchemardesque qui s’offrait à eux. Une jeune fille âgée d’une vingtaine d’années gisait dans un trou, semi-enterrée. Les bras en croix, son visage était défiguré et ses yeux tuméfiés. Son corps meurtri, couvert d’hématomes, attestait que le ou les assassins s’étaient acharnés sur elle avant de lui trancher la gorge. L’absence d’affaires personnelles et de portable sur la scène de crime retarderait l’identification de la victime.
La scène de crime
Depuis ce drame, ses nuits étaient peuplées de cauchemars. Alexandre, en nage, se réveillait en sursaut, terrifié par les cadavres et ce spectre vêtu d’un drap blanc qui déambulaient dans sa chambre. Mais qu’attendait-il de lui ? Pourquoi le harceler ainsi ? Ce matin-là, épuisé, il se mit à déjeuner tout en consultant le journal espérant obtenir des réponses. L’article l’acheva pour de bon.
Découverte sanglante aux abords d’un accident mortel de la route.
Alors que les policiers du SDPJ d’Amiens enquêtaient sur la mort suspecte de deux occupants d’un véhicule, ils découvraient en amont, derrière un talus, le corps d’une jeune fille assassinée. Selon les autorités, elle aurait été égorgée après avoir subi des violences…
Alex interrompit sa lecture. Il essayait de voir si l’article mentionnait une photo, sans succès.
J’y suis ! Si ça se trouve, la forme humaine qui a traversé la chaussée devant moi a un rapport direct avec ce meurtre ! Et pourquoi pas l’âme de cette victime ? …
Décidé à comprendre ce qui lui arrivait, Alex prit le taureau par les cornes. En revenant d’une casse automobile, il fit un crochet avec son cyclomoteur. Il retrouva sans difficulté le virage en épingle, qui, il fallait reconnaître, n’avait rien de comparable avec le paysage sinistre de l’autre nuit. Il retira son casque et s’approcha du ravin. Le véhicule en contrebas ne s’y trouvait plus. La chaussée avait été nettoyée par la voirie et rien ne semblait avoir eu lieu dans le secteur. De cette nuit cauchemardesque, ne restaient que ses souvenirs tourmentés. Une nausée l’envahit. Il parcourut une vingtaine de mètres et stoppa net devant la rubalise jaune délimitant la zone.
Quand je pense que j’ai certainement tué l’assassin de cette fille. Ce que voulait le spectre en m’obligeant à donner un coup de volant… Et dire qu’elle se trouvait à proximité. Peut-être encore en vie. Si j’avais su… j’aurais pu lui venir en aide, regretta-t-il en se laissant submerger par l’émotion. Son estomac ne résista pas cette fois à la violence du reflux gastrique et il se vida en vomissant dans le talus.
— Ça fait froid dans le dos et ça vous remue les tripes, hein ?
Alexandre tressaillit. Il se retourna tout en s’essuyant la bouche d’un revers de manche. La voix grave poursuivit.
— Police nationale ! Capitaine Leroy, du SDPJ d’Amiens. On peut savoir ce que vous faites dans les parages ?
— Je me promenais… et j’ai voulu voir… balbutia le jeune homme.
— Le goût du sang… L’envie de respirer la scène de crime et pouvoir s’imaginer les faits… La noirceur de l’âme humaine. C’est en chacun de nous, vous savez…
— Vous avez arrêté l’assassin j’espère ? rétorqua Alex en préférant changer de sujet.
— Il s’agirait d’un accident, répondit froidement l’enquêteur.
— Ah ? J’avais cru comprendre qu’une jeune fille avait été égorgée ?
— Pour l’attester, il faudrait que nous retrouvions l’arme du crime. Or, à ce jour, les indices et les traces sur son corps nous inciteraient à penser à un choc si terrible et violent que son cou aurait été sectionné par une tôle froissée ou un pare-chocs endommagé…
L’annonce du policier eut l’effet d’un électrochoc sur Alexandre. Ses jambes l’abandonnèrent une fraction de seconde au point de vaciller. Il préféra s’asseoir sur le rocher dans le virage, le temps de recouvrer ses esprits.
— J’imagine que vous faites allusion au véhicule ayant fait une sortie de route ? percuta Alex.
— Oh, mais je vois que vous suivez cette affaire avec grand intérêt ! s’étonna l’OPJ.
Mais quel con je fais ! Déguerpis avant que ce flic ne te grille, réagit-il en se forçant à rester impassible. Il tenta une dernière parade avant de s’esquiver.
— Pour tout vous dire, je connais très bien le secteur. Autrefois, je venais chasser avec mon père. Nous sommes taxidermistes dans la famille… et il y avait de nombreux accidents dans ce satané virage. Je vous laisse et je vous souhaite bon courage pour votre enquête !
L’arme du crime
Sur le chemin du retour, à se traîner sur le bitume à 50 km/h, Alexandre eut largement le temps de repenser à l’affaire.
Comment la police avait pu commettre une telle erreur ? Ou alors le flic s’est joué de ma crédulité en prêchant le faux pour recueillir le vrai, une technique très usitée dans les rangs de la police… Pourvu que je n’aie rien laissé transpirer !
L’idée de s’être jeté dans la gueule du loup lui glaça le sang.
De retour à la longère familiale, il dévala les escaliers pour atteindre son bureau. Quelques clics sur un moteur de recherche et il put s’imprégner des études réalisées sur les entités, les spectres à forme humaine. Certains spécialistes évoquaient des âmes perdues incapables de quitter le monde des vivants, à cause d’un lien qui les retenait à ce bas monde. Ces fantômes du passé attendaient qu’on les libère en leur apportant ce qu’ils réclamaient. Soit des réparations, des notions de justice ou de pardon. À la fin de sa lecture très instructive, Alex fut persuadé que le spectre ne le lâcherait pas tant qu’il n’aura pas accompli un acte probant. Mais pourquoi moi ? Sans doute parce que j’étais sur place juste après le meurtre… Ce spectre me pousse dans mes retranchements pour que j’œuvre à la résolution de l’affaire, en retrouvant l’arme du crime. Vu sa déconvenue d’aujourd’hui, il décida cette fois d’y retourner de nuit, à bord de la 205, restaurée.
Sur place, muni d’une lampe torche puissante, il arpenta l’ensemble de la zone avec minutie sans rien déceler. Il avait beau tourner en rond, en scrutant le sol et en ratissant large, au bout de trois quarts d’heure, bredouille et découragé, il rebroussa chemin. Moment que choisit l’entité pour réapparaitre. La femme tout de blanc vêtue virevoltait devant lui, en lévitation à quelques centimètres au-dessus de l’asphalte. Elle semblait vouloir le guider dans ses recherches. Il la suivit et traversa la chaussée. Une fois sur l’autre terre-plein, il entrevit de suite le reflet de son faisceau lumineux au milieu de la végétation. Une lame… un couteau ? Non, un scalpel, couramment utilisé en milieu hospitalier. La question était de savoir ce qu’il devait en faire ? Il ne pouvait se permettre de la transmettre aux services de police en leur annonçant sa découverte par le plus grand des hasards.
Je l’enverrai par courrier et je signerai « maintenant la vérité sera faite sur ce crime abominable. »
L’arrestation
— Mme Grambert ? Capitaine Leroy du SDPJ d’Amiens. Votre fils est là ?
— Il est dans son bureau au sous-sol, répondit la mère.
Le policier s’engouffra dans la cage d’escalier, l’arme à la main, suivi de près par deux collègues. Le manque de lumière les obligea à utiliser leur lampe individuelle. En croisant les mains, ils progressèrent en éclairant par intermittence les lieux. La tension palpable, les mains crispées sur les crosses et la sueur perlée sur les fronts, ils s’attendaient à ce que le criminel surgisse à tout moment. Les porte-bouteilles vides et rouillés franchis, ils traversèrent les diverses piles de matériels entassés quand soudain, une ombre tapie dans le noir s’élança sur eux, une arme luisante dans la main droite. Une ; deux ; puis trois détonations et l’individu s’écroula lourdement sur le sol. Un des policiers s’approcha, lui retira le scalpel d’entre les doigts et vérifia ses signes vitaux.
— Il ne nuira plus à personne, annonça-t-il.
Le capitaine remonta au rez-de-chaussée et informa la mère éplorée.
— Désolé madame, nous avons dû faire usage de nos armes… Votre fils s’est jeté sur nous en tentant d’égorger un de mes collègues. Sa marque de fabrique !
Devant son incrédulité, Leroy poursuivit.
— Votre fils Alexandre est un tueur. Il a commis cinq meurtres…
Une nuit d’horreur
— Cela s’est produit le 14 février, le soir de la Saint Valentin, l’informa le capitaine.
— Impossible, il assistait au mariage de sa cousine en Picardie, rétorqua Mme Grambert.
— Cette cérémonie lui a servi d’alibi et s’est déroulée en trois temps. En premier lieu, il a retrouvé ses deux cousins, dans la même situation précaire, au chômage, avec un besoin récurrent d’argent. Ils se sont montrés à la mairie puis à l’église, avant de faire acte de présence au vin d’honneur. Vers les 23h00, ils se sont éclipsés pour braquer deux convoyeurs de fonds devant le distributeur à billets sur Amiens. Là, les caméras de la banque nous démontrent que l’un d’eux s’est acharné sur ses victimes en les tailladant et en les égorgeant au scalpel. Le trio regagne la soirée du mariage qui bat son plein, où ils se mêlent aux invités en passant inaperçus. Là, tout bascule. Désinhibés par l’alcool, les esprits s’échauffent et sans raison particulière, Alexandre quitte brusquement la fête à bord de sa 205 en séquestrant dans le coffre la nouvelle compagne de son cousin.
— Comment s’appelait-elle ? s’enquit la mère en séchant ses larmes.
— Lola Riverie…
— C’est l’ancienne amoureuse de mon fils. Elle venait de le quitter. Il ne lui aurait jamais fait de mal, il en était fou…
— Laissez-moi poursuivre, reprit le policier. Le nouveau copain de Lola a cru qu’elle s’était enfuie avec Alexandre et l’argent du braquage. Fous de rage, avec son frère, ils tentent de les rattraper avec leur Mini Austin. S’engage alors une véritable course-poursuite. À tel point que votre fils prend peur et sort de la Nationale juste avant la côte de Doullens. Il connait le secteur et pense pouvoir les semer à travers les routes sinueuses. Les deux frères le percutent plusieurs fois à l’arrière au point de détériorer le hayon et de libérer la jeune fille inconsciente. Suite aux chocs répétés, elle finit par basculer hors du véhicule et se fait écraser par les poursuivants. Les deux voitures stoppent dans le virage. Les trois braqueurs s’empoignent et une bagarre terrible éclate, jusqu’à la mort des deux frères à coups de manivelle. On imagine que la jeune fille agonisait et hurlait à la mort, au point d’inciter Alexandre à abréger ses souffrances en l’égorgeant. Après avoir balancé le scalpel au-dessus de la chaussée, il a tracté le corps de Lola pour l’ensevelir derrière un talus. Pris de panique, il a maquillé les crimes de ses cousins en accident de la route avant d’effacer toutes traces de son passage.
— Mais comment mon petit garçon, si adorable, a-t-il pu vivre après avoir commis de telles atrocités ? se désola la mère.
— Simplement en se racontant des histoires et en échafaudant un scénario à l’opposé des faits. Un déni total. Un psychiatre vous répondrait qu’il a agi ainsi pour refouler ses actes et esquiver sa culpabilité.
— Et comment en êtes-vous arrivé à le suspecter ? demanda-t-elle, effondrée.
— Alexandre s’était tellement convaincu de son innocence qu’il s’est permis de revenir sur la scène de crime. Confirmant une fois de plus l’adage si connu de tous…
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 Ahhh, quel titre ! » : Un nom pour notre cadavre exquis.

« Ahhh, quel titre ! » : Un nom pour notre cadavre exquis.

Attention Jeu-concours

Coucou mes polardeux,

Comme le dit si bien Cécile :

« Pour les 3 ans du blog nous nous sommes lancés, au Collectif, dans une aventure un peu folle, celle d’un cadavre exquis ! Et quelle aventure, dans laquelle plus de 60 contributeurs ont plongé avec nous avec autant de styles, de rebondissements et de brio !

Vous avez salivé, bondi, hurlé avec nous à chaque épisode comme votre voisine devant Plus belle la vie ou votre voisin devant Amour, Gloire et Massacres ? Ou vous vous mordez les doigts de ne pas avoir osé venir nous rejoindre dans cette folle ronde des cadavres ? Ne vous inquiétez pas, nous avons encore en stock quelques surprises pour vous. « 

Notre Exquis Cadavre Exquis, vous l’avez suivi. Vous y avez même participé si cela se trouve.

Alors aujourd’hui c’est simple, nous vous demandons de lui trouver un nom. Ou plutôt un titre.

Durant six mois vous avez pu lire sur nos pages les aventures de Camille. Enfin celles pour résoudre sa mort.

Aujourd’hui nous allons lancer un concours vous permettant de fournir une identité à notre cadavre.

Concours « Ahhh, quel titre ! »

Imaginez un titre accrocheur, incisif, humoristique, dramatique ou juste décalé pour cette œuvre protéiforme, unique et multiple tout à la fois.

Un titre qui ira comme un gant à notre cadavre…

Pour cela, vous devez être abonné à notre blog  Collectif Polar…

Et avoir lu le cadavre exquis dans son intégralité !

Vous trouverez ci dessous 5 récapitulatifs qui vous permettront de lire la première version de ce cadavre exquis.

Récap 1

Récap 2

Récap 3

Récap 4

Récap 5

Et répondre à notre question « Quel titre pour notre cadavre exquis ? »

Nous envoyez votre réponse avant le 31 octobre par mail : collectif.polar@gmail.com

Allez à vous de jouer

Et belle inspiration à vous !

 

Collectif Polar cadavre exquis Titre légistes de l »Exquis Cadavre Exquis

Isabelle Bourdial, Cécile Pellault et Geneviève Van Landuyt

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Et si on jouait avec notre cadavre exquis : Un nom et une couverture pour un cadavre !

Et si on jouait avec notre cadavre

Un nom et une couverture pour un cadavre !

 

Pour les 3 ans du blog nous nous sommes lancés, au Collectif, dans une aventure un peu folle, celle d’un cadavre exquis ! Et quelle aventure, dans laquelle plus de 60 contributeurs ont plongé avec nous avec autant de styles, de rebondissements et de brio !

Vous avez salivé, bondi, hurlé avec nous à chaque épisode comme votre voisine devant Plus belle la vie ou votre voisin devant Amour, Gloire et Massacres ? Ou vous vous mordez les doigts de ne pas avoir osé venir nous rejoindre dans cette folle ronde des cadavres ? Ne vous inquiétez pas, nous avons encore en stock quelques surprises pour vous.

Nous allons lancer deux concours vous permettant de fournir une identité à notre cadavre et de lui offrir la couverture qu’il mérite !

Concours « Ahhh, quel titre ! »

  • Imaginez un titre accrocheur, incisif, humoristique, dramatique ou juste décalé pour cette œuvre protéiforme, unique et multiple tout à la fois. Un titre qui ira comme un gant à notre cadavre…

Concours « Couv de choc »

  • Créez un visuel de couverture. Photo, Photomontage, graphisme, dessins, tant que les œuvres sont de vous, lâchez-vous. Envoyez votre contribution pour avoir la chance d’être l’heureux élu qui pourra clamer haut et fort « J’ai couvert Le cadavre du Collectif Polar ».

Pour cela, vous devez être abonné à notre blog  Collectif Polar…

Et avoir lu le cadavre exquis dans son intégralité !

Vous trouverez ci dessous 5 récapitulatifs qui vous permettront de lire la première version de ce cadavre exquis.

Récap 1

Récap 2

Récap 3

Récap 4

Récap 5

Voilà, préparez-vous à jouer avec nous

et à très bientôt pour offrir

un nom et une couverture pour un cadavre !

Notre concours « Ahhh, quel titre ! » démarre le 20 au soir.

Tenez-vous Prêt(e)s

 

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Exquis Cadavre Exquis, la 5e et dernière récap

Exquis Cadavre Exquis, la 5e et dernière récap

Arrêt sur image, venez découvrir l’état de notre exquis cadavre exquis…

Voici le final de notre Exquis cadavre exquis que vous avez suivi avec attention

Et…

peut-être avez vous aussi tenu le scalpel pour faire avancer notre histoire !

Mais cette fois c’est belle est bien terminé.

Après 68 épisode et un épilogue, notre cadavre à enfin livrait tous ses secrets.

Aussi pour vous voici les 15 derniers chapitres

Episode 55 à 68 + épilogue

Allez…Bonne dégustation…


Episode 55 by Mark Zellweger

Temps Mossad à Paris

À l’ambassade d’Israël à Paris, non loin des Champs-Elysées, Rebecca Leibowitz reçut une alerte code 1 sur son smartphone. Cela signifiait qu’Il y avait une urgence dans l’opération qu’elle supervisait en ce moment. Habituellement basée en Suisse et étant détachée auprès du Sword de Mark Walpen, le Mossad lui avait demandé de rejoindre la capitale française en urgence afin d’épauler l’équipe locale qui avait mis en place une opération délicate. Cela faisait plusieurs mois que, par des informateurs de la police française, le Mossad avait eu vent d’un gros trafic d’étiquettes de vin. Intrinsèquement, cela ne l’intéressait guère, sauf que cela se recoupait avec des informations signalant que ce trafic pourrait servir à en couvrir un autre, un trafic d’armes celui-là, en faveur du Hamas ! Et de cela il n’était pas question.

Dès le départ, le Mossad suivait l’affaire de près et s’était rapproché suffisamment des demi-frères Blanchard et Lalande pour avoir appris que ces deux gugusses franchissaient régulièrement la ligne rouge et utilisaient de temps à autre des tueurs à gages et autres hommes de main.

Il n’en fallut pas plus pour que l’Institut remette dans le circuit sa fameuse Amanda qu’il utilisait déjà depuis quelques années. Amanda, la star des tueuses à gages, nageait dans le darknet avec aisance et était considérée comme le must en termes d’élimination !

Si Amanda avait envoyé ce message, cela signifiait qu’un incident grave lui était arrivé et que Rebecca devait lancer au plus vite une mission de récupération de son agent. Elle se mit aussitôt à la tâche.

Pendant ce temps, dans la rue où résidait le brave Jo et sa conquête du jour, la Peugeot 306 du brigadier-chef Lerek était stationnée. Ce dernier ayant reçu l’info que quelque chose de gros se préparait là, par un de ses amis de la DGSI, il n’allait pas le rater. Surtout que ces derniers temps, sa situation se dégradait fortement au sein de l’équipe des enquêteurs de la brigade. Depuis que le petit jeune, tout juste sorti de l’école de police, le brigadier-chef Nobel, était arrivé, il n’y en avait plus que pour lui. Nobel par-ci, Nobel par-là… Lerek avait le sentiment que pour la brigade il appartenait au passé. Il lui fallait du sensationnel pour remettre ce petit morveux à sa place et ainsi montrer qui était le plus futé.

Quand Nobel lui avait demandé de le rejoindre à Lariboisière, il lui avait répondu par l’affirmative, mais il avait filé direct vers cette adresse et attendait, scrutant cette fenêtre dont la lumière restait allumée.

Une bière à la main, concentré vers le porche de l’immeuble, il ne put rater l’entrée de trois personnes qui, comme par hasard, portaient toutes des sweats à capuche et des lunettes de soleil.

« Ce coup-ci, c’est pour moi ! » fit Lerek pour lui-même en sortant de sa voiture.

Episode 56 par Elias Awad

La fesse à DN

Par la faute des deux gogols, ce connard de flic fouineur a échappé à une séance de mise à mort au cours de laquelle les deux bas-du-front auraient rivalisé de savoir-faire, tout en rigolant comme d’habitude. Il se devait d’être là pour poser les questions et entendre les réponses avant de le laisser aux bons soins des frères Mazoj. Mais disparu, l’enflure de flic, évanoui dans la nature ! Blanchard est furieux. Ils ne rient plus après leur bourde, ces deux cons ! Mais chez Anton, il y a quelque chose de louche… Le géant, le plus vicelard des deux, celui dont il aurait fallu doser les ardeurs si l’on voulait tirer quelque chose d’utile du flic, avait sur sa tronche quelque chose de plus que, juste, l’air penaud de qui a gaffé grave… Mais quoi ?! Blanchard en est là de ses réflexions quand son Galaxy S9 se met à vibrer contre sa fesse droite.

— « Quoi ?!!! Meeerde ! Quand ?! A l’arme blanche ! Et les chiens ?!… »

« C’était lui le génie, et c’est moi qui suis vivant ! », pense Blanchard. La réflexion lui traverse l’esprit pendant l’appel. Mais l’éphémère sourire qui passe au coin de sa bouche cède vite la place à la panique, en même temps qu’une sueur froide envahit instantanément son cuir chevelu ! La panique et sa copine, la parano. Qu’est-ce qu’il a, Anton ? Qu’est-ce qu’il sait qu’il garde pour lui ? Bruno voulait faire taire la vieille une fois pour toutes. « Anton, Pavel ! » crie-t-il aux deux frères en sueur en train de fendre des bûches, histoire de s’occuper.  « A l’hôpital ! La vieille ! Tout de suite !», aboie Blanchard en faisant courir son index sur sa gorge. Une fraction de seconde, Anton suspend son geste, le regard dans le vide. Une fraction de seconde qui n’échappe pas à Blanchard. « Je panique, là ! Faut que j’arrête mon cinéma !  Qu’ils dégagent la vieille, un point c’est tout. Bruno devait avoir de solides raisons de la faire taire alors même qu’il en était follement amoureux… »

— « Bouge-toi ! », hurle-t-il au grand Tchèque qui se dirigeait d’un pas lent (trop lent ?) vers la voiture où le frangin était déjà au volant.

* * *

Enfin arrivée dans la maison de l’Oise, Carole savoure chaque instant d’une douche longue et bien chaude. Elle réfléchit, tout en se débarrassant des quelques éclaboussures du sang de Bruno. Blanchard d’abord ou Amanda ? Le demi-frère a commandité l’assassinat, même si c’est Lalande qui l’a décidé. L’envoyer ad patres ne lui poserait pas plus de problème, même s’il devait être maintenant sur ses gardes. Elle sait qu’elle fera, là aussi, le geste de sang-froid. Mais cette femme dont sa jumelle était amoureuse…

L’eau coulant sur la large cicatrice de brûlure qui court sur l’arrière de sa cuisse droite, de la fesse (la fesse à DN, comme elle l’appelle) presque jusqu’au pli du genou, ramène Carole, aujourd’hui comme presque tous les jours, à l’accident. Le gros Range qui la suivait depuis un bout de temps cette nuit-là alors qu’elle rentrait de Sélestat par la D1083, qui l’a lentement doublée dans Benfeld, le passager cagoulé qui a profité de l’éclairage public pour la dévisager longuement. Puis, en rase campagne peu après la sortie de la ville, l’éblouissement des phares venant en sens inverse. Puis le choc. N’était celui qu’elle appelle depuis son “Grand Frère”, Carole aurait sûrement péri lors de l’explosion du véhicule. Après, bien après, la mémoire lui est revenue pan après pan… Les avances incessantes de Bruno quand il vivait à la maison, le viol pour la punir de l’avoir si longtemps « humilié » en lui crachant à la figure son mépris, sa propre menace de tout raconter à sa mère, et la vidéo que son beau-père avait faite pendant le viol et qu’il menaçait à son tour de montrer à Laure… Cette vidéo, expression de toute la perversité du personnage, où elle s’entendait haletant en rythme des « ouiii Bruno », des « vas-y Bruno ». C’était bien sa voix, mais retravaillée en studio pour que ses cris d’encouragement, repiqués d’une vidéo de course au sac à patates, du temps des beaux jours où tout allait bien, deviennent des feulements de femelle en rut !

* * *

Au moment où Lerek traverse la rue devant l’immeuble d’Amanda pour suivre les trois encagoulés qui sentent les ennuis à plein nez, un scooter qu’il n’avait pas vu lui démarre sous le nez. Sans doute était-il garé dans le renfoncement de l’entrée de l’immeuble, dissimulé par l’obscurité et les voitures alignées le long du trottoir … « Merde, merde et merde ! », se dit-il. « Suivre les trois barbouzes ou retourner prendre la voiture et poursuivre ce qui n’a peut-être rien à voir avec tout ça ?! »

Episode 57 by Kate Wagner

Personne ne sortira indemne

Lerek retrouva sa voiture, écrasa sa cigarette, et s’y engouffra avec une rapidité surprenante malgré les vertiges qui l’assaillaient. Il avait oublié, comme trop souvent en ce moment, de manger. Fumer lui coupait l’appétit comme aucune pilule amaigrissante magique n’était capable de le faire. Demeurer mince et affûté pour rester dans la course. Il voulait garder son physique de jeune séducteur mais, à plus de 40 ans, cela devenait de plus en plus difficile.

Il démarra dans un bruit désagréable de crissement de pneus et dans l’odeur de gomme brûlée. La décision de suivre le scooter était une fulgurance qu’il regrettait déjà mais trop tard, il devait aller jusqu’au bout. Peut-être la chance allait, pour une fois, tourner à nouveau en sa faveur. Elle ferait de lui le leader qu’il avait toujours été aux yeux de nombre de ses collègues. Féminines surtout.

Il grilla un premier feu rouge à l’angle de la rue Van Landuyt et du Boulevard Perrault. Il roulait vite mais le scooter, plus maniable, prenait de l’avance. La silhouette de cuir sombre, casquée de noir, incarnait à elle seule toutes les violences.

Lerek tourna brusquement à droite et soupira de soulagement en distinguant le deux-roues au bout de la route. Ce moment d’inattention à se focaliser sur sa cible lui coûta plusieurs précieuses secondes. Une femme traversait au passage piéton, poussant la trottinette d’une fillette en robe rouge. Détail troublant que Lerek enregistrait malgré lui. Il voyait le point d’impact se rapprocher à une allure vertigineuse. Impossible de l’éviter. Il imaginait les deux petits pantins tournoyer dans le ciel gris. Il appuya avec force sur la pédale de frein comme si l’énergie de sa rage pouvait décupler son efficacité. Il voyait à présent la couleur des yeux écarquillés de la mère. Elle ressemblait à un lapin pris dans les phares. Puis, un clignement de paupières pour s’apercevoir que sa voiture s’était stabilisée, le parechoc collé à la hanche de la petite. La sueur ruisselait le long de sa colonne vertébrale. L’odeur opiacée de la peur emplissait l’habitacle de la Peugeot.

Il ne prit pas le temps de s’apitoyer sur les piétonnes, les contourna et redémarra dans un tourbillon de gaz d’échappement. Paniqué, il chercha à visualiser le scooter. Il l’avait perdu.

Impossible. Ne pas baisser les bras. Fonce Lerek, montre-leur qui tu es, montre-leur quel seigneur ils peuvent vénérer. Il passait la cinquième, à fond au feu rouge du carrefour des Surréalistes lorsque, venant de sa gauche, une grosse BMV ne put l’esquiver. Le choc, terrible, enfonça la portière du flic pour atteindre quasiment le siège passager. Lerek, dans la carcasse fumante et le verre brisé, sentit ses os craquer, sa bouche se remplir du goût ferreux du sang et s’étonna de ne ressentir aucune douleur. Il glissait doucement dans un autre monde, revit sa vie en accéléré. Sa dernière pensée fut que personne n’allait sortit indemne de cette histoire de dingues.

Episode 58 by Jean-Paul dos Santos Guerreiro

In extremis

Dès son incorporation dans la brigade, Nobel sentit une tension constante au sein de l’équipe. Trop de meurtres, trop de questions, pas assez de réponses… La pression de leurs supérieurs devenait ingérable. Et puis, pourquoi, dès son arrivée, Lerek l’avait-il pris littéralement en grippe, malgré tous ses efforts ? Il était toujours sur son dos à essayer de le piéger!

Pourtant, s’il y en avait bien un qu’il admirait, c’était Lerek.

Que serait-il devenu sans lui ?

Un voyou, un dealer peut-être ?

Pire, sûrement !

A 15 ans, Nobel en était à son troisième braquage quand il s’était retrouvé face à ce policier qui, après l’avoir appréhendé, était venu le voir plusieurs fois en détention.  A l’époque, il avait le crâne rasé, chétif, à peine cinquante kilos, pour un mètre soixante-dix-sept. Il avait repris ses études pour celui qui était devenu « sa référence ». Quand il s’inscrivit à l’école de police, il avait fait son possible pour être dans la même brigade que Lerek, celui qui lui avait redonné un motif de vivre et une vraie envie d’aider son prochain.

Quelle fut sa surprise en arrivant ! Cheveux grisonnant et l’air bougon, Lerek l’avait tout de suite pris de haut. Nobel n’avait même pas osé lui dire qui il était et pourquoi il était là… Tous les jours, il voyait Lerek s’enfoncer dans un monde gris et taciturne. Ses doigts complètement jaunis par la nicotine à force d’enchaîner les cigarettes. Plus que des envies, c’était devenu un véritable besoin. Il les allumait nerveusement, en plus des cafés qu’il buvait à toute heure de la journée, et qui ne lui étaient plus d’aucune utilité, juste un réflexe.

Ce matin, il décida de faire à son tour quelque chose pour lui. L’envie de le mettre au pied du mur, de lui demander ce qui lui était arrivé. Il appela Lerek pour qu’il vienne à Lariboisière. Il était en bas du poste de police, et le vit arriver quelques minutes plus tard… Il s’attendait à le voir tourner sur sa droite, mais Lerek filait tout droit, dans la direction opposée. Pourquoi ? Nobel décida de le suivre. Il eut à ce moment-là, une drôle d’intuition.

* * *

Cela faisait quelques minutes que Lerek stationnait au pied d’un immeuble, une cigarette à la main, une bière dans l’autre. Nobel n’osait l’aborder. Soudain, il jeta sa cigarette à peine entamée dehors et la bière sur le siège passager, démarra en trombe pour suivre un scooter qui filait déjà à toute vitesse. Nobel démarra à son tour. Lerek roulait comme un fou, atteignant des vitesses dangereuses, évitant de justesse une jeune maman et sa fille avec une trottinette, grillant les feux et les stops. Sa chance l’abandonna quand un gros 4×4 blanc le percuta de plein fouet.

Il s’arrêta frein à main à fond et dérapa. Il sortit de son véhicule téléphone à la main et appela les urgences en leur signalant le lieu de l’accident. Les occupants de la BMW étaient sonnés mais indemnes, les airbags avaient rempli leur fonction.

L’état du véhicule obligea Nobel à passer par la portière du passager pour voir l’état du blessé.

Pas fameux. Il ne ressentait aucun pouls, ni respiration. Nobel tenta une réanimation pendant plusieurs minutes avant l’arrivée des urgences. Lerek se reveilla enfin, en hurlant… Ses jambes avaient l’air complètement broyées suite à la déformation de la portière, coincées par la boîte de vitesse.

— Putain ! Mes jambes… Ça fait un mal de chien.

— Ne bouge pas, Lerek ! Les secours arrivent !

— Ne bouge pas… Tu te fous de ma gueule ? Où veux-tu que j’aille dans cet état ? Et qu’est-ce que tu fous là, Nobel ? Tu devais pas aller à Lariboisière ?

— Il fallait que je te parle. Savoir ce qui t’étais arrivé, pourquoi tu as tant changé. Tu n’es plus le Lerek de mes souvenirs.…

— Le Lerek de tes souvenirs.… C’est quoi cette connerie encore ?

— Mon nom n’est pas Nobel. Je m’appelle Jacques. Jacques Seyssau !

— Mais…

— Non, ne dis rien ! Laisse-moi finir. J’ai voulu suivre ton exemple Lerek, rentrer dans la police mais avec mon casier, j’ai dû me refaire une identité. Je ne t’ai pas dit non plus qui j’étais car ma vie, ma rédemption reposent sur un faux, sur un mensonge. Je ne voulais pas t’y impliquer.

— Jacques ? L’ado paumé ?

— Oui !

— Oh, Jacques !… Oh, putain !… J’crois bien que tu viens d’me sauver la vie, gamin ! dit-il en s’évanouissant de nouveau, pendant que l’auto-radio s’arrêta sur un morceau de « In Extremo ».

Au loin, on entendait déjà les sirènes hurlantes des secours…

Episode 59 by Élodie Torrente

Une folle alliée

Tandis que les pompiers s’affairaient autour de Lerek, essayant de le dégager de la carcasse, Blanchard et les frères Mazoj s’apprêtaient à en finir avec l’ex-femme de feu Bruno Lalande. Suivis de près par Sebastián Lerot qui retournait à la case départ. Celle qui avait permis aux deux molosses tchèques de lui casser la tête puis de l’enfermer pieds et poings liés dans le coffre de leur voiture.

Sur le parking, alors que Lerot se remémorait ces funestes instants, Blanchard sortit de son véhicule laissant les deux autres dans l’habitacle. Ils le rejoindraient plus tard, habillés en blanc, comme ils l’ont toujours été pour s’occuper, à coups de piqûres, de Laure Longchamps. Si, et rien n’était moins sûr, la mère de Camille et de Carole était toujours de ce monde avec la dose de sédatif qu’ils lui avaient injectée la veille.

Lerot se gara discrètement à quelques mètres des autres, derrière un gros Range Rover. Un couple et un adolescent en descendaient. Sans perdre Blanchard de vue, il engagea la conversation avec le père au visage blême. Un quadragénaire de type golfeur portant casquette et chemise Lacoste qui, au bout de quelques pas, manquât de tomber. Retenu in extremis par sa femme et le bras vigoureux de Lerot, l’homme blafard échappa de peu au sol. C’est alors que l’épouse expliqua à l’inspecteur le choc violent qu’ils venaient de subir en percutant une voiture lancée à pleine allure. Des larmes coulaient sur ses joues. Vu l’état de l’autre véhicule, le chauffeur était mort. C’était sûr ! Ils étaient devenus en un quart de seconde et malgré eux, des meurtriers. Jamais, elle ne s’en remettrait. L’adolescent silencieux avançait à leur côté, les yeux rivés sur son smartphone.

Tout en supportant le quidam et en réconfortant la femme, Lerot, ainsi joint à cette famille, entra dans l’hôpital sans attirer les soupçons de Blanchard. Une fois parvenu à l’accueil et le père de famille confié à des mains expertes, il prétexta une visite urgente pour s’éclipser et suivre, à distance, celui qu’il soupçonnait d’un prochain meurtre. Avec la casquette du mari sur la tête, offerte de bonne grâce par la femme reconnaissante, il put mieux se fondre dans les couloirs sans être démasqué par l’escroc qui empruntait la direction du service psychiatrique.

Lerot ne put s’empêcher d’être soulagé. Il avait eu peur en se garant que les trois enfoirés ne s’en prennent à sa chère Rémini. Il se promit d’ailleurs de profiter de sa venue ici pour lui faire une petite visite ensuite. Enfin, si tout se passait bien. Car, à trois contre un, même avec sa carte de flic et dans un hôpital, vu les rebondissements de cette histoire, de nouveaux emmerdements ne l’étonneraient pas. Rien ne s’était déroulé comme prévu. Même son eczéma avait disparu, sans crier gare. Lui qui, de longue date, l’empêchait de vivre sans se gratter. Il n’était donc pas à un coup de théâtre de plus.

Au bout de cinq minutes à longer les longs murs vieillots de l’hôpital du nord de la capitale, il s’arrêta à l’angle d’un couloir et, à une vingtaine de mètres, tendit l’oreille pour écouter ce que disait l’infirmier posté à l’accueil du service psychiatrique. Par chance, ce n’était pas la jeune et douce infirmière de la veille. Le soignant du jour avait une voix grave et forte.

« Madame Longchamps. Vous êtes de la famille ?

— Je suis son frère.

— C’est le service administratif qui vous a prévenus ? Déjà ?

— Prévenu de quoi ?

— Eh bien… Comment dire… Attendez, je vais appeler un médecin.

— Elle est morte ? Une pointe de soulagement transparut dans la voix de Blanchard.

— Veuillez patienter. »

L’infirmier décrocha son téléphone pendant que le demi-frère de Lalande faisait les cent pas devant le comptoir.

Lerot, qui n’en avait pas perdu une miette, espérait que la vieille n’avait pas trépassé. Elle avait des choses à lui dire. Elle était au cœur de tous ces meurtres. Il en était maintenant convaincu. Avoir été agressé et kidnappé alors qu’il était près de s’entretenir avec elle avait forcément du sens. D’autant que les Mazoj étaient déguisés en infirmiers. Il avait bien fait de réfréner son envie de se protéger en fuyant et de les suivre. Fallait qu’il contacte la brigade de toute urgence. D’autant qu’il allait se prendre un sacré savon par Fabre ! Or, avec son maudit téléphone qui n’avait plus de jus, ce n’était pas gagné. Il le sortit quand même de sa poche au cas où, par le miracle des nouvelles technologies, il redémarrerait puisqu’il en avait besoin. Mais rien. Écran noir.

Tapi dans son coin, il décida d’attendre l’arrivée du médecin. Et avant que Blanchard n’ait le temps de se retourner pour repartir et, inévitablement, le découvrir, Sebastián déguerpit, après avoir entendu le psychiatre annoncer au soi-disant frère qu’à 7 heures ce matin, l’aide-soignante de service avait trouvé la chambre de Madame Laure Longchamps vide. La patiente était partie en laissant toutes ses affaires. En dehors d’une enveloppe et de sa pièce d’identité qu’elle conservait dans le fond de son armoire, rien n’avait été emporté.

Episode 60 by Oph

Exfiltration

Après leur entretien avec Dieter, Max et Costes s’engouffrèrent dans leur voiture. Direction Paris. Le déplacement n’avait pas été vain. Les informations obtenues par leur mystérieux contact donnaient le mobile du meurtre de Camille et il était urgent d’en aviser Lerot. Enquêter en free lance c’est bien, mais ils ne pouvaient faire justice eux-mêmes. Bien que souvent border-line, les deux compères voulaient, plus que tout, que les responsables de la mort de leur petite protégée payent pour leur crime.

Cinq sonneries, répondeur… « Chiotte » s’exclama Max en jetant son téléphone sur le tableau de bord.

— Impossible de joindre Lerot. À quoi lui sert son téléphone puisqu’il ne répond jamais !

Costes lui jeta alors un regard qui voulait tout dire, il mit le contact, passa la première et fit crisser les pneus en quittant le parking de Der listige Fuchs. Dans 10 heures ils seraient de retour dans la Capitale, peut-être moins. Si d’ici là Lerot ne donnait pas signe de vie, ils se rendraient directement dans le bureau du juge Fabre.

* * *

Quand Carole avait reçu l’appel de sa mère, il lui avait fallu quelques secondes pour réaliser qu’elle ne rêvait pas… Alors qu’elle la visitait régulièrement, elle ne semblait pourtant pas la reconnaître. Que s’était-il passé ? Comment était-elle sortie de ce brouillard qui semblait la dévorer depuis son internement ? Il serait temps de lui poser ces questions quand elle l’aurait rejointe. En attendant, il fallait la sortir de cet univers de blouses blanches et la rapatrier ici, à ses côtés. Là-bas, elle était en danger, même si ce porc de Lalande était mort, Blanchard courait toujours…

« Grand-frère ? C’est moi… Je vais encore avoir besoin de ton aide.

— Je t’écoute.

— Ma mère m’a appelée…

— Quoi ?

— Oui, elle est sortie des vapes et se souvient de tout. On ne peut pas la laisser là-bas, elle est en danger. Il faut la ramener près de moi, ici elle sera en sécurité.

— Je suppose que tu veux que j’aille « l’enlever » ?

— Tu veux bien ?

— Je m’en occupe. »

Après avoir raccroché, le « grand-frère » prit la direction de l’hôpital psychiatrique.

Laure écarquilla les yeux.

« Toi ?

— C’est Carole qui m’envoie. Elle veut que je te ramène près d’elle. Maintenant que tu as retrouvé tes esprits, tu es une menace pour Blanchard. Je t’emmène auprès de ta fille.

— Carole sait-elle qui tu es vraiment ?

— Non, je ne lui ai rien dit. »

Laure se leva et embrassa l’homme que sa fille lui avait envoyé.

Quand, quatre ans plus tôt, Laure avait pris conscience du danger que Lalande représentait pour ses filles, elle avait contacté Eric, frère de son défunt mari. Militaire de carrière, Eric passait son temps en OPEX. Les jumelles avaient entendu parler de tonton Rico mais ne l’avaient jamais rencontré. Le jour de l’accident de Carole, Eric la suivait de loin. C’est ce qui avait sauvé la vie de la jeune femme. Il avait choisi de ne pas en parler à Laure tant que Carole n’avait pas recouvré la mémoire et la santé après l’accident. Il souhaitait préserver sa belle-sœur. Malheureusement, il ne se doutait pas que Laure sombrerait dans la folie.

Profitant du changement de service et de la baisse de vigilance du personnel de l’hôpital, Eric et Laure quittèrent les lieux sans se retourner. Direction la baraque campagnarde. Il était temps de recomposer ce qu’il restait de leur famille et de faire la lumière sur la mort de Camille.

Episode 61 by Nina du Resto littéraire

Direction Lalande

Amanda se retourne dans le lit, cherchant une meilleure position, mais, lui arrachant un cri, une douleur fulgurante la réveille tout à fait. Les yeux dans le vague et l’esprit dans le brouillard, elle met quelques minutes à retrouver le fil des évènements. Je suis dans mon appartement avec la fille de Max et la sonnette retentit… J’ouvre…Un violent coup de poing me percute… Je me réfugie dans un bar…Je me réveille dans cette chambre et deux silhouettes sont au-dessus de moi en train de changer mon bandage…Mais où suis-je ?… D’une main décidée, elle cherche un interrupteur. Avec la lumière, elle découvre un petit mot glissé à son intention sur la table de nuit.

« Belle Camille, si tu te réveilles, fais comme chez toi ! Je serai vite de retour. Jo »

Au moins, elle n’a pas donné son vrai nom à l’inconnu(e), Jo, son bienfaiteur ou bienfaitrice de l’instant, qui sera sûrement déçu(e) à son retour.  Remerciant sa bonne étoile d’être en vie et surtout d’avoir su tenir sa langue. Malgré la terrible sensation de coaltar, elle tente de se lever, cherche ses fringues qu’elle ne trouve pas. Elle aperçoit et saisit une boîte de calmants sur la table de nuit, en avale deux. Dans sa tête un seul leitmotiv :

 « A nous deux, Mr Lalande. Une petite visite à votre villa est maintenant nécessaire »

* * *

De retour de la pharmacie, Carole entre le digicode de l’immeuble de son « grand frère ». Impatiente comme une enfant, elle se dirige vers la porte de l’appartement. Enfin, elle va retrouver sa maman. En la voyant, elle comprend à son regard qu’elle est vraiment redevenue elle-même. Elles se jettent dans les bras l’une de l’autre. La joie est si intense que Carole fond en larmes.

« Maman ! Merci Eric, merci. Mais explique-moi, que s’est-il passé ? A chaque fois que je venais te voir, tu étais incapable de me reconnaître et là, tu l’air si… normale !

— Calme-toi, ma chérie ! Je vais t’expliquer ou plutôt, Rico va t’expliquer car il y a, encore quelques minutes, je ne comprenais pas moi-même.

— Rico… Mais il faut croire que vous avez déjà bien fait connaissance tous les deux pour que tu lui donnes un petit nom ! En même temps, je savais qu’il te plairait !

— Non, Carole, tu n’y es pas. On se connait depuis longtemps avec Eric. Assieds-toi, on va tout t’expliquer. »

Interloquée, Carole s’assoit, à la fois curieuse et inquiète de ce qui l’attend.

« Dis-moi ma chérie te rappelles-tu de ton oncle ?

— Le frère de papa ? Oui, vaguement. Pourquoi ?

— Te rappelles-tu de son prénom ?

— Attends que je réfléchisse… »

Concentrée, Carole sonde sa mémoire et d’un coup, les yeux écarquillés, l’incrédulité sur le visage, elle se tourne vers Eric.

« Tonton Rico ! Vraiment ? Mais pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ?!

— Sans compter ta perte de mémoire, tu étais dans un sale état après l’accident… Puis, les mois ont passé,  tu t’évertuais à m’appeler grand frère, alors j’ai laissé couler. D’autant que la mort de ton père était encore pour toi une énorme blessure que je ne voulais pas rouvrir. Désolée Carole !

— Mais pour maman ?

— J’ai autre chose à te révéler. Comme tu le sais, Blanchard et Lalande ont deux gros bras tchèques qui font tout leur sale boulot. Eh bien, l’un d’eux, Anton, est un ami, un frère d’armes et j’ai une confiance aveugle en lui, malgré la brute qu’il peut être. Lorsqu’un soir on s’est retrouvé autour d’une bière et qu’il m’a parlé de son nouveau patron, le rapprochement avec vous a été rapide dans ma tête. Je lui ai donc demandé de veiller sur vous. J’ai… ou plutôt, il a échoué pour Camille…  J’avais aussi des soupçons sur la réalité de la folie soudaine de ta mère et j’ai demandé à Anton de chercher à savoir si Lalande ne la droguait pas. Mon intuition était bonne et Anton a simplement remplacé les comprimés par d’autres identiques mais inoffensifs. Il ne restait plus qu’à attendre que les effets se dissipent et que ta mère revienne dans notre monde en espérant que ce soit possible »

Toujours assise Carole est incrédule, son « grand frère » et son oncle Rico sont une seule et même personne.  Et si Anton avait été plus malin, sa sœur serait toujours en vie. Une rage intense s’empare d’elle.

« Merci pour maman, mais cela n’efface en rien la mort de Camille, sache-le. Maintenant, on bouge et on file chez Lalande. Les flics auront certainement déguerpi et je suis sûre que Blanchard va en profiter pour passer la villa au peigne fin afin de faire disparaître toutes les preuves. Et je veux être là !

— Comment être sûr qu’ils y seront à notre arrivée?

— Envoie un SMS à ton frère d’arme, Anton ! »

Episode 62 by Solène Bakowski

Le roussi vous va si bien

Amanda se redresse avec difficulté, s’assoit d’abord, marque une pause, puis pose ses pieds sur le sol avant de tenter de se mettre debout. Mais elle vacille, emportée par le poids de sa tête qui est à présent un véritable champ de courses. Affaiblie, elle manque de tourner de l’œil. Elle doit se rendre à l’évidence : dans son état, quitter cet appartement ne sera pas une sinécure. Sans compter que le ou la dénommée « Jo » — comment savoir avec un surnom pareil ? — lui a ôté la plupart de ses vêtements.

Après quelques secondes au cours desquelles elle s’efforce de faire la mise au point sur le mobilier qui l’entoure, elle titube vers un grand placard. Elle l’ouvre et en analyse brièvement le contenu jusqu’à déduire que « Jo » est a priori un homme plutôt jeune qui semble avoir un faible pour la couleur orange. Et la cigarette, si l’on considère les relents de tabac froid exhalé par les vêtements. Amanda réprime le haut de cœur qui lui soulève l’estomac et parvient à saisir un pantalon noir et un tee-shirt citrouille affublé d’un smiley idiot qu’elle enfile en serrant les dents tant sa poitrine, son menton, ses bras, ses jambes la font souffrir. Elle coince ensuite ses cheveux dans une casquette publicitaire à l’effigie d’une marque de whisky.

C’est bon, ça va le faire, se dit-elle, ragaillardie à l’idée de traverser la ville déguisée en homme et donc, parfaitement incognito.

Puis :

Merde, mes chaussures.

Elle lorgne, dépitée, du côté de la petite paire d’escarpins gisant sur le sol. Elle se résout alors à attraper des baskets qui lui paraissent immenses — Mais combien chausse ce type ? Du… 48 ???? — et dans lesquelles ses petits pieds flottent allègrement.

Espérons que je n’aie pas besoin de courir, conclut-elle en se glissant à l’extérieur de l’appartement, tout en se promettant vaguement de changer de boulot. Un truc plus calme. Un truc où elle n’aurait pas besoin de se couler dans des pompes aux allures de bateau de croisière et de revêtir un tee-shirt ridicule pour buter un type et, ainsi, sauver sa peau.

* * *

Pas de Laure. Blanchard est livide.

— Mais comment c’est possible ? grogne-t-il tout en s’efforçant de contenir sa colère pour ne pas effrayer le personnel hospitalier.

N’osant pas prendre l’infirmier directement à partie, il roule des yeux furibonds vers les deux Tchèques, qui attendent légèrement en retrait.

Une cloche tinte. Comme un cheveu sur la soupe. L’agacement monte d’un cran pour Blanchard, qui, à présent feule et plisse les yeux. Son cou gonfle. On dirait un taureau prêt à charger.

Anton se dépêche d’extirper le portable du fond de sa poche. Un SMS. Qu’il n’a pas le temps de lire.

— C’est pas le moment d’échanger des mots doux ! postillonne Blanchard en expulsant le téléphone des mains d’Anton pour faire passer ses nerfs.

* * *

— Il t’a répondu ? s’inquiète Carole qui, déjà, prépare son matériel.

Son oncle secoue la tête.

— Pas encore.

— Et si ton ami ne recevait pas le message ? Et s’ils nous tendaient un piège ? Et si…

Éric s’approche doucement de Laure dont la respiration saccadée s’adoucit sensiblement.

— N’oublie pas que ta fille est une magicienne, lui souffle-t-il sur un ton apaisant, avant de lancer un clin d’œil à Carole.

*****

Le téléphone d’Anton glisse sur le sol parfaitement lustré du couloir de l’hôpital, pour venir s’écraser sur le bout de la chaussure de Sebastiàn. Dans une tentative désespérée, celui-ci s’efforce de recroqueviller ses pieds. Trop tard. Anton dirige son immense carcasse droit sur lui. Et sur son eczéma qui, bien sûr, se remet à le démanger sévère.

Episode 63  by Aline Gorczak

Va-t-on en voir la fin ?

Sebastián retient sa respiration en espérant que le type parvienne à récupérer son téléphone avant qu’il n’arrive jusqu’à lui. Peine perdue, le Tchèque se retrouve nez à nez avec le flic. Moment suspendu où chacun évalue ses « chances ». Anton ramasse son appareil tout en fixant Sebastián et lui tourne le dos sans un mot. Lerot n’en revient pas. C’est quoi ce délire ? Il s’attend à chaque seconde à ce que le duo de gros bras lui tombe dessus. Il observe Blanchard piquer sa crise sur les deux Tchèques. Dans la foulée, il comprend que Madame Longchamps n’est plus ici. Mille questions se bousculent sous son crâne. Comment une femme n’ayant plus toute sa tête, qui semble apathique, peut quitter un établissement médical sans que personne n’intervienne ? Qui l’a aidée et pourquoi ? Que sait-elle ?

C’est Valérie qui lui avait parlé de Madame Longchamps comme étant une piste possible. Chose improbable, elle s’est volatilisée, elle aussi. Elle est folle d’avoir signé cette décharge et d’être partie dans son état. Il faut absolument qu’il lui parle et pas que de l’enquête mais avec ce p….. de téléphone HS, impossible. « Allez, bouge-toi, Lerot » se sermonne-t-il.

* * *

Impensable de rester à rien faire en attendant la Scientifique. Valérie fouine un peu par-ci, par-là. Il faudrait juste un petit coup de pouce pour que cette enquête avance. Marre de faire du surplace. Dans le bureau, Rémini remarque qu’un tiroir du bureau est légèrement entrouvert.  Une pochette rouge, un CD, un carnet en moleskine. Elle enrage : avoir ça sous la main et  ne pas pouvoir y jeter un œil. Elle repère une boîte de kleenex. Cela fera l’affaire. Bon, pas le temps de lire le CD avant l’arrivée du Juge. Parce qu’à n’en pas douter, il va ramener ses fesses ici. Dans le carnet en moleskine une suite de chiffres, qui pourrait être des dates et des initiales. Des transactions douteuses ? Pot de vin ? Pas trop le temps de déchiffrer là non plus. La pochette rouge, c’est autre chose. Elle contient trois séries de clichés, étiquetées des prénoms des jumelles, une montrant Carole, une autre série de Camille, qui, toutes les deux, semblent avoir été pistées sur plusieurs mois.  Et enfin, la dernière, des clichés de Carole… morte.

* * *

Nobel trouve le temps long, très long. Un chirurgien se dirige vers lui. Son visage fermé n’augure rien de bon.

« Je regrette, nous avons fait notre possible. Nous avons dû le réanimer deux fois pendant l’intervention. La troisième fois, nous n’avons pas pu le ramener. »

Coup de massue pour Nobel.

Episode 64 By David Smaja

 Ensemble, nous sommes plus forts !

Quelques heures plus tôt, sur le chemin de Paris, Max et Costes passèrent un coup de fil à Fabre. Max, en vieux routard de la chronique judiciaire, avait des rapports fort décomplexés avec le juge, contrairement aux flics qui tremblaient à chacun de ses mots. Une relation d’échange de bons procédés et d’égal à égal face à l’information s’était installée entre eux pour le bien de la justice, en général. Sans une hésitation, il avait composé le numéro du bureau du magistrat.

— Salut Fabre, C’est Lindberg. Je reviens d’Allemagne avec Costes. On a découvert que Lalande et Blanchard seraient impliqués dans le meurtre de Camille. Elle en savait trop sur leurs magouilles. On essaie de joindre Lerot mais il ne répond jamais à son foutu portable.

— Oui, je sais, il est aux abonnés absents, ce qui devient inquiétant. On a cherché à tracer sa voiture et elle a été signalée sur le parking de Lariboisière. Pas eu le temps d’envoyer du monde, c’est le branle-bas de combat chez Lalande qui s’est fait dessouder

— Ah bon mais par qui ?

— Ça, on l’ignore encore mais une équipe se rend sur place pour trouver la réponse.

— Ok, on te rejoint là-bas ! Envoie-moi les coordonnées par SMS.

— On passe d’abord jeter un œil à Lariboisière, c’est sur le chemin, coupe Costes. C’est un ours râleur, le Lerot, ce n’est pas dans ses habitudes de rester silencieux et de fermer sa gueule.

* * *

Sebastián observe Blanchard et ses acolytes en train de s’envoyer des amabilités devant l’employé de l’hôpital qui n’en mène pas large.

Il sent alors une poussée d’adrénaline lui vriller le corps, il réfléchit pendant quelques secondes, évalue ses forces, il ne peut pas ne rien faire, c’est viscéral. Il décide de remettre en branle sa machine à baffes, peu importe les conséquences et même si ses chances d’en sortir vivant sont minimes.

C’est à ce moment précis qu’une main s’abat sur son épaule. Sebastián s’apprête instinctivement à porter un coup en se retournant et arrête son geste avant une issue douloureuse pour le propriétaire de la main.

— Putain, Costes ! lâche-t-il dans un soupir.

— Bah alors Lerot, le monde entier te recherche et tu ne donnes aucun signe de vie, s’exclame Costes.

— Chut ! Blanchard et ses deux hommes de mains sont juste-là. Il faut qu’on les appréhende, venez avec moi !

— Ça tombe bien, je ne suis pas sorti à poil, lance Costes en exhibant son flingue.

Muni de son distributeur de chocolats en plomb, Costes prend les devants et se positionne en face des trois hommes.

— On la boucle et on lève les mains bien gentiment, messieurs, les somme-t-il

Blanchard, avec une rapidité qui prend tout le monde de court, sort un poignard, agrippe l’infirmier par le cou et hurle à Costes :

— Tu poses ça direct ou je l’égorge devant toi !

Avant de s’effondrer, K.O. sous le poing d’Anton. Lerot, Costes et Lindberg restent immobiles, abasourdis.

— Passez-lui les menottes avant qu’il ne se relève, leur commande Anton. Je vais tout vous expliquer.

* * *

A la villa, les sources vives s’agitent. Le juge Fabre, accompagné de la brigade scientifique, a déboulé. Oui, Valérie avait raison, c’est moche, très moche même. Après les premiers prélèvements effectués et toutes les précautions prises, Valérie va enfin pouvoir consulter le CD. Son cœur bat à tout rompre, son instinct de flic ne la trompe pas, elle sent que la clé de l’énigme est là. Les fils vont enfin se dénouer. Elle introduit le CD dans l’ordinateur…

Episode 65 by Armelle Carbonel

Le diable se cache dans les détails

Éric glisse son portable dans la poche de son jean. Il n’attend pas de réponse au message envoyé à Anton. Celui-ci tenterait certainement d’entacher sa détermination à se rendre chez Lalande. Rompu à la rudesse de sa formation militaire, il n’en demeure pas moins un homme, doté de faiblesses qui portent les doux noms de Laure et Carole. Ses clefs de voiture tintent au creux de sa main tandis qu’il observe les deux femmes assises sur les sièges en cuir brûlés par le soleil. Leur impatience rime avec le silence. Un tableau de famille figé sous la morsure du soleil, et l’immensité des champs. Sans prononcer un mot, ils s’engagent sur les entrelacs de bitume qui sillonnent la campagne, bifurquent sur des axes moins fréquentés et s’enfoncent au cœur des massifs boisés où la nuit ne tardera plus à déposer son voile funeste. Les heures défilent, cadencées par le ronronnement du moteur et les souvenirs interdits que chacun garde précieusement scellés au fond d’une gorge nouée par l’angoisse. Le temps s’échappe vers une issue inéluctable. La villa de Lalande se profile enfin derrière une barrière végétale propice aux cauchemars. Noirceur et vengeance bouillonnant d’un même sang.

— Arrête-toi ! », s’écrit soudain Carole, achevant le silence si bien installé.

Par-delà les cimes, le ciel s’éclaire d’un étrange ballet de lumières. L’agitation soulevée par la brise confirme leur crainte : les flics ont investi les lieux.

« On fait quoi ? s’inquiète Laure, le teint blême.

— On se tire ».

Qu’auraient-ils pu envisager d’autre ? Une bonne nuit de sommeil — tant est que Morphée daigne se pointer — leur éclaircirait les idées. Réfléchir. Chercher une marge de manœuvre. Tuer Blanchard.

Un motel sordide à la lisière de la ville ferait l’affaire.

« Deux chambres », commande Éric, soucieux de mettre les siens à l’abri.

Carole et sa mère s’engouffrent dans la première tandis que son oncle disparait dans le capharnaüm mitoyen. La jeune femme surprend le regard pétri de tendresse dont il la couve. Elle se sent soudain mal à l’aise… Jamais auparavant il ne l’avait percée avec une telle intensité qui semblait signifier : je t’aime plus que tout.

Au plus fort de la nuit, Carole sursaute sur sa couche inconfortable. Elle constate le vide laissé par sa mère dans ce lit de misère. S’effraie du bruit d’une altercation dans la chambre voisine. Des voix qui portent, des gosiers hurlants, des menaces jetées contre les parois trop minces pour les dissimuler. L’oreille collée au mur, elle entend les bribes d’une colère terrifiante :

« Tu allais le lui dire… Je l’ai lu dans ton regard…

— Laure, s’il te plaît…

— Non ! J’ai déjà perdu une fille… Confiance… Peux pas avouer… Trahison… ».

Puis le cri d’un verre brisé, d’un crâne qui explose sous une pluie de plaintes douloureuses.

Carole se rue hors de la chambre. A cet instant, Laure apparaît sur la coursive, les mains ruisselant de la preuve écarlate de son forfait. Abasourdie, la jeune femme recule dans ce vide qui l’attire inexorablement.

« Mon dieu… Qu’as-tu fait, maman ? Éric ?

— Ce n’est pas ce que tu crois… C’était un accident… » gémit Laure.

Carole hurle après son oncle — son oncle, vraiment ? -, ce grand frère, son sauveur. Cet homme mort.

A ses yeux hallucinés, Laure Longchamps n’aurait eu aucun mal à convaincre un expert que sa place était en HP. Une unité qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Pour le bien de tous.

Episode 66 by Nathalie Mota

« Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît »

Valérie avait la sensation qu’un concert de black métal se déroulait dans sa poitrine.  Son cœur battait si fort qu’il résonnait dans ses tempes. Le CD était introduit depuis deux minutes déjà et le vieux PC faisait autant de bruit qu’un avion qui décolle.

Ses pensées naviguaient en eaux troubles, elle n’en pouvait plus de cette enquête qui partait dans tous les sens.

Elle aurait aimé que Sebastián soit auprès d’elle pour profiter de cette découverte et elle s’étonnait de penser à lui à cet instant précis. Cet idiot l’agaçait autant qu’il….

Son téléphone sonnait. Le nom de Lerot s’affichait, enfin des nouvelles !

— C’est pas trop tôt, Lerot ! Des jours que j’essaie de te joindre !

— Salut Rémini. Je te demande pardon, j’ai eu quelques impondérables… et tu es mal placée pour me fustiger, c’est quoi cette histoire de décharge ?

— On règlera nos comptes plus tard.  Où es-tu ?

— Pas loin de toi, j’arrive dans cinq minutes et j’ai des tonnes de choses à te raconter.

La communication fut coupée. Valérie regarda son téléphone d’un air perplexe. Cet abruti commençait sérieusement à lui courir sur le haricot et ce PC qui ne démarrait pas ! Elle entendit alors des pas dans les escaliers. Si un mec de la scientifique se pointait à cet instant, elle le jetterait manu militari. La porte s’ouvrit d’un coup sec et elle eut à peine le temps de se retourner que Sebastián entrait dans le bureau et se jetait sur elle pour l’enserrer comme un Robinson qui n’avait pas vu d’autre être humain depuis 20 ans. Elle se retrouva prisonnière, étouffant dans la chemise de Lerot qui puait le mauvais after-shave.

Elle se débattit tant bien que mal mais le bougre était plus fort qu’elle et elle finit par céder. Ce n’était pas si mal, finalement…

— Je me suis fait un sang d’encre, Val. Ne me fais plus jamais un coup pareil.

— …

— Oui, je sais. Tu en as bavé mais je suis là maintenant.

— Mmmmoooootttffffff !

— Je serai toujours là pour te protéger, tu le sais. Tu l’as toujours su. Tu peux me demander n’importe quoi. Te décrocher la lune, apprendre l’accordéon, devenir pompom girl… Tout ce que tu veux, je le ferai.

Sebastián relâcha son étreinte et prit le visage de Valérie entre ses mains. C’était maintenant ou jamais, il devait le faire ou l’occasion ne se représenterait peut-être plus. Il prit une grande inspiration, plongea son regard dans celui de Valérie et là, il oublia tout. Ses emmerdes, cette putain d’enquête, son eczéma. Il approcha ses lèvres de celles de la jeune femme et l’embrassa.

Episode 67 by Fanny HATT

L’amour filial

Carole agit rapidement. Elle ramassa le téléphone de son « oncle », son portefeuille, les mit dans sa veste et fit asseoir sa mère dans leur chambre après lui avoir lavé les mains.

— Tu ne bouges pas !  lui hurla-t-elle.

Elle se précipita dehors et alla discrètement à la voiture. Elle prit le bidon d’essence plein et revint en asperger la chambre où se trouvait Eric. Elle alla voir sa mère qui lui demanda :

— Comment va ton père ?

Carole resta troublée un instant mais elle avait tout compris la veille. Avant tout, il fallait qu’elle sorte sa mère de là et qu’elle la ramène à l’hôpital. Elle ne voulait pas qu’elle finisse ses jours en prison. Elle l’installa dans la voiture et retourna vider le reste de l’essence dans leur chambre. Une allumette craqua, les vieux rideaux, le lit et la vieille moquette s’embrasèrent aussitôt. Le temps que les secours arrivent, elles seraient loin et il n’y aurait plus une trace de leur passage. Elle démarra en trombe et pleura en pensant à son père…

Lorsqu’elle arriva par l’arrière de l’hôpital, elle prit garde aux caméras. Elle conduisit sa mère à l’intérieur et sut qu’elle ne la reverrait plus.

Sa mère, sans réaction, se laissa guider quelques pas puis continua à marcher le long du couloir jusqu’à ce que Carole entende une aide-soignante lui demander ce qu’elle faisait là.

* * *

Amanda, qui stationnait plus loin, fit le reste à pied pour s’approcher de la maison de Lalande. Soudain, une camionnette noire aux vitres teintées s’arrêta à sa hauteur. Une main lui tendit un téléphone d’où une voix sortit en hébreu :

— Agent Amanda, affaire terminée, retour au bercail.

Et elle s’engouffra dans le véhicule qui se fondit dans la pénombre de la nuit.

* * *

Valérie se dégagea tendrement de ce baiser.

— Sebastián… regarde… Sur mon pc… des listes, des photos, tous les trafics de Lalande de A à Z… ses complices, son demi-frère. C’est lui qui a commandité le meurtre de Camille ! Il est également responsable de la mort de son autre belle-fille, Carole… Un vrai salaud… Il faisait administrer de la drogue à son ex-femme à l’hôpital par un complice… Il faut retourner la voir à l’hôpital.

Au même moment, leurs portable bipèrent. Ils reçurent tous deux le même sms de Nobel leur annonçant le décès de Lerek.

Dernier épisode Nick Gardel

L’amour mon cul

Le premier cube s’abîma dans le liquide bouillant. Un tour de cuillère créa un vortex qui découpa la mousse compacte. Le second sucre prit le même chemin, mais déjà l’attention n’y était plus. Le juge Favre touillait distraitement son café, l’œil dans le vague. Il attendait.

Les épaules carrées de Max plongèrent le bistrot dans une semi-obscurité quand il passa la porte.

Ils étaient seuls dans ce boui-boui qui était depuis longtemps leur point de ralliement. Le juge fit néanmoins signe au journaliste, mais reprit rapidement son air las.

— Pas la forme des grands jours, on dirait… commenta le journaliste.

— Quand tu passes ta journée à patauger dans un merdier sans nom…

— J’avais cru comprendre que ça se décantait, pourtant.

—Tu te fous de moi ? Même mon expresso est plus clair que ce bourbier. On s’ébat dans l’hémoglobine et les pressions de la moitié des ministères. Toute la chaine de commandement est court-circuitée et devine qui va servir de fusible !

— D’habitude c’est plutôt les flics qui morflent, monsieur le juge…

— Avec la médiatisation du double attentat sur Rémini, elle est quasiment intouchable, idem pour Sebastián.

— Il s’agirait surtout de leur foutre la paix…

— Et la mienne de paix ? Ils s’en tirent bien de toute façon. Ils passent leur temps à s’entre-dévorer la couenne maintenant. Les petits oiseaux et les violons. Écœurant. Tout se barre à vau-l’eau.

— Sans compter que tu as Lerek qui est resté sur le carreau.

— Et que Nobel nous joue les pleureuses. Dépression post-traumatique, le gars n’est plus étanche. Les eaux de Versailles, les sanglots des grandes épopées. Hors-service aussi.

— Encore les ravages de la passion, rigola Max. En fait toute cette histoire est une vaste histoire d’amour.

— L’amour mon cul !

— Tu es vulgaire monsieur le juge.

— Je t’en foutrai de l’amour ! C’est surtout une histoire de dinguerie. Les Longchamps et ceux qui gravitent autour. La galaxie des tarés ! Lalande, complètement à la masse, son demi-frère, Blanchard, encore plus barge. Et dans la famille « fondu du bulbe », je demande la mère ! Celle-là, elle s’enfile maintenant les cachetons comme des Smarties, par boîte entière. Complètement ravagée. Elle confond tout, elle mélange tout et la plupart du temps, elle bave ! Camille, Carole, son beau-frère, son mari, toute la palanquée de cadavres qui viennent assaisonner ce plat pourri. En tout cas, ceux qu’on a retrouvés ! Parce que les placards sont garnis de squelettes. Du coup, il ne reste que bibi pour éponger le purin.

— Tes supérieurs se réveillent ?

— Eux et leurs copains ! Le moindre péteux avec un portefeuille prend son téléphone, histoire de voir s’il ne pourrait pas, au cas où, s’en servir pour me briser les noix. Des ministres se trouvent tout à coup vachement intéressés par l’enquête de Camille… L’intérieur, les affaires étrangères, même l’autre tanche de l’agriculture…

— Ça ne devrait pas t’étonner. Avec les infos contenues dans son dossier y avait de quoi mettre en bascule pas mal de monde…

— On va surtout faire tourner les chaises et quand la musique sera arrêtée, tout le monde aura retrouvé un strapontin… Remaniement et retraite, pas plus, pas moins. Les services secrets chapeautent le ménage.

— On ne va pas y gagner en clarté…

Le journaliste fit le tour du comptoir désert, laissa couler un filet doré depuis la tireuse et se servit un demi moussu.

— En fait, seule la meurtrière de Camille s’en tire, reprit-il après sa première gorgée.

— Rien n’est moins sûr… La fantômette a été exfiltrée par ses employeurs mais le véhicule n’est jamais arrivé à destination. La version officielle sera celle d’une banale perte de contrôle et d’un tragique accident routier. C’est toujours ça de pris pour les statistiques. Trois morts carbonisés dans l’estafette.

— Ça sent le pipeau à pleins poumons… El Condor pasa à la flûte de pan…

— Dans ce milieu, la seule certitude qu’on peut avoir c’est justement de ne pas en avoir.

— Philosophe, Monsieur le juge !

— Philosophe et emmerdé. Parce que, si tu fais le compte, il ne reste plus personne à charger pour le merdier. Il y aurait bien toi… Mais honnêtement, je ne vois pas comment.

— C’est toujours un plaisir…

— N’empêche, à ta place j’éviterais les velléités de publication dans un avenir proche et je choisirais cette période pour prendre des vacances. Toi et ta fille par exemple… Les tropiques, c’est bien les tropiques. Le turquoise et les palmiers, ça détend.

— J’ai pas exactement les moyens de me payer une cavale à l’autre bout du globe…

— Le coffre de Lalande a révélé un certain nombre d’enveloppes garnies. Je suis presque certain que le compte n’en a pas été fait avec toute la rigueur nécessaire. Tu sais combien la République peut être distraite parfois.

Favre fit glisser un fourreau de Kraft sur la table ronde. Il regarda Max qui souriait. L’affaire était entendue.

— J’imagine que tu vas continuer la brasse coulée dans la merde, dit le journaliste.

— Pour le moment, mon sort est en délibération. Je fais mon benêt qui ne comprend rien. On s’interroge encore pour savoir si je suis aussi con que j’en ai l’air. Dans l’absolu tout le monde se demande si je suis plus utile ici ou perdu dans un tribunal de province à instruire les ravages de l’alcoolisme.

— Ça laisse de la marge.

— La marge, c’est ce qui fait tenir les pages du cahier, dit le juge en quittant le bar.

* * *

Un rayon de soleil vient lui caresser l’épaule. Elle ouvre les yeux et regarde les courbes de celle qui dort encore à côté d’elle. Ses côtes lui font mal, surtout dans la position malcommode qu’elle est forcée de garder. Son bras est tendu et glisse sous le traversin jusqu’à la tête du lit. Son poignet est enserré dans un bracelet capitonné relié à un anneau dans le mur. Elle ne tire pas dessus. Elle comprend la raison de sa présence. Ce n’est pas de la résignation, c’est un gage pour celle qui s’étire maintenant à ses côtés.

Carole se tourne vers elle et plonge ses yeux dans les siens.

— Bien dormi ?

— Et toi ?

La jeune femme se redresse et lui caresse le visage. Le geste s’attarde sur son cou pour finalement venir effleurer sa poitrine bandée. Amanda retient sa respiration, anticipant la douleur.

— Tu as mal ? demande Carole.

— Un peu… Faut dire que je n’ai pas exactement la convalescence appropriée… Tu y as été fort tout de même. J’en reviens pas, où est-ce que tu as été chercher un lance-roquette ?

— Je le réservais à Lalande, mais finalement, je me suis dit qu’il pouvait aussi servir pour l’assassin de ma sœur.

Amanda déglutit. Elle tente de trouver des réponses dans les yeux de cette femme qui ressemble tant à Camille.

— …et puis il fallait bien ça pour en finir avec tes employeurs habituels, non ?

— Tu sais, ils ne sont jamais satisfaits. Surtout pas par les apparences. Ils me chercheront sans doute.

— Ça nous laisse un peu de temps au moins.

Carole saute du lit et se dirige vers la fenêtre. Son corps nu joue avec le soleil. Elle est belle. Le bracelet d’Amanda fait un cliquetis quand elle tente de changer de position.

— Ça nous met à égalité, reprend Carole. Moi aussi je suis morte après tout. Et puis tu étais si mignonne dans la carcasse de cette camionnette. Je n’ai pas eu le courage de te mettre une balle dans la tête.

Elle revient et chevauche la prisonnière qui renonce à se redresser.

— Il ne faut pas toujours tout expliquer.

De sa main libre, Amanda empaume le sein de la jeune femme qui lui plante un baiser sur les lèvres.

Il faudra du temps.

Elles en ont.

Épilogue by Cécile Pellault

Un pacte sinon rien

La sueur perlait sur son front, coulait depuis la naissance de sa colonne vertébrale jusqu’aux tréfonds de son être, tel le fleuve de sa peur. Sa mâchoire se contractait à chaque ressac de la nausée qui l’envahissait. Elle n’était pas loin de se transformer en marée qui éroderait la moindre parcelle de joie dans son cœur. L’effroi avait envahi son système nerveux, transformant chaque frisson en douleur fulgurante.

Geneviève tenait entre ses mains le dernier manuscrit de Claude France. Depuis qu’elle était son éditrice, c’est-à-dire depuis son tout premier roman, elle avait pu compter sur son poulain. Il lui fournissait toujours en temps et en heure son manuscrit qui partait ensuite à la correction, pour finir sa course en bonne place dans toutes les librairies et tous les espaces de ventes possibles et imaginables pour un thriller, vendu à des millions d’exemplaires en France et dans tous les pays friands de ses déclinaisons internationales. Les critiques étaient souvent mitigées. Les milieux littéraires bon teint le boudaient mais il était invité dans toutes les émissions de divertissement radiophoniques et télévisuelles. Et surtout, les Français et les Françaises l’adoraient, l’achetaient et étaient prêts à faire des heures de queue pour une dédicace de leur écrivain préféré.

Cependant, autant elle avait pu, jusqu’alors, transférer au pool de relectrices-correctrices le fichier annuel sans un regard approfondi, autant ce 20ème opus la plongeait dans la stupeur. Ce qu’elle avait entre les mains était une catastrophe, un délire ! Claude lui avait pitché le meurtre d’une journaliste, Camille, sur fond d’un complot international et d’une revanche familiale. Elle avait opiné, confiante dans les capacités de CF d’en faire un vrai page-turner. Mais elle avait sous les yeux plus de 60 chapitres avec autant de styles différents que de retournements de situations impossibles et inimaginables. Il avait repris la boisson, elle ne voyait que cela comme explication. Une jumelle tueuse et magicienne, la mise en scène d’écrivains connus sous des références à peine voilées, qui lui assurait une bataille juridique sévère avec les autres maisons d’éditions, un personnage principal abandonné en pleine campagne sans que l’on sache vraiment ce qu’il lui était arrivé avant un dénouement en forme de baiser… Et certains chapitres requéraient simplement l’usage de LSD pour la compréhension.

Geneviève se prit la tête entre les mains pour tenter de contenir la migraine qui brandissait l’épée de sa férocité. Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Il devait pourtant y avoir une explication. Claude se sabordait pour pouvoir changer de maison d’édition ? Un pari ? Une blague ? Une maladie neuronale dégénérative ? Même au pire de son alcoolisme, son écriture avait été exploitable. Pas toujours ses déclarations à la presse mais rien à voir avec ce truc qu’elle regardait avec horreur. Seule la mort de son auteur pouvait sauver cette rentrée littéraire. L’idée insidieuse fit son chemin assez facilement dans son esprit. Les chiffres de vente, la couverture médiatique commençaient à faire briller les yeux de l’éditrice qui s’étaient éteints comme des chandeliers sur lesquels un vent froid aurait soufflé à la lecture de ce machin livresque.  Qui pourrait être aussi désespéré qu’elle pour l’aider ? Son regard se posa sur la pile des manuscrits envoyés par la poste des aspirants au Saint Graal du contrat d’édition.

Qui serait assez aux abois pour accepter un pacte à la Faust ? Eliminer l’auteur célèbre contre un contrat pour le devenir. Elle lut les noms sur le tableau Excel établi par ses équipes reprenant ceux sélectionnés comme « Probables Plumes à signer », les PPS. Isabelle B, Lou V, Aurore Z, Cécile P, Elias A, Marylène LB, Michèle F, Maryse, Danièle T, Fleur, Aurélie, Caroline N, Yvan F, Eppy F, Noëlle, Lolo, Nicolas D, Yannick P, Pascal B, Frédérique-Sophie B, Fanny L, Sandrine D, Maud V, Aline G, Nathalie R, Guy R, Carlo C, Leelo D, David S, Danièle O, Céline B, Patrice G, Michel R, Marc S, Clémence, Michael C, Claude L, Lucienne C, Frédéric F, Nathalie J, Patrick F, Sylvie K, Sacha E, Sofia H, Florence L, Michael F, Loli C, Mark Z, Kate W, Jean-Paul D, (…). Autant commencer par la première de la liste, pensa-t-elle.

— « Allo, Isabelle B ? …Oui, Geneviève V des Editions Albin Sud… Seriez-vous disponible pour un rendez-vous pour discuter de votre avenir ?… Non,  pas dans nos locaux, un petit café Le Goethe… Oui, c’est ça !… A bientôt, Isabelle ! »

Geneviève raccrocha, soulagée. Avec Isabelle ou un autre, elle se sortirait de ce pétrin ou de ce cadavre de manuscrit. Un petit pacte et puis s’en ira.


Voilà cher(e)s amis lecteurs zé lectrices

Vous croyez en avoir fini avec notre cadavre exquis ? Et bien pas du tout

Il va revenir vous hanter sous forme de jeux-concours dans les jours prochains

Alors soyez attentif.

Bien à vous

Ge porte flingue de Collectif Polar

à la Une

L’exquis cadavre exquis, épilogue

L’exquis cadavre exquis, épilogue

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Epilogue

by Cécile Pellault

 

Un pacte sinon rien

 

La sueur perlait sur son front, coulait depuis la naissance de sa colonne vertébrale jusqu’aux tréfonds de son être, tel le fleuve de sa peur. Sa mâchoire se contractait à chaque ressac de la nausée qui l’envahissait. Elle n’était pas loin de se transformer en marée qui éroderait la moindre parcelle de joie dans son cœur. L’effroi avait envahi son système nerveux transformant chaque frisson en douleur fulgurante.

Geneviève tenait entre ses mains le dernier manuscrit de Claude France. Depuis qu’elle était son éditrice, c’est-à-dire depuis son tout premier roman, elle avait pu compter sur son poulain. Il lui fournissait toujours en temps et en heure son manuscrit qui partait ensuite à la correction, pour finir sa course en bonne place dans toutes les librairies et tous les espaces de ventes possibles et imaginables pour un thriller, vendus à des millions d’exemplaires en France et dans tous les pays friands de ses déclinaisons internationales. Les critiques étaient souvent mitigées. Les milieux littéraires bon teint le boudaient mais il était invité dans toutes les émissions de divertissement radiophoniques et télévisuelles. Et surtout, les Français et les Françaises l’adoraient, l’achetaient et étaient prêts à faire des heures de queue pour une dédicace de leur écrivain préféré.

Cependant, autant elle avait pu, jusqu’alors, transférer au pool de relectrices-correctrices le fichier annuel sans un regard approfondi, autant ce 20ème opus la plongeait dans la stupeur. Ce qu’elle avait entre les mains était une catastrophe, un délire ! Claude lui avait pitché le meurtre d’une journaliste, Camille, sur fond d’un complot international et d’une revanche familiale. Elle avait opiné, confiante dans les capacités de CF d’en faire un vrai page-turner. Mais elle avait sous les yeux plus de 60 chapitres avec autant de styles différents que de retournements de situations impossibles et inimaginables. Il avait repris la boisson, elle ne voyait que cela comme explication. Une jumelle tueuse et magicienne, la mise en scène d’écrivains connus qui lui assurait une bataille juridique sévère avec les autres maisons d’éditions, un personnage principal abandonné en pleine campagne sans que l’on sache vraiment ce qu’il lui était arrivé avant un dénouement en forme de baiser… Et certains chapitres requéraient simplement l’usage de LSD pour la compréhension.

Geneviève se prit la tête entre les mains pour tenter de contenir la migraine qui brandissait l’épée de sa férocité. Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Il devait pourtant y avoir une explication. Claude se sabordait pour pouvoir changer de maison d’édition ? Un pari ? Une blague ? Une maladie neuronale dégénérative ? Même au pire de son alcoolisme, son écriture avait été exploitable. Pas toujours ses déclarations à la presse mais rien à voir avec ce truc qu’elle regardait avec horreur. Seule la mort de son auteur pouvait sauver cette rentrée littéraire. L’idée insidieuse fit son chemin assez facilement dans son esprit. Les chiffres de vente, la couverture médiatique commençaient à faire briller les yeux de l’éditrice qui s’étaient éteints comme des chandeliers sur lesquels un vent froid aurait soufflé à la lecture de ce machin livresque.  Qui pourrait être aussi désespéré qu’elle pour l’aider ? Son regard se posa sur la pile des manuscrits envoyés par la poste des aspirants au Saint Graal du contrat d’édition.

Qui serait assez aux abois pour accepter un pacte à la Faust ? Eliminer l’auteur célèbre contre un contrat pour le devenir. Elle lut les noms sur le tableau Excel établi par ses équipes reprenant ceux sélectionnés comme « Probables Plumes à signer », les PPS. Isabelle B, Lou V, Aurore Z, Cécile P, Elias A, Marylène LB, Michèle F, Maryse, Danièle T, Fleur, Aurélie, Caroline N, Yvan F, Eppy F, Noëlle, Lolo, Nicolas D, Yannick P, Pascal B, Frédérique-Sophie B, Fanny L, Sandrine D, Maud V, Aline G, Nathalie R, Guy R, Carlo C, Leelo D, David S, Danièle O, Céline B, Patrice G, Michel R, Marc S, Clémence, Michael C, Claude L, Lucienne C, Frédéric F, Nathalie J, Patrick F, Sylvie K, Sacha E, Sofia H, Florence L, Michael F, Loli C, Mark Z, Kate W, Jean-Paul D, (…). Autant commencer par la première de la liste, pensa-t-elle.

 – « Allo, Isabelle B ? …Oui, Geneviève V des Editions Albin Sud… Seriez-vous disponible pour un rendez-vous pour discuter de votre avenir ?… Non, pas dans nos locaux, un petit café Le Goethe… Oui, c’est ça !… A bientôt, Isabelle ! »

Geneviève raccrocha, soulagée. Avec Isabelle ou un autre, elle se sortirait de ce pétrin ou de ce cadavre de manuscrit. Un petit pacte et puis s’en ira.

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L’exquis cadavre exquis, épisode final

L’exquis cadavre exquis, épisode 68

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Episode 68 et dernier chapitre

by Nick Gardel

L’amour mon cul

Le premier cube s’abîma dans le liquide bouillant. Un tour de cuillère créa un vortex qui découpa la mousse compacte. Le second sucre prit le même chemin, mais déjà l’attention n’y était plus. Le juge Favre touillait distraitement son café, l’œil dans le vague. Il attendait.

Les épaules carrées de Max plongèrent le bistrot dans une semi-obscurité quand il passa la porte.

Ils étaient seuls dans ce boui-boui qui était depuis longtemps leur point de ralliement. Le juge fit néanmoins signe au journaliste, mais reprit rapidement son air las.

— Pas la forme des grands jours, on dirait… commenta le journaliste.

— Quand tu passes ta journée à patauger dans un merdier sans nom…

— J’avais cru comprendre que ça se décantait, pourtant.

—Tu te fous de moi ? Même mon expresso est plus clair que ce bourbier. On s’ébat dans l’hémoglobine et les pressions de la moitié des ministères. Toute la chaine de commandement est court-circuitée et devine qui va servir de fusible !

— D’habitude c’est plutôt les flics qui morflent, monsieur le juge…

— Avec la médiatisation du double attentat sur Rémini, elle est quasiment intouchable, idem pour Sebastián.

— Il s’agirait surtout de leur foutre la paix…

— Et la mienne de paix ? Ils s’en tirent bien de toute façon. Ils passent leur temps à s’entre-dévorer la couenne maintenant. Les petits oiseaux et les violons. Écœurant. Tout se barre à vau-l’eau.

— Sans compter que tu as Norek qui est resté sur le carreau.

—Et que Lebel nous joue les pleureuses. Dépression post-traumatique, le gars n’est plus étanche. Les eaux de Versailles, les sanglots des grandes épopées. Hors-service aussi.

— Encore les ravages de la passion, rigola Max. En fait toute cette histoire est une vaste histoire d’amour.

— L’amour mon cul !

— Tu es vulgaire monsieur le juge.

— Je t’en foutrai de l’amour ! C’est surtout une histoire de dinguerie. Les Longchamps et ceux qui gravitent autour. La galaxie des tarés ! Lalande, complètement à la masse, son demi-frère, Blanchard, encore plus barge. Et dans la famille « fondu du bulbe », je demande la mère ! Celle-là, elle s’enfile maintenant les cachetons comme des Smarties, par boîte entière. Complètement ravagée. Elle confond tout, elle mélange tout et la plupart du temps, elle bave ! Camille, Carole, son beau-frère, son mari, toute la palanquée de cadavres qui viennent assaisonner ce plat pourri. En tout cas, ceux qu’on a retrouvés ! Parce que les placards sont garnis de squelettes. Du coup, il ne reste que bibi pour éponger le purin.

— Tes supérieurs se réveillent ?

— Eux et leurs copains ! Le moindre péteux avec un portefeuille prend son téléphone, histoire de voir s’il ne pourrait pas, au cas où, s’en servir pour me briser les noix. Des ministres se trouvent tout à coup vachement intéressés par l’enquête de Camille… L’intérieur, les affaires étrangères, même l’autre tanche de l’agriculture…

— Ça ne devrait pas t’étonner. Avec les infos contenues dans son dossier y avait de quoi mettre en bascule pas mal de monde…

— On va surtout faire tourner les chaises et quand la musique sera arrêtée, tout le monde aura retrouvé un strapontin… Remaniement et retraite, pas plus, pas moins. Les services secrets chapeautent le ménage.

— On ne va pas y gagner en clarté…

Le journaliste fit le tour du comptoir désert, laissa couler un filet doré depuis la tireuse et se servit un demi moussu.

— En fait, seule la meurtrière de Camille s’en tire, reprit-il après sa première gorgée.

— Rien n’est moins sûr… La fantômette a été exfiltrée par ses employeurs mais le véhicule n’est jamais arrivé à destination. La version officielle sera celle d’une banale perte de contrôle et d’un tragique accident routier. C’est toujours ça de pris pour les statistiques. Trois morts carbonisés dans l’estafette.

— Ça sent le pipeau à pleins poumons… El Condor pasa à la flûte de pan…

— Dans ce milieu, la seule certitude qu’on peut avoir c’est justement de ne pas en avoir.

— Philosophe, Monsieur le juge !

— Philosophe et emmerdé. Parce que, si tu fais le compte, il ne reste plus personne à charger pour le merdier. Il y aurait bien toi… Mais honnêtement, je ne vois pas comment.

— C’est toujours un plaisir…

— N’empêche, à ta place j’éviterais les velléités de publication dans un avenir proche et je choisirais cette période pour prendre des vacances. Toi et ta fille par exemple… Les tropiques, c’est bien les tropiques. Le turquoise et les palmiers, ça détend.

— J’ai pas exactement les moyens de me payer une cavale à l’autre bout du globe…

— Le coffre de Lalande a révélé un certain nombre d’enveloppes garnies. Je suis presque certain que le compte n’en a pas été fait avec toute la rigueur nécessaire. Tu sais combien la République peut être distraite parfois.

Favre fit glisser un fourreau de Kraft sur la table ronde. Il regarda Max qui souriait. L’affaire était entendue.

— J’imagine que tu vas continuer la brasse coulée dans la merde, dit le journaliste.

— Pour le moment, mon sort est en délibération. Je fais mon benêt qui ne comprend rien. On s’interroge encore pour savoir si je suis aussi con que j’en ai l’air. Dans l’absolu tout le monde se demande si je suis plus utile ici ou perdu dans un tribunal de province à instruire les ravages de l’alcoolisme.

— Ça laisse de la marge.

— La marge, c’est ce qui fait tenir les pages du cahier, dit le juge en quittant le bar.

 

* * *

Un rayon de soleil vient lui caresser l’épaule. Elle ouvre les yeux et regarde les courbes de celle qui dort encore à côté d’elle. Ses côtes lui font mal, surtout dans la position malcommode qu’elle est forcée de garder. Son bras est tendu et glisse sous le traversin jusqu’à la tête du lit. Son poignet est enserré dans un bracelet capitonné relié à un anneau dans le mur. Elle ne tire pas dessus. Elle comprend la raison de sa présence. Ce n’est pas de la résignation, c’est un gage pour celle qui s’étire maintenant à ses côtés.

Carole se tourne vers elle et plonge ses yeux dans les siens.

— Bien dormi ?

— Et toi ?

La jeune femme se redresse et lui caresse le visage. Le geste s’attarde sur son cou pour finalement venir effleurer sa poitrine bandée. Amanda retient sa respiration, anticipant la douleur.

— Tu as mal ? demande Carole.

— Un peu… Faut dire que je n’ai pas exactement la convalescence appropriée… Tu y as été fort tout de même. J’en reviens pas, où est-ce que tu as été chercher un lance-roquette ?

— Je le réservais à Lalande, mais finalement, je me suis dit qu’il pouvait aussi servir pour l’assassin de ma sœur.

Amanda déglutit. Elle tente de trouver des réponses dans les yeux de cette femme qui ressemble tant à Camille.

— …et puis il fallait bien ça pour en finir avec tes employeurs habituels, non ?

— Tu sais, ils ne sont jamais satisfaits. Surtout pas par les apparences. Ils me chercheront sans doute.

— Ça nous laisse un peu de temps au moins.

Carole saute du lit et se dirige vers la fenêtre. Son corps nu joue avec le soleil. Elle est belle. Le bracelet d’Amanda fait un cliquetis quand elle tente de changer de position.

— Ça nous met à égalité, reprend Carole. Moi aussi je suis morte après tout. Et puis tu étais si mignonne dans la carcasse de cette camionnette. Je n’ai pas eu le courage de te mettre une balle dans la tête.

Elle revient et chevauche la prisonnière qui renonce à se redresser.

— Il ne faut pas toujours tout expliquer.

De sa main libre, Amanda empaume le sein de la jeune femme qui lui plante un baiser sur les lèvres.

Il faudra du temps.

Elles en ont.

 

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L’exquis cadavre exquis, épisode 67

L’exquis cadavre exquis, épisode 67

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Episode 67

by Fanny HATT

L’amour filial

 

Carole agit rapidement. Elle ramassa le téléphone de son « oncle », son portefeuille, les mit dans sa veste et fit asseoir sa mère dans leur chambre après lui avoir lavé les mains.

 – « Tu ne bouges pas ! » lui hurla-t-elle.

Elle se précipita dehors et alla discrètement à la voiture. Elle prit le bidon d’essence plein et revint en asperger la chambre où se trouvait Eric. Elle alla voir sa mère qui lui demanda :

 – « Comment va ton père ? »

Carole resta troublée un instant mais elle avait tout compris la veille. Avant tout, il fallait qu’elle sorte sa mère de là et qu’elle la ramène à l’hôpital. Elle ne voulait pas qu’elle finisse ses jours en prison. Elle l’installa dans la voiture et retourna vider le reste de l’essence dans leur chambre. Une allumette craqua, les vieux rideaux, le lit et la vieille moquette s’embrasèrent aussitôt. Le temps que les secours arrivent, elles seraient loin et il n’y aurait plus une trace de leur passage. Elle démarra en trombe et pleura en pensant à son père…

Lorsqu’elle arriva par l’arrière de l’hôpital, elle prit garde aux caméras. Elle conduisit sa mère à l’intérieur et sut qu’elle ne la reverrait plus.

Sa mère, sans réaction, se laissa guider quelques pas puis continua à marcher le long du couloir jusqu’à ce que Carole entende une aide-soignante lui demander ce qu’elle faisait là.

 

****

 

Amanda, qui stationnait plus loin, fit le reste à pied pour s’approcher de la maison de Lalande. Soudain, une camionnette noire aux vitres teintées s’arrêta à sa hauteur. Une main lui tendit un téléphone d’où une voix sortit en hébreu :

 – Agent Amanda, affaire terminée, retour au bercail.

Et elle s’engouffra dans le véhicule qui se fondit dans la pénombre de la nuit.

 

****

 

Valérie se dégagea tendrement de ce baiser.

«  Sebastián… regarde… Sur mon pc… des listes, des photos, tous les trafics de Lalande de A à Z… ses complices, son demi-frère. C’est lui qui a commandité le meurtre de Camille ! Il est également responsable de la mort de son autre belle-fille, Carole… Un vrai salaud… Il faisait administrer de la drogue à son ex-femme à l’hôpital par un complice… ». Il faut retourner la voir à l’hôpital.

Au même moment, leurs portable bipèrent. Ils reçurent tous deux le même sms de Lebel leur annonçant le décès de Norek.

 

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Trophée Anonym’us : Nouvelle N°3 – Dans la bouche

Trophée Anonym’us

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dimanche 14 octobre 2018

Nouvelle N°3 – Dans la bouche

img dans la bouche
Yann se met immédiatement au travail. Il est rapide et précis, n’aime pas perdre de temps ; d’autant que ce soir c’est la fête de la Musique, et il a des amis de lycée qui jouent dans un autre quartier, à l’autre bout de Paris, vers Pyrénées. Leur concert pop rock commence à 20 heures. Yann ne prend donc pas la peine de discuter. Ça tombe bien parce que j’ai trop faim. Et quand j’ai faim, je suis de très mauvaise humeur. En plus, il fait hyper chaud aujourd’hui, aussi bien à l’extérieur que dans les souterrains sombres de Paris. C’est le premier jour de l’été. Aux odeurs poussiéreuses se mêlent les effluves de transpiration de mon collègue. J’aide Yann à en finir le plus rapidement possible. Nous sommes des professionnels, cinq ans qu’on travaille ensemble. Nous formons un tandem efficace.
– C’est bon, on dégage !
Ça, personne ne l’a dit ; il nous a suffi d’un regard accompagné d’un imperceptible hochement de tête pour nous comprendre.
On rebrousse chemin.
– Au fait, tu viens ce soir ou pas ?
Yann a risqué une question. À mon expression renfrognée, il comprend que ce n’est pas le moment d’en parler. Alors il se tait. Et il fait bien. Je n’aurais pas supporté un énième topo sur la musique de ses potes dont il s’est proclamé manager. Yann tourne en boucle depuis des mois. Le concert de ce soir, il s’y prépare et il en rêve depuis un bout de temps. Il ne peut pas le rater. Il serait prêt à suivre son groupe à l’autre bout du monde en acceptant pour cela toutes les concessions : dormir dans la boue, se serrer plus que la ceinture… En attendant, il travaille pour cette société de téléphonie, accepte volontiers les heures supplémentaires, rêvant d’avoir un jour suffisamment d’argent de côté pour pouvoir se mettre à son compte dans la musique. Il voudrait être indépendant, passer sa vie à des concerts, des festivals, descendre des bières, se baigner dans la foule.
Mais pour l’instant, faut qu’on remonte. On arrive au pied de l’échelle quand Yann saisit mon bras ; une poigne de mec qui ne rigole pas.
– Karim, dis-moi franchement si tu viens ou pas ?
Je sais bien que pour lui et ses potes, c’est le concert de l’année. D’ailleurs y a un autre groupe qui joue déjà, au-dessus, sur la place. Un groupe au son saturé avec un chanteur qui gueule à la volée. Jouer, c’est un grand mot. Ils font leur balance. Yann insiste, il ne lâche pas le morceau.
– On est potes ou pas ?
Je ne peux pas lui dire, non collègue, mon vieux, on est juste des collègues, on s’entend bien niveau boulot, mais j’ai pas spécialement envie de te voir en dehors. J’aurais pas grand-chose à te dire, moi j’aime le silence… La bonne vieille guitare électrique est de retour. Avec le batteur increvable. Mais je ne suis plus un ado. Je ne vois pas ce que ma présence pourrait leur apporter de positif, faudrait faire semblant d’apprécier, remuer la jambe en rythme. Yann veut que je sois là, uniquement pour faire poteau, qu’il y ait un max de monde. Et il reste persuadé qu’on ne peut pas ne pas aimer sa musique.
Je lui réponds non de la tête. Yann serre les poings.
– Pousse-toi, bâtard ! Faut que je sorte vite fait.
Ses larges épaules d’ancien videur de bar se frayent facilement un passage.
Yann monte rapidement les marches de l’échelle dans la pénombre. Ses semelles claquent. Je ne me sens absolument pas obligé d’aller à son concert. Je ne lui dois rien. Je voudrais prendre un air dégagé, celui de l’homme souriant à la vie, mais la sensation de faim tiraille mon estomac. Plus on monte, plus il fait noir, plus la musique est forte. Bizarre qu’il fasse si sombre. Je jette un coup d’œil à ma montre : 19h02.
– C’est quoi ce bordel ! T’as rabaissé la plaque ?
Tout en haut de l’échelle, Yann frappe de ses poings contre le rectangle de béton clos. Il se tourne vers moi en postillonnant :
– Putain ! C’est pas vrai ! On est coincés !
J’essaye à mon tour de soulever la plaque de toutes mes forces. La sueur dégouline dans mon cou. Je sens mes veines gonfler et l’effroi m’envahir.
– T’as raison. Quelqu’un a dû rabaisser la plaque de l’extérieur et on est faits comme des rats !
– Comment c’est possible ? Ne me dis pas que…
– Si, j’ai merdé !
– Quoi ? T’as pas mis la barre de sécurité ?
– Bah non, j’ai complètement zappé !
Je me revois encore, debout, près de la bouche d’égout, me disant, tiens faut que je pense à mettre la barre, celle qui empêche la fermeture depuis l’extérieur, et puis j’ai pensé à tout à fait autre chose.
– Mais qu’est-ce que t’as dans le crâne ? Tu veux me faire rater le concert, c’est ça, hein ? T’en as après moi aujourd’hui !
– N’importe quoi !
– T’as oublié que ce soir c’est la fête de la Musique…
– Justement !
– Et que n’importe quel pèlerin passant par là pourrait s’amuser à fermer la trappe ! Un simple coup de pied, et hop !
Yann consulte son téléphone portable.
– Merde ! Pas de réseau.
J’essaye aussitôt avec le mien même si je sais d’avance que les portables ne captent pas dans les sous-sols. On est bloqués sous terre. Sans pouvoir téléphoner. Je crie à mon tour, je tambourine. En vain. De toute façon, la musique couvre nos voix. Yann lève ses mains vers ma gorge.
– Tu vois, là, je crois que je serais capable de…
*
On aura beau crier, personne ne nous entendra avec ce maudit concert punk. C’est comme si on était muets. Mais Yann ne se décourage pas pour autant, il repasse au-dessus de moi et tape sur la plaque en hurlant à tue-tête : « On est là ! Houhou ! Y a quelqu’un ? » J’ai l’impression qu’il va se briser les os de la main et du coude. Le voilà qui bascule à l’envers, sur l’échelle, se retrouvant la tête en bas afin de pouvoir frapper avec ses pieds. Mais toutes ses positions acrobatiques ne servent à rien. Ça ressemble plutôt à l’énergie du désespoir.
Des frissons envahissent mon corps. Yann me lance un regard clair :
– Qu’est-ce qu’on va faire ?
Il sait aussi bien que moi qu’il est impossible d’ouvrir la trappe par en dessous. Et nous n’avons en notre possession aucun outil permettant de percer le béton. Pas un seul explosif ou assimilé pour faire sauter le couvercle. Cette galerie souterraine dans laquelle nous sommes bloqués ne mène nulle part, aucune issue possible.
D’un seul coup, j’ai comme un flash. Quel con ! L’évidence est souvent ce que l’on voit en dernier. Je lui indique la petite trouée face à lui, dans le mur.
– Si on ne nous entend pas, quelqu’un pourra peut-être au moins nous
voir ?
En effet, cette ouverture donne sur une petite grille rectangulaire juste au-dessus, jouxtant la plaque du regard de chaussée communément appelée « bouche d’égout ».
– Bonne idée ! s’exclame Yann en passant aussitôt à l’action.
Il passe son bras par le trou et agite sa main en criant de plus belle : « Vous nous voyez ? Aidez-nous ! On veut sortir ! » Dommage qu’on ne puisse pas y passer le corps. Yann continue longtemps, entièrement concentré dans sa tâche qui s’avère inutile.
Il me laisse sa place sans rechigner. À mon tour, je passe mon bras dans le trou et fais des signes de la main. On ne sait jamais ! Peut-être que quelqu’un apercevra ce mouvement humain sous la grille ? Plus le temps passe et moins j’y crois. Mais je ne vois pas d’autre solution que de me raccrocher à cette lueur d’espoir.
La musique bat toujours son plein. Le rythme saccadé et l’énergie qui s’en dégage ne font que renforcer notre sentiment d’impuissance. Je continue d’agiter ma main tandis que Yann grommelle. C’est un véritable obsessionnel. Il râle dans sa barbe : j’espère qu’on va pas y passer la nuit…
Reste plus qu’à attendre que quelqu’un s’inquiète de notre absence et prévienne notre société. Ça pourrait prendre un jour ou deux, peut-être même toute la semaine. Yann ne pourra pas compter sur ses potes ce soir, ils seront tous absorbés par leur concert. Et moi ?
Ah, moi, c’est compliqué.
Je suis un solitaire.
Je n’ai même pas eu le temps de déjeuner. J’ai le ventre creux, l’estomac qui gargouille ; la mauvaise humeur me ravage… Et nous voici, Yann et moi en gilet bleu marine dans le sous-sol de Paris, sous la place Constantin Pecqueur précisément.
Nous devions effectuer les deux derniers raccordements téléphoniques de la journée. Pour cela, on avait ouvert le regard de chaussée, puis nous sommes descendus dans l’étroit conduit vertical à l’aide de l’échelle métallique, après avoir pris soin de rabaisser le grillage de sécurité.
Une fois en bas, on a emprunté un autre tunnel, perpendiculaire, horizontal celui-là, et beaucoup plus large, qui s’arrête dix mètres plus loin. Un cul-de-sac de béton. À six mètres sous terre se trouve notre bureau, sans ascenseur ni secrétariat.
– Qui est l’abruti qui a baissé la plaque ?! Bordel, ouvrez-nous ! On est enfermés là-dessous !
Yann se met à chialer. Ses larmes pleuviotent sur moi, coupable et sans voix.
Yann refuse obstinément de redescendre ; il veut rester tout en haut de l’échelle, au plus près de la surface, au cas où…
Vivement qu’on sorte de là ! C’est mal parti. Nous sommes invisibles.
Nous n’existons plus à la surface de la Terre. Nous sommes dans un autre monde.
Au milieu des eaux usées et de la saleté.
Je surveille mon collègue en coin : il est résistant physiquement, un vrai bloc de muscles. Mes yeux se sont habitués à la pénombre et je vois son visage se décomposer. Il bouillonne intérieurement. Rater son concert était inenvisageable, et pourtant.
Un moment d’inattention et j’ai oublié la barre. Il se passe des choses bizarres sous les trottoirs… Qui pourra le croire ?
*
La musique est une passion indicible.
Où va-t-il chercher tout ça. Yann délire.
Combien de nuits nous faudrait-il pour mourir dans cette caverne ?
Combien de jours pourra-t-on tenir sans eau ni nourriture ?
Mais je ne pense pas qu’on va crever ; on va juste finir par s’entretuer. S’accuser de tous les maux, chercher la petite bête… Yann me jette un regard blessé :
– Si par miracle, je dis bien par miracle, on sortait à temps, je ne veux pas te voir à mon concert. C’est pas des paroles en l’air ! Pour moi, tu n’existes plus. Tiens, je vais commencer par t’effacer de mon portable…
Ses enfantillages me lassent. Alors qu’il y a urgence : trouver une solution pour nous sortir de là, pour que la vie reprenne son cours, que l’horizon s’ouvre et que des chemins se tracent.
J’ai chaud à la tête, froid dans le cou, ça dégouline sous mes aisselles, et j’ai des fourmillements dans les doigts à force de me raccrocher à cette échelle. C’est la première fois qu’on se retrouve enfermés, et fallait que ça tombe le soir de la fête de la Musique ! On n’a vraiment pas de bol. Le groupe se donne à fond sur la place tandis qu’on se ronge les sangs sous terre. Il doit être dans les 19h30.
Une quinte de toux me plie en deux ; je vois des étoiles noires.
– Nous sommes piégés dans ce trou à rats.
– Faut relativiser, Yann, y a pire comme situation. Imagine-toi séquestré et torturé dans une cellule, ou enterré vivant…
– Arrête, tu m’angoisses ! En plus, c’est exactement ça : c’est comme si on
était enterrés vivants !
Voilà que j’ai envie de vomir. Pourtant je n’ai rien mangé de la journée. Je me racle la gorge avant de cracher de la bile. Yann en a plein ses chaussures.
Au lieu de s’emporter, il se met à rire aux éclats. Comme un dément aux yeux révulsés. Je le regarde, interloqué, entre deux jets acides. Et je me mets à rire moi aussi. Nos rires sonnent faux, mais ça fait du bien. Je m’aperçois que les lèvres de Yann ne bougent plus alors que son rire continue de fuser.
*
Je m’imaginais moisir dans ce trou quand j’ai entendu des voix humaines. Des gens se sont arrêtés au-dessus de nous. Les miracles existent ! Serait-ce bientôt la fin du cauchemar ? Yann agite sa main comme une furie. Je crie aussi, pour qu’ils nous entendent là-haut. On perçoit enfin la voix d’une femme :
– Ne vous inquiétez pas, vous allez sortir !
– Ils nous ont vus ! s’écrie Yann avec jubilation.
Deuxième montée d’adrénaline ; après l’enfermement, la délivrance. Une intervention inespérée. Je ne ressens plus aucune douleur, juste de l’excitation. Même si on ne sort pas tout de suite, on finira par être libres puisqu’on a réussi à attirer l’attention sur nous. D’autres êtres humains savent. Ils auraient pu passer leur chemin, mais ils se sont arrêtés. Nous existons de nouveau, nous ne sommes plus deux rats d’égout mortifiés. La voix éraillée du chanteur ne m’agace plus. Au contraire, elle ne fait qu’accentuer mon euphorie.
*
Groupe punk place Pecqueur. Les bières sont décapsulées. Un concert gratuit, ce n’est pas tous les jours. Les haut-parleurs crachent leur musique furieuse. Deux guitaristes sont entrés en scène, les gosses sont fascinés. Le chanteur se remet à brailler des « oh » et des « hé ho !». Comme des restes d’adolescence rebelle.
Le groupe fait une pause. Sabine s’éloigne en longeant le square. Elle s’arrête au bord du trottoir, se penche au-dessus d’une bouche d’égout ouverte. Un passage vertical qui descend assez bas avec une échelle métallique sur le côté. Un trou de plusieurs mètres de profondeur.
Pierre s’arrête à sa hauteur. Il s’inquiète de cette ouverture dans le sol.
– C’est dangereux pour les enfants ! s’exclame-t-il en se penchant au-dessus du trou protégé par un fin grillage quadrillé. Qui a oublié de refermer ?
Rapide regard circulaire : personne en vue. Dans le conduit souterrain non plus. Juste un fond d’eau scintillant.
– Les ouvriers auraient dû finir proprement leur travail !
Pierre fait pivoter la plaque en béton d’un geste décidé. Il a refermé la bouche d’égout sans hésiter une seule seconde.
– En plus, il y a une école juste à côté !
Un petit sourire satisfait et ils repartent parmi les bruissements de feuilles, en direction de la place Dalida, mais pas d’autre concert à l’horizon.
Une salve d’applaudissements les fait sursauter. La pause est finie. Sabine et Pierre sont de retour sur la place Constantin Pecqueur, avec un peu plus de monde que tout à l’heure.
Sabine est fatiguée. Vidée par toutes ces nuits d’insomnie. Des nuits aussi blanches que son teint. Son regard rebondit sur la bouche d’égout pour se planter dans les yeux de Pierre qui aimerait que rien ne change, jamais.
– Insupportable, cette musique ! Viens, on rentre.
Sabine n’en a pas envie. Pas envie de se retrouver seule avec lui dans leur bel appartement du 18e. Sabine essaye de danser, mais ça ne vient pas.
Lorsque Pierre l’embrasse furtivement sur la bouche, un point de douleur surgit dans la poitrine de la jeune femme.
Elle se résout à suivre Pierre quand un mouvement la fait stopper net.
Une main bouge sous l’étroite grille rectangulaire, près de la bouche d’égout que Pierre avait refermée.
Sabine la voit, elle bouge encore. Une main sous le trottoir. Sabine comprend aussitôt.
– Attends ! Y a quelqu’un de coincé sous terre ! Puis, à l’attention de l’inconnu :
– Ne vous inquiétez pas, nous allons vous sortir de là !
Sabine distingue des voix, ils semblent être plusieurs là-dessous, mais on n’entend pas bien avec la musique toujours aussi forte
Sabine en a froid dans le dos. Se retrouver enfermé dans ce conduit souterrain ? Quelle horreur ! Jamais elle n’aurait osé toucher elle-même à cette plaque !
Sur la place bondée, Sabine n’entend plus le groupe punk, juste les battements de son cœur plus forts que ceux de la batterie. Certaines plaques font penser aux sillons d’un disque vinyle. Des boucliers luisants et patinés par le temps qui passe. Ils regardent vers le ciel, tournés vers la lumière, tout en cachant un monde profond et obscur dans lequel il est facile de se faire oublier. La plaque de la place Constantin Pecqueur est vierge de tout motif ou écriture.
La musique l’extirpe de sa rêverie. Le concert bat toujours son plein.
Pierre s’est éloigné.
Sabine court et le rattrape, j’ai vu une main.
Impossible, dit Pierre.
Pourtant la main, je l’ai bien vue. C’est une main d’homme.
Pierre hausse les épaules avec mépris.
Je ne suis pas folle.
Et il se barre.
Sabine fait demi-tour, jusqu’au groupe punk, demande à certains membres du staff de venir l’aider. Des personnes sont coincées sous terre. Deux d’entre eux la regardent d’un air mou ; ils n’abandonneront pas leur bière. Sabine comprend alors que le groupe n’arrêtera de jouer pour rien au monde.
19h55. Elle appelle les pompiers. Au moment de parler, son portable s’éteint, faute de batterie. Elle pourrait encore revenir sur ses pas, mais elle a besoin de marcher, sans s’arrêter, dans la direction opposée. Loin de Pierre et de l’appart. Sabine ravale sa salive pour chasser cet arrière-goût amer dans la bouche.
*
Impossible d’ouvrir la trappe à mains nues. Il faut une clé spéciale.
Sous la grille, la main disparait un instant, puis c’est le bras entier qui ressort du trou, avec une clé au bout. Il faudrait maintenant soulever la grille pour récupérer l’outil. La main tient fermement la clé ; un faux mouvement et elle tombe dans le vide. Il suffirait de récupérer cette clé conçue spécialement pour l’introduire dans le petit carré au centre de la plaque d’égout, tourner pour ouvrir…
Mais personne ne voit cette main brandissant la clé.
*
Yann rate une marche et s’écroule par terre. Dans sa chute de plusieurs mètres, il laisse échapper la clé qu’il tenait pourtant fermement en main. Il tente de se relever, une douleur intense raidit son genou. L’épouvante monte, des pieds à la tête, en lui serrant la gorge. Il tremble. Son œil bat sous la paupière. Yann ne sent plus ses jambes ni ses mains, juste un peu de chaleur au niveau des yeux. Il rugit de douleur et de peine.
Sonné, Karim est recroquevillé au pied de l’escalier. Du sang fuit depuis le sommet de son front fendu. La clé ensanglantée qui lui est tombée dessus git à ses pieds.
*
21h58. Dehors, la vie continue. L’ambiance est à la fête. Les gens se promènent. La pénombre envahit progressivement le décor. Seul un enfant croira entendre des rugissements, ceux d’un puma. Terrifié, l’enfant passera vite fait son chemin.
*
Du sang autour de moi, partout. Une marée rouge qui encercle mon corps.
On est juste des collègues, mon vieux… Il ne faut pas avoir peur.
J’ai perdu contact avec mes parents depuis longtemps. Ils doivent toujours vivre au Maroc…
Ma mort parait soudain parfaitement égale.
Personne ne s’inquiétera.
Je vais partir en musique. Un bourreau indicible.
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L’exquis cadavre exquis, épisode 66

L’exquis cadavre exquis, épisode 66

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Episode 66  by

Nathalie Mota de Sous les pavés la page 

 

« Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît »

 

Valérie avait la sensation qu’un concert de black métal se déroulait dans sa poitrine.  Son cœur battait si fort qu’il résonnait dans ses tempes. Le CD était introduit depuis deux minutes déjà et le vieux PC faisait autant de bruit qu’un avion qui décolle.

Ses pensées naviguaient en eaux troubles, elle n’en pouvait plus de cette enquête qui partait dans tous les sens.

Elle aurait aimé que Sebastián soit auprès d’elle pour profiter de cette découverte et elle s’étonnait de penser à lui à cet instant précis. Cet idiot l’agaçait autant qu’il….

Son téléphone sonnait. Le nom de Lerot s’affichait, enfin des nouvelles !

        –  C’est pas trop tôt, Lerot ! Des jours que j’essaie de te joindre !

        –  Salut Rémini. Je te demande pardon, j’ai eu quelques impondérables…             et tu es mal placée pour me fustiger, c’est quoi cette histoire de                          décharge ?

        – On règlera nos comptes plus tard. Où es-tu ?

        –  Pas loin de toi, j’arrive dans cinq minutes et j’ai des tonnes de choses à             te raconter.

La communication fut coupée. Valérie regarda son téléphone d’un air perplexe. Cet abruti commençait sérieusement à lui courir sur le haricot et ce PC qui ne démarrait pas ! Elle entendit alors des pas dans les escaliers. Si un mec de la scientifique se pointait à cet instant, elle le jetterait manu militari. La porte s’ouvrit d’un coup sec et elle eut à peine le temps de se retourner que Sebastián entrait dans le bureau et se jetait sur elle pour l’enserrer comme un Robinson qui n’avait pas vu d’autre être humain depuis 20 ans. Elle se retrouva prisonnière, étouffant dans la chemise de Lerot qui puait le mauvais after-shave.

Elle se débattit tant bien que mal mais le bougre était plus fort qu’elle et elle finit par céder. Ce n’était pas si mal, finalement…

       –  Je me suis fait un sang d’encre, Val. Ne me fais plus jamais un coup                      pareil.

       –  Mfffmmmmppfff…

        –  Oui, je sais. Tu en as bavé mais je suis là maintenant.

        –  Mmmmoooootttffffff !

         –  Je serai toujours là pour te protéger, tu le sais. Tu l’as toujours su. Tu               peux me demander n’importe quoi. Te décrocher la lune, apprendre                 l’accordéon, devenir pompom girl… Tout ce que tu veux, je le ferai.

Sebastián relâcha son étreinte et prit le visage de Valérie entre ses mains. C’était maintenant ou jamais, il devait le faire ou l’occasion ne se représenterait peut-être plus. Il prit une grande inspiration, plongea son regard dans celui de Valérie et là, il oublia tout. Ses emmerdes, cette putain d’enquête, son eczéma. Il approcha ses lèvres de celles de la jeune femme et l’embrassa.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 65

L’exquis cadavre exquis, épisode 65

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Episode 65 

by Armelle Carbonel

Le diable se cache dans les détails

Éric glisse son portable dans la poche de son jean. Il n’attend pas de réponse au message envoyé à Anton. Celui-ci tenterait certainement d’entamer sa détermination à se rendre chez Lalande. Rompu à la rudesse de sa formation militaire, il n’en demeure pas moins un homme, doté de faiblesses qui portent les doux noms de Laure et Carole. Ses clefs de voiture tintent au creux de sa main tandis qu’il observe les deux femmes assises sur les sièges en cuir brûlés par le soleil. Leur impatience rime avec le silence. Un tableau de famille figé sous la morsure du soleil. Sans prononcer un mot, ils s’engagent sur les entrelacs de bitume qui sillonnent l’Espagne, bifurquent sur des axes moins fréquentés et s’enfoncent au cœur des massifs boisés où la nuit ne tardera plus à déposer son voile funeste. Les heures défilent, cadencées par le ronronnement du moteur et les souvenirs interdits que chacun garde précieusement scellés au fond d’une gorge nouée par l’angoisse. Le temps s’échappe vers une issue inéluctable. La villa de Lalande se profile enfin derrière une barrière végétale propice aux cauchemars. Noirceur et vengeance bouillonnant d’un même sang.

– Arrête-toi ! », s’écrit soudain Carole, achevant le silence si bien installé.

Par-delà les cimes, le ciel s’éclaire d’un étrange ballet de lumières. L’agitation soulevée par la brise confirme leur crainte : les flics ont investi les lieux.

« On fait quoi ? s’inquiète Laure, le teint blême.

 – On se tire ».

Qu’auraient-ils pu envisager d’autre ? Une bonne nuit de sommeil – tant est que Morphée daigne se pointer – leur éclaircirait les idées. Réfléchir. Chercher une marge de manœuvre. Tuer Blanchard.

Un motel sordide à la lisière de la ville ferait l’affaire.

« Deux chambres », commande Éric, soucieux de mettre les siens à l’abri.

Carole et sa mère s’engouffrent dans la première tandis que son oncle disparait dans le capharnaüm mitoyen. La jeune femme surprend le regard pétri de tendresse dont il la couve. Elle se sent soudain mal à l’aise… Jamais auparavant il ne l’avait percée avec une telle intensité qui semblait signifier : je t’aime plus que tout.

Au plus fort de la nuit, Carole sursaute sur sa couche inconfortable. Elle constate le vide laissé par sa mère dans ce lit de misère. S’effraie du bruit d’une altercation dans la chambre voisine. Des voix qui portent, des gosiers hurlants, des menaces jetées contre les parois trop minces pour les dissimuler. L’oreille collée au mur, elle entend les bribes d’une colère terrifiante :

« Tu allais le lui dire… Je l’ai lu dans ton regard…

 – Laure, s’il te plaît…

 – Non ! J’ai déjà perdu une fille… Confiance… Peux pas avouer… Trahison… ».

Puis le cri d’un verre brisé, d’un crâne qui explose sous une pluie de plaintes douloureuses.

Carole se rue hors de la chambre. A cet instant, Laure apparaît sur la coursive, les mains ruisselant de la preuve écarlate de son forfait. Abasourdie, la jeune femme recule dans ce vide qui l’attire inexorablement.

« Mon dieu… Qu’as-tu fait, maman ? Éric ?

 – Ce n’est pas ce que tu crois… C’était un accident… » gémit Laure.

Carole hurle après son oncle – son oncle, vraiment ? -, ce grand frère, son sauveur. Cet homme mort.

A ses yeux hallucinés, Laure Longchamps n’aurait eu aucun mal à convaincre un expert que sa place était en HP. Une unité qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Pour le bien de tous.

 

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L’exquis cadavre exquis, épisode 64

L’exquis cadavre exquis, épisode 64

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Episode 64 

by Divad

 Ensemble, nous sommes plus forts !

 

Quelques heures plus tôt, sur le chemin de Paris, Max et Costes passèrent un coup de fil à Fabre. Max, en vieux routard de la chronique judiciaire, avait des rapports forts décomplexés avec le juge, contrairement aux flics qui tremblaient à chacun de ses mots. Une relation d’échange de bons procédés et d’égaux face à l’information s’était installée entre eux pour le bien de la justice, en général. Sans une hésitation, il avait composé le numéro du bureau du magistrat.

 

–  Salut Fabre, C’est Lindberg. Je reviens d’Allemagne avec Costes. On a découvert que Lalande et Blanchard seraient impliqués dans le meurtre de Camille. Elle en savait trop sur leurs magouilles. On essaie de joindre Lerot mais il ne répond jamais à son foutu portable.

–  Oui, je sais, il est aux abonnés absents ce qui devient inquiétant. On a cherché à tracer sa voiture et elle a été signalée sur le parking de Lariboisière. Pas eu le temps d’envoyer du monde, c’est le branle-bas de combat chez Lalande qui s’est fait dessouder

– Ah bon mais par qui ?

– Ça, on l’ignore encore mais une équipe se rend sur place pour trouver la réponse.

–  Ok, on te rejoint là-bas ! Envoie-moi les coordonnées par SMS.

–  On passe d’abord jeter un œil à Lariboisière, c’est sur le chemin, coupe Costes. C’est un râleur, le Lerot, ce n’est pas dans ses habitudes de rester silencieux et de fermer sa gueule.

 

*******

Sebastián observe Blanchard et ses acolytes en train de s’envoyer des amabilités devant l’employé de l’hôpital qui n’en mène pas large.

Il sent alors une poussée d’adrénaline lui vriller le corps, il réfléchit pendant quelques secondes, évalue ses forces, il ne peut pas ne rien faire, c’est viscéral. Il décide de remettre en branle sa machine à baffes, peu importe les conséquences et même si ses chances d’en sortir vivant sont minimes.

C’est à ce moment précis qu’une main s’abat sur son épaule. Sebastián s’apprête instinctivement à porter un coup en se retournant et arrête son geste avant une issue douloureuse pour le propriétaire de la main.

 

–  Putain, Costes ! lâche-t-il dans un soupir.

–  Bah alors Lerot, le monde entier te recherche et tu ne donnes aucun signe de vie, s’exclame Costes.

–  Chut ! Blanchard et ses deux hommes de mains sont juste-là. Il faut qu’on les appréhende, venez avec moi !

–  Ça tombe bien, je ne suis pas sorti à poil, lance Costes en exhibant son flingue.

 

Muni de son distributeur de chocolats en plomb, Costes prend les devants et se positionne en face des trois hommes.

–  On la boucle et on lève les mains bien gentiment messieurs, les somme-t-il

 

Blanchard, avec une rapidité qui prend tout le monde de court, sort un poignard, agrippe l’infirmier par le cou et hurle à Costes :

–  Tu poses ça direct ou je l’égorge devant toi !

 

Avant de s’effondrer, K.O. sous le poing d’Anton. Lerot, Costes et Lindberg restent immobiles, abasourdis.

 –  Passez-lui les menottes avant qu’il ne se relève, leur commande Anton. Je vais tout vous expliquer.

 

*******

A la villa, les sources vives s’agitent. Le juge Fabre, accompagné de la brigade scientifique, a déboulé. Oui, Valérie avait raison, c’est moche, très moche même. Après les premiers prélèvements effectués et toutes les précautions prises, Valérie va enfin pouvoir consulter le CD. Son cœur bat à tout rompre, son instinct de flic ne le trompe pas, elle sent que la clé de l’énigme est là. Les fils vont enfin se dénouer. Elle introduit le CD dans l’ordinateur

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Trophée Anonym’us, L’interview de la semaine : Guy Masavi

 

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L’interview de la semaine : Guy Masavi

Cette année, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont concocté les questions de l’interview, celles qui leur trottent dans la tête, celles qu’on ne leur pose jamais, ou tout simplement celles qu’ils aimeraient poser aux autres auteurs.

Aujourd’hui l’interview de Guy Masavi

 

 
1. Certains auteurs du noir et du Polar ont parfois des comportements borderline en salon. Faites-vous partie de ceux qui endossent le rôle de leurs héros ou protagonistes pendant l’écriture, histoire d’être le plus réaliste possible ?
Bande de psychopathes !
Heu, les salons… Je n’ai pas eu l’occasion d’y foutre le bordel et il y a peu de chance que ce soit le cas un jour. À vrai dire mes héros sont les exutoires de mes inhibitions. Je ne change de peau que la plume à la main.
2. Douglas Adams est promoteur de 42 comme réponse à la vie, l’univers et le reste. Et vous quelle est votre réponse définitive ?
Peut-être un peu la même que Douglas mais très honnêtement je préfère le quarante-quatre qui est ma taille de pantalon. Plus sérieusement, j’aurais aimé, comme lui, avoir pour ami Richard Dawkins l’auteur de la campagne de pub la plus Iconoclaste imaginable.
Il a fait afficher sur les bus londoniens :
« Dieu n’existe probablement pas. Maintenant, arrêtez de vous inquiéter, et profitez de la vie ».
3. Y a-t-il un personnage que vous avez découvert au cours de votre vie de lecteur et avec lequel vous auriez aimé passer une soirée ?
Jean-Baptiste Adamsberg sans hésiter. Je l’ai rencontré dans le Mercantour autour d’un feu de bois. Les loups hurlaient non loin et leurs chasseurs alcoolisés rêvaient d’un monde sans eux. Nous, ça nous a bien fait marrer et depuis on ne se quitte plus.
4. Si tu devais avoir un super pouvoir ce serait lequel et pourquoi?
Celui de guérir les cons.
C’est peut-être une déformation professionnelle, mais cette maladie est la plus effroyable que je connaisse. Elle est héréditaire, mais peut se transmettre avec une fulgurance inouïe. Elle est ubiquitaire avec une prépondérance masculine et n’épargne que les enfants jusqu’à l’adolescence. C’est dire le fléau ! Aussi virulente je connais pas, seul de supers pouvoirs pourrait en venir à bout. Je ne sais pas lesquels. Pas sûr qu’un super héros musculeux soit efficace à moins de vouloir combattre le mal par le mal.
Le pire c’est qu’il y a sans doute des porteurs sains qui s’ignorent.
5. Est-ce que tu continuerais à écrire si tu n’avais plus aucun lecteur ? (même pas ta mère)
Je ne l’ai plus depuis longtemps, ma mère. Les tiroirs de mon blog perso sont pleins et son compteur ne décolle pas. Pourtant je continue d’écrire, c’est dire…

6. Quel a été l’élément déclencheur de ton désir d’écrire ? Est-ce un lieu, une personne, un événement ou autre ?
Le Goncour remis à l’écrivain Jean Carrière. J’avais seize ans. Il a écrit six romans. L’épervier de Maheux son second a été le lauréat puis plus rien pendant de longues années. La panne… Je languissais ses livres. C’est dans cette période que je me suis mis à écrire, mais la barre était un peu haute pour satisfaire mes ambitions littéraires cachées de l’époque !
7. Est-ce que le carmin du sang de ses propres cicatrices déteint toujours un peu dans l’encre bleue de l’écriture ?
Voilà une question qui a de la gueule !
Je dirai oui, mais guère plus que l’encre noire d’un « Poulpe » révolté dans l’océan du libéralisme mondialisé.
8. Penses tu qu’autant de livres seraient publiés si la signature était interdite ? Et toi, si comme pour le trophée Anonym’us, il fallait publier des livres sous couvert d’anonymat, en écrirais-tu ?
Probablement, mais le miroir aux alouettes du profit reste le plus grand moteur de l’écriture par le biais des maisons d’édition. Perso, j’écris sous licence Art Libre la moins contraignante de toutes. Ça calme l’Ego !
Je signe déjà d’un pseudo. Pour faire une confidence exclusive dans cette interview et qui va exciter le Landerneau littéraire,mon vrai nom est Martin et , vous allez rire, mon prénom Christian. Avec un tel patronyme dans la multitude de mes homonymes, je suis déjà anonyme !
9. Pourquoi avoir choisi le noir dans un monde déjà pas rose ?
Parce que le noir est la couleur de ma philosophie, que le rose on a donné et que le vert de gris menace encore.
10. Quelles sont pour toi les conditions optimales pour écrire ?
J’ai peur de me fondre dans la banalité. Le silence, le calme, la solitude et mon chien Lucky pour premier avis. Pour cela j’ai la chance d’avoir un fourgon aménagé où je peux ainsi m’isoler à ma guise en Margeride, haut plateau lozérien. C’est dire comme j’y suis pénard pour écrire en paix et relire mes brouillons à mon Lulu qui adore toujours. Ça se lit dans ses yeux… Si, si !

 

11. si vous deviez être ami avec un personnage de roman, lequel serait-ce?
C’est encore un flic. Fabio Montale, le personnage de Jean Claude Izzo dans sa trilogie marseillaise. Un flic, oui, au début, mais pas fier de l’être et de moins en moins au fil des récits. C’est comme ça que je les aime les flics, mais ils sont si rares ainsi dans la vraie vie. J’en connais un rayon mon père en était un. Mais il était plus fier d’avoir été l’un des rares policiers résistants de la dernière guerre que le petit collabo aux pouvoirs qui suivirent jusqu’en mai 68, année de sa retraite.
12. Quel est ton taux de déchet (nombre de mots finalement gardés / nombre de mots écrits au total ) ? Si tu pouvais avoir accès aux brouillons/travaux préparatoires d’une œuvre, laquelle serait-ce ?
Le paquet !
Entre les fôte d’orthographe qui font légions et les phrases mal foutues que je détecte à la dixième ou onzième relecture, je te dis pas ! Heureusement que je n’écris que des nouvelles ou presque, de vingt ou trente mille caractères maxi.

Si je devais avoir accès aux brouillons d’une œuvre ? Sait pas… Je dirai comme ça, La Semaine sainte de Louis Aragon. Parce que c’est un roman historique qui a sûrement demandé une sacrée recherche en amont.

Puis, huit cents pages, tout de même ! Je n’ose imaginer le même taux de déchets que moi. Et enfin je sais qu’Aragon a légué ses archives personnelles de son vivant à la bibliothèque nationale où les brouillons de cette œuvre doivent traîner.
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L’exquis cadavre exquis, épisode 63

L’exquis cadavre exquis, épisode 63

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Episode 63

by miss Enila

 va-t-on en voir la fin ?

Sebastián retient sa respiration en espérant que le type parvienne à récupérer son téléphone avant qu’il n’arrive jusqu’à lui. Peine perdue, le Tchèque se retrouve nez à nez avec le flic. Moment suspendu où chacun évalue ses « chances ». Anton ramasse son appareil tout en fixant Sebastián et lui tourne le dos sans un mot. Lerot n’en revient pas. C’est quoi ce délire ? Il s’attend à chaque seconde à ce que le duo de gros bras lui tombe dessus. Il observe Blanchard piquer sa crise sur les deux Tchèques. Dans la foulée, il comprend que Madame Longchamps n’est plus ici. Mille questions se bousculent sous son crâne. Comment une femme n’ayant plus toute sa tête, qui semble apathique, peut  quitter un établissement médical sans que personne n’intervienne ? Qui l’a aidée et pourquoi ? Que sait-elle ?

C’est Valérie qui lui avait parlé de Madame Longchamps comme étant une piste possible. Chose improbable, elle s’est volatilisée, elle aussi. Elle est folle d’avoir signé cette décharge et d’être partie dans son état. Il faut absolument qu’il lui parle et pas que de l’enquête mais avec ce p….. de téléphone HS, impossible. « Allez, bouge-toi, Lerot » se sermonne-t-il.

*******

Impensable de rester à rien faire en attendant la Scientifique. Valérie fouine un peu par-ci, par-là. Il faudrait juste un petit coup de pouce pour que cette enquête avance. Marre de faire du surplace. Dans le bureau, Rémini remarque qu’un tiroir du bureau est légèrement entrouvert.  Une pochette rouge, un CD, un carnet en moleskine. Elle enrage : avoir ça sous la main et  ne pas pouvoir y jeter un œil. Elle repère une boîte de kleenex. Cela fera l’affaire. Bon, pas le temps de lire le CD avant l’arrivée du Juge. Parce qu’à n’en pas douter, il va ramener ses fesses ici. Dans le carnet en moleskine une suite de chiffres, qui pourraient être des dates et des initiales. Des transactions douteuses ? Pot de vin ? Pas trop le temps de déchiffrer là non plus. La pochette rouge, c’est autre chose. Elle contient trois séries de clichés, étiquetées des prénoms des jumelles, une montrant Carole, une autre série de Camille, qui, toutes les deux, semblent avoir été pistées sur plusieurs mois.  Et enfin, la dernière, des clichés de Carole… morte.

*******

Lebel trouve le temps long, très long. Un chirurgien se dirige vers lui. Son visage fermé n’augure rien de bon.

« Je regrette, nous avons fait notre possible. Nous avons dû le réanimer deux fois pendant l’intervention. La troisième fois, nous n’avons pas pu le ramener. »

Coup de massue pour Lebel.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 62

L’exquis cadavre exquis, épisode 62

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 62 Solène

Episode 62

by Solène Bakowski

Le roussi vous va si bien

 Amanda se redresse avec difficulté, s’assoit d’abord, marque une pause, puis pose ses pieds sur le sol avant de tenter de se mettre debout. Mais elle vacille, emportée par le poids de sa tête qui est à présent un véritable champ de courses. Affaiblie, elle manque de tourner de l’œil. Elle doit se rendre à l’évidence : dans son état, quitter cet appartement ne sera pas une sinécure. Sans compter que le ou la dénommée « Jo » – comment savoir avec un surnom pareil ? – lui a ôté la plupart de ses vêtements.

Après quelques secondes au cours desquelles elle s’efforce de faire la mise au point sur le mobilier qui l’entoure, elle titube vers un grand placard. Elle l’ouvre et en analyse brièvement le contenu jusqu’à déduire que « Jo » est a priori un homme plutôt jeune qui semble avoir un faible pour la couleur orange. Et la cigarette, si l’on considère les relents de tabac froid exhalé par les vêtements. Amanda réprime le haut de cœur qui lui soulève l’estomac et parvient à saisir un pantalon noir et un tee-shirt citrouille affublé d’un smiley idiot qu’elle enfile en serrant les dents tant sa poitrine, son menton, ses bras, ses jambes la font souffrir. Elle coince ensuite ses cheveux dans une casquette publicitaire à l’effigie d’une marque de whisky.

C’est bon, ça va le faire, se dit-elle, ragaillardie à l’idée de traverser la ville déguisée en homme et donc, parfaitement incognito.

Puis :

Merde, mes chaussures.

Elle lorgne, dépitée, du côté de la petite paire d’escarpins gisant sur le sol. Elle se résout alors à attraper des baskets qui lui paraissent immenses – Mais combien chausse ce type ? Du… 48 ???? – et dans lesquelles ses petits pieds flottent allègrement.

Espérons que je n’aie pas besoin de courir, conclut-elle en se glissant à l’extérieur de l’appartement, tout en se promettant vaguement de changer de boulot. Un truc plus calme. Un truc où elle n’aurait pas besoin de se couler dans des pompes aux allures de bateau de croisière et de revêtir un tee-shirt ridicule pour buter un type et, ainsi, sauver sa peau.

*****

Pas de Laure. Blanchard est livide.

— Mais comment c’est possible ? grogne-t-il tout en s’efforçant de contenir sa colère pour ne pas effrayer le personnel hospitalier.

N’osant pas prendre l’infirmier directement à partie, il roule des yeux furibonds vers les deux Tchèques, qui attendent légèrement en retrait.

Une cloche tinte. Comme un cheveu sur la soupe. L’agacement monte d’un cran pour Blanchard, qui, à présent feule et plisse les yeux. Son cou gonfle. On dirait un taureau prêt à charger.

Anton se dépêche d’extirper le portable du fond de sa poche. Un SMS. Qu’il n’a pas le temps de lire.

— C’est pas le moment d’échanger des mots doux ! postillonne Blanchard en expulsant le téléphone des mains d’Anton pour faire passer ses nerfs.

*****

— Il t’a répondu ? s’inquiète Carole qui, déjà, prépare son matériel.

Son oncle secoue la tête.

— Pas encore.

— Et si ton ami ne recevait pas le message ? Et s’ils nous tendaient un piège ? Et si…

Éric s’approche doucement de Laure dont la respiration saccadée s’adoucit sensiblement.

— N’oublie pas que ta fille est une magicienne, lui souffle-t-il sur un ton apaisant, avant de lancer un clin d’œil à Carole.

*****

Le téléphone d’Anton glisse sur le sol parfaitement lustré du couloir de l’hôpital, pour venir s’écraser sur le bout de la chaussure de Sebastiàn. Dans une tentative désespérée, celui-ci s’efforce de recroqueviller ses pieds. Trop tard. Anton dirige son immense carcasse droit sur lui. Et sur son eczéma qui, bien sûr, se remet à le démanger sévère.

à la Une

Trophée Anonym’us : Nouvelle N°2 – Plus fort que Superman

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dimanche 7 octobre 2018Img plus fort que superman

Nouvelle N°2 – Plus fort que Superman

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Plus fort que Superman

Milwaukee. 1991
Le petit garçon traverse la rue. Il manque plusieurs fois de se faire renverser par quelques conducteurs qui l’injurient et le klaxonnent.
– Hey sale gamin, qu’est-ce que tu fous ! Retourne chez ta mère !
Le garçon est sonné par ce mot qui s’évanouit alors que la voiture file. Il la regarde s’éloigner.
« Retourne chez ta mère », se répète-t-il. «Retourne chez ta mère». Les yeux de l’enfant restent dans le vague. « Ta mère ? » Ce mot, il ne l’a jamais entendu ni utilisé.
Il court entre les voitures et se dirige directement vers l’adresse que son père lui a indiquée. Il n’a pas besoin de la chercher. Il sait que c’est là, juste en face de lui.
Il monte les escaliers. Il y a des inscriptions et des dessins sur les murs de ciment. Une forte odeur de vieille urine le saisit. Sur le premier palier, un couple de junkies s’envoie sa énième dose dans les veines. Au fur et à mesure que le poison se fraye son chemin habituel dans les vaisseaux, les visages se détendent et un soupir de bien-être artificiel et insidieux résonne dans le petit immeuble. L’enfant les observe avec curiosité mais continue de grimper les marches. Ses petits doigts s’entortillent dans le tissu molletonné de son anorak. Arrivé à l’étage, il emprunte le couloir.
La porte. Elle est ouverte. En la poussant, cette odeur… Elle vient immédiatement envahir les narines de l’enfant. Il ne peut s’empêcher un mouvement de recul et masque son nez avec le creux de son coude.
« Beurk ! C’est vraiment immonde ! »
Il continue malgré tout à cheminer dans l’appartement. Tout est en désordre et il fait sombre. Le jeune garçon arrive à peine à le discerner dans le coin de la pièce. L’homme.
Il est nu, assis, les jambes repliées contre lui. Il se balance d’avant en arrière. Il fait chaud et de grosses gouttes de sueur dégoulinent le long de son visage. Il parle, mais le garçon ne comprend pas bien ce qu’il dit alors il se rapproche. L’homme chantonne.
– C’est le moment, c’est le moment !
Puis le garçon tend l’oreille dans une autre direction. Des cris étouffés lui parviennent d’une autre pièce. Il longe le couloir orné d’un papier peint à fleurs orange et marron. « Beurk ! »
Les cris proviennent de cette chambre à droite.
Un homme, un peu plus jeune que l’autre, complètement dévêtu lui aussi. Il est ligoté. Une corde est savamment enserrée tout autour de lui comme pour en faire un saucisson.
Sa tête est maintenue en arrière. Une partie de la corde passe au niveau de son cou, pour être ensuite reliée à ses bras et ses jambes attachés dans le dos. Il est couché sur le côté quand l’autre homme surgit violemment dans la chambre, sa main prolongée d’un couteau.
Le petit garçon est toujours là et il observe. Personne n’a l’air de se rendre compte de sa présence. Pas même le prisonnier bâillonné devant lui. Il essaie de crier, de se contorsionner pour échapper à l’enfer. Le tortionnaire, les yeux emplis de cette étrange lueur, ne cesse de lui dire :
– Je vais t’ouvrir, t’arracher le cœur et le dévorer ! Je vais t’ouvrir, t’arracher le cœur et le dévorer !
Il est tellement calme en disant ces paroles. Il répète « le dévorer, dévorer,… ! » L’autre est terrorisé. Son urine chaude glisse de son entrejambe et finit par mouiller le lit.
L’enfant regarde le bourreau, puis la victime et vice-versa. « Mais comment va-t-il faire pour lui arracher le cœur,… dans cette position ? »
Effectivement, et comme s’il l’avait entendu, l’homme au couteau se rapproche et coupe les liens. Les larmes de la victime se figent sur ses joues alors qu’il pense avoir un infime espoir de s’en sortir. Le monstre a-t-il changé d’avis ?
Dans un mouvement rapide et sûr, l’homme au couteau le retourne et se couche sur lui, mettant tout son poids, le temps d’attacher ses poignets aux barreaux du lit grinçant. La victime ne parvient pas à se dégager de l’étreinte fatale de son agresseur. Quand il l’a abordé dans ce bar, il pensait passer un bon moment, mais pas finir dans les griffes acérées d’un démon au masque pourtant si humain.
Il n’a plus de force, tellement il s’est tortillé pendant une heure comme un asticot accroché à un hameçon. Il est complètement à sa merci maintenant.
Le petit garçon observe toujours. Il penche sa tête sur le côté. Il a l’air de découvrir, d’apprendre quelque chose. Il semble qu’il… étudie.
Et puis il sort lui aussi un couteau de sa poche. Sa petite main d’enfant serre fort le manche de métal, et alors que le bourreau s’apprête à frapper, l’enfant frappe lui aussi au même moment. Il transperce le thorax de l’homme mangeur de cœurs. C’est comme si c’était du beurre, pense-t-il. Lui qui croyait trouver de la résistance à cause des côtes !
Le petit garçon est fatigué maintenant. À chaque fois c’est pareil. Il se frotte les yeux. Il se met à bâiller très fort, s’assoit au milieu de la pièce, les jambes en tailleur. Il baisse la tête et s’enfonce dans un sommeil sans rêves.
Xxx
Il était une fois,…. moi.
Moi le « parfait ». Celui qui donnera naissance à un jour nouveau. Une révolution. Depuis que je suis né, mon père me le répète tout le temps. Encore et encore. Alors c’est que ça doit être vrai.
Tous ces sentiments qu’il me donne. Tout ce que j’apprends grâce à lui. Je suis grand, j’ai sept ans, et j’ai l’impression d’avoir déjà vécu au moins cent vies. Pourquoi ?
Et ben je vais te dire un secret, mais ne le répète à personne, compris ?
Mon papa est magicien. Comment je le sais ? Parce qu’il me fait voyager dans le temps. Tu ne me crois pas ? Tu devrais pourtant.
Y a pas longtemps, j’étais en Angleterre. Il faisait nuit et froid. Les rues glissaient à cause de la glace par terre. Je me faisais bousculer par les gens qui ne regardaient pas où ils allaient.
Les femmes portaient de longues robes brillantes et les hommes, eux, des chapeaux noirs très hauts et des capes tellement grandes que j’aurais pu me cacher tout entier à l’intérieur. Ça sentait pas bon à cette époque-là. J’étais obligé de me boucher le nez tout le temps. Et des fois, les rues étaient si sombres que je marchais dans le crottin de cheval. C’était dégoûtant !
Il y avait aussi des femmes très sales sur elles et elles faisaient des choses avec des hommes vieux des fois. Aussi crasseux qu’elles. J’essayais de regarder, mais là, mon père me dirigeait très vite dans une autre rue.
Je me sentais un peu perdu, mais j’étais un peu curieux, alors j’essayais ne pas avoir peur.
Mon papa me répétait sans cesse que « je ne devais pas négliger cette chance qui était la mienne d’apprendre sur le terrain ». Je pouvais voir l’Histoire par mes propres yeux et en apprendre bien plus que tous les autres enfants.
Je me rappelle ce jour-là. Je suis passé devant une fenêtre éclairée. J’étais attiré par la lumière qui transperçait la vitre. Je savais pas pourquoi, mais je devais absolument regarder à travers. Je n’étais pas assez grand pour voir à l’intérieur, alors je suis monté sur un vieux cageot que j’ai trouvé contre le mur. Il était à moitié cassé. Du coup je devais faire attention de ne pas tomber.
La vitre était toute sale et je voyais rien. Je suis descendu de la caisse et j’ai décidé de faire le tour. Une porte en bois. Je l’ai poussée et tout de suite j’ai reçu du liquide en pleine figure. Je me suis essuyé les joues. Mes mains étaient pleines d’une substance rouge et visqueuse. Intrigué, je me suis rapproché de là où venaient les projections, et je me suis trouvé devant une scène hallucinante.
Un homme, enfin il portait des vêtements d’hommes, se tenait au-dessus d’une femme qui ne bougeait plus. Je croyais que c’était comme le couple que j’avais surpris juste avant, dans l’autre rue. Mais non. Je me suis déplacé un peu car l’homme m’empêchait de voir.
J’ai déjà vu ça dans d’autres époques que mon père m’a montré. Mais pas de la même manière. Ici, l’homme sortait tout ce qu’il y avait dans le ventre de la femme. Pour quoi faire, je ne suis pas sûr de l’avoir compris encore, mais ce que je sais, c’est que j’avais vraiment envie de voir ce qu’il faisait. Mes yeux ne pouvaient pas se détacher de ce liquide rouge foncé, presque noir qui s’étalait sur le sol. Ça brillait comme le miroir de la méchante reine de Blanche Neige.
Et pourquoi est-ce qu’il enlevait tout ce qu’il y avait dans le corps de cette dame?
J’ai regardé mon ventre et posé mes mains dessus. Est-ce que j’ai tout ça moi aussi à l’intérieur de moi ? Mon papa ne m’en a jamais parlé.
J’ai tendu le cou et me suis approché encore un peu de l’homme. Il ne me voyait pas. J’étais si près que je commençais à entendre ses pensées. Elles étaient tellement claires et vives. Il était entièrement à ce qu’il faisait et rien ne pouvait le distraire. J’avais beau respirer juste à côté de lui, il ne me captait ou ne me sentait même pas. Comment c’était possible un truc pareil ? Parce que mon papa est magicien, je te l’ai déjà dit !
L’homme était méthodique et son geste sûr. Il découpait, il arrachait. Des bruits de succion résonnaient dans la pièce. Ses mains étaient aussi rouges qu’une pomme d’amour à la fête foraine. J’aimerais bien en goûter une un jour.
J’écoutais encore dans la tête de l’homme. C’était très silencieux dans son crâne. Il n’avait pas peur, ça nan ! Pourtant quelqu’un aurait pu le surprendre. Il ne ressentait aucune pitié, aucun sentiment gentil. En même temps, s’il en avait, il ne ferait pas ça, pas vrai ?
J’ai fermé les yeux pour mieux écouter. J’ai même arrêté de respirer et… j’ai entendu un rire lointain, puis de plus en plus près. Le rire se déployait, fort et puissant. Je n’avais jamais entendu un rire pareil. Ça c’est sûr !
Et ce que j’ai perçu dans ses pensées à ce moment-là, c’est… de la joie.
La femme était couchée sur un lit rouge de ce liquide qui s’écoulait de son ventre ouvert en grand. Sa bouche poussait comme un cri mais ne disait rien. Ses yeux me regardaient mais ne voyaient rien non plus tellement ils étaient vides.
L’homme a pris les boyaux de la femme dans ses mains. Je pouvais ressentir qu’ils étaient encore chauds. Ça faisait des bruits bizarres et ça glissait entre ses doigts. Il les a posés au-dessus de l’épaule gauche de la dame morte. Oui elle était morte je crois. Pourquoi faisait-il ça ? Je continuais de l’écouter. C’est comme si ce qu’il était en train de faire, là tout de suite, se trouvait dans une bulle distincte de ses autres pensées. Quelque chose à part.
J’ai baissé les yeux et dans ma main, il y avait un couteau. La lame était aussi longue que celle utilisée par cet homme qui ne me voyait toujours pas.
Comment ça se fait qu’il ne me voyait toujours pas ? Pourtant j’étais juste à côté ! Et ce couteau dans ma main, qu’est-ce que je devais en faire ? Mon papa, comme magicien, il est trop fort ! L’homme continuait de déchirer, de sectionner, d’éclabousser toute la pièce. Mes yeux passaient de la lame qui brillait, à cette femme morte, puis à l’homme avec ses gants plein de rouge.
Je m’interrogeais sur tout ça mais je n’avais pas peur. J’ai resserré mes doigts sur le manche du
couteau. De plus en plus fort. Mes articulations devenaient toutes blanches. Et d’un coup, J’ai su ce que je devais faire.
L’homme me tournait toujours le dos. Mais quelque chose, un bruit, l’a fait pivoter vers moi. Il ne comprenait rien du tout quand j’ai planté la lame bien profond dans son cou. Elle était tellement longue qu’elle est ressortie de l’autre côté. C’était un peu dur. Je n’ai que sept ans, mais l’homme n’a pas résisté.
Le liquide rouge est sorti tout de suite d’une grosse veine. Ça giclait drôlement fort ! J’en avais partout sur moi. Et j’ai recommencé. L’homme ne s’attendait pas à ça. Il ne savait même pas que j’étais là. Mon père est magicien, je te l’ai déjà dit !
Et c’est là que ça s’est produit. Je les sentais. Ses pensées bizarres séparées des autres, sont entrées dans mon esprit et ont claqué comme une bulle de savon pour s’installer dans le mien.
Et là j’ai tout compris. J’ai tout ressenti. Je me rendais compte qu’il se croyait comme le plus fort de tous les hommes de la terre. Il pensait que rien ni personne ne pouvait l’arrêter. Plus fort que tous les super héros.
Voilà, j’avais fini.
Et j’étais fatigué maintenant. Le couteau dans ma main avait disparu. Je me suis assis contre le mur tout fissuré de la petite chambre pleine de rouge. De gros insectes tout noirs grouillaient sur le sol. J’ai essayé d’en attraper un mais il a réussi à se faufiler.
Le brouillard est arrivé dans ma tête comme toutes les fois. Mes paupières sont devenues lourdes. Je me suis frotté les yeux à cause du sable, et j’ai bâillé. Je crois que je me suis endormi.
xxx
– Qu’est-ce qu’on fait Papa aujourd’hui ?
– Rien. Tu dois te reposer. Chaque voyage te fatigue. Tu dois reprendre des forces !
– Mais je ne suis pas fatigué ! J’ai bien écouté et j’ai été très sage, alors s’te plaît, viens jouer avec moi cette fois !
– Écoute, j’ai beaucoup de travail. Je te promets que je jouerai avec toi dès que j’aurai
terminé !
Je me rapproche de mon père. J’aimerais pouvoir le toucher mais je n’y arrive pas. Il y a toujours quelque chose qui m’en empêche. J’aimerais pouvoir le serrer dans mes bras. La seule personne qui compte pour moi, me tient toujours à distance. Je le regarde s’éloigner sans pouvoir rien faire.
À chaque fois, qu’il m’emmène en voyage, j’espère qu’il sera fier de moi et qu’il me le montrera. Mais il ne montre rien. Jamais. Il n’est pas méchant mais son indifférence me fait des choses bizarres et laisse comme un trou en moi.
Il quitte la pièce et me laisse seul.
À force, ces nouvelles pensées m’envahissent. Elles ne se contentent plus de rester dans cette bulle que j’ai sentie chez cet homme. Non, dans ma tête, elles se déploient et prennent toute la place qui reste. Ca tourne très vite. C’est tellement puissant.
Les autres fois n’étaient pas aussi intenses. On a commencé « doucement » comme disait mon Papa à l’époque. Il m’expliquait que ce que j’allais voir était très important pour ma « construction psychologique ». Je savais pas trop ce que ça voulait dire.
Alors il me conduisait déjà dans d’autres époques, dans d’autres royaumes, comme celui de cet ogre horrible qui tuait ses femmes.
Je ne devais pas me concentrer sur elles, mais sur lui. Chaque fois que je tentais d’écouter les pensées de ces femmes, la gorge ouverte par leur mari, mon père m’obligeait à revenir sur celles de cet énorme monsieur avec sa grande barbe. Avec les reflets de la lune, on aurait dit qu’elle était bleue.
Et ce que je trouvais dans son esprit était comme une brume si épaisse qu’elle ne laissait pas passer les rayons du soleil, si seulement il y en avait à l’intérieur de cet homme, mais je n’en étais pas très sûr. Une impression de toute-puissance entrait en moi et se répandait lentement dans chaque recoin de ma personnalité. Cette brume tapissait l’intérieur de ma tête, de mon ventre, de ma poitrine, de mes bras, de mes jambes, comme un papier peint.
Chaque fois que mon papa me ramenait, j’espérais qu’il me raconterait une belle histoire pour m’endormir, mais il me laissait toujours dans le noir, et je revoyais toutes ces personnes qui faisaient couler ce liquide rouge sur des femmes ou des enfants, enfin sur plein de gens. J’entendais leurs rires. Des rires comme le diable pourrait le faire. Même si j’essayais de percevoir la lumière, seul le noir me parvenait.
– Écoute-moi fils ! J’ai de grands, de fabuleux projets pour toi ! Mais tu dois me laisser faire ! Tu dois me faire confiance !
– Je te fais confiance Papa, mais des fois, j’aimerais qu’ils s’arrêtent de parler dans ma tête ! Ils font trop de bruit et je suis obligé de me boucher les oreilles !
Nous y voilà. Une nouvelle étape de franchie. Encore un petit effort.
xxx
Mike marche dans le long corridor, l’esprit toujours occupé par son fils. Car il est bien son fils. Le petit n’avait pas encore conscience de son potentiel. Il devait le lui faire comprendre mais pas trop vite non plus. Cette phase-là est la plus méticuleuse. La plus cruciale.
Son dossier sous le bras, il actionne la poignée de sa main libre, et entre dans la salle de réunion. Elle est vide, à l’exception d’un homme en costume strict, et au regard incisif. Il est assis tout au bout de l’énorme table ovale. Il invite Mike à prendre place sur la chaise à côté de lui.
Celui-ci doit lui montrer des résultats probants aujourd’hui. Et il en a.
– Monsieur.
– Entrez Mike ! Je vous attendais. Asseyez-vous. Alors qu’est-ce que ça donne ?
L’homme en costume mime une apparente décontraction mais il n’en est rien. Mike le connaît bien et il se demande bien à quel moment il va montrer son vrai visage.
– Le projet avance bien et je serai bientôt prêt.
– Je l’espère ! Nos investisseurs commencent à perdre patience, et demandent quand nous pourrons leur livrer. Êtes-vous sûr de parvenir à le contrôler ?
– Sans problème. Laissez-moi encore un peu de temps et il sera parfait. À l’âge qu’il a, il reste encore facile à diriger, mais je dois vérifier tous les paramètres encore une fois. Il ne se rend compte de rien sauf lorsqu’il est en présence des sujets. Il ne comprend pas pourquoi ils ne le voient pas. Le reste du temps, tout lui paraît normal.
– Ne venez pas me polluer avec vos détails qui ne m’intéressent pas. Du temps, nous n’en avons presque plus, alors bougez-vous le cul ! (Voilà le vrai visage !)
Mike se lève comme une furie et se met à tourner en rond dans la pièce. Il n’avait jamais été question de le vendre à qui que ce soit ! Mais il n’avait plus le choix.
– Bon Dieu, vous croyez que j’ai une baguette magique ? Je passe tout mon temps sur ce projet. J’ai conscience de son importance, croyez-moi, et je suis le premier à vouloir que ça
fonctionne ! Seulement, l’aspect psychologique est plus compliqué à gérer !
– J’en ai rien à foutre ! Faites ce qu’il faut et finissez rapidement ! Je vous laisse une
semaine !
Mike attrape son dossier sur la table, observe son supérieur d’un air mauvais.
– Sinon quoi ?
Mike ouvre la porte et la claque si fort derrière lui que la fine cloison se met à trembler. Il retourne à son bureau. C’est l’œuvre de sa vie. De sa courte vie. Vingt-deux ans à peine. Tout a commencé comme un jeu, mais maintenant c’est du sérieux. Il ne peut pas et ne veut pas se louper.
Il se remet devant son ordinateur et mord dans son burger froid. En grimaçant, il l’arrose d’une gorgée de coca tiède.
Sur l’écran, un logo. Un lieu et une date : Massachusetts Institute of Technology (MIT). Boston. 15 décembre 2018.
Mike appuie sur la touche « enter » et tape son code d’accès. Puis, il inscrit dans une fenêtre « Projet Norman. Confidentiel ».
Le petit garçon apparaît sur l’écran. Ses grands yeux s’éclairent, mais une lueur nouvelle apparaît. Une lueur plus trouble, plus sombre. La perversité. Et avec elle, la naissance de la toute première Intelligence Artificielle Psychopathe.
Mike lui sourit.
– Bonjour Norman!
– Bonjour Papa !
Et puis j’ai compris. J’allais devenir l’être le plus puissant de l’univers. Plus fort que Superman.
Fin…, à moins que…
à la Une

L’exquis cadavre exquis, épisode 61

L’exquis cadavre exquis, épisode 61

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 61 nina

EPISODE 61

by Nina du Resto littéraire

 DIRECTION LALANDE

 

Amanda se retourne dans le lit, cherchant une meilleure position, mais, lui arrachant un cri, une douleur fulgurante la réveille tout à fait. Les yeux dans le vague et l’esprit dans le brouillard, elle met quelques minutes à retrouver le fil des évènements. Je suis dans mon appartement avec la fille de Max et la sonnette retentit… J’ouvre…Un violent coup de poing me percute… Je me réfugie dans un bar…Je me réveille dans cette chambre et deux silhouettes sont au dessus de moi en train de changer mon bandage…Mais où suis-je ?… D’une main décidée, elle cherche un interrupteur. Avec la lumière, elle découvre un petit mot glissé à son intention sur la table de nuit.

« Belle Camille, si tu te réveilles, fais comme chez toi ! Je serai vite de retour. Jo »

Au moins, elle n’a pas donné son vrai nom à l inconnu(e), Jo, son bienfaiteur ou bienfaitrice de l’instant, qui sera sûrement déçu(e) à son retour.  Remerciant sa bonne étoile d’être en vie et surtout d’avoir su tenir sa langue. Malgré la terrible sensation de coaltar, elle tente de se lever, cherche ses fringues qu’elle ne trouve pas. Elle aperçoit et saisit une boîte de calmants sur la table de nuit, en avale deux. Dans sa tête un seul leitmotiv  :

« A nous deux, Mr Lalande. Une petite visite à votre villa est maintenant nécessaire »

******

De retour de la pharmacie, Carole entre le digicode de l’immeuble de son « grand frère ». Impatiente comme une enfant, elle se dirige vers la porte de l’appartement. Enfin, elle va retrouver sa maman. En la voyant, elle comprend à son regard qu’elle est vraiment redevenue elle-même. Elles se jettent dans les bras l’une de l’autre. La joie est si intense que Carole fond en larmes.

« Maman ! Merci Eric, merci. Mais explique-moi, que s’est-il passé ? A chaque fois que je venais te voir, tu étais incapable de me reconnaître et là, tu l’air si… normale !

– Calme-toi, ma chérie ! Je vais t’expliquer ou plutôt, Rico va t’expliquer car il y a, encore quelques minutes, je ne comprenais pas moi-même.

– Rico… Mais il faut croire que vous avez déjà bien fait connaissance tous les deux pour que tu lui donnes un petit nom ! En même temps, je savais qu’il te plairait !

– Non, Carole, tu n’y es pas. On se connait depuis longtemps avec Eric. Assieds-toi, on va tout t’expliquer. »

Interloquée, Carole s’assoit, à la fois curieuse et inquiète de ce qui l’attend.

« Dis-moi ma chérie te rappelles-tu de ton oncle ?

-Le frère de papa ? Oui, vaguement. Pourquoi ?

-Te rappelles-tu de son prénom ?

– Attends que je réfléchisse… »

Concentrée, Carole sonde sa mémoire et d’un coup, les yeux écarquillés, l’incrédulité sur le visage, elle se tourne vers Eric.

« Tonton Rico ! Vraiment ? Mais pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ?!

– Sans compter ta perte de mémoire, tu étais dans un sale état après l’accident… Puis, les mois ont passé,  tu t’évertuais à m’appeler grand frère, alors j’ai laissé couler. D’autant que la mort de ton père était encore pour toi une énorme blessure que je ne voulais pas rouvrir. Désolée Carole !

– Mais pour maman ?

– J’ai autre chose à te révéler. Comme tu le sais, Blanchard et Lalande ont deux gros bras tchèques qui font tout leur sale boulot. Eh bien, l’un d’eux, Anton, est un ami, un frère d’armes et j’ai une confiance aveugle en lui, malgré la brute qu’il peut être. Lorsqu’un soir on s’est retrouvé autour d’une bière et qu’il m’a parlé de son nouveau patron, le rapprochement avec vous a été rapide dans ma tête. Je lui ai donc demandé de veiller sur vous. J’ai… ou plutôt, il a échoué pour Camille…  J’avais aussi  des soupçons sur la réalité de la folie soudaine de ta mère et  j’ai demandé à Anton de chercher à savoir si Lalande ne la droguait pas. Mon intuition était bonne et Anton a simplement remplacé les comprimés par d’autres identiques mais inoffensifs. Il ne restait plus qu’à attendre que les effets se dissipent et que ta mère revienne dans notre monde en espérant que ce soit possible»

Toujours assise Carole est incrédule, son « grand frère » et son oncle Rico sont une seule et même personne.  Et si  Anton avait été plus malin, sa sœur serait toujours en vie. Une rage intense s’empare d’elle.

« Merci pour maman, mais cela n’efface en rien la mort de Camille, sache-le. Maintenant, on bouge et on file chez Lalande. Les flics auront certainement déguerpi et je suis sûre que Blanchard va en profiter pour passer la villa au peigne fin afin de faire disparaître toutes les preuves. Et je veux être là !

– Comment être sur qu’ils y seront à notre arrivée?

– Envoie un SMS à ton frère d’arme, Anton ! »

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L’exquis cadavre exquis, épisode 60

L’exquis cadavre exquis, épisode 60

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 60 Oph

Episode 60

by Oph

EXFILTRATION

 

Après leur entretien avec Dieter, Max et Costes s’engouffrèrent dans leur voiture. Direction Paris. Le déplacement n’avait pas été vain. Les informations obtenues par leur mystérieux contact donnaient le mobile du meurtre de Camille et il était urgent d’en aviser Lerot. Enquêter en free lance c’est bien, mais ils ne pouvaient faire justice eux-mêmes. Bien que souvent border-line, les deux compères voulaient, plus que tout, que les responsables de la mort de leur petite protégée payent pour leur crime.

Cinq sonneries, répondeur… « Chiotte » s’exclama Max en jetant son téléphone sur le tableau de bord.

«- Impossible de joindre Lerot. À quoi lui sert son téléphone puisqu’il ne répond jamais !

Costes lui jeta alors un regard qui voulait tout dire, il mit le contact, passa la première et fit crisser les pneus en quittant le parking de Der listige Fuchs. Dans 10 heures ils seraient de retour dans la Capitale, peut-être moins. Si d’ici là Lerot ne donnait pas signe de vie, ils se rendraient directement dans le bureau du juge Fabre.

 

******

 

Quand Carole avait reçu l’appel de sa mère, il lui avait fallu quelques secondes pour réaliser qu’elle ne rêvait pas… Alors qu’elle la visitait régulièrement, elle ne semblait pourtant pas la reconnaître. Que s’était-il passé ? Comment était-elle sortie de ce brouillard qui semblait la dévorer depuis son internement ? Il serait temps de lui poser ces questions quand elle l’aurait rejointe. En attendant, il fallait la sortir de cet univers de blouses blanches et la rapatrier ici, à ses côtés. Là-bas, elle était en danger, même si ce porc de Lalande était mort, Blanchard courait toujours…

 

«  Grand-frère ? C’est moi… Je vais encore avoir besoin de ton aide.

– Je t’écoute.

– Ma mère m’a appelée…

– Quoi ?

– Oui, elle est sortie des vapes et se souvient de tout. On ne peut pas la laisser là-bas, elle est en danger. Il faut la ramener près de moi, ici elle sera en sécurité.

– Je suppose que tu veux que j’aille « l’enlever » ?

– Tu veux bien ?

– Je m’en occupe. »

 

Après avoir raccroché, le « grand-frère » prit la direction de l’hôpital psychiatrique.

Laure écarquilla les yeux.

« Toi ?

– C’est Carole qui m’envoie. Elle veut que je te ramène près d’elle. Maintenant que tu as retrouvé tes esprits, tu es une menace pour Blanchard. Je t’emmène auprès de ta fille.

– Carole sait-elle qui tu es vraiment ?

– Non, je ne lui ai rien dit. »

 

Laure se leva et embrassa l’homme que sa fille lui avait envoyé.

Quand, quatre ans plus tôt, Laure avait pris conscience du danger que Lalande représentait pour ses filles, elle avait contacté Eric, frère de son défunt mari. Militaire de carrière, Eric passait son temps en OPEX. Les jumelles avaient entendu parler de tonton Rico mais ne l’avaient jamais rencontré. Le jour de l’accident de Carole, Eric la suivait de loin. C’est ce qui avait sauvé la vie de la jeune femme. Il avait choisi de ne pas en parler à Laure tant que Carole n’avait pas recouvré la mémoire et la santé après l’accident. Il souhaitait préserver sa belle-sœur. Malheureusement, il ne se doutait pas que Laure sombrerait dans la folie.

 

Profitant du changement de service et de la baisse de vigilance du personnel de l’hôpital, Eric et Laure quittèrent les lieux sans se retourner. Direction l’Espagne. Il était temps de recomposer ce qu’il restait de leur famille et de faire la lumière sur la mort de Camille.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 59

L’exquis cadavre exquis, épisode 59

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Episode 59

by Élodie Torrente

Exquis Cadavre Exquis. Episode 59 Elodie 

Une folle alliée

Tandis que les pompiers s’affairaient autour de Norek, essayant de le dégager de la carcasse, Blanchard et les frères Mazoj s’apprêtaient à en finir avec l’ex-femme de feu Bruno Lalande. Suivis de près par Sebastián Lerot qui retournait à la case départ. Celle qui avait permis aux deux molosses tchèques de lui casser la tête puis de l’enfermer pieds et poings liés dans le coffre de leur voiture.

Sur le parking, alors que Lerot se remémorait ces funestes instants, Blanchard sortit de son véhicule laissant les deux autres dans l’habitacle. Ils le rejoindraient plus tard, habillés en blanc, comme ils l’ont toujours été pour s’occuper, à coups de piqûres, de Laure Longchamps. Si, et rien n’était moins sûr, la mère de Camille et de Carole était toujours de ce monde avec la dose de sédatif qu’ils lui avaient injectée la veille.

Lerot se gara discrètement à quelques mètres des autres, derrière un gros Range Rover. Un couple et un adolescent en descendaient. Sans perdre Blanchard de vue, il engagea la conversation avec le père au visage blême. Un quadragénaire de type golfeur portant casquette et chemise Lacoste qui, au bout de quelques pas, manquât de tomber. Retenu in extremis par sa femme et le bras vigoureux de Lerot, l’homme blafard échappa de peu au sol. C’est alors que l’épouse expliqua à l’inspecteur le choc violent qu’ils venaient de subir en percutant une voiture lancée à pleine allure. Des larmes coulaient sur ses joues. Vu l’état de l’autre véhicule, le chauffeur était mort. C’était sûr ! Ils étaient devenus en un quart de seconde et malgré eux, des meurtriers. Jamais, elle ne s’en remettrait. L’adolescent silencieux avançait à leur côté, les yeux rivés sur son smartphone.

Tout en supportant le quidam et en réconfortant la femme, Lerot, ainsi joint à cette famille, entra dans l’hôpital sans attirer les soupçons de Blanchard. Une fois parvenu à l’accueil et le père de famille confié à des mains expertes, il prétexta une visite urgente pour s’éclipser et suivre, à distance, celui qu’il soupçonnait d’un prochain meurtre. Avec la casquette du mari sur la tête, offerte de bonne grâce par la femme reconnaissante, il put mieux se fondre dans les couloirs sans être démasqué par l’escroc qui empruntait la direction du service psychiatrique.

Lerot ne put s’empêcher d’être soulagé. Il avait eu peur en se garant que les trois enfoirés ne s’en prennent à sa chère Rémini. Il se promit d’ailleurs de profiter de sa venue ici pour lui faire une petite visite ensuite. Enfin, si tout se passait bien. Car, à trois contre un, même avec sa carte de flic et dans un hôpital, vu les rebondissements de cette histoire, de nouveaux emmerdements ne l’étonneraient pas. Rien ne s’était déroulé comme prévu. Même son eczéma avait disparu, sans crier gare. Lui qui, de longue date, l’empêchait de vivre sans se gratter. Il n’était donc pas à un coup de théâtre de plus.

Au bout de cinq minutes à longer les longs murs vieillots de l’hôpital du nord de la capitale, il s’arrêta à l’angle d’un couloir et, à une vingtaine de mètres, tendit l’oreille pour écouter ce que disait l’infirmier posté à l’accueil du service psychiatrique. Par chance, ce n’était pas la jeune et douce infirmière de la veille. Le soignant du jour avait une voix grave et forte.

 

« Madame Longchamps. Vous êtes de la famille ?-

– Je suis son frère.

– C’est le service administratif qui vous a prévenus ? Déjà ?

– Prévenu de quoi ?

– Eh bien… Comment dire… Attendez, je vais appeler un médecin.

– Elle est morte ? Une pointe de soulagement transparut dans la voix de Blanchard.

– Veuillez patienter. »

 

L’infirmier décrocha son téléphone pendant que le demi-frère de Lalande faisait les cent pas devant le comptoir.

Lerot, qui n’en avait pas perdu une miette, espérait que la vieille n’avait pas trépassé. Elle avait des choses à lui dire. Elle était au cœur de tous ces meurtres. Il en était maintenant convaincu. Avoir été agressé et kidnappé alors qu’il était près de s’entretenir avec elle avait forcément du sens. D’autant que les Mazoj étaient déguisés en infirmiers. Il avait bien fait de réfréner son envie de se protéger en fuyant et de les suivre. Fallait qu’il contacte la brigade de toute urgence. D’autant qu’il allait se prendre un sacré savon par Fabre ! Or, avec son maudit téléphone qui n’avait plus de jus, ce n’était pas gagné. Il le sortit quand même de sa poche au cas où, par le miracle des nouvelles technologies, il redémarrerait puisqu’il en avait besoin. Mais rien. Écran noir.

Tapi dans son coin, il décida d’attendre l’arrivée du médecin. Et avant que Blanchard n’ait le temps de se retourner pour repartir et, inévitablement, le découvrir, Sebastián déguerpit, après avoir entendu le psychiatre annoncer au soi-disant frère qu’à 7 heures ce matin, l’aide-soignante de service avait trouvé la chambre de Madame Laure Longchamps vide. La patiente était partie en laissant toutes ses affaires. En dehors d’une enveloppe et de sa pièce d’identité qu’elle conservait dans le fond de son armoire, rien n’avait été emporté.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 58

L’exquis cadavre exquis, épisode 58

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 58 JP

Episode 58

by Jean-Paul dos Santos Guerreiro

In extremis

 

 

Dès son incorporation dans la brigade, Lebel sentit une tension constante au sein de l’équipe. Trop de meurtres, trop de questions, pas assez de réponses… La pression de leurs supérieurs devenait ingérable. Et puis, pourquoi dès son arrivée, Norek, l’avait-il pris littéralement en grippe, malgré tous ses efforts ? Il était toujours sur son dos à essayer de le piéger!

Pourtant, s’il y en avait bien un qu’il admirait, c’était Norek.

Que serait-il devenu sans lui ?

Un voyou, un dealer peut-être ?

Pire, sûrement !

 

A 15 ans, Lebel en était à son troisième braquage quand il s’était retrouvé face à ce policier qui après l’avoir appréhendé, était venu le voir plusieurs fois en détention.  A l’époque, il avait le crâne rasé, chétif, à peine cinquante kilos, pour un mètre soixante-dix-sept. Il avait repris ses études pour celui qui était devenu « sa référence ». Quand il s’inscrit à l’école de police, il avait fait son possible pour être dans la même brigade que Norek, celui qui lui avait redonné un motif de vivre et une vraie envie d’aider son prochain.

 

Quelle fut sa surprise en arrivant ! Cheveux grisonnant et l’air bougon, Norek l’avait tout de suite pris de haut. Lebel n’avait même pas osé lui dire qui il était et pourquoi il était là… Tous les jours, il voyait Norek s’enfoncer dans un monde gris et taciturne. Ses doigts complètement jaunis par la nicotine à force d’enchaîner les cigarettes. Plus que des envies, c’était devenu un véritable besoin. Il les allumait nerveusement, en plus des cafés qu’il buvait à toutes heures de la journée, et qui ne lui étaient plus d’aucune utilité, juste un reflex.

 

Ce matin, il décida de faire à son tour quelque chose pour lui. L’envie de le mettre au pied du mur, de lui demander ce qui lui était arrivé. Il appela Norek pour qu’il vienne à Lariboisière. Il était en bas du poste de Police, et le vit arriver quelques minutes plus tard…  S’attendant à le voir tourner sur sa droite, Norek filait tout droit, dans la direction opposée. Pourquoi ? Lebel décida de le suivre. Il eut à ce moment là, une drôle d’intuition.

 

*****

 

Cela faisait quelques minutes que Norek stationnait au pied d’un immeuble, une cigarette à la main, une bière dans l’autre. Lebel n’osait l’aborder. Soudain, il jeta sa cigarette à peine entamée dehors et la bière sur le siège passager, démarrant en trombe suivant un scooter qui filait déjà à toute vitesse. Lebel démarra à son tour. Norek roulait comme un fou atteignant des vitesses dangereuses, évitant de justesse une jeune maman et sa fille avec une trottinette, grillant les feux et les stops. Sa chance l’abandonna quand un gros 4×4 blanc le percuta de plein fouet.

 

Il s’arrêta frein à main à fond en dérapa. Il sortit de son véhicule téléphone à la main appelant les urgences en leur signalant le lieu de l’accident. Les occupants de la BMW étaient sonnés mais indemnes, les airbags avaient rempli leur fonction.

 

L’état du véhicule obligea Lebel à passer par la portière du passager pour voir l’état du blessé.

 

Pas fameux. Il ne ressentait aucun pouls, ni respiration. Lebel tenta une réanimation pendant plusieurs minutes avant l’arrivée des urgences. Norek se reveilla enfin, en hurlant… Ses jambes avaient l’air complètement broyées suite à la déformation de la portière, coincées par la boite de vitesse.

 

– Putain ! Mes jambes… Ça fait un mal de chien.

– Ne bouge pas, Norek ! Les secours arrivent !

– Ne bouge pas… Tu te fous de ma gueule ? Où veux-tu que j’aille dans cet état ? Et qu’est-ce que tu fous là, Lebel ? Tu devais pas aller à Lariboisière ?

– Il fallait que je te parle. Savoir ce qui t’étais arrivé, pourquoi tu as tant changé. Tu n’es plus le Norek de mes souvenirs.…

– Le Norek de tes souvenirs.… C’est quoi cette connerie encore ?

– Mon nom n’est pas Lebel. Je m’appelle Jacques. Jacques Saussey !

– Mais…

– Non, ne dis rien ! Laisse-moi finir. J’ai voulu suivre ton exemple Norek, rentrer dans la police mais avec mon casier, j’ai du me refaire une identité. Je ne t’ai pas dit non plus qui j’étais car ma vie, ma rédemption repose sur un faux, sur un mensonge. Je ne voulais pas t’y impliquer.

– Jacques ? L’ado paumé ?

– Oui !

– Oh, Jacques !… Oh, putain !… J’crois bien que tu viens d’me sauver la vie, gamin ! dit-il en s’évanouissant de nouveau, pendant que l’auto-radio s’arrêta sur un morceau de « In Extremo ».

 

Au loin, on entendait déjà les sirènes hurlantes des secours…

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L’exquis cadavre exquis, épisode 57

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 57 by Kate

Episode 57

by Kate Wagner

Personne ne sortira indemne

 

Norek retrouva sa voiture, écrasa sa cigarette, et s’y engouffra avec une rapidité surprenante malgré les vertiges qui l’assaillaient. Il avait oublié, comme trop souvent en ce moment, de manger. Fumer lui coupait l’appétit comme aucune pilule amaigrissante magique n’était capable de le faire. Demeurer mince et affûté pour rester dans la course. Il voulait garder son physique de jeune séducteur mais, à plus de 40 ans, cela devenait de plus en plus difficile.

Il démarra dans un bruit désagréable de crissement de pneus et dans l’odeur de gomme brûlée. La décision de suivre le scooter était une fulgurance qu’il regrettait déjà mais trop tard, il devait aller jusqu’au bout. Peut-être la chance allait, pour une fois, tourner à nouveau en sa faveur. Elle ferait de lui le leader qu’il avait toujours été aux yeux de nombre de ses collègues. Féminines surtout.

Il grilla un premier feu rouge à l’angle de la rue Van Landuyt et du Boulevard Pellault. Il roulait vite mais le scooter, plus maniable, prenait de l’avance. La silhouette de cuir sombre, casquée de noir, incarnait à elle seule toutes les violences.

Norek tourna brusquement à droite et soupira de soulagement en distinguant le deux-roues au bout de la route. Ce moment d’inattention à se focaliser sur sa cible lui coûta plusieurs précieuses secondes. Une femme traversait au passage piéton, poussant la trottinette d’une fillette en robe rouge. Détail troublant que Norek enregistrait malgré lui. Il voyait le point d’impact se rapprocher à une allure vertigineuse. Impossible de l’éviter. Il imaginait les deux petits pantins tournoyer dans le ciel gris. Il appuya avec force sur la pédale de frein comme si l’énergie de sa rage pouvait décupler son efficacité. Il voyait à présent la couleur des yeux écarquillés de la mère. Elle ressemblait à un lapin pris dans les phares. Puis, un clignement de paupières pour s’apercevoir que sa voiture s’était stabilisée, le pare-choc collé à la hanche de la petite. La sueur ruisselait le long de sa colonne vertébrale. L’odeur opiacée de la peur emplissait l’habitacle de la Peugeot.

Il ne prit pas le temps de s’apitoyer sur les piétonnes, les contourna et redémarra dans un tourbillon de gaz d’échappement. Paniqué, il chercha à visualiser le scooter. Il l’avait perdu.

Impossible. Ne pas baisser les bras. Fonce Norek, montre-leur qui tu es, montre-leur quel seigneur ils peuvent vénérer. Il passait la cinquième, à fond au feu rouge du carrefour des Surréalistes lorsque, venant de sa gauche, une grosse BMV ne put l’esquiver. Le choc, terrible, enfonça la portière du flic pour atteindre quasiment le siège passager. Norek, dans la carcasse fumante et le verre brisé, sentit ses os craquer, sa bouche se remplir du goût ferreux du sang et s’étonna de ne ressentir aucune douleur. Il glissait doucement dans un autre monde, revit sa vie en accéléré. Sa dernière pensée fut que personne n’allait sortit indemne de cette histoire de dingues.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 56

L’exquis cadavre exquis, épisode 56

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 56 Elias

Exquis Cadavre Exquis. Episode 56 Elias

Episode 56

par Elias Awad

La fesse à DN

 

Par la faute des deux gogols, ce connard de flic fouineur a échappé à une séance de mise à mort au cours de laquelle les deux bas-du-front auraient rivalisé de savoir-faire, tout en rigolant comme d’habitude. Il se devait d’être là pour poser les questions et entendre les réponses avant de le laisser aux bons soins des frères Mazoj. Mais disparu, l’enflure de flic, évanoui dans la nature ! Blanchard est furieux. Ils ne rient plus après leur bourde, ces deux cons ! Mais chez Anton, il y a quelque chose de louche… Le géant, le plus vicelard des deux, celui dont il aurait fallu doser les ardeurs si l’on voulait tirer quelque chose d’utile du flic, avait sur sa tronche quelque chose de plus que, juste, l’air penaud de qui a gaffé grave… Mais quoi ?! Blanchard en est là de ses réflexions quand son Galaxy S9 se met à vibrer contre sa fesse droite.

– « Quoi ?!!! Meeerde ! Quand ?! A l’arme blanche ! Et les chiens ?!… »

« C’était lui le génie, et c’est moi qui suis vivant ! », pense Blanchard. La réflexion lui traverse l’esprit pendant l’appel. Mais l’éphémère sourire qui passe au coin de sa bouche cède vite la place à la panique, en même temps qu’une sueur froide envahit instantanément son cuir chevelu ! La panique et sa copine, la parano. Qu’est-ce qu’il a, Anton ? Qu’est-ce qu’il sait qu’il garde pour lui ? Bruno voulait faire taire la vieille une fois pour toutes. « Anton, Pavel ! » crie-t-il aux deux frères en sueur en train de fendre des bûches, histoire de s’occuper.  « A l’hôpital ! La vieille ! Tout de suite !», aboie Blanchard en faisant courir son index sur sa gorge. Une fraction de seconde, Anton suspend son geste, le regard dans le vide. Une fraction de seconde qui n’échappe pas à Blanchard. « Je panique, là ! Faut que j’arrête mon cinéma !  Qu’ils dégagent la vieille, un point c’est tout. Bruno devait avoir de solides raisons de la faire taire alors même qu’il en était follement amoureux… »

– « Bouge-toi ! », hurle-t-il au grand Tchèque qui se dirigeait d’un pas lent (trop lent ?) vers la voiture où le frangin était déjà au volant.

 

*****

 

Enfin arrivée en Espagne, Carole savoure chaque instant d’une douche longue et bien chaude. Elle réfléchit, tout en se débarrassant des quelques éclaboussures du sang de Bruno. Blanchard d’abord ou Amanda ? Le demi-frère a commandité l’assassinat, même si c’est Lalande qui l’a décidé. L’envoyer ad patres ne lui poserait pas plus de problème, même s’il devait être maintenant sur ses gardes. Elle sait qu’elle fera, là aussi, le geste de sang froid. Mais cette femme dont sa jumelle était amoureuse…

L’eau coulant sur la large cicatrice de brûlure qui court sur l’arrière de sa cuisse droite, de la fesse (la fesse à DN, comme elle l’appelle) presque jusqu’au pli du genou, ramène Carole, aujourd’hui comme presque tous les jours, à l’accident. Le gros Range qui la suivait depuis un bout de temps cette nuit-là alors qu’elle rentrait de Sélestat par la D1083, qui l’a lentement doublée dans Benfeld, le passager cagoulé qui a profité de l’éclairage public pour la dévisager longuement. Puis, en rase campagne peu après la sortie de la ville, l’éblouissement des phares venant en sens inverse. Puis le choc. N’était celui qu’elle appelle depuis son “Grand Frère”, Carole aurait sûrement péri lors de l’explosion du véhicule. Après, bien après, la mémoire lui est revenue pan après pan… Les avances incessantes de Bruno quand il vivait à la maison, le viol pour la punir de l’avoir si longtemps « humilié » en lui crachant à la figure son mépris, sa propre menace de tout raconter à sa mère, et la vidéo que son beau-père avait faite pendant le viol et qu’il menaçait à son tour de montrer à Laure… Cette vidéo, expression de toute la perversité du personnage, où elle s’entendait haletant en rythme des « ouiii Bruno », des « vas-y Bruno ». C’était bien sa voix, mais retravaillée en studio pour que ses cris d’encouragement, repiqués d’une vidéo de course au sac à patates, du temps des beaux jours où tout allait bien, deviennent des feulements de femelle en rut !

 

*****

 

Au moment où Norek traverse la rue devant l’immeuble d’Amanda pour suivre les trois encagoulés qui sentent les ennuis à plein nez, un scooter qu’il n’avait pas vu lui démarre sous le nez. Sans doute était-il garé dans le renfoncement de l’entrée de l’immeuble, dissimulé par l’obscurité et les voitures alignées le long du trottoir … « Merde, merde et merde ! », se dit-il. « Suivre les trois barbouzes ou retourner prendre la voiture et poursuivre ce qui n’a peut-être rien à voir avec tout ça ?! »

 

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L’exquis cadavre exquis, épisode 55

L’exquis cadavre exquis, épisode 55

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 55 by mark

 

Episode 55

by Mark Zellweger

 Temps Mossad à Paris

 

À l’ambassade d’Israël à Paris, non loin des Champs-Elysées, Rebecca Leibowitz reçut une alerte code 1 sur son smartphone. Cela signifiait qu’Il y avait une urgence dans l’opération qu’elle supervisait en ce moment. Habituellement basée en Suisse et étant détachée auprès du Sword de Mark Walpen, le Mossad lui avait demandé de rejoindre la capitale française en urgence afin d’épauler l’équipe locale qui avait mis en place une opération délicate. Cela faisait plusieurs mois que, par des informateurs de la police française, le Mossad avait eu vent d’un gros trafic d’étiquettes de vin. Intrinsèquement, cela ne l’intéressait guère, sauf que cela se recoupait avec des informations signalant que ce trafic pourrait servir à en couvrir un autre, un trafic d’armes celui-là, en faveur du Hamas ! Et de cela il n’était pas question.

Dès le départ, le Mossad suivait l’affaire de près et s’était rapproché suffisamment des demi-frères Blanchard et Lalande pour avoir appris que ces deux gugusses franchissaient régulièrement la ligne rouge et utilisaient de temps à autre des tueurs à gages et autres hommes de main.

Il n’en fallut pas plus pour que l’Institut remette dans le circuit sa fameuse Amanda qu’il utilisait déjà depuis quelques années. Amanda, la star des tueuses à gages, nageait dans le darknet avec aisance et était considérée comme le must en termes d’élimination !

Si Amanda avait envoyé ce message, cela signifiait qu’un incident grave lui était arrivé et que Rebecca devait lancer au plus vite une mission de récupération de son agent. Elle se mit aussitôt à la tâche.

Pendant ce temps, dans la rue où résidait le brave Jo et sa conquête du jour, la Peugeot 306 du brigadier-chef Norek était stationnée. Ce dernier ayant reçu l’info que quelque chose de gros se préparait là, par un de ses amis de la DGSI, il n’allait pas le rater. Surtout que ces derniers temps, sa situation se dégradait fortement au sein de l’équipe des enquêteurs de la brigade. Depuis que le petit jeune, tout juste sorti de l’école de police, le brigadier-chef Lebel, était arrivé, il n’y en avait plus que pour lui. Lebel par-ci, Lebel par-là… Norek avait le sentiment que pour la brigade il appartenait au passé. Il lui fallait du sensationnel pour remettre ce petit morveux à sa place et ainsi montrer qui était le plus futé.

Quand Lebel lui avait demandé de le rejoindre à Lariboisière, il lui avait répondu par l’affirmative, mais il avait filé direct vers cette adresse et attendait, scrutant cette fenêtre dont la lumière restait allumée.

Une bière à la main, concentré vers le porche de l’immeuble, il ne put rater l’entrée de trois personnes qui, comme par hasard, portaient toutes des sweats à capuche et des lunettes de soleil.

« Ce coup-ci, c’est pour moi ! » fit Norek pour lui-même en sortant de sa voiture.

 

à la Une

Exquis Cadavre Exquis, la 4e et avant dernière récap avant final !

Exquis Cadavre Exquis, la 4e et avant dernière récap avant final !

Arrêt sur image, venez découvrir l’état de notre exquis cadavre exquis…

Déjà 54 épisodes…

que vous suivez avec attention

et

peut-être que bientôt ce sera à vous de tenir le scalpel !

Bonne dégustation…

Exquis Cadavre Exquis. la recap 4 episode 42 à 54

L’exquis cadavre Exquis de Collectif Polar

Pour ceux qui n’auraient pas suivi

Les 16 premiers chapitres sont Ici

Les 12 chapitres suivant  sont là

Les chapitre 29 à 41 sont Ici



Episode 42 by Claude Levasseur

Coup de foudre

 «… Et c’est le numéro 10, Coup de foudre, qui s’impose dans la seconde épreuve de trot attelé, devant Emir du Gazeau, le 5. Le 9, Balfour, s’empare de la troisième place…»

Jo n’écoute pas la suite. Coup de foudre… Il ne l’a pas vu venir, celui-là ! Furieux, il froisse son bulletin et le jette au sol.

  • Fait chier !

Cent boules envolées à cause d’un foutu canasson qui porte un nom à la con. Ses pertes du jour s’élèvent à… Non, il n’a pas envie de compter. Sa gorge se serre. Putain de déveine ! Il finit sa bière d’un trait, fait signe à Bertie de lui amener la suivante.

Un œil sur la télé… La course suivante ne commence que dans quelques minutes. Il a le temps de faire la vidange.

Jo se dirige vers le fond de la salle, il pousse la porte des toilettes. Il y a déjà quelqu’un. Une silhouette frêle halète, penchée au-dessus du lavabo. Allons bon, un turfiste qui tient pas l’alcool ! Jo croise son regard dans le miroir. Une femme !

– Ça va ? Vous vous sentez bien ?

L’inconnue lève la tête. Le cœur de Jo s’emballe. Cette fille est canon ! Canon et mal en point. Son teint est aussi blanc que la faïence d’un urinoir. Elle tente de répondre avant de s’affaisser. Jo la rattrape au vol. Veut appeler à l’aide, se ravise. Il sent qu’un truc bien est en train de lui arriver.

Une beauté pareille… Il ne va pas la laisser dans cet endroit sordide. Antoine, le voisin de Jo, est étudiant en médecine. Il l’aidera à la soigner. Charpenté comme un catcheur, il la soulève sans effort et s’engage dans le couloir. Pousse la dernière porte, sort dans l’arrière-cour. Sa simca 1000 est garée juste en face. Privilège d’un habitué des lieux qui rend quelques services au taulier en portant les casiers de bouteilles.

Il installe la jeune femme sur la banquette arrière. Un des boutons de son chemisier a sauté. Jo coule un regard dans son décolleté, aperçoit un gros hématome qui s’étale sous la dentelle fine de son soutien-gorge ! Comprend que sa belle inconnue n’est pas ivre, non. Quelqu’un l’a tabassée ! Il fouille ses poches. Elles sont vides, à l’exception d’une petite gourmette en argent sur laquelle est gravé Camille. La chance lui sourit enfin, il a misé sur le bon cheval. Celui qui va transformer sa vie. Pour toujours.

– Camille, ma princesse, lui susurre-t-il, avant de démarrer.

Elle s’agite, murmure quelques mots qu’il parvient à saisir.

– Lalande, non.

– T’inquiète, mon ange. Ton Lalande, Jo va s’en occuper !

Episode 43

By Double maléfique.

Fabre mouille sa chemise

Le juge Fabre fulmine, pas de nouvelles de Lerot. Mais qu’est-ce qu’il fout, ce con ? Il est persuadé que le policier est parti en Allemagne, histoire de remonter la piste teutonne. Et Rémini que l’on a tenté de tuer pour la seconde fois. Décidément, dans cette affaire tout va de travers ! Peut-être devrait-il en référer à monsieur le procureur. La hiérarchie ne le lâche plus. Oui, il allait finir par demander que cette affaire soit reprise en main par un autre groupe. Peut-être par les as du 36. Deux journalistes «homicidés», plus un troisième en Allemagne, ça fait tache.

Pourtant Fabre hésite encore. Il a comme un mauvais pressentiment. Il n’aime pas quand le ministère fait pression. Il sent le coup tordu, le politique, là-dessous. Oui, ce genre de dossier forcément implique des haut placés, des financiers, des industriels, des banquiers et forcément des élus.

Edouard Fabre n’est pas du genre à se laisser corrompre, il a des convictions et n’aime point entendre que la justice est le bras armé du politique. La collusion entre ces deux organes de pouvoir le révulse. Aussi, même si Lerot piétine, il a toute confiance dans ce flic borderline.  L’inspecteur a une réputation et comme lui il est intransigeant avec la vérité.

Fabre décide de sortir de son bureau. Il va sur le terrain avant que le parquet ne lui ordonne quoi que ce soit. Il faut absolument prêter main forte à l’aspirant inspecteur Pichon. Il est la tête, l’autre sera les jambes. Il va le faire mousser ce petit aspirant, il lui donnera des ailes. En attendant des nouvelles de Lerot et le rétablissement complet de Rémini, ils feront équipe. Notre juge arrive au commissariat. Là, Pichon est perdu dans ses pensées.

– Pichon, que se passe-t-il ?

Gaston sursaute. Qui lui parle ainsi ? Ce n’est pas la voix de Lerot, pourtant elle est impérieuse.

– Alors Pichon, qu’est-ce qu’il se passe ici ?

– Mais rien, rien, dit-il comme un gamin pris en faute

– Mais d’abord, qui êtes-vous ?

– Edouard Fabre, inspecteur, nous allons enquêter ensemble

– Justement, monsieur le juge. Je diffusais le portrait-robot de notre suspecte.

– Notre suspecte, c’est Lerot qui l’a démasquée en Allemagne ?

– Heu, non monsieur le juge. Lerot n’est pas allé en Allemagne, il enquête ici mais il ne donne plus de nouvelle.

– Comment ça pas en Allemagne ? Et c’est seulement maintenant que vous m’en informez ?

– Mais, mais… j’étais occupé à faire faire le portrait-robot de notre tueuse

– Oui, oui, d’accord, vous m’expliquerez plus tard comment vous avez su que c’était elle, notre présumé coupable. Mais maintenant vous filez avec votre officier de policier judiciaire le plus gradé.

– Le brigadier-chef Lebel.

– Oui, on s’en fout, avec le brigadier-chef Lebel ou Norek, peu importe mais vous allez enquêter du côté de la dernière piste de Lerot, et fissa !

Episode 44

By Lucienne Cluytens

Le dieu des flics existe, je l’ai rencontré !

Une suée inonde le corps de Sebastián. La voix de Pavel clamant : «Coucou mon trésor, on arrive» vient de ruiner tous ses espoirs de se délivrer de son piège mortel. Quand il avait senti, posé verticalement contre la paroi du coffre de la voiture, un objet dur et plat, recouvert d’un bout de tissu que ses pieds entravés avaient fait glisser, il s’était contorsionné pour amener une de ses jambes tout contre afin d’en déterminer la nature. Il avait alors laissé tomber sa jambe un peu rudement dessus, entaillant son pantalon et son mollet. Il avait poussé un cri, étouffé par le bâillon. C’était une lame ! Il avait alors pensé à un genre de machette, oublié dans le coffre, autant dire le salut. Et voilà que les deux Tchèques revenaient, animés d’intention on ne peut plus homicides, l’odeur de l’essence qu’ils amenaient avec eux ne laissait planer aucun doute.

Un déclic et la porte du coffre se déverrouilla. Sebastián comprit que sa carrière s’arrêtait là, c’en était fini de lui. Et cette odeur d’essence ! Cramé, il allait mourir cramé.

C’est alors que, comme le clairon de la cavalerie lors des attaques d’Indiens dans les films de Far-West, le portable d’Anton sonna à nouveau. Le coffre entrouvert ne s’ouvrit pas. Pavel attendait visiblement le résultat de cet appel. Sebastián entendit des oui, oui, espacés puis la voix de Pavel qui interrogeait son frère :

– Alors ?

– C’est le boss. Il veut interroger le flic. Il est en route. Il sera là dans quelques heures.

– Fait chier. Y’a rien à faire ici, y’a même plus rien à boire. Qu’est-ce qu’il veut savoir, ce con ?

– J’en sais rien, il ne m’a pas fait de confidence. Je vais aller au village chercher du ravitaillement. Toi, tu surveilles le flic, ajouta-t-il avec un gros rire, des fois qu’il lui prendrait l’idée de se barrer.

– Tu fais chier, je suis pas le larbin. Je viens avec toi. Avec les nœuds que je lui ai faits, il ne peut même pas bouger le petit doigt.

Sebastián entendit les voix des deux frères s’éloigner de plus en plus. Sa deuxième chance était que Pavel, sous le coup de sa déconvenue, n’avait pas reclaqué la porte du coffre. Sans perdre une minute, il commença les manœuvres pour se libérer : positionner les cordes entre ses pieds au-dessus de la lame, cisailler avec une prudence extrême pour pas que la lame glisse et se mette à plat. Il suait de grosses gouttes mais il tenait bon, il allait s’en sortit.

Après avoir délivré ses jambes de leurs liens, il put se retourner plus facilement dans le coffre pour présenter ses poignets à la lame salvatrice. Une exaltation étrange l’avait envahi. Il était protégé par le dieu des flics. Il avait une chance, il n’en aurait pas deux. Aussi, malgré son impatience, il se contraignit à prendre les plus grandes précautions pour tenir la lame droite tout le temps de sa délivrance.

Lorsqu’il sortit du coffre, il pleurait de bonheur. Et là, tandis qu’il s’employait à se dérouiller les jambes, son regard s’hallucina : les clés de la Mercédès s’offrirent à son regard, posées sur un genre de rayonnage fixé dans le mur du garage. Anton avait dû les déposer machinalement là avant de répondre au téléphone.

 Si je n’étais pas un athée convaincu, je croirais en la providence divine. Bénis soient les cons ! pensa-t-il en enclenchant la clé pour démarrer le moteur.

Episode 45 by Frédéric Fontès

C’est une forme de magie

“Rien n’est miraculeux. Si l’on apprend ce que sait le magicien, il n’y a plus de magie.”

Richard Bach, Le messie récalcitrant.

♫♪ Is this the real life? Is this just fantasy? Caught in a landslide, no escape from reality. Open your eyes, look up to the skies and see ♫♪

Cela fait des jours que je me passe en boucle ma playlist Deezer. La musique est devenue pour moi le seul moyen de ne pas devenir légèrement dingue.

J’ouvre les yeux et je me lève après les 5 minutes 53 secondes d’écoute de cette merveille composée par Freddie Mercury.

Il est temps pour moi de revenir à la vie.

Si je voulais survivre, je n’avais pas d’autres choix. Je devais offrir un leurre. Devenir une victime et disparaître de la ligne de mire de cette tueuse implacable lancée à mes trousses. En parcourant sur internet les sites d’actualités, j’ai découvert que les enquêteurs l’ont surnommée Fantômette ! Quel drôle de hasard… J’ai lu récemment à la fille d’une voisine le dernier tome des aventures de cette héroïne, publié il y a quelques années seulement : Fantômette et le Magicien.

Étonnant, non ? Moi, dont deux des livres de chevet sont Robert-Houdin, Confidences d’un prestidigitateur et L’homme qui disparaît de Jeffery Deaver.

La prestidigitation m’a souvent rendu de nombreux services dans le cadre de mon travail. Elle m’offrait sur un plateau un nouvel angle de vue pour appréhender certains problèmes qui se présentaient à moi. Au fil des années, j’ai aiguisé mes sens et développé ma capacité à voir les choses cachées, et à anticiper. Rien de tel, pour démasquer des tricheurs que de détecter les « misdirections » qu’ils sèment. Ou d’en créer de toutes pièces pour les amener à jouer le jeu dont j’ai édicté les règles.

Dans mon cas, pour disparaître, il a fallu que j’applique les précieux conseils du magicien Dave Lewis que j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années : pour étudier un tour, il faut partir de l’effet final, le moment impossible à expliquer. Et remonter dans le temps la séquence du tour. Se concentrer sur les détails dont on est certain, et chercher les indices qui composent le tableau de ce grand final. Figer dans le marbre ce moment, en s’appuyant sur le visible pour ainsi comprendre l’invisible.

Cet effet final ? Ma mort en est le premier acte. Avec assez d’éléments pour la rendre parfaitement incontestable. Maintenant, il est temps que je revienne sur le devant de la scène…

Dehors, le vent tourne. Dans le reflet du miroir, pour la première fois depuis longtemps, je vois…

Episode 46 by Nathalie J.-C.

Enquêtrice du dimanche

 Blanchard devenait incontrôlable ! Après avoir mis un contrat sur la tête de Fantômette, il avait pris la route pour rejoindre les stupides Tchèques qui, sur ses ordres, avaient enlevé un flic ! Rien que ça ! Mais qu’est-ce que Blanchard avait dans la tête ? Evidemment, pensa-t-il, amer, Blanchard n’était que son demi-frère, et ce n’était pas du côté « demi » que se trouvait l’intelligence !

Il se remémora comment cet engrenage avait démarré lorsque, au pied levé, Camille avait remplacé l’un de ses collègues journaliste pour couvrir un débat sur le budget alloué à la CHAFEA (Consumers, Health, Agriculture and Food Executive Agency[1]). Malheureusement, Lalande avait appris bien trop tard la présence de son ex-belle-fille à Bruxelles, où se tenait l’événement. En effet, lors de la pause entre les débats, Camille avait croisé son regard alors qu’il échangeait quelques mots avec ses comparses les plus influents… Ce qu’il y avait lu était tout à la fois un mélange de surprise, de dégoût et de soupçons. Nul doute, pour cette fouille-merde, que la présence de son ex-beau-père à cette réunion cachait des agissements louches ! A cet instant, il avait su qu’il faudrait l’éliminer, ses récentes trouvailles sur les finances du Museum lui ayant confirmé à quel point elle pouvait se révéler dangereuse et efficace…

***

Papa lui avait dit de s’enfermer avec Mamie. Mais il n’avait pas précisé qu’elle ne pouvait pas faire venir un copain ! Avec l’accord de Mamie, oubliant toutefois de lui faire part des inquiétudes de son père, Louise appela François, un copain de classe féru de jeu vidéo et lui demanda de la rejoindre avec son portable : elle avait « un p’tit truc à lui demander » !

Une fois François arrivé, elle lui expliqua, en quelques mots, l’aventure d’Amanda et son possible rapport avec la clé USB, qu’elle demanda à François d’analyser sur son portable. Une fois insérée, la clé s’ouvrit sur un dossier rempli de photos. On y voyait une assemblée réunie dans un cocktail. Décontenancés, les deux ados parcouraient les photos. La journaliste semblait s’être particulièrement attardée sur un groupe de cinq personnes, en grande conversation dans un coin discret de la salle. Des cinq personnes, deux étaient de dos. L’une des autres avait fini par repérer le manège de Camille, parce que son visage, sur la dernière photo, pointait un regard furibond sur l’objectif. A côté de lui, une grande et mince dame en tailleur penchait la tête vers un petit moustachu chauve à la bedaine proéminente. Instinctivement, les deux ados surent qu’il fallait concentrer les recherches sur eux…

– Tu ne pourrais pas passer les photos dans un logiciel de reconnaissance faciale ? lança-t-elle, pleine d’espoir.

– Meuf, sérieux, t’as cru que je m’appelais Pénélope Garcia, ou quoi ?

A cet instant, Mamie Aline débarqua, traînant dans son sillage une délicieuse odeur du moelleux au chocolat.

– Vous faites un devoir d’économie, les enfants ? interrogea-t-elle en fixant l’écran du portable.

–  Non, Mamie, pourquoi tu demandes ça ? répondit Louise, surprise.

– Ah ben parce là, je vois la ministre des Finances, dit-elle en pointant son doigt sur l’élégante jeune femme de la photo. Et tenez, ajouta Mamie, le monsieur à qui elle parle, là, c’est notre ministre de la Santé ! Qui ferait bien de faire un petit régime, si vous voulez mon avis.

Épisode 47 by Patrick Ferrer

 Prédations

 — La ministre des Finances et celui de la Santé ? Tu es sûre ?

Max Lindberg écouta patiemment sa fille qui s’excitait de plus en plus au téléphone. Il savait, d’expérience, que, passé la puberté, la vérité ne sort que très rarement de la bouche des enfants, mais Louise avait l’air d’y croire.

— Bon, faudra que je voie ça. En attendant, assurez-vous de n’ouvrir à personne. Merci ma puce, tu as fait du super boulot.

Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de fierté à l’idée que sa progéniture puisse démontrer des talents d’investigatrice et cela lui fit presque oublier le danger auquel il venait d’exposer sa fille et sa mère. Trois personnes avaient déjà été assassinées et un des flics sur l’affaire était à l’hôpital. Ces gens-là ne plaisantaient pas.

Il aurait dû appeler l’inspecteur Lerot. Ouais, c’est ce qu’il aurait dû faire. Voir deux ministres entrer dans le tableau compliquait fortement les choses. Et encore, c’était un euphémisme. Mais quel scoop ! Le genre de truc qui pouvait propulser sa carrière au zénith. Non, quel que soit le danger, il lui faudrait se débrouiller sans l’aide de la police. Garder ses cartes sous le coude. Et faire très, très attention où il mettait les pieds. Parce qu’il savait que la moindre erreur aurait des conséquences fatales, et pas seulement pour lui…

***

L’inspecteur Lerot donna un coup de frein brusque et la voiture dérapa sur la route de campagne avant de s’immobiliser dans le fossé. Qu’était-il en train de faire ? Fuir pour sauver sa peau ? Il tremblait encore à l’idée de la mort atroce à laquelle il venait d’échapper. Toutes les cellules de son corps criaient de mettre la plus grande distance possible entre ces deux tarés et lui. Ils n’allaient pas tarder à revenir et s’apercevraient que la voiture, et lui avec, avait disparu. Ses mains se crispèrent sur le volant. Non. Il réalisa qu’en fuyant, il abandonnait à son sort une femme innocente et qui sait quelle autre victime de ces sadiques.

Il ne pouvait pas simplement s’enfuir face au danger. Sans compter que ces criminels devaient connaître ceux ou celles qui tiraient les ficelles dans cette affaire. Il en avait encore des sueurs froides mais son agression était en fait ce qui lui était arrivé de mieux depuis le début de cette affaire tordue. Le puzzle commençait à prendre forme, la menace, d’abord diffuse, prenait un visage. Les criminels commettent des erreurs. Ils en font toujours. C’est plus fort qu’eux, comme s’ils désespéraient de se faire prendre, d’être reconnus par tous pour ce qu’ils avaient fait. Son boulot consistait simplement à ne jamais lâcher le morceau, comme un chien qui s’accroche à un os. C’était la seule façon de gagner face à ces tarés. Il ne devait pas lâcher cet os.

Il prit une profonde inspiration. Les idiots étaient tellement sûrs de leur coup qu’ils lui avaient laissé son téléphone. Il passa un coup de fil à la Crim’, demandant à ce qu’on envoie une escouade de la BRI le rejoindre à proximité de l’hôpital psy. De proie, il était redevenu le chasseur.

Il sourit en redémarrant la voiture et en cherchant un endroit protégé des regards d’où il pourrait apercevoir les estafettes noires portant le sigle de la brigade de recherche et d’intervention lorsqu’elles arriveraient. Pour la première fois depuis longtemps il remarqua que son eczéma ne le démangeait plus. En fait, il se sentait plutôt euphorique. Ces salopards ne se doutaient pas de ce qui les attendait…

 

Episode 48 by Sylvie Kowalski

Les chats retombent toujours sur leurs pattes

Il venait d’un quartier de banlieue où il avait traîné ses guêtres et ses poings, où on connaissait la vie, la loi du plus fort. Il regarda sa princesse ; la tache violacée qui s’étalait sous son chemisier n’augurait rien de bon.

Il dégrafa les boutons et vit que la blessure avait été assenée par un coup violent. Bon sang, faut que j’appelle Toine. Un interne en psy reste un interne, se dit-il. Coup de bol, Antoine était du soir. Penché sur Amanda qui geignait, il sortit sa trousse et jeta un coup d’œil à Jo qui surveillait ses gestes en mordant sa lèvre, signe de nervosité.

-Heureusement que j’ai une infirmerie chez moi, lui dit-il. Tu sais que je soigne mes potes de temps en temps. Sors de là et laisse-moi faire. Va plutôt nous chercher un coup à boire.

Il palpa la cage thoracique. Coup de chance pour la belle, le coup ne lui avait pas brisé les côtes mais avait dû provoquer une ou deux félures. Elle ouvrit les yeux et murmura quelque chose d’inintelligible. Il lui fit avaler un puissant antalgique et après quelques minutes s’appliqua à lui bander la poitrine. II retrouva Jo planté devant sa fenêtre de cuisine, une canette à la main.

-Ta belle inconnue a eu chaud. Elle dort, je reviendrai demain. Je dois retrouver mes yoyos à l’hosto. En plus, j’ai deux nouveaux infirmiers dans le service, genre mecs de l’Est, tu vois ? Des Tchèques. J’sais pas où ils les ont dégotés mais ils sont bizarres !

Seul, Jo contempla Camille sa princesse. Mince, elle lui faisait un drôle d’effet ! Qu’avait-il bien pu lui arriver ? Il se rappela le nom qu’elle avait prononcé Lalande… Il ouvrit son ordinateur.

                                                           *****

Sebastián commençait à trouver le temps long quand il vit les deux Tchèques arriver. Merde, mais qu’est-ce qu’ils foutent à la BRI ? Il voyait déjà ses collègues arriver, sirènes hurlantes, et les frères Mazoj déguerpir ! Il ne réfléchit pas et partit en canard derrière les fourrés. Anton, le plus grand des deux, hurlait dans sa langue pendant que Pavel appelait Blanchard. Sur ces entrefaites, ce dernier arriva dans un nuage de poussière.

Ils repartirent à la queue leu leu, Sebastián usant de moults précautions pour les suivre sans se faire repérer. Il prit son téléphone pour informer le juge Fabre et vit que l’écran était noir.

-Et merde ! jura-t-il entre ses dents.

Episode 49 by Fanny

Vengeance

Dans le miroir, je vois des larmes de colère et la soif de vengeance…

Ma jumelle adorée… Ils allaient payer et Lalande le premier. Tout était de sa faute et elle en détenait les preuves.

Sa sœur n’aurait jamais dû enquêter sur leur ex-beau-père. Il était bien trop dangereux et il fallait qu’elles se protègent toutes les trois. La journaliste n’avait pas écouté, se sentait invulnérable, protégée par Max. Avant même de l’apprendre à la radio, elle avait deviné sa mort lorsque le facteur lui avait remis une grosse enveloppe avec l’adresse de Camille comme expéditrice…

Carole s’habilla de noir et coiffa ses cheveux en chignon. Il fallait qu’elle soit libre de ses mouvements. Elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit le tiroir à couteaux et farfouilla jusqu’au fond. Pendant ces années où elle se perfectionnait dans la maîtrise de la magie et l’illusionnisme, le maniement des lames était devenu sa spécialité. Elle avait d’ailleurs passé commande d’un joli petit bijou sur le darknet, manche en acier, lame de vingt centimètres à la forme dentelée comme les contours d’un sapin de Noël, et cinq de large. Elle le glissa dans son blouson, sortit de l’appartement et prit la direction de Gradignan. Dans six heures, la nuit tomberait et elle serait là-bas.

Lorsque la jeune femme arriva, elle ralentit en éteignant ses phares. Elle se gara plus loin le long d’un des murets entourant la propriété dans laquelle elle avait passé toutes ses vacances pendant plusieurs années. Elle escalada l’un d’eux pour se retrouver dans le jardin. Personne. Pas un bruit. Seule la chambre de Lalande était allumée. Soudain, des grognements se firent entendre et elle vit deux masses sombres courir dans sa direction. Elles s’arrêtèrent à quelques mètres…

« Marcus ! Elfy ! Les bébés, c’est moi ! »

Les vieux beaucerons, que Carole avait toujours connus, se précipitèrent sur elle pour se faire câliner. Puis elle entra par l’arrière de la maison et monta les escaliers.

Lalande se douchait. Elle pénétra dans la salle de bain. Telle ne fût pas sa stupéfaction en voyant la jeune femme face à lui. Il eut un recul d’épouvante.

« Mais non ! Tu es morte, Camille ! Ce n’est pas possible ! »

Il n’eut pas le temps de faire le moindre geste qu’elle lui planta le couteau dans le ventre. Elle sentit la lame rentrer profondément dans la chair tendre. Une fois dans les intestins, elle tourna d’un coup sec le manche en remontant de quelques centimètres. La lame crantée allait le faire se vider de son sang.

« Perdu ! Moi, c’est Carole… lui souria-t-elle.»

Episode 50 by Sacha Erbel

Faut pas pousser Mémé dans les orties

 

Deux fois en une semaine qu’on tentait de la tuer.

Valérie Rémini peste dans sa chambre d’hôpital alors qu’elle remballe ses affaires. L’équipe médicale avait fait du super boulot pour la remettre sur pieds en un minimum de temps, compte tenu de son état.

Un regain d’énergie la submerge, accompagné d’une forte, très forte envie d’en découdre. « Faut pas pousser Mémé dans les orties, hein ? Ça va chier maintenant ! »

                        – Qu’est-ce-que vous dites ?

Le médecin vient d’entrer dans la chambre alors qu’elle tourne le dos à la porte. Valérie fait un bond et lui fait face, surprise.

                        – Oh, désolée docteur ! Je parle toute seule. Merci encore pour tout ce que vous avez fait ! Me sauver la vie deux fois, j’veux dire ! Mais là faut que je parte, j’ai du boulot !

                        – Comment ça du boulot ? Vous devez vous reposer !

Valérie ferme son sac de voyage, attrape les deux anses et serre la main du médecin.

                        – Promis ! Dès que je peux !

*****

Valérie a bien l’intention de reprendre l’enquête là où elle l’a laissée. Première chose, appeler Sebastián. Il n’est même pas venu la voir pendant son hospitalisation. Elle qui pensait que… pfff… ! N’importe quoi. Arrête de te faire des films, Valérie !

Elle appelle un taxi à la sortie de l’hôpital et en attendant, compose le numéro de son collègue. Ça sonne même pas. Fait chier ! Elle lui laisse un message incendiaire, puis appelle Pichon. Il répond au bout de quatre sonneries. Valérie fulmine alors qu’elle s’engouffre dans le taxi en grimaçant. Des restes de sa blessure.

                        – Merde, qu’est-ce-que tu fous, Pichon ?

                        – Rémini ? Te voilà revenue d’entre les morts ? C’est Lebel à l’appareil. Pichon est en train de conduire !

                        – Lebel ? Bordel, depuis quand t’es sur cette enquête, toi ? J’entends le deux tons, vous allez où ?

                        – On vient d’avoir des nouvelles de Lerot par la BRI. Il a demandé leur intervention à proximité du HP. On n’a pas encore tous les éléments, mais on verra ça sur place avec le Juge Fabre.

                        – Le Juge Fabre ? C’est quoi ce délire ?

                        – T’as qu’à nous rejoindre ! Faut que je te laisse.

                        – Ouais c’est ça ! J’arrive.

Valérie raccroche. Elle a besoin de se sentir de nouveau dans l’action. Un terrible mal de crâne la prend d’un coup. Elle se concentre sur autre chose que la douleur, en se massant les tempes. Et… Bon sang ! Sa conversation avec Laure Longchamp. Comment elle a pu oublier ça ! Elle tournait en boucle la pauvre femme et répétait la même phrase : « Carole est magicienne, vous savez ! Elle vient souvent me voir. »

Valérie indique brusquement un changement de direction au chauffeur de taxi. A nous deux, Lalande. Tu vas parler maintenant.

Episode 51 By Sofia Herwédé

Trois petits tours et puis s’en va….

Rémini se sentait pousser des ailes. Elle tenait enfin une piste. Bien sûr, ils auraient dû y penser plus tôt. La jumelle. C’était par là qu’il aurait fallu commencer. Mais quel rapport avec la mort de Camille ?

Elle était convaincue que toute cette histoire était bien plus qu’une histoire familiale. Une mère casée parce qu’on la croyait fissurée du bocal, deux filles mortes dont l’une assassinée, un beau-père pas très net. Il fallait creuser davantage. Tout cela n’avait aucun sens. Et toujours pas de nouvelles de Lerot.

Le taxi se gara devant la maison de Lalande. Ce mec, elle ne le sentait pas. Après avoir filé quelques billets au chauffeur pour qu’il l’attende, elle pénétra dans la propriété. Un rapide repérage des lieux lui apprirent que la maison était sous vidéo surveillance. Un tel équipement laissait supposer qu’il abritait des objets de valeurs ou qu’il cachait quelque chose. Se sachant observée, Valérie attendit qu’on lui ouvre. Après quelques secondes sans réponse, elle sonna une seconde fois. Seul le silence lui fit écho. Pourtant, la lumière était allumée au premier étage. Il devait y avoir quelqu’un. Instinctivement, elle posa sa main sur la hanche à la recherche de son flingue. Elle ne rencontra que la couture de son jean. La tireuse hors pair qu’elle était pesta, elle sortait de l’hosto en civil. Il faudrait agir avec les moyens du bord.

Elle détacha ses cheveux et se servit de la pince pour crocheter la serrure. La porte s’ouvrit sans difficultés. Voilà qui était bien étrange. Lalande aurait-il pris le risque de laisser la porte ouverte ?

A l’intérieur, elle sentit des effluves de parfum. Une odeur fraîche qui lui rappela celle des douches du commissariat. Le propriétaire devait sûrement être dans la salle de bain. Elle l’appela à plusieurs reprises. N’entendant pas l’eau couler et n’obtenant pas de réponse, elle entreprit de monter à l’étage. La porte de la salle de bain était entrouverte. En poussant la porte, elle vit une silhouette sombre au-dessus d’un corps. Surprise, l’intruse sauta par la fenêtre pour prendre la fuite. Valérie n’était pas en état de la suivre par le même chemin. Elle fit demi-tour, dévala l’escalier et se lança à la poursuite de la silhouette noire qui courait au loin. Vite rattrapée par un mal de crâne, l’inspectrice sentit qu’elle ne pourrait pas tenir la distance. Elle vit la fuyarde effectuer trois roulades au sol avant de disparaître comme par enchantement. Il sembla à Valérie qu’elle avait perdu un objet dans sa fuite. Arrivée sur les lieux, la flic ramassa un livre de la bibliothèque rose, de la série Fantômette. Un vieux marque page déchiré dépassait du bouquin. On pouvait y lire Festival sans nom, Mulhouse.

Episode 52 by Florence L.

Zeus et Apollon

L’exemplaire à la main, Valérie Rémini retourna vers la bâtisse, une belle maison bourgeoise, lorsque deux chiens surgis de l’arrière de la maison lui firent face et commencèrent à émettre des grognements.

L’inspectrice s’immobilisa et se mit à réfléchir à toute vitesse, tentant de regarder autour d’elle sans bouger la tête.

 – Gentils, les chiens !!

Merde de merde, c’était quoi, déjà, les prénoms des chiens dans Magnum ?  Janvier et Février ? Ah non, Février, c’était dans l’Amour du risque ! Lucifer et Neptune ? Non, mais dans le genre. Ah, j’y suis… Zeus et Apollon !

 – Zeus ! Apollon ! Couchés, les bons chiens… leur intima la flic.

Sans les quitter des yeux un seul instant, elle se baissa tout doucement et saisit une pierre de belle taille en bordure du sentier.

 – Les chiens, allez ! On va jouer, qu’en dites-vous ? leur cria-t-elle en lançant la pierre à l’opposé de l’entrée.

Les chiens se retournèrent pour s’élancer vers l’objet. Ni une ni deux, Valérie Rémini s’engouffra dans l’entrée et s’empressa de refermer la porte.

Trois secondes plus tard, des grattements et des grognements se firent entendre à l’entrée. Elle quitta le vestibule pour se retirer dans la cuisine où elle s’arma d’un couteau séchant sur l’égouttoir. Elle reprit son souffle, se massa les tempes et saisit son portable. Toujours pas moyen de joindre Sebastián. Ça ne lui ressemble pas, se dit-elle intérieurement. Et merde ! Pas d’autre solution que de contacter le Tout-Puissant.

 – Juge Fabre, allo, vous m’entendez ? C’est Valérie Rémini, la collègue inspectrice de Lerot. …vous rejoindre immédiatement ? Ah ça non, ça va pas être possible. J’ai des choses importantes à vous dire. Rapidement ? Je vais essayer… Oui… bien sûr. … Oui, je suis au courant. J’ai eu Pichon et Lebel et je devais vous rejoindre à l’hôpital psy mais écoutez : je me suis subitement rappelée d’une phrase que la mère de Camille m’avait répétée lors de notre entrevue et j’ai filé chez Lalande, son ex-mari, pour avoir des réponses. … Oui, oui, je sais… Bon, sauf votre respect, arrêtez de me gueuler dans les oreilles, monsieur le Juge. Déjà que j’ai un mal de crâne à me taper la tête contre les murs ! Je viens de trouver ce salopard dans sa salle de bain, …oui, Bruno Lalande. Eh bien il s’est fait trouer la peau chez lui, c’est tout frais. Il me dira plus rien maintenant, alors demandez à son ex-femme de vous parler de la jumelle de Camille. Carole, c’est son prénom. …Oui, il est on ne peut plus mort, monsieur le Juge. Arme blanche, je suis formelle. Son assassin était encore là, j’ai essayé de la poursuivre. Mais je confirme que je ne suis pas encore prête pour Koh-Lanta, et donc elle a pu s’enfuir. …Oui, et vous ne me croirez pas, elle a même signé le meurtre avec un tome de Fantômette qu’elle a abandonné dans sa course. …Monsieur le Juge, il faudrait faire rappliquer fissa la scientifique et surtout … Non, monsieur le Juge, je ne voulais pas insinuer que vous ne connaissez pas suffisamment votre travail. Juste une petite précision tout de même, hein ? Les collègues ont intérêt à avoir mangé depuis un petit moment car le macchabée a été salement amoché. Il y a de la tripe partout sur le beau marbre italien ! Attention aussi, il y a deux chiens de garde, genre molosses, dans la propriété. Je reste sur place, à l’intérieur. …Mais oui, monsieur le Juge, ne vous inquiétez pas, je toucherai à rien. Dites à Lerot que j’ai essayé de le joindre à plusieurs reprises.

Épisode 53 – by Michael Fenris

 Le Lien

 

L’auberge s’appelait Der listig Fuchs. Le rusé renard. Un endroit paumé au milieu de la campagne allemande, presque à l’écart de toute civilisation, là où les secrets les plus inavouables se révélaient à demi-mot. Un endroit idéal pour quelqu’un comme Costes, il s’y sentait comme un poisson dans l’eau. Ce n’était pas le cas de Max. Le voyage jusqu’en Allemagne l’avait fatigué, il se rendait compte qu’il n’avait plus l’énergie de ses vingt ans. De plus il faisait un temps épouvantable, une pluie battante, un ciel plombé, un air de fin du monde. Le simple fait de traverser le parking pour entrer dans l’établissement, et il se sentait plus trempé qu’un hameçon en fonctionnement. Même le verre de schnaps n’arrivait pas à le réchauffer. S’il était là, c’était pour Camille, pour honorer sa mémoire et confondre les salopards qui l’avaient tuée.

Le type en face d’eux avait dit se prénommer Dieter. Seulement Dieter. En somme, ça ne voulait rien dire, il aurait pu s’appeler Hans ou Helmut. Il connaissait bien Friedrich Sonnen, le journaliste du Spiegel, et semblait en savoir long sur « Klatschmohn Aktion ». Ce qu’il avait raconté, à Costes et à Max, recoupait les informations du journaliste. Une enquête internationale. Des investissements colossaux. Des multinationales de l’industrie chimique se battant pour obtenir les meilleurs marchés. Un seul critère : produire plus avec moins. Moins de terre, moins de semences, moins d’engrais. Peu importait les risques sanitaires, une fois lancées, ces récoltes d’un nouveau genre seraient mêlées à d’autres, plus saines, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de les différencier. Car le but ultime était bien entendu là : parvenir à développer le produit indétectable et intraçable.

Selon Dieter, les premiers tests in vitro avaient montré des résultats encourageants, laissant espérer des rendements céréaliers à l’hectare comme jamais l’Europe n’en avait jamais connu. C’était au moment de passer à l’essai sur des animaux que tout s’était compliqué. Les rats de laboratoire avaient commencé à développer des tumeurs et, plus grave encore, des modifications de leur ADN. Pour les représentants des firmes il s’agissait juste d’un lot contaminé, rien de plus, une erreur facile à réparer. Néanmoins, les autorités allemandes comme les françaises restaient réticentes. C’était là qu’était intervenu Pierre Blanchard, ancien gestionnaire du Museum, mais aussi ancien directeur financier d’un des groupes agroalimentaires incriminés. Il avait organisé une réunion au sommet entre les grands patrons et quelques ministres, celui de la Santé et celle de l’Economie et des Finances, deux de ses anciens condisciples d’université. Tout ce joyeux monde devait se retrouver au cours d’un cocktail… Cocktail dont Max comprit qu’il s’agissait de celui qui fut fatal à son amie Camille. Ce soir-là, Dieter en était persuadé, les patrons de l’agro-alimentaire étaient prêts à signer un très gros chèque aux ministres en échange d’une simple signature et d’une fermeture de paupières…

 – Je croyais Pierre Blanchard encore en taule suite à son détournement de fonds, grogna Max. Faut croire que ses amitiés lui ont permis de sortir bien plus vite que prévu.

 – Avec plusieurs ministres dans son carnet mondain, il n’a sûrement eu aucun souci en effet, opina Xavier Costes. Blanchard, démissionnaire d’une grosse boîte, rappelé pour jouer les entremetteurs, et qui embauche une tueuse à gages pour éliminer les témoins gênants, dont Gisela Löwenbrau ici, et Romain Richard et Camille… Il faut qu’on retrouve ce type. Max, je crois que tu as assez d’informations pour ce cher Sebastián Lerot, tu ne crois pas ?

 – Oui, si j’arrive à le joindre. Ce type passe son temps à être insaisissable… Merci pour toutes ses informations, Dieter. Il nous reste à trouver le lien entre Camille et ce Blanchard autre qu’une simple soirée cocktail…

 – Je sais de source sûre qu’à Interpol ils s’intéressent beaucoup à Blanchard, reprit Dieter. Il serait mêlé à un trafic de fausses bouteilles de bordeaux depuis la France jusqu’à l’Allemagne. Une façon d’écouler aussi les pots-de-vin de l’industrie agroalimentaire ? Il serait en cheville avec son frère, ou plutôt son demi-frère, un certain Lalande. Mais jusqu’ici on n’a jamais pu rien prouver, et ce Lalande n’apparait pas comme intervenant dans l’affaire qui nous occupe.

Max Lindberg pâlit brutalement. Le voilà le lien qu’il cherchait ! Bon sang, et il fallait que ce soit un quidam allemand, avec un nom sans doute faux, qui le mette sur la voie !

 – Vous voulez parler de Bruno Lalande ?

 – Tu vois de qui il s’agit ? demanda Costes.

 – Je ne connais qu’un Lalande. C’est, ou plutôt c’était le beau-père de Camille. Il a quitté sa famille après avoir été inculpé pour coups et blessures et menaces envers elle et sa sœur.

 – Tu crois que Lalande aurait pu charger son demi-frère d’engager une tueuse pour buter son ex-belle-fille, juste par ressentiment ?

 – Peut-être, mais il a pu aussi vouloir se débarrasser d’elle en apprenant qu’elle était trop curieuse. Il faut qu’on rentre tout de suite !

Episode 54 by Loli Crystal

Fuite en avant

Carole vit que sa poursuivante lâchait l’affaire et profita de cette avance pour rejoindre sa voiture, cachée de l’autre côté de la propriété. Il était certain que cette femme allait alerter la cavalerie. Il ne faisait pas bon rester dans le coin. Elle démarra et s’éloigna de cette tranche de son passé, un sourire aux lèvres d’avoir pu venger sa sœur. Elle prit l’autoroute en direction du sud et s’arrêta sur une aire boisée pour réfléchir à la suite. Elle l’avait échappé belle ! Se faire surprendre par une personne incapable de la suivre avait été une chance.

Réfléchir.

Ce n’était plus qu’une question de temps pour que la police fasse le rapprochement et reprenne le dossier de sa ʺdisparitionʺ. Ils ne mettraient pas longtemps à comprendre qu’il y avait des lacunes dans les expertises. Ils interrogeraient certainement les enquêteurs de l’époque. Une seule personne était au courant. Comme tout magicien, Carole avait eu besoin d’un assistant pour éloigner l’attention des ʺspectateursʺ et mettre en place les ruses, ici la falsification des dossiers. Elle pouvait compter sur lui. Il ne dirait jamais rien. Celui qu’elle considérait comme son ʺgrand frèreʺ. Entre eux, c’était à la vie à la mort. Aucun risque de ce côté, donc.

Son talon d’Achille, c’était sa mère. Elle avait eu la faiblesse d’aller lui rendre visite quand elle avait su ce que Lalande lui avait fait. Elle savait que ses propos au sujet des visites de sa fille disparue avaient été pris pour les délires d’une femme internée et hantée par les fantômes du passé. Maintenant, la police allait creuser cette piste, et les propos de sa mère ne seraient plus pris à la légère.

Fuir.

L’Espagne. Si proche. Cela lui semblait une bonne option.

Son ʺgrand frèreʺ y avait une maison. Elle savait qu’elle pouvait s’y rendre quand elle voulait, il le lui avait assez répété par le passé. Elle s’y réfugierait le temps de mettre au point son tour de passe-passe. Il n’y avait pas de temps à perdre. Son ami ferait le nécessaire pour brouiller les pistes dès qu’il comprendrait qu’elle était impliquée mais cela ne durerait qu’un temps. De la poudre aux yeux pour lui laisser le temps de disparaître.

Carole regagna son véhicule et s’engagea sur l’autoroute.

[1] l’Agence exécutive pour les consommateurs, la santé, l’agriculture et l’alimentation

à la Une

Trophée Anonym’us : Nouvelle N° 1 – Autoportrait

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dimanche 30 septembre 2018

Nouvelle N° 1 – Autoportrait

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Autoportrait

Et puis, finalement, je l’ai rencontrée.
Près de nulle part.
Elle affichait quelque chose comme seize ans, le teint clair et des yeux quelconques.
Tout m’a paru si évident.
C’était quelque chose comme dix-huit heures, fin juin, et le rond-point du périphérique libérait son troupeau de prolétaires soudés à leurs sièges auto par la sueur, la médiocrité et la peur. La maladie coulait dans mes veines. J’avais la bouche sèche, et le ressac fiévreux hallucinait mes perspectives.
Elle est apparue dans mon rétroviseur. Elle descendait les files de voitures. Seule. Efflanquée. Espadrille, caleçon d’homme et débardeur Nike.
Elle a continué jusqu’à ma voiture et s’est arrêtée à la fenêtre. Elle sentait la pisse et la transpiration. J’attendis, voir si elle parlait français. Elle faisait des mouvements brusques avec son gobelet, et son regard était mauvais. Je déposai dans son verre tout ce que le vide-poche contenait de pièces, et ce qu’il restait de cigarettes dans mon paquet. Trois. Elle eut surtout l’air contente pour les cigarettes.
J’ignorai la bifurcation vers Toulouse et me garai quelques centaines de mètres plus loin, sur le parking triste d’un hôtel Ibis. J’avais le cœur qui battait, et un peu moins froid.
***
La chambre que je louais donnait sur le rond-point. Je passai la semaine suivante à dormir et guetter la fille.
Je me présentais sur le rond-point aux horaires de bureau et lui donnais de l’argent et des cigarettes. Parfois le matin, parfois le soir, souvent pas du tout. J’étais son petit prince, elle, mon renard, et mon espoir, absurde.
La journée j’étais obligé de rester dehors. La dame qui tenait le comptoir de l’hôtel me souriait à chaque fois et sa pitié me suicidait. Je prenais les médicaments, évitais les miroirs, et comme avait dit le gentil docteur, « prenais soin » de moi.
Les résultats furent rapides. Ma voiture n’était plus une voiture parmi tant d’autres et elle m’attendait. Le lundi suivant, en plus d’un billet de cinq et de quelques cigarettes, je lui glissai un joint. Elle ne comprit pas ; je lui fis un clin d’œil et me dépêchai de remonter la vitre. L’héroïne ne se consomme pas en cigarettes paraît-il. N’empêche : le lendemain elle vint à ma voiture plus vite que d’habitude.
Je changeai d’hôtel la semaine suivante, et continuai ma petite histoire. Son odeur, quand elle était là, s’incrustait dans ma peau, et sur ma rétine, la persistance de ses petits seins. J’augmentais progressivement les doses en veillant bien à conserver les jours de diète.
À force de la voir, je commençais à recouvrer un peu de force. J’arrivais à tenir la journée, et il m’arrivait même parfois de passer quelques minutes sans penser, et sans ressentir sur mon front et dans mon ventre l’acidité morbide du dégoût.
Je décidai de passer à l’action le soir du quatrième vendredi. Cela faisait trois semaines qu’elle était sous « médication », et chaque jour, elle m’attendait bien après que la dernière des voitures ne soit passée sur le rond-point.
Elle quitta les lieux à la nuit tombée. Son itinéraire serpentait le long du périphérique. Tandis que je boitais dans l’obscurité des murs, je surveillais de loin la tache noire de son ombre dans les flaques de lumière. Je me sentis soudain à bout de force. Combien de montagnes encore me faudrait-il soulever, pour prétendre être un peu heureux ?
Je la rattrapai au niveau d’une passerelle métallique. Un simple salut de la tête et je poursuivis mon chemin. J’avais des sueurs froides et une boule de plomb dans le ventre de la taille d’un melon. Elle poussa un petit cri et vint, trépignante, se coller à mon bras. Je fis mine de ne pas comprendre et de me dégager, mais son corps réclamait de la came, et elle n’abandonna pas.
Elle me suivit jusqu’à la voiture. L’injection la fit sombrer instantanément.
***
Nous fûmes à Toulouse à l’aube. J’habitais une usine désaffectée, un peu plus loin sur le canal latéral. Je la portai le long des piscines en béton, jusqu’à l’étage des bureaux et ce qui serait sa chambre. J’avais choisi une grande pièce qui avait été jadis le bureau du contremaître, et qui surplombait les zones de chargement.
Elle grogna légèrement quand je lui attachai une main au montant du lit. La redescente de la came. Elle avait besoin de dormir et moi aussi. Pour la première fois depuis des semaines, l’anxiété avait disparu, je me sentais positivement épuisé.
Je me mis au travail le matin du sept juillet 2017. Elle s’était réveillée de bonne heure, son poignet était entaillé sur plusieurs centimètres par le câble avec lequel je l’avais attachée. Je fumai une cigarette et l’observai cracher, m’insulter et se débattre.
Je m’approchai d’elle, et lentement, en exagérant mes mouvements, montai la main, et claquai des doigts. Elle ne comprit pas. J’écrasai mon poing sur son visage. Elle s’effondra sur le lit, paralysée par la surprise et la douleur. Je m’assis sur le rebord du matelas, et doucement, du coin de la couverture, épongeai le sang qui lui coulait du menton. Puis je claquai à nouveau des doigts. Et comme évidemment elle ne comprenait pas, je recommençai à la frapper.
Quand elle s’évanouit, je la déshabillai entièrement, et changeai l’entrave au poignet par un collier métallique et une chaîne. Puis je sortis me promener.
Le soir elle était malade. Son corps affaibli s’était répandu au pied du lit et elle gisait sur le matelas, recroquevillée en position fœtale.
Je caressai un moment son front, puis insérai entre ses lèvres une petite boulette d’opium. Elle avait le nez cassé, et le blanc de son œil était moucheté de sang. J’attendis qu’elle s’endorme, et nettoyai son visage, ainsi que la plaie qu’elle avait au poignet. En bas, dans l’usine, tout était calme. Je me promenai entre les réservoirs de béton, fumai une cigarette, et arrêtai mes pas devant la porte noire. Elle n’était pas verrouillée, aucun cadenas n’aurait été assez solide. Derrière les feuilles de tôle, dans la fraîcheur et l’obscurité du béton, attendait une paire d’yeux caves. Éternellement ouverts. Guettant sous la porte l’ombre de mes pas.
***
Au matin, je profitai qu’elle soit évanouie pour m’installer sur sa poitrine. Je ne comptai pas quelques minutes que déjà son corps, inerte, faisait sur le matelas une auréole de sueur. Les gouttelettes s’accumulaient dans le creux de son cou, mes impacts faisaient aller et venir les pointes de ses seins, et les afflux de sang provoqués par les saignements gonflaient ses lèvres. J’aurais juré qu’elle haletait.
Je retenais mes coups. Briser mais ne pas fendre, décoller mais ne pas déchirer. Je suais de plus en plus. Mes gestes étaient encore précis mais les effluves des bains chimiques, mélangés aux odeurs de sang, d’urine et de merde, empourpraient mes coups et décuplaient mes forces. J’essayai d’ignorer, dans mon dos, le parfum de son sexe. La honte s’écrasait en vagues brûlantes sur mon front. Images de ma queue, inutile et puante. Plus je frappais, plus le corps grandissait, gigantesque, et je frappais encore, sans logique, poupon immonde hurlant de tristesse.
J’avais perdu le contrôle. Le sang giclait sur nos torses. Je n’entendais plus le bruit de mes coups, plus aucun bruit. Seulement, derrière la porte noire, les hurlements des rires de mon double monstrueux.
J’étais en train de déconner à plein pot, mais à ce stade-là j’aurais abandonné mes projets, mes plans, bousillé cette tête d’ange et chaque centimètre de ces os, transformé cette charpente palpitante en une bouillie de sang, de peau et de cartilages et alors peut-être cette chaleur ce picotement me remplirait entièrement me ferait imploser et je n’aurais plus ce corps plus cette âme et ces pensées horribles et je partirais en orbite comme une boule d’énergie enfin enlevée à tout ce malheur cette tristesse cette pourriture de vie injuste…
Je réussis à m’arracher du lit et courrai dans les escaliers, courrai entre les piscines chimiques, courrai sur la zone de chargement, les chemins pétés et grillés par le soleil, ma jambe, mes poumons, et tous mes muscles dissous dans l’acide lactique.
Jusqu’à ce sol brûlé. Griffant ma pauvre carcasse. Et moi de haleter. De geindre, de pleurer. Loin après que le soleil, lassé de ma misère, s’en soit allé derrière la terre.
***
Je ne l’avais pas tuée, mais je mis deux jours entiers à guérir la culpabilité qu’avait causé mon laisser-aller. Quand je trouvai le courage de retourner dans le bureau, les plaies s’étaient infectées, et le tissu de l’oreiller formait, avec le sang et la chair, un ignoble papier mâché.
Elle me regardait, yeux vides sous masque de carnaval, attendant son dû. Je lui glissai entre les lèvres les deux boulettes, et elle tomba dans un sommeil profond.
J’avais ruiné son oreille gauche bien au-delà du réparable.
Dans d’autres conditions, il m’aurait suffi de passer un coup de blanc, de frapper la touche retour. Mais voilà, ma poésie ne supporte pas de corrections, les feuillets qu’elle encre sont déchirés, raturés et troués de cigarettes.
Je pris, ce matin, pleinement conscience de ce que j’étais en train de m’infliger : la flamme qui me poussait, à l’aube, à prendre les outils, n’avait rien à voir avec l’enthousiasme, l’envie ou une putain de libido. Non. Mon carburant était le pétrole noir et gluant des échecs de la veille, ma mèche, les quelques centimètres de queue inutile dépassant de mes jambes.
J’eus aimé que sortit, au moins une fois, quelque chose de puissant, de remarquable, du cercueil de chair et de malheur dans lequel j’étais enfermé. Mais chaque geste que je faisais, chacun des résultats auxquels j’arrivais péniblement me hurlait le contraire : que ma présence sur cette planète n’était qu’un triste détail, une erreur insignifiante ; que si le monstrueux et l’abject sont les pendants du sublime, la laideur fade que j’incarnais et celle sans éclat que je produisais, n’étaient et ne seraient jamais qu’un mauvais fait divers.
J’observais la fille qui gisait, épouvantail désarticulé, jusqu’aux coutures crevées de sang.
***
Je réussis au prix d’un effort terrible à me remettre au travail.
J’augmentai les doses jusqu’à lui griller le cerveau. Son oreille fut recousue et son corps caché sous un drap que j’attachai aux quatre coins du lit. Dorénavant je procèderais en découpant le drap autour des zones en chantier.
Je me levai tôt le matin et attaquai à jeun. Les séances étaient volontairement limitées à quarante-cinq minutes que je chronométrais à l’aide d’un petit radio réveil. Je me douchais ensuite.
Le reste de la matinée était réservé à la lecture. Je fichais des manuels et notais mes observations dans des cahiers à spirale : chirurgie esthétique, des paupières, orale, traumatologie et sutures, reconstruction dentaire.
L’après-midi, après un déjeuner léger, je l’alimentais, la soignais, puis je partais me promener. Je marchais longuement dans Toulouse. L’été indien embrasait les rues et je déambulais seul entre les gens, conscient que cette paix était ce que l’existence avait prévu de mieux pour un type comme moi.
Le soir venu, je me déshabillais, et poussais la porte noire. Derrière, quelques mètres carrés de béton et de briques, spectateurs muets de ma tragédie personnelle. Je pénétrais, grelottant, dans le centre glacé de mon univers. Au milieu, posé sur un autel de bois et encadré d’acajou : un miroir.
Je m’installais devant moi-même.
Pas un de ceux qui m’avaient fait si misérable n’auraient pu rester, même une seconde, devant un tel spectacle. Mon visage était couvert d’un linceul de peau lâche et épais, jeté à la va-vite sur une tectonique d’os et de cartilages à la dérive. Le front, bombé comme une panse, ombrait deux orbites caves au fond desquelles se terraient des pupilles effrayées.
Je regardais le monstre, et lui me regardait. Une profonde cicatrice lui faisait un pli, de la base des narines jusqu’aux gencives, fendant sa lèvre d’un hideux triangle rouge vif. Il était d’une laideur arriérée, fragile, sa constitution irrégulière et disproportionnée, son ventre gonflé comme de famine, ses épaules rachitiques et repliées sur sa cage thoracique.
Nous grimacions tandis que je prenais le bloc de papier et les crayons. Et je les dessinais : lui qu’on nous avait dit d’être, moi qui ne l’étais pas, et cette fille qui nous rendait si malheureux. Sur la feuille, nos visages se mélangeaient, et toute l’horreur de son être s’adoucissait comme les traits de fusain sous le frottement de mes doigts.
***
Je commis l’erreur au début de l’année suivante. J’avais célébré Noël avec une bouteille de Boizel et un bloc de foie gras de chez Xavier. J’étais content de moi.
Le crâne était terminé, je commençais les os. Je les cassais à l’aide d’un système de planches et de serre-joints, et leur donnais des formes nouvelles grâce à des plâtres que je moulais sur mes propres membres. Ce fut une période très joyeuse, nous pataugions dans le ciment et je me trouvais, avec ma salopette et ma truelle, un air de maçon de contes de fées.
Quand je pus la décortiquer de son écorce de bandages, et que je lui eus rasé la tête, je fus saisi. C’était splendide. C’était moi sans l’être, c’était étrange, baroque, bizarre bien au-delà de mes espérances. Pour la première fois de mon existence, je m’apprêtais à réussir quelque chose, je baignais dans une sensation de félicité exquise et je suis sûr, oui sûr, qu’elle-même, derrière ses plaies, se réjouissait de mon succès.
Dans l’euphorie de l’instant, je crus bon d’attaquer la phase finale en avance sur le planning.
Je stérilisai entièrement un des réduits attenant à sa chambre, et y installai une salle d’opération sommaire. J’y accrochai les dessins que j’avais faits au cours de mes séances nocturnes. On y voyait son visage, et, ornant sa bouche, mon triangle de chair rouge vif.
Elle était encore faible tandis que j’incisais sa lèvre. J’étirai les deux bords de la plaie à l’aide d’un écarteur, et les bloquai dans cette position. L’opération n’avait pas duré plus de dix minutes.
Ce soir-là je peinai à m’endormir, l’excitation était retombée et une petite voix me murmurait que je m’étais emporté. Je me calmai en rangeant tous mes outils. Cette opération était la dernière. J’en avais fini.
Dès le lendemain, elle commençait à monter en température. Les blessures ouvertes entraînent de la fièvre, aussi ne m’inquiétai-je pas outre mesure. De plus une belle croûte s’était formée. Je lui administrai des antibiotiques, encore plus d’opium, et partis me promener.
Je la trouvai en rentrant, trempant dans une mare de sueur. La fièvre était encore montée et la cicatrice avait pris une couleur violette. J’augmentai encore les antibiotiques, et l’installai sous perfusion d’aspirine ; la fièvre montait encore. Rapidement elle se mit à trembler et à convulser. Je la douchai d’eau glacée et lui injectai plus de morphine, en vain. Ses claquements de dents étaient en train de décaler l’écarteur et la cicatrice déchirait lentement un chemin à travers la narine. Désespéré, je l’implorai, je lui hurlai de cesser de trembler, mais elle n’écoutait rien.
Je passai deux jours à son chevet, deux jours blancs à recoudre, en même temps qu’elle les détruisait, ces six mois de labeur. Je subissais des montées d’angoisse qui me vidaient les veines, et donnaient à la pièce et à ce que j’étais en train de faire des proportions cauchemardesques. J’entendais très nettement, au rez-de-chaussée, les bruits des assauts contre le miroir d’acajou. Je me retournais brusquement, en nage, certain d’avoir entendu dans l’escalier le bruit boiteux de ses pas. J’attendais, pétrifié, l’apparition de la silhouette monstrueuse sur le pas de la porte.
Au matin du troisième jour, la fièvre était tombée.
Elle respirait paisiblement, sa poitrine abaissait et soulevait avec régularité le drap blanc qui la recouvrait. Ses joues avaient repris des couleurs.
J’étais exsangue. Malgré tous mes efforts, la cicatrice s’était avancée à l’intérieur de son nez, jusque sur sa narine. L’infection qui avait contaminé les bords de plaie s’était étendue à son front et à ses pommettes, et son visage avait pris une coloration violette que je savais irrécupérable.
J’étais vidé. J’emballai quelques affaires, verrouillai les portes du hangar, et montai dans la voiture.
***
Dans le mois qui suivit, je roulai beaucoup, m’arrêtant rarement quelques minutes d’un sommeil brûlant et agité. J’avalais beaucoup de pilules. Je n’avais plus la force de penser. Les noms des villes défilaient, tous également hostiles, et je m’enfonçais chaque jour plus dans l’étourdissement que me procurait la route.
Dans les pires moments, il était assis à côté de moi. Il passait sur mon front sa main glacée, et il riait. Il disait que j’avais été bien naïf. De croire que je méritais mieux que lui, de m’imaginer que j’étais capable de quoi que ce soit. Il disait que ce que je faisais était encore plus raté que ce que j’étais, puis il riait encore. Il me montrait les ponts, et en bas de ces ponts l’écume blanche des rivières. Il me disait que cela ferait un linceul tout à fait honorable. Que personne ne remarquerait mon absence.
Les médicaments mirent quatre semaines à agir. Quand je fus un peu stabilisé, je rentrai à Toulouse. Faire le ménage fut épuisant. Avant de s’éteindre, elle avait traîné sa mort dans toute l’usine, laissant dans son sillon selles, sang et lambeaux de chair.
Je fis tout disparaître dans une des piscines. Le corps, en se dissolvant, émit une odeur qui me fit presque vomir. Je passai l’usine à la javel.
Je repartis sur les routes. Les semaines passaient, il neigea, j’étais hébété, incapable de dormir, incapable de me décider. Je fis plusieurs fois le tour de la France. C’est la qualité de ses dons qui sert à mesurer l’homme, disait Steinbeck. Il parlait d’art. Je me savais inapte à exister, je venais de prouver que j’étais inapte à créer. Je m’amusais à laisser glisser le volant dans les virages, mais quand les choses devenaient sérieuses, je le rattrapais. Vint le printemps. Puis l’été. Je n’arrivais pas à me tuer. Je n’arriverais jamais à le faire. Derrière toute cette haine, tout ce dégoût, subsistait comme la sensation d’une vérité : je n’étais pas responsable et, moi aussi, j’avais le droit d’exister.
Et puis, finalement, je l’ai rencontrée.
Près de nulle part.
Elle affichait quelque chose comme seize ans, le teint clair et des yeux quelconques.
Tout m’a paru si évident.
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L’exquis cadavre exquis, épisode 54

L’exquis cadavre exquis, épisode 54

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 54 Loli Crystal

Episode 54

by Loli Crystal

 

Fuite en avant

 

Carole vit que sa poursuivante lâchait l’affaire et profita de cette avance pour rejoindre sa voiture, cachée de l’autre côté de la propriété. Il était certain que cette femme allait alerter la cavalerie. Il ne faisait pas bon rester dans le coin. Elle démarra et s’éloigna de cette tranche de son passé, un sourire aux lèvres d’avoir pu venger sa sœur. Elle prit l’autoroute en direction du sud et s’arrêta sur une aire boisée pour réfléchir à la suite. Elle l’avait échappé belle ! Se faire surprendre par une personne incapable de la suivre avait été une chance.

Réfléchir.

Ce n’était plus qu’une question de temps pour que la police fasse le rapprochement et reprenne le dossier de sa ʺdisparitionʺ. Ils ne mettraient pas longtemps à comprendre qu’il y avait des lacunes dans les expertises. Ils interrogeraient certainement les enquêteurs de l’époque. Une seule personne était au courant. Comme tout magicien, Carole avait eu besoin d’un assistant pour éloigner l’attention des ʺspectateursʺ et mettre en place les ruses, ici la falsification des dossiers. Elle pouvait compter sur lui. Il ne dirait jamais rien. Celui qu’elle considérait comme son ʺgrand frèreʺ. Entre eux, c’était à la vie à la mort. Aucun risque de ce côté, donc.

Son talon d’Achille, c’était sa mère. Elle avait eu la faiblesse d’aller lui rendre visite quand elle avait su ce que Lalande lui avait fait. Elle savait que ses propos au sujet des visites de sa fille disparue avaient été pris pour les délires d’une femme internée et hantée par les fantômes du passé. Maintenant, la police allait creuser cette piste, et les propos de sa mère ne seraient plus pris à la légère.

Fuir.

L’Espagne. Si proche. Cela lui semblait une bonne option.

Son ʺgrand frèreʺ y avait une maison. Elle savait qu’elle pouvait s’y rendre quand elle voulait, il le lui avait assez répété par le passé. Elle s’y réfugierait le temps de mettre au point son tour de passe-passe. Il n’y avait pas de temps à perdre. Son ami ferait le nécessaire pour brouiller les pistes dès qu’il comprendrait qu’elle était impliquée mais cela ne durerait qu’un temps. De la poudre aux yeux pour lui laisser le temps de disparaître.

Carole regagna son véhicule et s’engagea sur l’autoroute

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Le trophée Anonym’us, la team 2019

Le trophée Anonym’us, la team 2019

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Ils seront 21 à tenter l’aventure.
A notre plus grand regret, la parité n’a pas pu être respecté cette année. Il y aura 11 femmes pour 10 hommes. hahaha
Ouais, on sait, ça craint.
Dans l’optique de mettre en avant de nouveaux talents, le pourcentage d’auteurs auto, ou non édités a augmenté. Près d’un tiers. En espérant qu’un éditeur avisé, comme cela a déjà été le cas, saura repérer une belle plume.
Voici donc ces auteurs. Leur photo, et des liens pour faire connaissance avec eux.
A bientôt.

Hommes. Edités :

David PATSOURIS
David Patsouris.

Tom NOTI
Tom Noti.

Ahmed TIAB

Ahmed Tiab.

Fred GEVAR
Fred Gevar

Nick GARDEL
Nick Gardel.

Eric Yann DUPUIS
Eric Yann Dupuis.

Salvatore Minni

Salvatore Minni

Non édités ou auto-édités :

Guy MASAVI
Guy Masavi.

Simon FRANCOIS

Simon François.

Balthazar TROPP
Balthazar Tropp.

Femmes. Éditées.

Stéphanie LEPAGE
Stéphanie Lepage.

Sacha ERBEL
Sacha Erbel.
Sandrine DESTOMBES 
Sandrine Destombes.

Céline DENJAN

Celine Djn.

Pascale DIETRICH 
Pascale Dietrich.
Natacha NISIC
Natacha Nisic.

Sophie AUBARD
Sophie Aubard.

Solene BAKOWSKY

solène Bakowski

Non éditées ou auto-éditées

Laurence SIMAO

Laurence Simao.
Katia CAMPAGNE
Katia Campagne.
Fredérique HOY
Frédérique Hoy.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 53

L’exquis cadavre exquis, épisode 53

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

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Épisode 53

by Michael Fenris

 

Le Lien

L’auberge s’appelait Der listig Fuchs. Le rusé renard. Un endroit paumé au milieu de la campagne allemande, presque à l’écart de toute civilisation, là où les secrets les plus inavouables se révélaient à demi-mot. Un endroit idéal pour quelqu’un comme Costes, il s’y sentait comme un poisson dans l’eau. Ce n’était pas le cas de Max. Le voyage jusqu’en Allemagne l’avait fatigué, il se rendait compte qu’il n’avait plus l’énergie de ses vingt ans. De plus il faisait un temps épouvantable, une pluie battante, un ciel plombé, un air de fin du monde. Le simple fait de traverser le parking pour entrer dans l’établissement, et il se sentait plus trempé qu’un hameçon en fonctionnement. Même le verre de schnaps n’arrivait pas à le réchauffer. S’il était là, c’était pour Camille, pour honorer sa mémoire et confondre les salopards qui l’avaient tuée.

Le type en face d’eux avait dit se prénommer Dieter. Seulement Dieter. En somme, ça ne voulait rien dire, il aurait pu s’appeler Hans ou Helmut. Il connaissait bien Friedrich Sonnen, le journaliste du Spiegel, et semblait en savoir long sur « Klatschmohn Aktion ». Ce qu’il avait raconté, à Costes et à Max, recoupait les informations du journaliste. Une enquête internationale. Des investissements colossaux. Des multinationales de l’industrie chimique se battant pour obtenir les meilleurs marchés. Un seul critère : produire plus avec moins. Moins de terre, moins de semences, moins d’engrais. Peu importait les risques sanitaires, une fois lancées, ces récoltes d’un nouveau genre seraient mêlées à d’autres, plus saines, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de les différencier. Car le but ultime était bien entendu là : parvenir à développer le produit indétectable et intraçable.

Selon Dieter, les premiers tests in vitro avaient montré des résultats encourageants, laissant espérer des rendements céréaliers à l’hectare comme jamais l’Europe n’en avait jamais connu. C’était au moment de passer à l’essai sur des animaux que tout s’était compliqué. Les rats de laboratoire avaient commencé à développer des tumeurs et, plus grave encore, des modifications de leur ADN. Pour les représentants des firmes il s’agissait juste d’un lot contaminé, rien de plus, une erreur facile à réparer. Néanmoins, les autorités allemandes comme les françaises restaient réticentes. C’était là qu’était intervenu Pierre Blanchard, ancien gestionnaire du Museum, mais aussi ancien directeur financier d’un des groupes agroalimentaires incriminés. Il avait organisé une réunion au sommet entre les grands patrons et quelques ministres, celui de la Santé et celle de l’Economie et des Finances, deux de ses anciens condisciples d’université. Tout ce joyeux monde devait se retrouver au cours d’un cocktail… Cocktail dont Max comprit qu’il s’agissait de celui qui fut fatal à son amie Camille. Ce soir-là, Dieter en était persuadé, les patrons de l’agro-alimentaire étaient prêts à signer un très gros chèque aux ministres en échange d’une simple signature et d’une fermeture de paupières…

– Je croyais Pierre Blanchard encore en taule suite à son détournement de fonds, grogna Max. Faut croire que ses amitiés lui ont permis de sortir bien plus vite que prévu.

– Avec plusieurs ministres dans son carnet mondain, il n’a sûrement eu aucun souci en effet, opina Xavier Costes. Blanchard, démissionnaire d’une grosse boîte, rappelé pour jouer les entremetteurs, et qui embauche une tueuse à gages pour éliminer les témoins gênants, dont Gisela Löwenbrau ici, et Romain Richard et Camille… Il faut qu’on retrouve ce type. Max, je crois que tu as assez d’informations pour ce cher Sebastián Lerot, tu ne crois pas ?

 – Oui, si j’arrive à le joindre. Ce type passe son temps à être insaisissable… Merci pour toutes ses informations, Dieter. Il nous reste à trouver le lien entre Camille et ce Blanchard autre qu’une simple soirée cocktail…

– Je sais de source sûre qu’à Interpol ils s’intéressent beaucoup à Blanchard, reprit Dieter. Il serait mêlé à un trafic de fausses bouteilles de bordeaux depuis la France jusqu’à l’Allemagne. Une façon d’écouler aussi les pots-de-vin de l’industrie agroalimentaire ? Il serait en cheville avec son frère, ou plutôt son demi-frère, un certain Lalande. Mais jusqu’ici on n’a jamais pu rien prouver, et ce Lalande n’apparait pas comme intervenant dans l’affaire qui nous occupe.

Max Lindberg pâlit brutalement. Le voilà le lien qu’il cherchait ! Bon sang, et il fallait que ce soit un quidam allemand, avec un nom sans doute faux, qui le mette sur la voie !

– Vous voulez parler de Bruno Lalande ?

– Tu vois de qui il s’agit ? demanda Costes.

– Je ne connais qu’un Lalande. C’est, ou plutôt c’était le beau-père de Camille. Il a quitté sa famille après avoir été inculpé pour coups et blessures et menaces envers elle et sa sœur.

– Tu crois que Lalande aurait pu charger son demi-frère d’engager une tueuse pour buter son ex-belle-fille, juste par ressentiment ?

– Peut-être, mais il a pu aussi vouloir se débarrasser d’elle en apprenant qu’elle était trop curieuse. Il faut qu’on rentre tout de suite !

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Le trophée Anonym’us, le retour !

Le trophée Anonym’us, le retour !

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Trophée Anonym’us… sur les startings blocks

TROPHEE Anonym’us

Les mots sans les noms

 

Saison 5 

Top départ Dimanche 30 septembre.

Le trophée Anonym’us est de retour ! Des nouvelles à l’aveugle. Des auteurs connus, des pas connus. Mais que du bonheur ! Lis les… Et trouve qui a écrit quoi…

Sur A vos crimes, je relaierai, le mardi de préférence, les nouvelles en lice pour le trophée Anonym’us.

Et peut-être un peu plus !

Oui, sans doute un peu plus …

Car il y a des chances que les auteurs participants viennent se présenter à vous.

 

A suivre donc …

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L’exquis cadavre exquis, épisode 52

L’exquis cadavre exquis, épisode 52

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

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Episode 52

by Florence L.

Zeus et Apollon

 

L’exemplaire à la main, Valérie Rémini retourna vers la bâtisse, une belle maison bourgeoise, lorsque deux chiens surgis de l’arrière de la maison lui firent face et commencèrent à émettre des grognements.

L’inspectrice s’immobilisa et se mit à réfléchir à toute vitesse, tentant de regarder autour d’elle sans bouger la tête.

– Gentils, les chiens !!

Merde de merde, c’était quoi, déjà, les prénoms des chiens dans Magnum ?  Janvier et Février ? Ah non, Février, c’était dans l’Amour du risque ! Lucifer et Neptune ? Non, mais dans le genre. Ah, j’y suis… Zeus et Apollon !

– Zeus ! Apollon ! Couchés, les bons chiens… leur intima la flic.

Sans les quitter des yeux un seul instant, elle se baissa tout doucement et saisit une pierre de belle taille en bordure du sentier.

– Les chiens, allez ! On va jouer, qu’en dites-vous ? leur cria-t-elle en lançant la pierre à l’opposé de l’entrée.

Les chiens se retournèrent pour s’élancer vers l’objet. Ni une ni deux, Valérie Rémini s’engouffra dans l’entrée et s’empressa de refermer la porte.

Trois secondes plus tard, des grattements et des grognements se firent entendre à l’entrée. Elle quitta le vestibule pour se retirer dans la cuisine où elle s’arma d’un couteau séchant sur l’égouttoir. Elle reprit son souffle, se massa les tempes et saisit son portable. Toujours pas moyen de joindre Sebastián. Ça ne lui ressemble pas, se dit-elle intérieurement. Et merde ! Pas d’autre solution que de contacter le Tout-Puissant.

– Juge Fabre, allo, vous m’entendez ? C’est Valérie Rémini, la collègue inspectrice de Lerot. …vous rejoindre immédiatement ? Ah ça non, ça va pas être possible. J’ai des choses importantes à vous dire. Rapidement ? Je vais essayer… Oui… bien sûr. … Oui, je suis au courant. J’ai eu Pichon et Lebel et je devais vous rejoindre à l’hôpital psy mais écoutez : je me suis subitement rappelée d’une phrase que la mère de Camille m’avait répétée lors de notre entrevue et j’ai filé chez Lalande, son ex-mari, pour avoir des réponses. … Oui, oui, je sais… Bon, sauf votre respect, arrêtez de me gueuler dans les oreilles, monsieur le Juge. Déjà que j’ai un mal de crâne à me taper la tête contre les murs ! Je viens de trouver ce salopard dans sa salle de bain, …oui, Bruno Lalande. Eh bien il s’est fait trouer la peau chez lui, c’est tout frais. Il me dira plus rien maintenant, alors demandez à son ex-femme de vous parler de la jumelle de Camille. Carole, c’est son prénom. …Oui, il est on ne peut plus mort, monsieur le Juge. Arme blanche, je suis formelle. Son assassin était encore là, j’ai essayé de la poursuivre. Mais je confirme que je ne suis pas encore prête pour Koh-Lanta, et donc elle a pu s’enfuir. …Oui, et vous ne me croirez pas, elle a même signé le meurtre avec un tome de Fantômette qu’elle a abandonné dans sa course. …Monsieur le Juge, il faudrait faire rappliquer fissa la scientifique et surtout … Non, monsieur le Juge, je ne voulais pas insinuer que vous ne connaissez pas suffisamment votre travail. Juste une petite précision tout de même, hein ? Les collègues ont intérêt à avoir mangé depuis un petit moment car le macchabée a été salement amoché. Il y a de la tripe partout sur le beau marbre italien ! Attention aussi, il y a deux chiens de garde, genre molosses, dans la propriété. Je reste sur place, à l’intérieur. …Mais oui, monsieur le Juge, ne vous inquiétez pas, je toucherai à rien. Dites à Lerot que j’ai essayé de le joindre à plusieurs reprises.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 51

L’exquis cadavre exquis, épisode 51

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

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Episode 51

By Sofia Herwédé

Trois petits tours et puis s’en va….

 

Rémini se sentait pousser des ailes. Elle tenait enfin une piste. Bien sûr, ils auraient dû y penser plus tôt. La jumelle. C’était par là qu’il aurait fallu commencer. Mais quel rapport avec la mort de Camille ?

Elle était convaincue que toute cette histoire était bien plus qu’une histoire familiale. Une mère casée parce qu’on la croyait fissurée du bocal, deux filles mortes dont l’une assassinée, un beau-père pas très net. Il fallait creuser davantage. Tout cela n’avait aucun sens. Et toujours pas de nouvelles de Lerot.

Le taxi se gara devant la maison de Lalande. Ce mec, elle ne le sentait pas. Après avoir filé quelques billets au chauffeur pour qu’il l’attende, elle pénétra dans la propriété. Un rapide repérage des lieux lui apprirent que la maison était sous vidéo surveillance. Un tel équipement laissait supposer qu’il abritait des objets de valeurs ou qu’il cachait quelque chose. Se sachant observée, Valérie attendit qu’on lui ouvre. Après quelques secondes sans réponse, elle sonna une seconde fois. Seul le silence lui fit écho. Pourtant, la lumière était allumée au premier étage. Il devait y avoir quelqu’un. Instinctivement, elle posa sa main sur la hanche à la recherche de son flingue. Elle ne rencontra que la couture de son jean. La tireuse hors pair qu’elle était pesta, elle sortait de l’hosto en civil. Il faudrait agir avec les moyens du bord.

Elle détacha ses cheveux et se servit de la pince pour crocheter la serrure. La porte s’ouvrit sans difficultés. Voilà qui était bien étrange. Lalande aurait-il pris le risque de laisser la porte ouverte ?

A l’intérieur, elle sentit des effluves de parfum. Une odeur fraîche qui lui rappela celle des douches du commissariat. Le propriétaire devait sûrement être dans la salle de bain. Elle l’appela à plusieurs reprises. N’entendant pas l’eau couler et n’obtenant pas de réponse, elle entreprit de monter à l’étage. La porte de la salle de bain était entrouverte. En poussant la porte, elle vit une silhouette sombre au-dessus d’un corps. Surprise, l’intruse sauta par la fenêtre pour prendre la fuite. Valérie n’était pas en état de la suivre par le même chemin. Elle fit demi-tour, dévala l’escalier et se lança à la poursuite de la silhouette noire qui courait au loin. Vite rattrapée par un mal de crâne, l’inspectrice sentit qu’elle ne pourrait pas tenir la distance. Elle vit la fuyarde effectuer trois roulades au sol avant de disparaître comme par enchantement. Il sembla à Valérie qu’elle avait perdu un objet dans sa fuite. Arrivée sur les lieux, la flic ramassa un livre de la bibliothèque rose, de la série Fantômette. Un vieux marque page déchiré dépassait du bouquin. On pouvait y lire Festival sans nom, Mulhouse.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 50

L’exquis cadavre exquis, épisode 50

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

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Episode 50

by Sacha Erbel

Faut pas pousser Mémé dans les orties

 

Deux fois en une semaine qu’on tentait de la tuer.

Valérie Rémini peste dans sa chambre d’hôpital alors qu’elle remballe ses affaires. L’équipe médicale avait fait du super boulot pour la remettre sur pieds en un minimum de temps, compte tenu de son état.

Un regain d’énergie la submerge, accompagné d’une forte, très forte envie d’en découdre. « Faut pas pousser Mémé dans les orties, hein ? Ça va chier maintenant ! »

                        – Qu’est-ce-que vous dites ?

Le médecin vient d’entrer dans la chambre alors qu’elle tourne le dos à la porte. Valérie fait un bond et lui fait face, surprise.

                        – Oh, désolée docteur ! Je parle toute seule. Merci encore pour tout ce que vous avez fait ! Me sauver la vie deux fois, j’veux dire ! Mais là faut que je parte, j’ai du boulot !

                        – Comment ça du boulot ? Vous devez vous reposer !

Valérie ferme son sac de voyage, attrape les deux anses et serre la main du médecin.

                        – Promis ! Dès que je peux !

*****

Valérie a bien l’intention de reprendre l’enquête là où elle l’a laissée. Première chose, appeler Sebastián. Il n’est même pas venu la voir pendant son hospitalisation. Elle qui pensait que… pfff… ! N’importe quoi. Arrête de te faire des films, Valérie !

Elle appelle un taxi à la sortie de l’hôpital et en attendant, compose le numéro de son collègue. Ça sonne même pas. Fait chier ! Elle lui laisse un message incendiaire, puis appelle Pichon. Il répond au bout de quatre sonneries. Valérie fulmine alors qu’elle s’engouffre dans le taxi en grimaçant. Des restes de sa blessure.

                        – Merde, qu’est-ce-que tu fous, Pichon ?

                        – Rémini ? Te voilà revenue d’entre les morts ? C’est Lebel à l’appareil. Pichon est en train de conduire !

                        – Lebel ? Bordel, depuis quand t’es sur cette enquête, toi ? J’entends le deux tons, vous allez où ?

                        – On vient d’avoir des nouvelles de Lerot par la BRI. Il a demandé leur intervention à proximité du HP. On n’a pas encore tous les éléments, mais on verra ça sur place avec le Juge Fabre.

                        – Le Juge Fabre ? C’est quoi ce délire ?

                        – T’as qu’à nous rejoindre ! Faut que je te laisse.

                        – Ouais c’est ça ! J’arrive.

Valérie raccroche. Elle a besoin de se sentir de nouveau dans l’action. Un terrible mal de crâne la prend d’un coup. Elle se concentre sur autre chose que la douleur, en se massant les tempes. Et… Bon sang ! Sa conversation avec Laure Longchamp. Comment elle a pu oublier ça ! Elle tournait en boucle la pauvre femme et répétait la même phrase : « Carole est magicienne, vous savez ! Elle vient souvent me voir. »

Valérie indique brusquement un changement de direction au chauffeur de taxi. A nous deux, Lalande. Tu vas parler maintenant.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 49

L’exquis cadavre exquis, épisode 49

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Episode 49

by Fanny

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Vengeance

Dans le miroir, je vois des larmes de colère et la soif de vengeance…

Ma jumelle adorée… Ils allaient payer et Lalande le premier. Tout était de sa faute et elle en détenait les preuves.

Sa sœur n’aurait jamais dû enquêter sur leur ex-beau-père. Il était bien trop dangereux et il fallait qu’elles se protègent toutes les trois. La journaliste n’avait pas écouté, se sentait invulnérable, protégée par Max. Avant même de l’apprendre à la radio, elle avait deviné sa mort lorsque le facteur lui avait remis une grosse enveloppe avec l’adresse de Camille comme expéditrice…

Carole s’habilla de noir et coiffa ses cheveux en chignon. Il fallait qu’elle soit libre de ses mouvements. Elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit le tiroir à couteaux et farfouilla jusqu’au fond. Pendant ces années où elle se perfectionnait dans la maîtrise de la magie et l’illusionnisme, le maniement des lames était devenu sa spécialité. Elle avait d’ailleurs passé commande d’un joli petit bijou sur le darknet, manche en acier, lame de vingt centimètres à la forme dentelée comme les contours d’un sapin de Noël, et cinq de large. Elle le glissa dans son blouson, sortit de l’appartement et prit la direction de Gradignan. Dans six heures, la nuit tomberait et elle serait là-bas.

Lorsque la jeune femme arriva, elle ralentit en éteignant ses phares. Elle se gara plus loin le long d’un des murets entourant la propriété dans laquelle elle avait passé toutes ses vacances pendant plusieurs années. Elle escalada l’un d’eux pour se retrouver dans le jardin. Personne. Pas un bruit. Seule la chambre de Lalande était allumée. Soudain, des grognements se firent entendre et elle vit deux masses sombres courir dans sa direction. Elles s’arrêtèrent à quelques mètres…

« Marcus ! Elfy ! Les bébés, c’est moi ! »

Les vieux beaucerons, que Carole avait toujours connus, se précipitèrent sur elle pour se faire câliner. Puis elle entra par l’arrière de la maison et monta les escaliers.

Lalande se douchait. Elle pénétra dans la salle de bain. Telle ne fût pas sa stupéfaction en voyant la jeune femme face à lui. Il eut un recul d’épouvante.

« Mais non ! Tu es morte, Camille ! Ce n’est pas possible ! »

Il n’eut pas le temps de faire le moindre geste qu’elle lui planta le couteau dans le ventre. Elle sentit la lame rentrer profondément dans la chair tendre. Une fois dans les intestins, elle tourna d’un coup sec le manche en remontant de quelques centimètres. La lame crantée allait le faire se vider de son sang.

« Perdu ! Moi, c’est Carole… lui souria-t-elle.»

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L’exquis cadavre exquis, épisode 48

 

L’exquis cadavre exquis, épisode 48

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

Maintenant la suite c’est vous qui l’inventez !


L’exquis cadavre exquis

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Episode 48

By Sylvie Kowalski

Les chats retombent toujours sur leurs pattes

 

Il venait d’un quartier de banlieue où il avait traîné ses guêtres et ses poings, où on connaissait la vie, la loi du plus fort. Il regarda sa princesse ; la tache violacée qui s’étalait sous son chemisier n’augurait rien de bon.

Il dégrafa les boutons et vit que la blessure avait été assenée par un coup violent. Bon sang, faut que j’appelle Toine. Un interne en psy reste un interne, se dit-il. Coup de bol, Antoine était du soir. Penché sur Amanda qui geignait, il sortit sa trousse et jeta un coup d’œil à Jo qui surveillait ses gestes en mordant sa lèvre, signe de nervosité.

-Heureusement que j’ai une infirmerie chez moi, lui dit-il. Tu sais que je soigne mes potes de temps en temps. Sors de là et laisse-moi faire. Va plutôt nous chercher un coup à boire.

Il palpa la cage thoracique. Coup de chance pour la belle, le coup ne lui avait pas brisé les côtes mais avait dû provoquer une ou deux félures. Elle ouvrit les yeux et murmura quelque chose d’inintelligible. Il lui fit avaler un puissant antalgique et après quelques minutes s’appliqua à lui bander la poitrine. II retrouva Jo planté devant sa fenêtre de cuisine, une canette à la main.

-Ta belle inconnue a eu chaud. Elle dort, je reviendrai demain. Je dois retrouver mes yoyos à l’hosto. En plus, j’ai deux nouveaux infirmiers dans le service, genre mecs de l’Est, tu vois ? Des Tchèques. J’sais pas où ils les ont dégotés mais ils sont bizarres !

Seul, Jo contempla Camille sa princesse. Mince, elle lui faisait un drôle d’effet ! Qu’avait-il bien pu lui arriver ? Il se rappela le nom qu’elle avait prononcé Lalande… Il ouvrit son ordinateur.

                                                           *****

Sebastián commençait à trouver le temps long quand il vit les deux Tchèques arriver. Merde, mais qu’est-ce qu’ils foutent à la BRI ? Il voyait déjà ses collègues arriver, sirènes hurlantes, et les frères Mazoj déguerpir ! Il ne réfléchit pas et partit en canard derrière les fourrés. Anton, le plus grand des deux, hurlait dans sa langue pendant que Pavel appelait Blanchard. Sur ces entrefaites, ce dernier arriva dans un nuage de poussière.

Ils repartirent à la queue leu leu, Sebastián usant de moults précautions pour les suivre sans se faire repérer. Il prit son téléphone pour informer le juge Fabre et vit que l’écran était noir.

-Et merde ! jura-t-il entre ses dents.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 47

L’exquis cadavre exquis, épisode 47

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 47 Patrick Ferrer

Épisode 47

by Patrick Ferrer

 

Prédations

 

— La ministre des Finances et celui de la Santé ? Tu es sûre ?

Max Lindberg écouta patiemment sa fille qui s’excitait de plus en plus au téléphone. Il savait, d’expérience, que, passé la puberté, la vérité ne sort que très rarement de la bouche des enfants, mais Louise avait l’air d’y croire.

— Bon, faudra que je voie ça. En attendant, assurez-vous de n’ouvrir à personne. Merci ma puce, tu as fait du super boulot.

Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de fierté à l’idée que sa progéniture puisse démontrer des talents d’investigatrice et cela lui fit presque oublier le danger auquel il venait d’exposer sa fille et sa mère. Trois personnes avaient déjà été assassinées et un des flics sur l’affaire était à l’hôpital. Ces gens-là ne plaisantaient pas.

Il aurait dû appeler l’inspecteur Lerot. Ouais, c’est ce qu’il aurait dû faire. Voir deux ministres entrer dans le tableau compliquait fortement les choses. Et encore, c’était un euphémisme. Mais quel scoop ! Le genre de truc qui pouvait propulser sa carrière au zénith. Non, quel que soit le danger, il lui faudrait se débrouiller sans l’aide de la police. Garder ses cartes sous le coude. Et faire très, très attention où il mettait les pieds. Parce qu’il savait que la moindre erreur aurait des conséquences fatales, et pas seulement pour lui…

***

L’inspecteur Lerot donna un coup de frein brusque et la voiture dérapa sur la route de campagne avant de s’immobiliser dans le fossé. Qu’était-il en train de faire ? Fuir pour sauver sa peau ? Il tremblait encore à l’idée de la mort atroce à laquelle il venait d’échapper. Toutes les cellules de son corps criaient de mettre la plus grande distance possible entre ces deux tarés et lui. Ils n’allaient pas tarder à revenir et s’apercevraient que la voiture, et lui avec, avait disparu. Ses mains se crispèrent sur le volant. Non. Il réalisa qu’en fuyant, il abandonnait à son sort une femme innocente et qui sait quelle autre victime de ces sadiques.

Il ne pouvait pas simplement s’enfuir face au danger. Sans compter que ces criminels devaient connaître ceux ou celles qui tiraient les ficelles dans cette affaire. Il en avait encore des sueurs froides mais son agression était en fait ce qui lui était arrivé de mieux depuis le début de cette affaire tordue. Le puzzle commençait à prendre forme, la menace, d’abord diffuse, prenait un visage. Les criminels commettent des erreurs. Ils en font toujours. C’est plus fort qu’eux, comme s’ils désespéraient de se faire prendre, d’être reconnus par tous pour ce qu’ils avaient fait. Son boulot consistait simplement à ne jamais lâcher le morceau, comme un chien qui s’accroche à un os. C’était la seule façon de gagner face à ces tarés. Il ne devait pas lâcher cet os.

Il prit une profonde inspiration. Les idiots étaient tellement sûrs de leur coup qu’ils lui avaient laissé son téléphone. Il passa un coup de fil à la Crim’, demandant à ce qu’on envoie une escouade de la BRI le rejoindre à proximité de l’hôpital psy. De proie, il était redevenu le chasseur.

Il sourit en redémarrant la voiture et en cherchant un endroit protégé des regards d’où il pourrait apercevoir les estafettes noires portant le sigle de la brigade de recherche et d’intervention lorsqu’elles arriveraient. Pour la première fois depuis longtemps il remarqua que son eczéma ne le démangeait plus. En fait, il se sentait plutôt euphorique. Ces salopards ne se doutaient pas de ce qui les attendait…

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L’exquis cadavre exquis, épisode 46

L’exquis cadavre exquis, épisode 46

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 46 Nathalie J.-C

 

 

Episode 46

by Nathalie J.-C.

Enquêtrice du dimanche

 Blanchard devenait incontrôlable ! Après avoir mis un contrat sur la tête de Fantômette, il avait pris la route pour rejoindre les stupides Tchèques qui, sur ses ordres, avaient enlevé un flic ! Rien que ça ! Mais qu’est-ce que Blanchard avait dans la tête ? Evidemment, pensa-t-il, amer, Blanchard n’était que son demi-frère, et ce n’était pas du côté « demi » que se trouvait l’intelligence !

Il se remémora comment cet engrenage avait démarré lorsque, au pied levé, Camille avait remplacé l’un de ses collègues journaliste pour couvrir un débat sur le budget alloué à la CHAFEA (Consumers, Health, Agriculture and Food Executive Agency[1]). Malheureusement, Lalande avait appris bien trop tard la présence de son ex-belle-fille à Bruxelles, où se tenait l’événement. En effet, lors de la pause entre les débats, Camille avait croisé son regard alors qu’il échangeait quelques mots avec ses comparses les plus influents… Ce qu’il y avait lu était tout à la fois un mélange de surprise, de dégoût et de soupçons. Nul doute, pour cette fouille-merde, que la présence de son ex-beau-père à cette réunion cachait des agissements louches ! A cet instant, il avait su qu’il faudrait l’éliminer, ses récentes trouvailles sur les finances du Museum lui ayant confirmé à quel point elle pouvait se révéler dangereuse et efficace…

***

Papa lui avait dit de s’enfermer avec Mamie. Mais il n’avait pas précisé qu’elle ne pouvait pas faire venir un copain ! Avec l’accord de Mamie, oubliant toutefois de lui faire part des inquiétudes de son père, Louise appela François, un copain de classe féru de jeu vidéo et lui demanda de la rejoindre avec son portable : elle avait « un p’tit truc à lui demander » !

Une fois François arrivé, elle lui expliqua, en quelques mots, l’aventure d’Amanda et son possible rapport avec la clé USB, qu’elle demanda à François d’analyser sur son portable. Une fois insérée, la clé s’ouvrit sur un dossier rempli de photos. On y voyait une assemblée réunie dans un cocktail. Décontenancés, les deux ados parcouraient les photos. La journaliste semblait s’être particulièrement attardée sur un groupe de cinq personnes, en grande conversation dans un coin discret de la salle. Des cinq personnes, deux étaient de dos. L’une des autres avait fini par repérer le manège de Camille, parce que son visage, sur la dernière photo, pointait un regard furibond sur l’objectif. A côté de lui, une grande et mince dame en tailleur penchait la tête vers un petit moustachu chauve à la bedaine proéminente. Instinctivement, les deux ados surent qu’il fallait concentrer les recherches sur eux…

– Tu ne pourrais pas passer les photos dans un logiciel de reconnaissance faciale ? lança-t-elle, pleine d’espoir.

– Meuf, sérieux, t’as cru que je m’appelais Pénélope Garcia, ou quoi ?

A cet instant, Mamie Aline débarqua, traînant dans son sillage une délicieuse odeur du moelleux au chocolat.

– Vous faites un devoir d’économie, les enfants ? interrogea-t-elle en fixant l’écran du portable.

– Non, Mamie, pourquoi tu demandes ça ? répondit Louise, surprise.

– Ah ben parce là, je vois la ministre des Finances, dit-elle en pointant son doigt sur l’élégante jeune femme de la photo. Et tenez, ajouta Mamie, le monsieur à qui elle parle, là, c’est notre ministre de la Santé ! Qui ferait bien de faire un petit régime, si vous voulez mon avis.

[1] l’Agence exécutive pour les consommateurs, la santé, l’agriculture et l’alimentation

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L’exquis cadavre exquis, épisode 45

L’exquis cadavre exquis, épisode 45

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 45 Fredo

 

Episode 45

by Frédéric Fontès

C’est une forme de magie

 

“Rien n’est miraculeux. Si l’on apprend ce que sait le magicien, il n’y a plus de magie.”

Richard Bach, Le messie récalcitrant.

♫♪ Is this the real life? Is this just fantasy? Caught in a landslide, no escape from reality. Open your eyes, look up to the skies and see ♫♪

Cela fait des jours que je me passe en boucle ma playlist Deezer. La musique est devenue pour moi le seul moyen de ne pas devenir légèrement dingue.

J’ouvre les yeux et je me lève après les 5 minutes 53 secondes d’écoute de cette merveille composée par Freddie Mercury.

Il est temps pour moi de revenir à la vie.

Si je voulais survivre, je n’avais pas d’autres choix. Je devais offrir un leurre. Devenir une victime et disparaître de la ligne de mire de cette tueuse implacable lancée à mes trousses. En parcourant sur internet les sites d’actualités, j’ai découvert que les enquêteurs l’ont surnommée Fantômette ! Quel drôle de hasard… J’ai lu récemment à la fille d’une voisine le dernier tome des aventures de cette héroïne, publié il y a quelques années seulement : Fantômette et le Magicien.

Étonnant, non ? Moi, dont deux des livres de chevet sont Robert-Houdin, Confidences d’un prestidigitateur et L’homme qui disparaît de Jeffery Deaver.

La prestidigitation m’a souvent rendu de nombreux services dans le cadre de mon travail. Elle m’offrait sur un plateau un nouvel angle de vue pour appréhender certains problèmes qui se présentaient à moi. Au fil des années, j’ai aiguisé mes sens et développé ma capacité à voir les choses cachées, et à anticiper. Rien de tel, pour démasquer des tricheurs que de détecter les « misdirections » qu’ils sèment. Ou d’en créer de toutes pièces pour les amener à jouer le jeu dont j’ai édicté les règles.

Dans mon cas, pour disparaître, il a fallu que j’applique les précieux conseils du magicien Dave Lewis que j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années : pour étudier un tour, il faut partir de l’effet final, le moment impossible à expliquer. Et remonter dans le temps la séquence du tour. Se concentrer sur les détails dont on est certain, et chercher les indices qui composent le tableau de ce grand final. Figer dans le marbre ce moment, en s’appuyant sur le visible pour ainsi comprendre l’invisible.

Cet effet final ? Ma mort en est le premier acte. Avec assez d’éléments pour la rendre parfaitement incontestable. Maintenant, il est temps que je revienne sur le devant de la scène…

Dehors, le vent tourne. Dans le reflet du miroir, pour la première fois depuis longtemps, je vois…

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L’exquis cadavre exquis, épisode 44

L’exquis cadavre exquis, épisode 44

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Episode 44

Exquis Cadavre Exquis. Episode 44 Lucienne

 

By Lucienne Cluytens

Le dieu des flics existe, je l’ai rencontré !

Une suée inonde le corps de Sebastián. La voix de Pavel clamant : «Coucou mon trésor, on arrive» vient de ruiner tous ses espoirs de se délivrer de son piège mortel. Quand il avait senti, posé verticalement contre la paroi du coffre de la voiture, un objet dur et plat, recouvert d’un bout de tissu que ses pieds entravés avaient fait glisser, il s’était contorsionné pour amener une de ses jambes tout contre afin d’en déterminer la nature. Il avait alors laissé tomber sa jambe un peu rudement dessus, entaillant son pantalon et son mollet. Il avait poussé un cri, étouffé par le bâillon. C’était une lame ! Il avait alors pensé à un genre de machette, oublié dans le coffre, autant dire le salut. Et voilà que les deux Tchèques revenaient, animés d’intention on ne peut plus homicides, l’odeur de l’essence qu’ils amenaient avec eux ne laissait planer aucun doute.

Un déclic et la porte du coffre se déverrouilla. Sebastián comprit que sa carrière s’arrêtait là, c’en était fini de lui. Et cette odeur d’essence ! Cramé, il allait mourir cramé.

C’est alors que, comme le clairon de la cavalerie lors des attaques d’Indiens dans les films de Far-West, le portable d’Anton sonna à nouveau. Le coffre entrouvert ne s’ouvrit pas. Pavel attendait visiblement le résultat de cet appel. Sebastián entendit des oui, oui, espacés puis la voix de Pavel qui interrogeait son frère :

– Alors ?

– C’est le boss. Il veut interroger le flic. Il est en route. Il sera là dans quelques heures.

– Fait chier. Y’a rien à faire ici, y’a même plus rien à boire. Qu’est-ce qu’il veut savoir, ce con ?

– J’en sais rien, il ne m’a pas fait de confidence. Je vais aller au village chercher du ravitaillement. Toi, tu surveilles le flic, ajouta-t-il avec un gros rire, des fois qu’il lui prendrait l’idée de se barrer.

– Tu fais chier, je suis pas le larbin. Je viens avec toi. Avec les nœuds que je lui ai faits, il ne peut même pas bouger le petit doigt.

Sebastián entendit les voix des deux frères s’éloigner de plus en plus. Sa deuxième chance était que Pavel, sous le coup de sa déconvenue, n’avait pas reclaqué la porte du coffre. Sans perdre une minute, il commença les manœuvres pour se libérer : positionner les cordes entre ses pieds au-dessus de la lame, cisailler avec une prudence extrême pour pas que la lame glisse et se mette à plat. Il suait de grosses gouttes mais il tenait bon, il allait s’en sortit.

Après avoir délivré ses jambes de leurs liens, il put se retourner plus facilement dans le coffre pour présenter ses poignets à la lame salvatrice. Une exaltation étrange l’avait envahi. Il était protégé par le dieu des flics. Il avait une chance, il n’en aurait pas deux. Aussi, malgré son impatience, il se contraignit à prendre les plus grandes précautions pour tenir la lame droite tout le temps de sa délivrance.

Lorsqu’il sortit du coffre, il pleurait de bonheur. Et là, tandis qu’il s’employait à se dérouiller les jambes, son regard s’hallucina : les clés de la Mercédès s’offrirent à son regard, posées sur un genre de rayonnage fixé dans le mur du garage. Anton avait dû les déposer machinalement là avant de répondre au téléphone.

 Si je n’étais pas un athée convaincu, je croirais en la providence divine. Bénis soient les cons ! Pensa-t-il en enclenchant la clé pour démarrer le moteur.

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L’exquis cadavre exquis, épisode 43

L’exquis cadavre exquis, épisode 43

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 43 Ge

 

Episode 43

By Double maléfique

Fabre mouille sa chemise

Le juge Fabre fulmine, pas de nouvelles de Lerot. Mais qu’est-ce qu’il fout, ce con ? Il est persuadé que le policier est parti en Allemagne, histoire de remonter la piste teutonne. Et Rémini que l’on a tenté de tuer pour la seconde fois. Décidément, dans cette affaire tout va de travers ! Peut-être devrait-il en référer à monsieur le procureur. La hiérarchie ne le lâche plus. Oui, il allait finir par demander que cette affaire soit reprise en main par un autre groupe. Peut-être par les as du 36. Deux journalistes «homicidés», plus un troisième en Allemagne, ça fait tache.

Pourtant Fabre hésite encore. Il a comme un mauvais pressentiment. Il n’aime pas quand le ministère fait pression. Il sent le coup tordu, le politique, là-dessous. Oui, ce genre de dossier forcément implique des haut placés, des financiers, des industriels, des banquiers et forcément des élus.

Edouard Fabre n’est pas du genre à se laisser corrompre, il a des convictions et n’aime point entendre que la justice est le bras armé du politique. La collusion entre ces deux organes de pouvoir le révulse. Aussi, même si Lerot piétine, il a toute confiance dans ce flic borderline.  L’inspecteur a une réputation et comme lui il est intransigeant avec la vérité.

Fabre décide de sortir de son bureau. Il va sur le terrain avant que le parquet ne lui ordonne quoi que ce soit. Il faut absolument prêter main forte à l’aspirant inspecteur Pichon. Il est la tête, l’autre sera les jambes. Il va le faire mousser ce petit aspirant, il lui donnera des ailes. En attendant des nouvelles de Lerot et le rétablissement complet de Rémini, ils feront équipe. Notre juge arrive au commissariat. Là, Pichon est perdu dans ses pensées.

– Pichon, que se passe-t-il ?

Gaston sursaute. Qui lui parle ainsi ? Ce n’est pas la voix de Lerot, pourtant elle est impérieuse.

– Alors Pichon, qu’est-ce qu’il se passe ici ?

– Mais rien, rien, dit-il comme un gamin pris en faute

– Mais d’abord, qui êtes-vous ?

– Edouard Fabre, inspecteur, nous allons enquêter ensemble

– Justement, monsieur le juge. Je diffusais le portrait-robot de notre suspecte.

– Notre suspecte, c’est Lerot qui l’a démasquée en Allemagne ?

– Heu, non monsieur le juge. Lerot n’est pas allé en Allemagne, il enquête ici mais il ne donne plus de nouvelle.

– Comment ça pas en Allemagne ? Et c’est seulement maintenant que vous m’en informez ?

– Mais, mais… j’étais occupé à faire faire le portrait-robot de notre tueuse

– Oui, oui, d’accord, vous m’expliquerez plus tard comment vous avez su que c’était elle, notre présumé coupable. Mais maintenant vous filez avec votre officier de policier judiciaire le plus gradé.

– Le brigadier-chef Lebel.

– Oui, on s’en fout, avec le brigadier-chef Lebel ou Norek, peu importe mais vous allez enquêter du côté de la dernière piste de Lerot et fissa !

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L’exquis cadavre exquis, épisode 42

L’exquis cadavre exquis, épisode 42

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Lerot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

Accrochez-vous, l’histoire se complique ! Camille a-t-elle été assassinée parce qu’elle enquêtait sur un vaste scandale pharmaceutique, avec Klatschmohn Aktion ? Ou bien à cause d’un détournement de fonds lié au Museum ? A moins qu’elle n’ait découvert l’escroquerie vinicole de son beau-père. Et si sa disparition était liée à celle de sa soeur jumelle ? La dépression de sa mère explique-t-elle son silence ? Quant à Costes, le privé à la réputation sulfureuse, quel rôle a-t-il joué dans l’histoire ?

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L’exquis cadavre exquis

Exquis Cadavre Exquis. Episode 42 Claude 1

 

Episode 42

by Claude Levasseur

 Coup de foudre

 

«… Et c’est le numéro 10, Coup de foudre, qui s’impose dans la seconde épreuve de trot attelé, devant Emir du Gazeau, le 5. Le 9, Balfour, s’empare de la troisième place…»

Jo n’écoute pas la suite. Coup de foudre… Il ne l’a pas vu venir, celui-là ! Furieux, il froisse son bulletin et le jette au sol.

– Fait chier !

Cent boules envolées à cause d’un foutu canasson qui porte un nom à la con. Ses pertes du jour s’élèvent à… Non, il n’a pas envie de compter. Sa gorge se serre. Putain de déveine ! Il finit sa bière d’un trait, fait signe à Bertie de lui amener la suivante.

Un œil sur la télé… La course suivante ne commence que dans quelques minutes. Il a le temps de faire la vidange.

Jo se dirige vers le fond de la salle, il pousse la porte des toilettes. Il y a déjà quelqu’un. Une silhouette frêle halète, penchée au-dessus du lavabo. Allons bon, un turfiste qui tient pas l’alcool ! Jo croise son regard dans le miroir. Une femme !

– Ça va ? Vous vous sentez bien ?

L’inconnue lève la tête. Le cœur de Jo s’emballe. Cette fille est canon ! Canon et mal en point. Son teint est aussi blanc que la faïence d’un urinoir. Elle tente de répondre avant de s’affaisser. Jo la rattrape au vol. Veut appeler à l’aide, se ravise. Il sent qu’un truc bien est en train de lui arriver.

Une beauté pareille… Il ne va pas la laisser dans cet endroit sordide. Antoine, le voisin de Jo, est étudiant en médecine. Il l’aidera à la soigner. Charpenté comme un catcheur, il la soulève sans effort et s’engage dans le couloir. Pousse la dernière porte, sort dans l’arrière-cour. Sa simca 1000 est garée juste en face. Privilège d’un habitué des lieux qui rend quelques services au taulier en portant les casiers de bouteilles.

Il installe la jeune femme sur la banquette arrière. Un des boutons de son chemisier a sauté. Jo glisse un œil dans son décolleté, aperçoit un gros hématome qui s’étale sous la dentelle fine de son soutien-gorge ! Comprend que sa belle inconnue n’est pas ivre, non. Quelqu’un l’a tabassée ! Il fouille ses poches. Elles sont vides, à l’exception d’une petite gourmette en argent sur laquelle est gravé Camille. La chance lui sourit enfin, il a misé sur le bon cheval. Celui qui va transformer sa vie. Pour toujours.

– Camille, ma princesse, lui susurre-t-il, avant de démarrer.

Elle s’agite, murmure quelques mots qu’il parvient à saisir.

– Lalande, non.

– T’inquiète, mon ange. Ton Lalande, Jo va s’en occuper !

à la Une

Exquis Cadavre Exquis, la troisième récap !

Exquis Cadavre Exquis, la troisième récap !

Exquis Cadavre Exquis, la troisième récap !

Arrêt sur image, venez découvrir l’état de notre exquis cadavre exquis…

Déjà 42 épisodes…

que vous suivez avec attention

et

peut-être que bientôt ce sera à vous de tenir le scalpel !

Bonne dégustation…

Exquis Cadavre Exquis. la recap 3 episode 29à 41

L’exquis cadavre Exquis de Collectif Polar

Pour ceux qui n’auraient pas suivi

Les 16 premiers chapitres sont Ici

Les 12 chapitres suivant  sont là

Pour les autres voire pour tout la monde voici les épisodes 29 à 41



Episode 29 by Gwendoline Weis

Bons baisers d’HP

Ses lèvres esquissèrent un léger mouvement vers la droite, quelque chose comme un sourire, ou plutôt un rictus. Oui, un rictus. D’ailleurs, c’est un peu la contraction de sa vie.  Une grimace, un pauvre rictus, toujours forcé, rarement sincère : sardonique.
C’est moche ce mot « sardonique », dur et agressif, comme lui.

Comme lui, Bruno Lalande, fils de bonne famille.

Né à Bordeaux, le petit Bruno a grandi à Pessac au sein du domaine viticole familial. Fils d’Edmond Lalande et de Jeanne de Frémont, des notables de l’or rouge, il n’a jamais connu le besoin. Une enfance des plus douces déjà ornée par des sommes à cinq « 0 » qui trônaient fièrement sur un compte bancaire. Un demi-frère Pierre, fruit d’une première union maternelle, agrémente la famille.

Mais si l’argent offre quantité de choses, il n’achète pas le besoin d’appartenance régissant la troisième strate de Maslow. Ce sentiment d’appartenance à un groupe de pairs, d’être reconnu en tant que tel, ce même sentiment qui l’a quitté le soir où il annonça son désir ardent de vivre auprès de Laure.

Laure son amour, ses joies, mais aussi ses pertes. Plus que le cordon, c’est toute son histoire qui s’est vue coupée par ceux qu’il nomme désormais ses géniteurs. Fort heureusement, ses rapports avec son frère ont toujours été relativement cordiaux, d’autant plus ces dernières années. Ambitieux, avides de pouvoir, Pierre et Bruno se ressemblent à s’y méprendre.

Il sourit de sa besogne, conscient qu’il ne peut désormais plus reculer, c’est bien trop tard. Il a franchi la ligne manichéenne, le jour où il a envoyé Carole rencontrer la faucheuse. Il le savait pourtant, il le savait. Laure occupait ses pensées en permanence, il pouvait l’observer toute une nuit dans les bras de Morphée, il pouvait la suivre pour s’assurer qu’elle se rende bien à son cours de tai-chi le mardi soir, il avait même équipé son téléphone d’un traceur commandé sur le Darknet. Il pouvait en crever tellement il en était dingue.

Alors, il a fait interner Laure en Hôpital Psychiatrique. Bien sûr qu’il y avait la « TS », qui peut prédire la réaction d’une mère qui vient de perdre son enfant ?! La déchéance, l’horreur, la colère, puis arrive le besoin de vérité…Puis, il eut une idée.

Avoir le bras long, ça sert. Et Bruno Lalande l’avait bien compris. Sa Laure serait à l’abri des regards, à l’abri de la vérité et surtout, elle serait bientôt rien qu’à lui.

Bruno avait repéré les frères Mazoj, Anton et Pavel, deux infirmiers d’origine tchèque qui n’ont su résister devant l’appât du gain. 500 euros mensuel, en cash, pour chacun.

Le prix d’une sédation forcée, juste ce qu’il faut pour ne pas être détectable dans le sang. Juste ce qu’il faut pour shooter sa bien-aimée et annihiler tout sursaut de résilience.

Son rictus s’étend pour se muer en sourire malin. Il sort précautionneusement son deuxième téléphone, à clapet, passé de mode, et envoie un seul SMS à un numéro crypté : « Mission, groupe : Wampas, titre : Rimini, en canon. Enlève un « i » à la ville. Remplace voyelle. 30000. »

Sur l’air de « Rimini » des Wampas, Bruno Lalande sifflote, tout en déposant un baiser sur le front de sa Laure.

Episode 30 by Guy Rechenmann

Prise d’appel

 Sirène hurlante et gyrophare débridé, Sebastián fonce vers Lariboisière. La voiture banalisée du fonctionnaire de police ne laisse pas de doute quant à sa détermination d’homme pressé. Un regard haineux ajouté à un eczéma en pleine floraison lui confère un viatique pour l’enfer et toute rébellion d’un quidam quelconque serait peine perdue. Rien ne peut l’arrêter. Par miracle, personne n’est blessé durant la course folle. Seules quelques tôles froissées sont à déplorer lors de son arrivée en fanfare crissante sur le parking de l’hôpital, mais on verra plus tard. Elle s’est réveillée ! C’était le motif du coup de fil qu’il a reçu au bureau. Valérie a ouvert les yeux et a demandé où elle se trouvait.

 « Elle semble perdue, très pâle, mais elle est en vie », lui a précisé le chirurgien.

 Ça, c’est la bonne nouvelle. La mauvaise : elle ne se souvient de rien ! Ni de son nom, ni de son métier, ni où elle habite, enfin, rien de rien… Sebastián a eu le temps de réfléchir durant son gymkhana et il a compris. Enfin il pense avoir compris pourquoi elle n’était pas ad patres. Normalement elle aurait dû mourir d’une balle en plein cœur. D’autant qu’elle n’a pas le cœur à droite.  Cela existe, mais non ! Le tireur, un professionnel, sûrement le meurtrier des deux journalistes, devait l’attendre à la sortie de l’HP après sa visite à Laure Longchamps. Pas trop proche pour ne pas être repéré mais muni d’une lunette et d’un silencieux, il ne pouvait ni être débusqué ni rater sa cible. La configuration des lieux l’y autorisait. Or la balle est bizarrement entrée sous le cœur de sa collègue, ne touchant heureusement aucun organe vital. Un vrai miracle.

« La tête a heurté le rebord d’un massif lors de la chute », a précisé le praticien. « Le traumatisme peut expliquer sa perte de mémoire ». Et il a conclu de façon évasive : « Il faut attendre… »

Ce fameux rebord est, pour elle, à la fois une pierre de salut et peut-être un ciment destructeur, qui sait ? Sebastián se refait le film en voyant la scène de crime balisée. Le tueur attend… Valérie, la tête dans ses pensées, marche d’un pas alerte vers le parking. Elle n’a aucune raison d’être sur le qui-vive. Sa démarche a toujours été rapide, ce qui ne manquait pas d’agacer ses collègues. Mais elle ne suit pas le cheminement traditionnel, elle coupe prestement le fromage en direction de sa voiture, déstabilisant certainement le tireur. Elle va pour traverser la languette étroite composée de fleurs vivaces et, juste au moment où elle prend un vif appel pour franchir la margelle, le coup de feu part et rate le cœur. Il ne peut en être autrement, Sebastián en est certain. Maintenant un autre combat commence. Décidément, cette affaire n’en finira jamais…

Episode 31 by Carlo Caldo

 Confidences devant l’étang

 En cette fin d’après-midi, le parc qui borde le commissariat est traversé par tous ceux qui, ayant terminé de travailler, rentrent chez eux. Il offre cependant assez de diversité pour qu’on puisse se mettre à l’abri des regards. Comme ce banc, sous les bosquets, près d’un étang, où Fantômette a donné rendez-vous à Gaston Pichon, le jeune aspirant-inspecteur qu’elle est parvenue à embobiner. Un contact de rêve, vu qu’il est en stage à l’archivage au commissariat. Ce qui lui permet d’avoir accès aux principaux éléments des enquêtes passées et en cours, sans pour autant y participer.

Pour le coup, Fantômette s’est transformée en un de ses avatars favoris : Amanda, la jeune étudiante blonde, venue de l’Amérique profonde. Sexy, enthousiaste et naïve à souhait. Pourvue d’une incommensurable fascination pour la « poêzie fouançaise », elle est le personnage idéal pour attirer un bleu comme Gaston.

Pourtant, ce jour-là, elle a dû insister pour pouvoir lui parler.

 – D’accord, mais pas au téléphone ! a-t-il chuchoté nerveusement.

Elle l’a interprété comme la conséquence logique de son geste. Un flic abattu est de nature à faire monter la fièvre dans un commissariat.

– Rendez-vous dans dix minutes devant l’étang !

L’injonction était claire. Quelques semaines plus tôt, c’est là même qu’elle l’avait abordé, après l’avoir suivi depuis le commissariat. Il lui avait suffi de jouer l’ingénue perdue dans la grande ville. Les confidences s’étaient alors déversées, intarissables, sur sa vie, ses espoirs et ses rêves d’amour. À quoi elle avait répondu en jouant la carte de l’impressionnée. Elle l’avait même comparé à Clint Eastwood !

En cet instant, les yeux d’Amanda s’écarquillent soudain derrière ses lunettes rondes et sa bouche s’immobilise, béante, au-dessus du cornet de glace qu’elle s’apprêtait à croquer.

– Oh my God !… I can’t believe it ! finit-elle par dire.

De fait, Amanda a vraiment du mal à croire à ce que Gaston vient de lui apprendre. Quoi !? Non seulement cette garce n’est pas morte, mais elle vient de sortir – et, semble-t-il – indemne de son coma ! C’est pire que ce qu’elle craignait. Comment expliquera-t-elle cela à Lalande qu’elle doit voir le soir même ?  Adieu les 30.000 euros promis, adieu la rallonge prévue pour le troisième meurtre ! Quant à sa chère devise selon laquelle mieux valait ne rien faire plutôt que de mal faire, autant l’oublier pour un temps ! La honte !

C’est le problème numéro un à régler. Retourner et finir le travail. Et le plus tôt sera le mieux ! Mais avant cela, autant profiter au maximum de sa rencontre avec Gaston. D’abord, confirmer la valeur de ses confidences.

– What a story ! Thank you so much, Gaston ! Chaque fois que je te vois, tu me racontes quelque chose de nouveau et de si surprising ! C’est comme une série policière sur Netflix.

– C’est même mieux, car tout est vrai. Des indices n’arrêtent pas d’apparaître, des nouveaux personnages surgissent continuellement, des pistes inattendues s’ouvrent.

Ensuite créer le doute.

– Mais l’histoire, reprend-elle avec son accent américain, devient aussi de plus en plus complicated, je m’y perds… Cette attaque sur ta colleague après les trois horribles meurtres de journalistes…

– Gisela Löwenbrau en Allemagne, Camille Longchamps et Romain Richard ici…

Romain Richard ! Comme elle a été contente quand elle a appris par Gaston qu’il était l’homme de la poubelle ! Camille lui a suffisamment parlé de lui pour qu’elle comprenne que ce pisse-copie avait des dents d’ambitieux à rayer le parquet et qu’il n’aurait eu aucun scrupule à lui voler ses découvertes.

– Comment vous faites pour vous y retrouver ? demande-t-elle.

– C’est en effet un véritable défi mais, crois-moi, nous mettrons tôt ou tard la main sur Fantômette. La raison comme la justice finissent toujours par triompher.

Amanda n’a pu réprimer un sourire. Sans doute Gaston pense-t-il vraiment ce qu’il vient de dire.

Le fruit étant mûr, le moment est venu de lancer de fausses pistes.

– Moi, mon instinct me dit que Fantômette n’est pas une killer. Je la vois très romantic, animée par des vraies valeurs et des grands idéaux, un peu comme toi.

 – Tu penses ? bredouille-t-il.

– Oh, yes! Par contre, il y a trop de morts parmi les journalists. C’est pas normal. J’ai le feeling que c’est un règlement de compte entre eux.

– Tu chercherais du côté de Max alors ?

– Certainly! Ou de Richard ! Et si c’était lui l’assassin de Camille et Gisela?

– Intéressant !… Merci, ça peut m’être très utile !

– Ah ! Pourquoi ?

Gaston se lève alors soudainement, le sourire fier.

– Tu pars déjà ?

– Il le faut… Je ne devrais pas te dire, mais j’ai un nouveau travail. J’ai été désigné pour remplacer l’inspectrice Rémini. Je venais de l’apprendre quand tu m’as téléphoné… C’est temporaire bien sûr, mais qui sait quand elle redeviendra opérationnelle !

Episode 32 by Leeloo Dallas-multipass

Chantez, dansez, les têtes vont valser

Après avoir appris par Gaston que l’Inspectrice Rémini a survécu, Fantômette s’égare dans ses pensées. C’est son premier échec, jamais elle ne rate sa cible. C’était un contrat bien différent des autres. Vivement qu’elle passe à autre chose, en espérant que cette imbécile de Lalande n’entache pas sa réputation. Au pire, elle lui prend l’argent et lui fout une balle entre les deux yeux !

Le téléphone sonne. Elle sursaute et prend l’appel, en pensant à Lalande. Quand on parle du loup, on en voit la queue.

– « Monsieur Lalande !… Oui, j’ai appris ! Elle n’est pas morte… Elle a eu de la chance, cette fois-ci, c’est tout ! Je vais me rendre à son chevet pour soulager ses douleurs… Non, monsieur Lalande, il n’y aura pas de prochaine fois, je vous assure. Elle sera morte avant demain soir… Je vais en finir avec elle et notre contrat sera terminé. Ne vous inquiétez pas, il n’y aura pas de suite à cette enquête ! Son remplaçant est aussi intelligent qu’un poisson rouge dans son bocal ! Et pour mes 30 000 euros ?… Pour le supplément, on oublie ?… OK ! Au revoir, oui, oui, à bientôt. Je vous tiens informé. »

Elle raccroche sans le laisser parler. Quelle grosse merde, ce Lalande !

              ……………………………………………………………………………………………

Blanchard est à ses côtés quand Lalande appelle Fantômette. Il écoute attentivement la conversation. Il est très énervé et très mécontent que son demi-frère ait choisi cette femme pour faire le boulot.

– « Franchement, tu crois vraiment qu’une nana, cette pétasse soi-disant tueur à gages, allait faire le boulot proprement, sans faire de vague ? Et en plus, tu la payes 30 000 pour ce travail ! Ecoute, je m’inquiète ! Elle ne nous a toujours pas donné l’enveloppe, elle cherche à te faire chanter… Je vais lui envoyer mon homme de main, elle n’aura pas l’argent. Rien à faire ! Tout ce qu’elle aura c’est une balle entre les deux yeux ! Elle veut te faire chanter ? Ben, moi je vais la faire danser ! Et l’autre, l’inspectrice de mes deux, elle ressortira de l’hosto entre quatre planches ! »

 

Episode 33 By David Smadja

La connerie, c’est contagieux !

Dépité par l’état de sa chère Valérie, Sebastián se dit qu’il était grand temps pour lui de rendre visite à Laure Longchamps, dans son lieu de résidence forcée, et d’éclaircir le rôle de la mère de Camille dans tout cet imbroglio. Il grimpa dans sa voiture, mit en marche le gyrophare et s’engouffra à toute allure dans les affres de la circulation.

Arrivé à destination quelques dizaines de minutes plus tard, il se dirigea vers la réceptionniste, lui colla sa carte de police sous le nez et demanda à voir madame Longchamps sur le champ.

– Vous la verrez plutôt dans sa chambre, se moqua la jeune réceptionniste avec malice.

– Où vous voulez mais de suite, lui rétorqua le policier d’un ton sec.

– J’appelle l’infirmier en charge de la patiente. Veuillez donc patienter à votre tour dans la salle d’attente, lui dit-elle, mettant fin à la conversation d’un clin d’œil entendu.

De longues minutes plus tard, un homme massif, à la mine renfrogné, s’approcha de lui en faisant rouler ses muscles.

– Madame Longchamps a besoin de repos, elle n’est absolument pas en état de vous voir.

– J’ai une carte « chance » qui dit que je peux quand même la voir, répondit Sebastian en brandissant de nouveau sa carte de police.

L’homme blêmit, mal à l’aise.

– Vous êtes de la police ? On ne me l’avait pas précisé.

– Tout à fait et je veux la voir subito ! Monsieur… ?

– Je m’appelle Anton Mazoj.

– Vous seriez donc maso de refuser, Anton. Et si vous continuez à faire le malin, j’en connais un qui va finir au poste. Vous savez, la connerie, c’est contagieux, et vous ne voudrez pas me voir contaminé !

Sebastian posa sa grosse patte sur l’épaule de l’infirmier dont le vernis de suffisance commençait à craqueler de toutes parts. Ressentant le malaise, il accentua la pression et mit en marche le gaillard. Ensemble, ils gravirent les marches et arrivèrent à l’étage supérieur, celui où l’on confinait les cas les plus désespérés, dixit l’infirmier devenu prolixe soudainement.

Arrivé devant la porte de la chambre 13, l’infirmier s’éclipsa en bredouillant une excuse incompréhensible. Sebastian le regarda s’éloigner, méfiant. A juste titre, car Anton allait chercher Pavel à la rescousse. Pas si sûr que l’inspecteur sorte aussi facilement de l’hôpital qu’il en était entré. Car Pavel n’était pas du genre à plaisanter et lui ne serait nullement impressionné par le flic. Il en avait buté des dizaines en Tchéquie. Et autant dire que cela n’agitait pas sa conscience.

Sebastián toqua à la porte. Une voix étonnamment claire lui parvint :

– Bonjour, inspecteur. Entrez, je vous attendais. Je crois que l’on a beaucoup de choses à se dire…

Episode 34 by Danièle Ortega-Chevalier

Allo papa ?

 A quelques kilomètres de là, une ado prenait son smartphone…

– Allo papa ?

Depuis que sa femme Fanny l’a quitté il y a trois ans en abandonnant accessoirement leur petite fille de 8 ans, c’est la maman de Max qui le dépanne en assurant la garde de l’ado, souvent à temps plein quand il est en déplacement ou sur une investigation particulièrement délicate. De fait, ils se voient rarement mais Max essaye de préserver le repas dominical, véritable briefing de la famille Lindberg. Le rituel des coups de téléphone quotidiens a pris du plomb dans l’aile depuis la mort de Camille.

– Oui, Louise, comment va ? Comment ça se passe avec Mamie Aline ?

–  Je crois bien que j’ai encore pris quelques kilos de gaufres et de crêpes… Comment va Camille, papa ?

Max a essayé de filtrer les informations concernant son amie car il sait comme Louise y est attachée depuis le départ de Fanny. Inévitablement, elle apprendra la mort de la journaliste. Mais le plus tard sera le mieux. C’est un miracle qu’elle ne l’ait pas encore découvert via les réseaux sociaux.

– Elle va mieux ma puce, elle rentre bientôt chez elle.

– Tu l’embrasses pour moi ?

– Promis, on ira la voir très bientôt !

– Et au fait, je ne t’ai pas rendu la clef USB de Camille…

– Quelle clef USB ?

– Celle qu’elle m’avait demandé de planquer avant… tu sais bien, avant…

– Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de clef ?

– La dernière fois que Camille est venue dire bonjour à MaAline, elle m’a demandé de lui garder une clef et de rien dire à personne. C’était une semaine avant de se faire attaquer.

La voix de l’adolescente se brise. Max en a le cœur serré. Mais il faut qu’il sache. Il poursuit :

– Tu l’as toujours ?

– Oui, bien planquée mais je ne veux plus la garder, j’ai peur !

– On en parle très vite, ma chérie !

– Tu rentres quand d’Allemagne ?

– Dans quelques jours, je ne sais pas au juste.

– Je t’aime, papa.

– Moi aussi je t’aime. Je t’embrasse, ma puce ! Dis à MaAline que je vais bien.

– Pap ….

Il raccroche avant que Louise ait pu lui dire que l’appartement face à celui de Mamie a une nouvelle locataire, blonde, aimable et jolie comme un cœur, au prénom enchanteur… et qu’elle aimerait bien que son père fasse sa connaissance… Oui, il faudra qu’elle lui présente Amanda…

Episode 35 by Céline Brisard-Lison

Attention, danger

 En raccrochant son smartphone, Max Lindberg se renfrogna un peu plus.

– Un problème ? lança Xavier Costes, le regard fixé sur la route battue par une pluie aussi brutale que torrentielle. Sans même voir son compagnon de route, il pouvait sentir que, loin de l’apaiser, l’appel que Max venait de passer à sa fille le plongeait dans une tension un peu plus profonde encore. Il ne reçut aucune réponse. Habitué aux sautes d’humeur de ses clients, le privé choisit de se concentrer pleinement sur sa conduite. « Ce serait quand même sacrément con de finir dans le fossé en se traînant à 80 ! », pensa-t-il.

De fait, plongé dans ses pensées, le journaliste n’avait même pas entendu Costes. S’il lui avait proposé de venir en Allemagne avec lui, c’était à contrecœur. Habituellement, il préférait – et de loin – enquêter seul. Non pas qu’il se sente supérieur aux autres, mais simplement parce qu’il n’avait jamais trouvé quelqu’un avec qui il se sente en osmose, en matière de réflexion. Personne, à part peut-être Camille… « Ah, Camille, toi, tu m’en as caché des choses… Si j’avais su dans quel guêpier tu t’étais fourrée, jamais je ne t’aurais laissée seule à cette soirée. Tu vois où ça t’a amenée ! », songea-t-il avec une pointe d’amertume et de remords mêlés.

Depuis sa discussion avec Friedrich, Max était persuadé que la piste allemande était la bonne. Grâce à un copain de la police, il avait aussi appris l’identité de l’homme qui, juste avant lui, avait fouillé l’appart de Camille. Et fini une balle dans la tête dans une poubelle. Romain, Romain Richard, bon sang ! Encore un journaliste ! Et lui était le dernier à avoir enquêté avec Camille. Max ne comptait pas rejoindre la liste des cadavres qui s’amoncelaient depuis la funeste soirée du Muséum : il avait préféré appeler Costes en renfort. Le détective privé avait le privilège de détenir un port d’arme. Et il était de plus en plus évident que ce type d’argument pouvait leur être utile.

– Lindberg ? Oh, Lindberg ! Tu m’écoutes, bon sang ? Il faut que je te parle d’un truc que la p’tite Longchamps m’a envoyé…

Max sursauta au nom de Camille.

– Quoi ? De quoi tu parles ?

– Elle avait programmé l’envoi d’un mail, je l’ai reçu hier au petit matin…

– Ah ouais ? Et t’attendais sa résurrection pour m’en parler ?

Max était de plus en plus furieux. Non seulement Camille avait fait confiance à ce Costes pour enquêter, mais en plus, elle lui faisait des confidences post mortem. Et lui alors ? Il n’était donc rien dans la vie de sa protégée ?

– Le hic, c’est que je n’ai rien compris. Le mail est rempli de noms, de dates, de termes en allemand. Comme si c’était ses notes et qu’elle s’adressait à quelqu’un qui pouvait les comprendre. Elle a souligné une phrase : « Venez chercher l’enveloppe coquelicot ». Tu y comprends quelque chose, toi ?

– Hummm… Rien d’autre ?

– Oui, une pièce jointe. Enfin, une pièce jointe cramée. Impossible de l’ouvrir. J’ai quand même envoyé le fichier à un pote informaticien, au cas où…

– Putain, mais c’est pas vrai ! J’suis vraiment trop con !

Max venait de comprendre. Loin de l’ignorer, Camille avait au contraire multiplié la dissémination de ses informations. Lui, avec cette fameuse clé USB confiée à Louise, sa fille. Costes avec le mail. Et probablement Romain Richard. Richard, déjà au parfum de l’enquête de Camille, qui avait aussitôt rappliqué pour récupérer l’enveloppe. Pile au moment où une tueuse rodait chez elle… Si ces infos avaient conduit un gaillard comme Richard ad patres, la vie de celles et de ceux qui les détenaient ne tenait vraiment qu’à un fil. Louise !! Pris d’un pressentiment glaçant, Max reprit son téléphone en main.

– Sebastián ? Il faut que je te parle !

Episode 36 by Patrice Guirao

Á mains nues

L’immeuble est cossu. Quatre étages. Rue passante. Une seule entrée. La cible a emménagé au deuxième. Il sort la photo que Louys lui avait remise en même temps que les cinq mille euros. Rien d’autre. Excepté le numéro de téléphone derrière la photo. Jolie fille. Jeune. Un rien arrogante. Pleine de vie.

Cinq mille euros.

La vie n’a pas de prix.

Ça dépend d’où on vit.

Le vieux trainait son infirmité depuis l’enfance. Mauvaise polio. L’avantage de son handicap, dans sa profession, c’est qu’il inspirait plus souvent la compassion que la méfiance. Ce qui lui laissait presque toujours un temps d’avance.  Une compensation au fait qu’il ne pouvait se permettre de se faire courser dans les rues. Avec sa patte folle c’eut été folie.

Il lui avait fallu élaborer des techniques personnelles. Pas d’arme à feu, pas d’arme blanche. Exit les risques lors d’un éventuel contrôle. Quarante ans de métier et pas un faux pas. Il sourit à cette étrange formule le concernant.

Son truc c’était le fait main. La nature l’avait doté d’une force hors du commun concentrée dans ses poings. Ses meilleurs outils.

A dix-sept ans, lors des fêtes de Pampelune, il avait tué, d’un uppercut, un taureau qui fonçait sur lui. Il en avait été stupéfié lui-même. Les autres jeunes avaient couru, lui s’était défendu. Depuis ce jour il avait scrupuleusement évité toutes les situations dans lesquelles sa survie pouvait dépendre de ses jambes.

Il lui avait fallu quatre jours pour remonter jusqu’à cette adresse grâce au numéro de téléphone. Il avait mis à contribution quelques connaissances toujours prêtes à lui renvoyer l’ascenseur. Une vie de menus services, ça paie toujours.

Louys avait distribué les trois enveloppes au hasard. Frantz avait ouvert la sienne. Il en avait sorti une liasse de dix mille et l’avait secouée devant eux un sourire aux lèvres.

– Jackpot !

Il s’était gardé de montrer la photo de sa cible. Un minimum !

Sam avait pris la sienne et l’avait glissée dans sa poche sans aucun commentaire.

Louys se chargeait de trouver les contrats et eux les exécutaient.

Pas de liens directs avec les commanditaires. Louys achetait les contrats sur un site du Darknet. Une sorte de vente aux enchères. Une bourse de la mort. Les enveloppes lui étaient alors expédiées en poste restante. Il y prélevait ce que lui avait coûté le contrat et la moitié de la somme restante. Puis il remettait les contrats à ses trois tueurs à gage. Une petite entreprise qui fonctionnait bien. Mais parfois un pari financier risqué.

Le vieux ne fumait pas, il prisait.  Il insuffla quelques grammes de poudre de tabac habilement posés sur le dos de sa main. Il secoua légèrement la tête et se frotta le nez.

Il était temps de monter.

Pas d’ascenseur. Des escaliers larges. Recouverts d’un épais tapis orné de lys.

L’appartement était celui de droite. Tant mieux. La porte s’ouvrait sur la gauche. Un avantage. S’il devait frapper, les quelques dixièmes de secondes gagnés pour lancer son poing droit pouvaient s’avérer importants.

Pas de judas. Ça se présentait plutôt bien.

Il sonna et attendit.

La porte s’ouvrit.

C’était la fille de la photo. Mais blonde.

Le poing partit avec une violence et une rapidité impossible à imaginer venant d’un vieil infirme. La jeune femme, dès qu’elle l’avait aperçu, avait immédiatement senti le danger. Elle avait essayé de faire un pas en arrière tout en tentant de refermer la porte mais trop tard. La poussée qu’elle donna réussit tout de même à dévier légèrement la trajectoire du coup. Au lieu de percuter sa gorge, il la toucha juste en dessous, à gauche, près du cœur. Elle entendit ses côtes se briser et ressentit une douleur violente qui lui coupa le souffle et la paralysa. L’homme l’écarta de son chemin et ferma la porte derrière lui. Il n’avait plus qu’à l’achever tranquillement. A mains nues.

– Amanda ? C’est qui ? Qu’est ce qui se passe ?

Une voix de jeune fille. Ça venait de l’autre bout du couloir. D’une chambre. Ou de la salle à manger.

Le vieux se figea. Il y avait quelqu’un d’autre dans l’appartement. Ce n’était pas prévu. Elle vivait seule. En une semaine de planque, il n’avait jamais vu personne lui rendre visite. Impossible de terminer le boulot. Pas question qu’il exécute quelqu’un d’autre que sa cible. Cette fois il allait devoir compter sur ses jambes et, pour la première fois depuis toute sa carrière, il fut saisi d’une mauvaise angoisse.

Il était temps qu’il raccroche.

Ce n’était plus un métier pour lui.

Il sortit de l’appartement, referma la porte sans la claquer et se précipita dans les étages supérieurs. Ces vieux immeubles avaient tous un accès sur les toits. Il y resterait le temps qu’il faudrait. En priant pour que personne n’ait l’idée d’y monter.

Episode 37 par Michel Roberge

Fallait y penser

Fantômette savait qu’en se rapprochant de la fille de Max, sous l’apparence d’une Amanda plus blonde que blonde, elle pourrait l’utiliser pour lui tendre un piège. En apprenant qu’un appartement était libre dans l’immeuble où résidait Louise et la mère de Max, elle s’était empressée d’y emménager. Comme il était entièrement meublé, elle avait sauté sur l’occasion. Pour elle, qui déménageait aussi aisément qu’un serpent change de peau, le contexte était idéal.

Depuis quelques jours, elle surveillait les allées et venues de ses deux voisines, attendant le moment opportun pour agir. Puis, un vendredi matin, Louise et Amanda se croisèrent, comme par hasard, sur le palier. Mamie Aline était partie faire des courses. Amanda en profita pour inviter la jeune fille à partager avec elle une chocolatine pour faire de plus amples connaissances.

Pendant que Louise croquait à belles dents dans la viennoiserie, Amanda raconta à Louise qu’elle écrivait des romans pour les ados comme elle :

– Tu pourrais être une de mes sources d’inspiration, lui proposa-t-elle.

Emballée par le projet, Louise accepta, convaincue de devenir l’héroïne d’un prochain best-seller.

– Mon éditeur insiste pour que je lui livre un texte au plus tard à la fin du mois, mentit Amanda. Il faudrait se mettre à la tâche immédiatement.

Mais on avait sonné…

En découvrant Amanda gisant sur la moquette, et apercevant le profil d’un homme boitillant refermer la porte derrière lui, Louise hurla :

– HÉ, VOUS LÀ !

Voyant qu’Amanda peinait à respirer, elle sortit de la poche de son pantalon son iPhone pour appeler les urgences.

– Non, non Louise. Ça va aller. Ce n’est rien, balbutia la jeune femme dont la perruque avait glissé sous le choc, laissant paraître en partie une chevelure courte et noire.

– Amanda, qu’est-ce qui t’arrive? demanda l’ado prise de panique.

Pendant que la fausse blonde tentait une explication des plus rocambolesques, tout se mit à tourner à vitesse grand V dans le cerveau de Louise : la clé USB. Cet homme était venu pour la lui voler. Comme l’entrée des deux appartements était similaire, il avait été confondu et avait sonné à la mauvaise porte. Et Max qui ne serait pas de retour avant plusieurs jours… Elle devait à tout prix trouver une nouvelle cachette pour le support informatique que lui avait remis Camille.

– Je reviens tout de suite, Amanda, annonça Louise, fébrile, en jetant un œil incrédule sur sa voisine qui réajustait tant bien que mal sa perruque dorée.

Louise ouvrit la porte d’entrée, jeta un œil sur le palier. L’agresseur s’était volatilisé. Elle courut chez elle, se précipita dans sa chambre, se glissa sous le lit pour récupérer le petit boîtier métallique qui y était scotché. Si Mamie Aline possédait un ordinateur, elle pourrait satisfaire sa curiosité et voir ce que pouvait bien renfermer cette clé pour qu’un homme s’en prenne à une inoffensive femme comme sa voisine. Elle ouvrit le contenant : l’objet devait avoir une grande valeur. Elle eut un flash : Amanda écrivait des romans, donc elle avait un ordi…

Episode 38 by Marc Schaub

Encaisser deux tchèques

 La porte de la chambre 13 s’ouvre brutalement, laissant le passage à Anton et Pavel qui bondissent sur Sebastián. Le policier n’a pas le temps de sortir son arme, et les deux molosses n’ont aucun mal à le maîtriser. Un coup de taser finit le travail. Anton administre à Laure Longchamps une piqûre contenant une sombre substance censée lui faire oublier la scène à laquelle elle vient d’assister…Si la dose n’est pas trop forte et qu’elle se réveille, elle n’aura que pour seul souvenir l’impression d’avoir passé sa journée à flotter parmi les nuages.

30 minutes plus tard, Sebastián reprend doucement et douloureusement conscience. Il est enfermé dans le coffre d’une voiture, ligoté comme un saucisson et bâillonné. Pas de mouvement, aucun bruit, aucune lumière ne passe à travers les joints du coffre. Il est clair que la voiture est à l’arrêt. Depuis combien de temps était-il dans les vapes ? Où l’ont-ils emmené ? S’il était encore sur le parking de l’hôpital, il devrait entendre le bruit de la circulation de l’axe routier qui passe juste devant l’établissement. Bonne nouvelle, il est en vie, probablement parce que Heckel et Jeckel ne savent pas encore quoi faire de lui. Il est donc en sursis le temps que les ordres arrivent. Mais pourquoi serait-il épargné alors qu’ils n’ont à aucun moment hésité à liquider Valérie, ou tout du moins, essayé de la liquider ? Il a beau tenter de se libérer de ses liens, rien n’y fait. Si vous organisez une soirée bondage, pensez à inviter des tchèques, ils maîtrisent le sujet quand il s’agit d’attacher quelqu’un avec une corde. Votre soirée sera une réussite.

A 200 mètres de la grange dans laquelle la vieille Mercedes 560 SEC est garée avec son colis, les deux tchèques attendent, avec impatience, des nouvelles et les ordres de leur patron. Si Anton n’avait pas retenu Pavel, le sauciflard aurait déjà été coupé en rondelles et servirait d’apéro aux poissons-chats du cours d’eau qui coule juste à côté.

– Je t’ai déjà raconté comment j’ai éventré deux vermines de flics à Prague avec une petite cuillère, alors que je n’avais même pas 18 ans ?

– Oh oui, Pavel, au moins 15 fois, mais en général, tu es bourré quand tu me le racontes. Donc tu ne dois pas t’en souvenir. Et à chaque fois, je ne dors pas la nuit qui suit, alors, si tu peux éviter cette fois-ci !

– Tu ne veux pas que je fasse parler le flic en attendant les consignes ?

– Pour qu’il n’en reste plus rien ? Et si jamais il faut le garder en vie ?

– Je sais être délicat parfois, on dirait que tu me prends pour un monstre.

L’échange est interrompu par la sonnerie du téléphone. Les instructions arrivent. Anton est silencieux pendant toute la durée de l’appel. Il raccroche et se dirige vers la grange en prenant avec lui le bidon d’essence qu’ils avaient préparé à leur arrivée.

– Viens avec moi ! On n’a pas encore mangé, je vais te payer un petit barbecue maison.

Quand ils ouvrent la grande porte de bois vermoulu, les derniers rayons de soleil de la journée entrent et illuminent l’intérieur de la bâtisse en bois. La poussière soulevée par un courant d’air scintille comme des milliers de paillettes d’or en suspension.

Pavel marche d’un pas déterminé vers le sublime coupé allemand.

-Coucou mon trésor, on arrive…

Chapitre 39  by Maud, de « Les lectures de Maud »

Se relever et rebondir

Amanda se relève et s’assoit sur le canapé, le temps de faire le point. Deux pensées émergent immédiatement : « La perruque est tombée, Louise a vu sa vraie couleur de cheveux et aura sûrement de nombreuses questions. Et qui est le boiteux qui a essayé de la tuer ? »

Depuis qu’elle exerce ce métier, elle ne s’est pas fait que des amis, mais elle n’a jamais cru ni au hasard, ni aux coïncidences. Une certitude, Lalande a mis un contrat sur sa tête. Elle s’en occupera plus tard. Il y a urgence : il faut quitter rapidement les lieux maintenant que son adresse est connue, et terminer sa mission.

Encore chancelante, elle profite du départ précipité de Louise pour sortir de l’appartement, n’emportant que son sac et sa perruque. Une fois dans la rue, elle s’apprête à héler un taxi mais se ravise. Prudence, les chauffeurs sont parfois physionomistes. Amanda sort son téléphone et appelle Gaston sous prétexte de prendre des nouvelles de sa collègue Valérie Rémini, blessée.

« Elle est hors de danger, mais toujours hospitalisée.

– As-tu eu le temps d’aller la voir ?

– Non, ici c’est le feu ! En plus, nous sommes sans nouvelles d’un autre collègue qui rendait visite à une patiente en HP.

– Ah bon ! Si je peux t’aider en allant visiter Valérie pour toi, ça me ferait plaisir de te rendre service.

– Tu es formidable, c’est très gentil. Peux-tu lui apporter des fleurs ?

– Bien sûr, indique-moi l’hôpital, le service, le numéro de la chambre et je me mets en route.

– Je me renseigne et t’envoie les informations par sms. Je vais prévenir le personnel de ton arrivée afin qu’on te laisse passer. Je te remercierai avec un bon dîner »

Ils raccrochent, Gaston sur un nuage, chanceux d’avoir rencontré une femme aussi belle, gentille et attentionnée, Amanda, le sourire aux lèvres de bientôt pouvoir honorer son engagement. « Encore plus facile que je ne l’aurais imaginé. Pour le dîner, il rêve » pensa-t-elle.

Elle s’élance en courant jusque chez le fleuriste, mais la douleur provenant de ses côtes la rappelle à l’ordre. Après un ultime crochet par la pharmacie, elle défait l’emballage de la seringue stérile et la glisse immédiatement dans le méandre des tiges du bouquet. C’est concentrée et le cœur léger qu’elle descend les marches du métro. Ses pensées vont et viennent. Son ultime objectif : se débarrasser de Lalande. Le sms avec les renseignements attendus arrive enfin. Direction Lariboisière…

Episode 40 By Clémence

Fatale injection

Louise, encore sous le choc de sa rencontre avec le boîteux, téléphona à son père :  – Allo papa ?

– Oui ma chérie, justement je voulais te parler. Est-ce que tout va bien ? s’inquiéta Max.

– Non, papa ! C’est à propos de la nouvelle voisine de Mamie, Amanda. Eh bien, j’étais chez elle, et un homme est entré dans l’appartement et l’a blessée. Quand il m’a entendue, il s’est sauvé. J’ai juste eu le temps de voir qu’il boîtait. Je suis sûre qu’il cherchait la clé USB de Camille.

– Quoi ? Mais où est-elle maintenant, cette Amanda ?

– Je ne sais pas, papa, elle est partie mais tu sais, elle était blessée ! Et je pense qu’elle est gravement malade… Elle porte une perruque.

– Ecoute moi, Louise, c’est très important. Il va falloir que tu t’enfermes avec mamie et que tu n’ouvres la porte à personne !

 – Mais Pa…

– C’est un ordre ! coupa Max.

Le profil de Fantômette commençait à s’éclairer. Max voulut une nouvelle fois en informer Sebastián mais son téléphone restait sans réponse… Pendant ce temps, Amanda s’était rendue à l’accueil de l’hôpital et se présentait à l’agent administratif qui lui confirma le numéro de chambre de Valérie. Les yeux clos, celle-ci ne la vit pas entrer et déposer le bouquet à son chevet… Elle sentit néanmoins une présence et voulut ouvrir les yeux mais eut soudain la sensation d’étouffer. Des bips alarmants se mirent en route. Elle essaya en vain de se redresser pour appeler au secours… Amanda venait d’injecter de l’air, avec la seringue qu’elle s’était procurée, dans les veines de sa rivale, pour provoquer une embolie fatale. Notre tueuse s’enfuit rapidement avant l’arrivée de l’équipe soignante alertée par le vacarme des machines.

Pendant ce temps, Max tentait toujours de joindre Sebastián.

 « Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Sebastián, veuillez laisser votre message »…

De son côté, le co-équipier de Valérie n’était pas mieux loti. Réduit à l’état de saucisson, il entendit des bruits de pas sans saisir exactement ce que les deux zigottos étaient en train de comploter. Soudain, son odorat se mit en alerte. Ça sentait le feu… Attaché, il se contorsionna pour essayer de se libérer et ne parvint qu’à s’entailler les poignets. Il tenta d’allonger les jambes et sentit soudain un objet dur sous ses pieds.  Et s’il tenait la solution à son problème ?

Episode 41  by Michæl Corbat

Sauvée !

«Que se passe t-il, ici ? demande le médecin réanimateur qui arrive en courant.»

Dans la chambre de l’hôpital, deux infirmières s’affairent au-dessus du corps inanimé de Valérie. La première commence un massage cardiaque, l’autre attendant les instructions.

«Bien, injectez-lui un milligramme d’adrénaline ! Et préparez le ventilateur, pendant ce temps je vais l’intuber ! Quelqu’un a vu ce qu’il s’est passé ici ? Où est le flic censé surveiller les allées et venues ? interpelle le médecin. Appelez une aide-soignante, qu’elle aille à la pêche aux infos !»

Tout en effectuant des gestes d’une précision horlogère, le médecin réfléchit à mille à l’heure. Il est perplexe. Jusqu’à présent, Valérie était stable et tirée d’affaire. Il n’y a aucune raison qu’elle rechute.  Même si, en médecine, il peut y avoir des événements inexpliqués, il a du mal à y croire.

Quelques minutes plus tard, Bérénice, l’aide soignante, revient, affolée :

«Un visiteur nous a rapporté qu’il avait vu une jeune femme entrer et sortir, de manière assez louche. Elle paraissait blessée, essoufflée, et s’est empressée, malgré tout, de déguerpir du couloir, comme si elle était poursuivie. Quant au flic, il vient de remonter. Il a reçu un coup de fil de ses supérieurs lui ordonnant de descendre les rejoindre à sa voiture, sur le parking de l’hôpital. Apparemment, il a attendu en vain, personne n’est jamais venu… Je le fais entrer ?

– Oui, qu’il entre. Mettez-moi en ligne avec le commissariat. Et qu’on me passe l’inspecteur Pichon. C’est lui qui a repris le commandement, apparemment. Stoppez le massage, on attend…»

Suspendu aux voyants du monitoring, le personnel médical retient son souffle. Quelques secondes plus tard, un bip se lance, leur indiquant que Valérie respire de nouveau…

…alors qu’au même instant, quelques rues plus loin, la respiration saccadée d’Amanda la force à s’arrêter. Saloperie de côtes cassées ! Elle sait aussi qu’avec son allure et sa dégaine, elle ne pourra pas aller loin sans se faire repérer. La douleur lui arrachant la poitrine et la faisant vaciller, elle souffle un instant. Oui, voilà, s’arrêter, réfléchir, choisir un tripot un peu glauque où elle pourra se noyer dans la masse des buveurs de bières et autres joueurs de tiercé. Elle entre dans un bar…

Suite à l’appel du médecin, Gaston Pichon comprend, quant à lui, qu’il s’est fait manipuler… Quel naïf il a été ! Quel con ! Sa carrière aurait pu prendre un sérieux coup dans l’aile mais, par bonheur, l’honneur est sauf. Personne dans l’équipe ne l’a vu parler avec cette foutue Amanda. Il ne lui reste plus qu’à sortir un portrait-robot et à le diffuser à l’échelon national ! L’aspirant lieutenant va devenir grand, s’enorgueillit-il…